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Figure emblématique du rap togolais, Eric MC se livre sans filtre dans une interview exclusive accordée à Actu Lomé.

De ses débuts dans le mouvement rap au Togo au tout premier clip de rap diffusé à la télévision, l’artiste revient sur une époque qui a marqué toute une génération.

Il évoque également les difficultés rencontrées dans le showbiz togolais, notamment son sentiment d’avoir été blacklisté par certains acteurs du milieu.

Mais l’un des moments les plus marquants de cet entretien reste son retour sur sa candidature à l’élection présidentielle de 2015 au Togo, un choix qui avait surpris de nombreux Togolais à l’époque.

👉 Une interview entre musique, vérité et parcours atypique à découvrir.

#EricMC #ActuLome #RapTogolais #Interview

Catégorie

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Musique
Transcription
00:00J'ai dit que je m'ai casé, j'ai dit que je m'ai casé, j'ai dit que
00:05je m'ai casé
00:05Je m'aimais pas, je m'aimais pas, je te dis pas si m'aimais pas, mais je te dis
00:10pas
00:10right, right, Eric M. C. C. Actu. L'Omé, tu sais comment je te dis ?
00:17Check this out yo.
00:22Actu L'Omé
00:26Maintenant, il y a Oubi Rukh Msi, le père fondateur du hip-hop togolais depuis les années 86 et le
00:33père de la révolution hip-hop togolais, Made in Togo.
00:39Si je parle de 86, les débuts du rap togolais, 86, aujourd'hui, ça va faire 40 ans.
00:49A l'école primaire, on faisait des battles de rap en Côte d'Ivoire, de danse, robots, ça s'appelait
00:57dans le temps.
00:58Et quand je suis allé en 6e, il y a eu maintenant les battles, et c'est ce qui a
01:02fait créer le mouvement des Loubains en Côte d'Ivoire.
01:05Par exemple, ma choré, vous devez avoir un groupe de rap qui devait affronter ceux de Trècheville, affronter ceux du
01:12Cocody.
01:13Et ensuite, il a commencé à avoir la bagarre, et les couteaux ont commencé à sortir les 6 vitesses.
01:19Parce que quand on dit qu'on vous a battus, nous nous avons battus en rap, nous on doit vous
01:25battre en combat.
01:26Et à la fin, mon père m'a déporté pour le Togo, pour venir faire Tokbe Zipi, Jotor, et tout
01:34ça, pour voir qui j'ai réincarné.
01:36Et quand je suis arrivé ici, c'était l'animation populaire, AGBADEMA, AGBAPT, et moi je ne me voyais pas
01:44dans ce style.
01:46Et je suis rentré dans la rue.
01:48Après 2 ans, mes meilleurs amis en Côte d'Ivoire, le groupe RAS, ont sorti leur premier album, Tous à
01:53bord, à gna gna.
01:55Et ils ont pris, ils ont été au top en Côte d'Ivoire.
01:58Donc je me suis dit, ben, on peut le faire aussi au Togo.
02:01Et c'est là que j'ai laissé les études, j'ai commencé les Bois de Lille, la rue, jusqu
02:06'à ce qu'en 89, on ouvre une école de rap à Dobukome,
02:10qui a formé les premiers rappeurs, les DJ.
02:12Et voilà, on a commencé les médias, il y a eu les radios privées qui sont sorties, les télés privées.
02:19Et voilà, en 96-97, lors des 30 ans du régime RPT, on a eu l'honneur de faire la
02:26tournée, le Festival National de Hip-Hop.
02:29Et d'où est sorti, où elle signait les premiers, et les premiers cassettes ont commencé à sortir.
02:34C'était en 96-97, voilà.
02:40Mon premier souvenir fort sur scène, c'était à Kara, OUYA 2000.
02:44On avait chanté le sommet de l'OUYA, c'est allô, mais avec papa Yadéma, il innove pour l'unité
02:51africaine, Yadéma c'est le leader.
02:52Donc on est parti à Kara pour chanter devant lui.
02:55Et quand on a commencé à chanter, la fouchette de feu Yadéma est tombée.
02:59Il a commencé à applaudir, parce qu'il y a une partie de la chanson en disant,
03:03Yadéma, président du RPT, Yadéma, fondateur de la CDAO, Yadéma, président de l'OUYA.
03:10Ensuite, il était président de l'OUYA.
03:12Et il cherchait maintenant le plus nouvel de la paix.
