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  • il y a 1 jour
Dans “L’Info du vrai” sur Canal+, sujet consacré au livre “Johnny et ses anges gardiens”. Une séquence qui revient sur les coulisses de la vie de Johnny Hallyday à travers les témoignages de proches et collaborateurs.

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Musique
Transcription
00:00Laurent Lavige, merci d'être avec nous.
00:02Bonsoir.
00:02Vous êtes biographe, producteur.
00:04Vous venez de publier Johnny Hallyday et ses anges gardiens,
00:07la vérité enfin révélée aux éditions Casa.
00:09Et vous, vous êtes appuyé sur la mémoire vive d'un homme
00:13qui a très bien connu Johnny Hallyday, Sacha Roule.
00:16Bonsoir.
00:16Bonsoir, merci d'être avec nous.
00:18Vous avez été le secrétaire personnel de Johnny pendant plus de 15 ans.
00:22H24, comme on dit maintenant, avec la star.
00:24Autant dire que vous avez partagé son intimité comme peu d'autres.
00:27Vous avez écrit ce livre également avec Jean Basselin,
00:30qui a lui aussi été son secrétaire personnel.
00:32Alors, c'est un livre très abouti.
00:33C'est vraiment le cadeau, qu'on soit fan ou pas de Johnny d'ailleurs,
00:36parce que c'est vraiment toute une époque qu'on feuillette avec vous.
00:39Beaucoup de photos inédites.
00:40Mais qu'est-ce que vous entendez par la vérité enfin révélée ?
00:45En fait, j'ai envie de rebondir sur le dernier disque de Johnny,
00:51posthume, là, qui est sorti.
00:52Ils ont réouvert des tiroirs et puis ils vont en ouvrir d'autres.
00:55Il y aura d'autres chansons qui vont sortir de Johnny qui s'appellent
00:58« Deux sortes d'hommes ».
00:59Et en fait, pour moi, il y a une sorte d'homme qui croit connaître Johnny
01:04et qui en parle beaucoup.
01:05Et puis, il y a celui qui connaît très, très bien Johnny et qui en parle peu.
01:09Et à partir du moment où cette personne, j'arrive à la faire parler,
01:13forcément que toute vérité sera dite.
01:15Et je trouve qu'à travers ce livre, il y a des vérités que l'on ne connaît pas
01:20forcément autour de la vie de Johnny.
01:22Pas de la star, parce que la star, je pense que les gens connaissent la star,
01:26mais surtout autour de l'homme, dans la coulisse, dans la cuisine.
01:30Et c'est là où, moi, pendant deux ans, j'ai couru après ce fantôme
01:33qui s'appelle Sacha Roule, grâce à Jean Basselin, qu'on remercie.
01:37C'est un fantôme en soi-même, non ?
01:38Et quand je l'ai rencontré, je me suis dit « Waouh ! »
01:41Il y a un grand pan de l'histoire de la musique qui est en face de moi
01:43et j'étais ravi de le rencontrer.
01:44Alors racontez-nous comment a commencé votre histoire avec Johnny ?
01:48On est dans les années 60, c'est ça ?
01:49– 66, la naissance de David.
01:53Un mois après sa naissance, Sylvie et Johnny reçoivent du courrier
01:56où il y a eu des menaces concernant David.
02:00Johnny répétait à l'Olympia.
02:01Et moi, à l'époque, je faisais des musicoramas au service d'ordre,
02:05où il y avait des groupes comme les Beatles, les Stones.
02:08Et après ces menaces, Cocatrix me présente à Johnny.
02:13On lui demande à Sacha si peut-être il peut t'aider.
02:16Et Johnny me demande d'accompagner la nounou de David
02:20en promenade une an ou deux par jour pendant un mois,
02:24juste pour rassurer Sylvie.
02:26– Mais c'est l'enfant quasiment royal à ce moment-là.
02:29C'est le fils de Tony Hallyday, Sylvie Vartan.
02:32C'est énorme.
02:32– C'est l'enfant star.
02:33– Comment ?
02:34– C'est l'enfant star.
02:34– C'est l'enfant star.
02:35– J'ai d'abord refusé en lui disant que ce n'était pas mon job
02:38et qu'il fallait mieux prévenir la police.
02:40Il me dit « Non, non, ce n'est pas sérieux,
02:41c'est simplement pour rassurer Sylvie. »
02:43Donc j'ai accompagné David pendant quelques temps.
02:46Et puis après, quand il a vu que ça ne servait à rien,
02:49on a arrêté.
02:50Il m'a demandé de partir en tournée avec lui.
02:52J'ai refusé d'abord parce que je ne connaissais pas du tout,
02:55du tout ce monde.
02:57Il a insisté, il m'a dit « Viens pour voir,
02:59tu m'accompagnes en tournée et tu verras si ça te plaît ou pas. »
03:03Je suis parti, j'ai commencé à essayer de me rendre utile
03:05et il ne m'a plus lâché, ça a duré près de 17 ans.
03:07– Mais de quoi est-ce qu'il avait besoin selon vous ?
03:09Qu'est-ce qu'il est allé chercher chez vous qui le rassurait ?
03:12– Il voulait me récompenser au départ.
03:15Il avait comme secrétaire Tiki Holgado et comme administrateur…
03:18– Oui, on a une photo avec Tiki Holgado, ça c'est marrant.
03:21On le voit en train de faire sa coiffure d'ailleurs Tiki Holgado.
03:24– Jean-Pierre Bloch comme administrateur et moi j'étais là,
03:27je ne servais à rien, j'essayais de me rendre utile.
