Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 4 heures
Ce jeudi 14 mai au soir, Virginie Efira montera les marches aux côtés d’Isabelle Huppert, Pierre Niney, Vincent Cassel et Adam Bessa pour présenter Histoires parallèles de l’Iranien Asghar Farhadi (https://www.laprovence.com/actu/en-direct/6428424/festival-de-cannes-asghar-farhadi-recoit-le-grand-prix-et-veut-eveiller-les-consciences-en-iran.html), un film en compétition au Festival de Cannes (https://www.laprovence.com/article/culture-loisirs/6477830017952714/festival-de-cannes-2026-pedro-almodovar-asghar-farhadi-21-films-en-competition-et-des-stars-sur-la-croisette).
Il s’agit d’une variation complexe sur le processus de création et sur la manière dont la fiction s’inspire de la réalité et de comment elle peut aussi l’influencer. À découvrir simultanément dans les salles obscures. Interview.Asghar Farhadi
"Avant l’histoire, c’est toujours l’auteur qui m’importe. Quand j’ai su qu’il s’agissait d’un film d’Asghar Farhadi, j’ai dit oui dans ma tête avant même de découvrir le scénario. J’ai découvert son cinéma avec La Séparation, avant A propos d’Ellye et La Fête du feu. Quand on voit ses films, on a forcément envie de travailler avec lui et de comprendre sa méthode. En lisant le script, j’ai trouvé la matière très riche, même si j’ai été surprise qu’il pense à moi pour ce rôle. J’ai eu peur qu’il regrette. Je me trouvais peut-être trop âgée pour le personnage, je doutais de ma capacité à incarner cette "femme fatale" cinématographique, sans culpabilité. Mais comme il avait l’air d’y croire, face à lui, je n’ai pas trop alimenté mes doutes".

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:00Ce qui m'a frappée, donc, dans le film de Asgard Faradji,
00:02je trouve qu'il y a beaucoup de moments de silence.
00:04Est-ce que vous pensez que c'est la force du cinéma,
00:05ces moments de silence qu'on impose, finalement ?
00:08Si on peut les trouver même en dehors du cinéma,
00:10c'est pas mal aussi, hein ?
00:11Non ?
00:12Oui, surtout dans les salles de cinéma.
00:14Ah, ouais.
00:14Ouh là là.
00:15Ouais.
00:16Les spectateurs, ils font souvent trop de bruit, maintenant,
00:18dans les salles de cinéma.
00:20Ça vous énerve ? Vous dites chute, parfois ?
00:22Ah, je ne dis pas chute, je lui crie.
00:25Ah, carrément !
00:26Ah, ben, carrément.
00:26Ah, ouais, bien sûr.
00:29Ils allument leur portable, c'est insupportable.
00:31Oui, d'accord.
00:32Vraiment.
00:32Il y a même, là, l'exercice qu'on est en train de faire,
00:34en interview, ça me rassure quand je vois des vieilles interviews,
00:36ou parfois, à la radio, il y a encore ça,
00:37sur le service public.
00:39Des gens qui prennent le temps avant de répondre,
00:42qui étayent.
00:43Là, il y a aussi l'idée de l'immédiateté,
00:45de la rapidité, tout ça.
00:47Et au cinéma, oui, en fait,
00:50l'idée, évidemment, que l'histoire corresponde à un algorithme
00:53et qu'on puisse s'accrocher, ne jamais perdre,
00:55ça fait en sorte qu'il n'y a plus d'histoires qui se déroulent.
00:57Il n'y a pas d'émotion qui peut arriver à cet endroit-là.
01:00Et c'est évidemment toujours à l'endroit où il se passe pratiquement
01:06plus de choses entre les phrases, parfois, que pendant les phrases.
01:09Oui.
01:09Comment, en tant qu'actrice, vous allez jouer le silence ?
01:12Et qu'est-ce qui se passe dans votre tête quand vous filmez
01:14dans un moment de silence ?
01:16Alors ça, c'est une très, très bonne question.
01:18Après, il ne faut pas non plus complètement exagérer,
01:19parce que vous allez donner l'impression au spectateur
01:21que c'est quasiment un film mauvais, ce qui n'est quand même pas tout à fait le cas.
01:24C'est quand même un film où on parle un petit peu,
01:26mais c'est une bonne question.
01:27Au fond, qu'est-ce qui se passe dans la tête d'un acteur ?
01:29Je n'ai pas la réponse.
01:30En fait, il ne se passe rien.
01:31Je vais vous décevoir.
01:32C'est antérieur au moment où on filme, ce qui se passe.
01:35Et au moment où on filme, c'est très difficile de définir.
01:39Mais c'est pareil au théâtre, d'ailleurs.
01:41À quoi on pense ?
01:42C'est fascinant.
01:43Parfois, d'ailleurs, on pense à des choses hyper triviales.
01:45Oui, c'est très curieux à quel point la pensée peut être totalement dissociée
01:49de ce qu'on projette et de ce que le spectateur est en train de regarder.
01:55Est-ce que tu essaies de la guider, la pensée, ou c'est ce qui arrive qui est ?
01:59C'est ce qui arrive.
02:00Je n'essaie pas du tout de la guider,
02:01parce que j'ai l'impression que de toute façon,
02:04on est guidé par autre chose.
02:05On a un texte à dire, on a des places à prendre.
02:08Il y a toute une série de contraintes
02:09qui fait qu'on est agi par un certain nombre de choses.
02:15Et finalement, à quoi on pense, c'est une bonne question.
02:16Mais je n'ai pas tout à fait la réponse.
02:18Si on filme et on s'approche,
02:20est-ce qu'il y a une émotion qui va arriver, qui prédomine ?
02:23Oui, quand même.
02:24Oui, parce que ça, c'est la force du regard.
02:26Et surtout quand une actrice, elle aime avant tout ce qu'elle aime.
02:30Quand on la regarde.
02:31C'est pas un peu impressionnant ?
02:33Pardon ?
02:33C'est pas un peu impressionnant, pardon ?
02:35Ah non, c'est pas impressionnant.
02:38Si une actrice a peur d'être regardée,
02:40évidemment, il ne faut pas être actrice.
02:42C'est ce qu'on attend, c'est ce dont on a besoin.
02:45Parce qu'on sait aussi qu'on va opposer une résistance à ça.
02:49Parce que la caméra, à la fois, elle vous cherche et vous lui résistez.
02:52Mais c'est de la résistance que se fabrique la fiction, d'une certaine manière.
Commentaires

Recommandations