03:15Et quand il a entendu celle-là, et sa fouchette est tombée, ça je ne vais jamais oublier.
03:20À la fin, son président de l'Assemblée est venu nous voir.
03:25C'était à F.E. Agweo Mekodjo qui dit, le papa a dit, le patron a dit, il faut qu
03:28'on fasse la chanson.
03:29Mais je n'ai jamais eu cette chanson jusqu'aujourd'hui.
03:36À Bidjan, il y avait le groupe Junior & Crazy B, R.A.S.
03:40Mais quand je pars maintenant aux États-Unis, il y avait les N.W.A., les Public Enemy, les Kourmoudji,
03:48L.L.Kourjé.
03:49Ce n'est pas cette nouvelle génération de F.E. Saint-Énon, ça c'était le rap hardcore.
03:54Avant que maintenant le N.W.A. ne transforme le rap en gangsta rap.
03:58Parce que c'est là où le clash est rentré dans le rap.
04:02Quand le groupe N.W.A. s'est disloqué, Dr. Dre est parti à gauche, I.E. est parti à
04:07droite,
04:09et S.Q.B. est parti tout droit.
04:11Et donc, comme ils étaient un groupe avant et qu'ils faisaient le bonheur des Américains,
04:16et donc l'autre disait, je suis le plus fort, le plus grand.
04:18Et c'est là que la guerre s'est déclarée entre la West Coast et la East Coast.
04:25Les B.I.D. à gauche, les 2-Packs, les 3-D à droite, Snoop Dogg, et voilà.
04:34C'était que pure révolution.
04:36Parce que les gens n'avaient pas compris ce que c'était le rap.
04:40D'abord, le rap, ça s'associa au look.
04:42Il fallait avoir les tresses, les dreadlocks, les piercings.
04:46Moi, j'étais trop noir pour faire les tattoos.
04:49Donc, les Togolais n'avaient pas compris.
04:51Et puis, on était dans l'ère de Nana Benz.
04:52Où il fallait porter des tissus de panne pour être vu comme le fils de borge.
04:58Et nous, on portait les jeans déchirés déjà dans les années 86.
05:01Parce que la première chanson rap qui a passé sur TVT, c'était
05:04« Millie Vanillie, girl, you know it's true ».
05:08Alors, j'avais porté les jeans déchirés.
05:11Et moi, j'avais commencé à porter ça.
05:12Mais nous, on n'achetait pas les jeans déchirés.
05:14On les achetait jeans pleins et on allait les déchirer à la maison nous-mêmes.
05:18Et voilà, on nous prenait pour des fous chaque fois que je passais dans un cigam.
05:21Mais là, j'habitais à Baguida, que je devais venir au cinéma, fiva, opéra, tout ça.
05:26Et puis, il fallait passer dans le grand marché.
05:28Et les dames, les adventais, la criaient « Millie go, you know it's true, you know it's true, you know
05:32it's true ».
05:33D'où est sortie la chanson « A Diamophobe ».
05:35Toutes mes chansons sont des vécu.
05:38Mon premier test, c'était la grève.
05:40En 1990, quand les gens lançaient les vécu.
05:42Et moi, je suis rentré dans la rue avec un biquet et une feuille.
05:45J'ai commencé à écrire tout ce qui se passait.
05:50Je peux dire « Ouedi, l'ongang, parce que Ouedi, c'est une histoire ».
05:54Et j'avais refusé les Togo Hip Hop Awards, de participer aux Togo Hip Hop Awards.
05:58J'avais planifié une tournée, Eric M.C. Ouedi, Alizé.
06:01Alizé a refusé parce qu'il a voulu participer aux Awards.
06:04C'est les honneurs.
06:05Nous, on est partis en tournée.
06:07Et quand on était en tournée, je faisais la première partie de tout le monde.
06:11Même les artistes locaux.
06:13Bon, déjà, 23, 23, 24 mois, je montais sur scène.
06:15J'avais beaucoup de chansons.
06:16Donc, je faisais que le public affluait dans la salle.
06:21Et après, il y a les jeunes de la localité qui faisaient leur passage.
06:27Ensuite, Ouedi passait en star.
06:29Et quand Ouedi finissait, je revenais pour clôturer la scène.
06:32Et donc, chaque fois que Ouedi était sur scène,
06:34je savais que le Togo Hip Hop Awards allait amener des problèmes futurs.
06:39Et je me dis, mais ce gars-là, il faut que je fasse une chanson avec lui.
06:42Mais quel titre ?
06:43En ce moment, je préparais le deuxième album.
