Passer au playerPasser au contenu principal
Anne Fulda reçoit Cécile Dubuisson pour son livre «On n’est pas sortis de l’auberge !» dans #HDLivres

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:00Bienvenue à l'heure des livres, Cécile Dubuisson.
00:03Alors, on vous reçoit pour ce livre que vous venez d'écrire.
00:07C'est le livre d'une mère avant tout, mais pas que.
00:11Une mère de famille, de six enfants, une mère qui a toujours aimé lire,
00:16qui aime écrire aussi, et qui a voulu écrire surtout après la naissance de son fils Enzo,
00:26qui est, comme vous le décrivez, un petit biscornu, pas comme les autres,
00:31mais très aimable, entre guillemets, pouvant être aimé.
00:35Alors, à l'arrivée, un joli livre, un récit, qui a une écriture très de roman,
00:42qui s'appelle On n'est pas sorti de l'auberge et qui vient de paraître chez Fayard.
00:46Alors, ce titre, On n'est pas sorti de l'auberge, c'est un choix assez osé,
00:51parce que, oui, on voit, vous décrivez une vie faite de difficultés,
00:57d'une vie de tout le monde, que tout le monde a des difficultés de la vie,
01:04de la vie quotidienne, et un proche qui est malade, un enfant aussi.
01:09Mais pourtant, votre livre est plein d'énergie et d'optimisme,
01:12mais on n'est pas sorti de l'auberge, et on n'est pas sorti de l'auberge.
01:17Pourquoi ce titre ?
01:18C'est un titre à double tranchant, en fait.
01:20Mon mari et moi, on était restaurateurs,
01:22donc l'auberge, c'était quelque chose qui faisait sens.
01:26Et ensuite, avec Enzo, je pense qu'on n'est pas sorti de l'auberge.
01:30On n'est pas arrivés au bout du chemin.
01:32Oui, parce que quand vous dites ça, d'ailleurs, ça transperce à travers cette phrase,
01:38même s'il y a des beaux moments, il y a des moments encourageants.
01:41Je pense qu'à ce que ressent n'importe quel parent d'enfant, soit autiste, soit différent,
01:48entre guillemets, c'est l'angoisse de l'avenir, en fait.
01:50C'est ça ?
01:51C'est vrai qu'il y a l'angoisse de l'avenir, mais c'est quelque chose quand même qu
01:55'on met un petit peu de côté.
01:56C'est-à-dire qu'on a pris le parti pris avec mon mari de se dire que,
01:59tant qu'on était en pleine santé, on allait faire tout ce qu'on pouvait pour lui,
02:04et lui offrir une belle vie pendant tout ce temps-là,
02:08et que sans mettre la tête dans le sable non plus, après, c'est après.
02:13Mais au moins, il aura une belle vie tout ce temps-là,
02:15et on ne l'aura pas placé en se disant qu'on va en assurer les arrières.
02:22Alors cet Enzo, quand il arrive dans votre famille,
02:27c'est vrai qu'il bouscule tout, il bouscule l'ordre de choses.
02:32C'est un tsunami, oui.
02:34Alors d'abord, c'est un tsunami, parce que, dans les premiers temps,
02:36il vous empêche tout simplement et tout bonnement de dormir,
02:40et vous ne comprenez pas pourquoi.
02:42Donc vous décrivez le cheminement, mais ce n'est pas un récit linéaire,
02:46c'est ça qui est intéressant, c'est-à-dire que vous parlez de votre point de vue,
02:50vous parlez aussi parfois du point de vue de sa sœur, de votre fille,
02:53unique fille, dans une fratrie de...
02:56Non, non, j'ai deux filles maintenant, mais dans cette partie du roman.
02:58Dans un premier temps, au début, elle est l'unique fille.
03:02Charlotte.
03:02Oui.
03:04Et ma tante.
03:05Et votre tante, Michelle.
03:08Donc ça, c'est un point de vue intéressant.
03:09Pourquoi vous avez souhaité comme ça qu'il y ait plusieurs points de vue ?
03:13C'est un vrai choix, et j'ai même bataillé avec ma maison d'édition pour le garder,
03:17parce qu'en fait, il était important pour moi que ce ne soit pas un récit,
03:21mais plus comme un roman qui interpelle,
03:25et qu'il ne soit pas uniquement une maman qui donne son point de vue sur ce qui se passe.
03:29Il y a aussi l'enfant qui intervient et qui a un point de vue très différent,
03:34mais qui est pertinent.
03:35Et la tante qui est une autre génération, du coup, ça donne trois générations ensemble
03:39qui racontent une même histoire avec des visions différentes.
03:41Je trouvais ça intéressant, en fait.
03:43Et c'est vrai que lorsqu'on entend la voix de Charlotte,
03:46qui est la sœur d'Enzo, l'une de vos filles,
03:50c'est intéressant parce qu'on oublie souvent,
03:53il y a eu des livres, d'ailleurs, je ne sais pas si vous avez lu
03:55le joli livre de Clara Dupond-Monod qui s'appelle « S'adapter ».
04:00La fratrie, le reste d'une fratrie dans une famille
04:02où il y a un enfant qui est soit malade, soit différent,
04:08est souvent occulté.
04:09On peut avoir tendance à laisser de côté.
04:11C'est un travers assez facile.
04:13L'enfant monopolise tellement d'énergie
04:17que c'est quelque chose qui peut effectivement arriver.
04:19Et qu'on a sûrement fait à plein de moments, d'ailleurs.