06:46Gangsta, Obemya, Oni, Bevoin.
06:48Et je me dis, mais...
06:50Sur quel titre je le vois ?
06:53Et je réfléchissais ça, quoi qu'il passait sur scène.
06:56J'étais dans les coulisses, mais je l'analysais.
06:58Je me l'amais à Lonombe, Nia, Koro, Mathieu, Chine, Kui.
07:01Et d'où j'ai déjà trouvé le titre.
07:04Lonomia.
07:04Et après, je l'ai développé.
07:05Et puis, ça donnait ce que ça donnait.
07:11Ouais, quand on m'a censuré, après le Togo Hip Hop,
07:14le 20 décembre 2003.
07:18Parce que le 19, c'était les Avoirs.
07:19Le 20, la radio-organisatrice a décrité
07:22Black Hortu, les chansons d'Eric Kenzie.
07:25Et ensuite, ils ont communiqué à TV2.
07:27Tu vois, ils ont commencé à communiquer entre partenaires,
07:30entre collègues de radio.
07:31Et voilà, c'est là.
07:33On m'appelait plus sur scène.
07:34J'organisais mes propres.
07:35Et un jour, j'étais dans la chambre, déprimé.
07:38Et je me disais, mais qu'est-ce qui m'a poussé ?
07:40Même à laisser mes études pour suivre ce chemin.
07:42Après, il y a eu le courage qui est venu.
07:44Non, c'est ta destinée.
07:46Et puis voilà.
07:47Je suis parti en Europe, m'exiner un peu.
07:49Et puis après, je suis revenu.
07:50J'ai commencé à faire tout de mes propres.
07:52Jusqu'à ce jour.
07:53C'est le 27 avril dernier.
07:55On m'a invité, mais pour le festival de l'indépendance.
07:59Mais on m'a mis à Cara et Dapango.
08:01La dernière fois que j'ai fait un conseil à Cara, c'était en 2007 avec la TV2 pour la
08:07fête de la musique.
08:08À Dapango, c'était en 2015, quand j'avais déclaré ma candidature aux élections présidentielles.
08:14Donc, j'étais parti pour une tournée du Nord aussi.
08:16Et donc, l'autre, c'est 11 ans, l'autre, c'est 19 ans.
08:18Et après 16 années, on m'a dit d'aller faire concert là-bas, rencontrer des jeunes de 15 ans,
08:2314 ans, 12 ans,
08:24qui ne connaissent même pas mes chansons.
08:25Selon ce que je me suis dit.
08:27Mais c'est faux.
08:28Mes chansons ont traversé le temps.
08:30Parce que la population a repris.
08:32Mais des jeunes qui sont nés après mon événement.
08:37Tu vois, et des jeunes qui sont nés en 2005, 6, 7, 8, 9, 10,
08:41qui étaient à mes concerts et qui chantaient mes chansons à vive voix.
08:45Mais j'étais heureux.
08:46Je me suis dit, ben, je ne vais pas regretter quand même.
08:49J'étais heureux parce que moi, j'ai vu un défi entre les organisateurs et moi.
08:54Parce qu'on m'aurait mis à l'homé.
08:55L'homé, c'est mon fief.
08:57Je ne pense pas qu'eux, ils pourront me battre sur scène.
09:00Donc, ils m'ont envoyé à l'intérieur où je n'ai plus mis pied.
09:03Mais j'ai vu que...
09:05Aujourd'hui, la question que je me pose.
09:07Pourquoi tous les faiseurs de clips, les faiseurs de tubes togolais,
09:10ne se retrouvent pas tous sur une même scène pour voir qui est qui ?
09:14Parce qu'il n'y a personne qui est personne, quelqu'un qui est quelqu'un.
09:18Mais aujourd'hui, sur les réseaux sociaux, d'autres disent,
09:20j'ai un million de vues, j'ai 10 millions de vues.
09:22Mais retrouvons-nous sur scène.
09:23Nous, on n'a pas de millions de vues.
09:24Nous, on a vendu des millions de CD et de cassettes.
09:27On n'a pas de millions de vues.
09:28Mais j'aimerais dire à tous ceux-là,
09:31si vraiment, ils pensent qu'ils ont la notoriété,
09:36ou bien ils sont les leaders, les gens de la musique togolais,
09:39retrouvons-nous tous sur la même scène,
09:41demandez le même public,
09:42on verra qui fera plus le buzz.
09:44Au lieu d'être là sur le réseau à Blabla T,
09:46à l'Aipi du Gabo.
09:53Mais je suis rentré dans le rap pour faire une révolution.
09:56J'ai créé une nation dans une nation.
09:59C'est-à-dire, j'ai créé la nation hip-hop dans la nation togolaise.
10:02Aujourd'hui, dans n'importe quelle concession,
10:04tu verras un ou deux jeunes qui se disent
10:06qu'ils sont des futurs rappeurs,
10:08qu'ils ont tous les pantalons en bas des fesses.
10:10Et ça, c'est nous qui l'avons initié au Togo.
10:14Donc, je voulais faire une révolution pour le social
10:17de tous les citoyens togolais.
10:19Parce que j'ai vécu en Europe,
10:20je sais ce que c'est que...
10:22J'ai constaté qu'en 2020,
10:25il y a eu le Covid-19 qui est arrivé.
10:27L'État a pu faire le R.U.S.,
10:29Revenu Universel de Solidarité.
10:31Et pourquoi ne pas continuer jusqu'à aujourd'hui ?
10:33La jeune fille mère peut avoir au moins un revenu pour l'enfant.
10:38Parce qu'aujourd'hui, les hommes sont inconscients,
10:40ils engossent les filles,
10:41ils ne veulent pas prendre conscience.
10:43Les jeunes chômeurs,
10:45si aujourd'hui, vous descendez en Europe
10:47et que le lendemain,
10:49on vous donne le séjour,
10:51vous êtes égal à un ministre ici.
10:53Parce que vous aurez le minimum d'insertion
10:56pour pouvoir payer le local,
11:00le gaz, l'électricité, le téléphone,
11:03le minimum, quoi.
11:04Mais c'est ce qu'il faut faire au Togo.
11:05Même si le minimum donne un 20 000 francs
11:07de minimum à un petit chômeur,
11:09il peut se débrouiller.
11:12Et maintenant,
11:13quand tu as reçu le minimum d'insertion,
11:16on te dit chaque matin,
11:17on ne doit pas avoir un sachet plastique dans ton quartier,
11:21tu dois ramasser.
11:22Parce que tu seras pénalisé
11:23et que tu auras une amende.
11:26Tu sais, rien ne se perd, rien ne se crée,
11:28tout se transforme.
11:29Et si on le fait, vraiment,
11:31notre vie se rapporte.
11:31Aujourd'hui, le Togolais est fier,
11:33après avoir mangé quelque chose,
11:35jeté dans la rue,
11:36parce qu'il n'est pas d'accord avec nos gouvernants.
11:40Il est prêt à pisser dans la rue,
11:42vous dire, est-ce que tu dors ici ?
11:45Parce qu'ils ont une dent contre nos gouvernants.
11:49Maintenant, donnez,
11:50rendez la vie facile à la population
11:53pour qu'on vous adulte.
11:54Vous voulez qu'on vous adulte pendant qu'on a faim ?
11:56Ce n'est pas possible.
11:57Moi, j'étais dans une révolution.
12:00Parce que le rap, au début,
12:03c'était un mouvement
12:05qui était parti avec la non-violence
12:07des Martin Luther King,
12:09des Markov X.
12:10Donc, ils ont pris tous ces tests-là
12:11qu'ils ont transformés dans leur...
12:13Je suis prise partie dans les rues
12:15avec le breakdance, le robot, tout ça.
12:18Voilà, et après,
12:20la patette, le noir contre le blanc,
12:23aux États-Unis.
12:24Donc, les jeunes ont trouvé un moyen
12:27de s'exprimer.
12:27contre les blancs.
12:29Et après,
12:30quand tout ça s'est passé,
12:32maintenant, entre les noirs même,
12:33il y a eu la guerre.
12:34Et c'est là qu'il y a eu la couleur.
12:36Les rouges ici,
12:37les bleus ici,
12:37les jaunes ici.
12:39Alors que chez nous, ici,
12:39les rouges, les bleus, les jaunes,
12:40c'est le politique.
12:43Aux États-Unis, c'est le gang.
12:44Si tu es dans un rouge,
12:46que tu passes dans un quartier vert,
12:47tu seras tabassé.
12:49Tu vois, donc,
12:50cette révolution-là,
12:51c'est ce que j'ai voulu en milieu au Togo
12:53parce que les Ivoiriens l'ont utilisé.
12:55Vous voyez qu'aujourd'hui,
12:56la Côte d'Ivoire,
12:57il y a eu les loubards.
12:59Tu passes ta chaîne là,
13:00on coupe,
13:01tu portes un 501,
13:02on te pique le cou,
13:03les fesses,
13:03on t'enlève,
13:04tu portes une paire à 10 das,
13:06tu passes pas dans cette écartière,
13:08où bien tu es dans la voiture ?
13:09Aujourd'hui,
13:09je vois personne en Côte d'Ivoire
13:11qui conduit
13:11avec les vitres en bas,
13:13les vitres en tout.
13:14Parce que tu t'arrêtes
13:15au plus où ta chaîne part.
13:18Vous voyez,
13:18donc c'était une révolution
13:20mais le Tougalais n'est pas prêt
13:21pour la révolution.
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