04:22Alors, vous dédiez votre livre, ce livre,
04:26c'est écrit d'ailleurs à la calligraphie,
04:30cette histoire intime mais qui n'est jamais impudique
04:33en espérant qu'il pourra donner des repères
04:36et des pistes au lecteur.
04:38Quels sont ces repères et ces pistes
04:40que vous souhaitez mettre en avant, surtout ?
04:44Je pense qu'en fait, une famille, c'est toujours compliqué.
04:48Ça veut dire qu'il y a toujours, comme vous le disiez au début,
04:51des petits accidents, des aspérités de parcours.
04:57Maintenant, particulièrement quand un handicap rentre dans une famille,
05:01on rentre dans un tunnel.
05:02Mais ce tunnel, il s'arrête à un moment donné ou un autre.
05:04Ou en tout cas, il y a une lumière au bout du tunnel.
05:07Et je pense qu'il ne faut pas désespérer,
05:09qu'il faut se dire qu'il y a des moments difficiles,
05:12il y aura des moments plus faciles.
05:14Et en fait, c'est ça que je veux transmettre dans mon livre.
05:16Un message d'espoir, de vie qui peut être aussi
05:20avec de l'humour plus légère.
05:22Et c'est vrai qu'il y a de l'humour, il y a de l'amour.
05:25Il y a parfois des moments de déception, des moments difficiles.
05:30Mais c'est un espèce de mélange.
05:34C'est la vie.
05:35C'est la vie.
05:36C'est nos vies à tous, en fait, quelque part.
05:38Alors, vous dites que les livres ont été souvent des abris pour vous
05:43durant la vie, quels sont les livres qui ont été particulièrement importants pour vous,
05:49qui ont été un réconfort ou une manière de s'échapper ?
05:53Moi, j'avais la chance d'avoir une maman qui lisait énormément
05:56et d'avoir une bibliothèque à disposition
05:58où personne ne regardait ce que je pouvais lire.
06:00Je pense que ma première noyade littéraire, c'est Zola.
06:06Ça a occupé des journées entières où je me serais ennuyée.
06:12Nous, on ne se crôlait pas, comme font nos enfants.
06:15Donc, la lecture, quand on y avait accès, c'était un moyen de vaincre la solitude.
06:21Et l'écriture, ça a été pour vous une sorte de sas, de décompression,
06:28une manière de dire ce que vous ne pouviez pas ou ne vouliez pas dire aux autres ?
06:34Ça, je ne pense pas.
06:35Ça a été plus une manière de porter un flambeau.
06:39C'est-à-dire que j'ai accès à l'écriture et c'est bien de le partager
06:43et de pouvoir le faire vivre pour ceux qui n'ont peut-être pas forcément accès.
06:48Et comment avez-vous écrit, comment avez-vous organisé votre vie d'écrivain, finalement ?
06:56J'écris le matin.
06:57En fait, le matin, Enzo, il est assez autonome.
07:00C'est-à-dire qu'il a besoin d'avoir quelqu'un qui va le téléguider,
07:03le ramener à ses activités, mais pas d'une attention constante.
07:08Et du coup, ça me dégage du temps avec des écouteurs.
07:11C'est parfait.
07:13Est-ce que vous racontez aussi comment vous avez rejoint une école naissante
07:20et puis la difficulté qu'il y a aujourd'hui de trouver des relais, des appuis ?
07:27Est-ce que vous avez l'impression quand même que depuis ces dernières années, ça bouge un peu ?
07:32Oui, ça bouge. On ne peut pas dire que ça ne bouge pas,
07:36mais ça bouge tellement lentement que nous, familles, ça nous paraît...
07:41Je ne vais pas dire inutile, parce que ce n'est surtout pas inutile,
07:45mais tellement peu par rapport aux besoins existants.
07:49Il y a 700 000 autistes en France. Il n'y a pas 700 000 places.
07:53Non. Et est-ce qu'il y a une forme d'entraide entre les familles d'enfants autistes
08:00qui existent, qui a pu vous aider ?
08:04Alors moi, je ne trouve pas. Je trouve que le milieu associatif est un milieu
08:07comme le milieu du travail assez personnel, où tous les égaux s'éclatent à loisir.
08:15Maintenant, si on prend vraiment le cas des familles propres,
08:18je pense que c'est tellement difficile qu'elles n'ont peut-être pas forcément l'énergie non plus.
08:24Souvent, les familles sont monoparentales, séparées.
08:27Ce n'est peut-être pas forcément non plus évident.
08:29Il faut beaucoup d'énergie pour porter les choses quand même.
08:33Et on n'en a plus forcément suffisamment.
08:36Dernière question. Est-ce qu'Enzo peut lire ce livre ?
08:39Non, malheureusement.
08:41Il peut lire certaines lettres de ce livre.
08:44Il peut le signer, écrire son prénom de manière...
08:48Il a deux ans et demi d'âge mental, donc comme un enfant de deux ans et demi.
08:51Vous ne pouvez pas lui lire de passage.
08:54Ça ne fait pas de sens.
08:57En tout cas, je vous conseille ce livre qui s'appelle
08:59On n'est pas sortis de l'auberge, mais qui est plein de rayons de soleil.
09:04Une auberge ensoleillée.
09:06C'est un livre qui est publié chez Fayard.
09:07Merci beaucoup, Cécile Dubuisson.
09:09C'est moi qui vous remercie de nous avoir donné la parole.
09:11Je vous en prie.
09:12Merci.
Commentaires

Recommandations