03:30Et petit à petit, Tiki s'est dirigé vers la comédie,
03:34Bloch vers la politique et je suis resté tout seul.
03:37Et il ne m'a plus lâché, donc j'ai continué comme ça pendant près de 20 ans.
03:43– Isabelle, vous avez eu l'occasion de croiser Johnny ?
03:46– Sur les plateaux de télé, bien sûr.
03:46– Sur les plateaux de télé, Marité Gilbert Carpentier.
03:48– Bien évidemment, mais sur Johnny, ce que j'aimerais dire,
03:52c'est que vraiment pour moi, en fait, en France, depuis 60 ans,
03:55il a consigné le mot idole, n'est-ce pas ?
03:58Parce que tous les autres artistes, quel que soit leur talent d'ailleurs,
04:02et même leur degré de notoriété, sont des vedettes.
04:05Il n'y a qu'une idole en France, c'est Johnny.
04:07Et il y a une dimension à la fois magique et tragique dans ce terme,
04:11parce que c'est une déification païenne, n'est-ce pas ?
04:14Il a été élu, choisi par les foules en délire qui hurlent de bonheur devant lui.
04:19Et donc, quand vous êtes une idole, vous devez vous incarner
04:23tout au long de votre existence, vous n'avez pas le choix.
04:25Vous savez, je pense à Michael Jackson, je pense à Elvis Presley.
04:29– Une idole même de Johnny Hallyday, c'est ça.
04:31– Voilà, ils sont presque prisonniers, plus que d'un destin,
04:34d'une destinée qui les dépasse et à laquelle ils ne peuvent bien évidemment pas échapper.
04:39– C'était comment de travailler avec une idole ?
04:42Parce qu'il l'était déjà au moment où vous avez commencé à travailler pour lui.
04:45– Il ne s'est jamais conduit comme une idole.
04:47Je crois que le seul qui ne savait pas qui l'était…
04:51– Johnny, c'était lui.
04:53– Oui.
04:53– Jamais il ne s'est pris au sérieux.
04:55Et souvent, je lui disais, mais tu ne te rends pas compte de ce que tu es.
04:58Tu es Johnny Hallyday ?
05:00Et non, il s'en moquait.
05:01Non, non, non, je suis comme toi.
05:02Il se conduisait comme monsieur tout le monde.
05:05– C'est amusant, Gérard, vous avez réagi.
05:07Vous dites, ah oui, ça c'est vrai.
05:08– Oui, parce que je pensais à quelqu'un qui racontait que chaque fois…
05:10Enfin, quand il rencontrait quelqu'un, il disait Johnny Hallyday,
05:13comme si on ne le connaissait pas.
05:15Ça m'avait frappé, ça, en me disant, bah oui, Johnny Hallyday, quoi.
05:20Mais c'est assez révélateur de ce que vous dites.
05:23– Comme s'il était spectateur, en fait, de ce film incroyable.
05:26– C'est Claude-Pierre Bloch qui a participé au livre qu'on salue, d'ailleurs, avec Jean Basselin.
05:33Il nous raconte que Johnny étant Johnny Hallyday, quand même,
05:37quand ils allaient au cinéma et donc ils déclenchaient une émeute,
05:42eh bien Johnny se plaçait dans la file d'attente pour attendre son tour.
05:46Et donc ça déclenchait des émeutes.
05:48Et Claude-Pierre Bloch, ou Sacha, lui disait, mais enfin, Johnny, on va rentrer.
05:52– Il avait quand même forcément des caprices de stars.
05:54– Non, malheureusement, non.
05:57– C'est vrai ?
05:58– Oui, ça m'aurait souvent arrangé, mais il ne voulait pas.
06:01– Pourquoi est-ce que ça vous aurait arrangé ?
06:03– Parce que ça m'aurait facilité, justement, dans les attentes, dans les avions.
06:09Ça, il n'en voulait pas, non, non, on fait comme tout le monde.
06:11– Il se considérait vraiment comme monsieur tout le monde ?
06:13– Sauf que ce monsieur tout le monde pouvait s'arrêter devant une boutique à moto
06:18et puis trouver une Bugatti et une Rolls et puis dire,
06:21« Tiens, Sacha, tu me les achètes. »
06:24Et voilà, ça, c'est un petit caprice quand même.
06:27– Oui, voilà, on peut parler de ça.
06:28Ce qui vous a frappé, vous, Isabelle, c'est qu'il n'a pas eu le temps vraiment de rêver
06:32d'être une star.
06:33Il y a beaucoup de stars qui se programment.
06:36Mais lui, c'est arrivé très tôt finalement.
06:37– On est à une époque où chacun, c'était la fameuse phrase de Warhol,
06:40rêve de son quart d'heure de célébrité.
06:42Mais lui, il n'a même pas eu le temps de rêver de cette destinée
06:45puisqu'on l'a mis à l'âge de 5 ans sur scène, n'est-ce pas ?
06:47Sa cousine d'Esta.
06:49Donc, il a gagné son premier cachet.
06:51Il avait 12 ans.
06:52Je raconterai une chose tout à fait étonnante.
06:55Vous savez certainement, monsieur, puisque…
06:57– Mais racontez-le.
06:58– Rien de sa vie, mais qu'il m'avait confié lorsque je l'avais reçu à Europe 1.
07:03Il a fait donc de la danse classique.
07:05On en parlera peut-être tout à l'heure.
07:06Lui, avant la rock'n'roll attitude, a fait quand même 8 années de danse classique.
07:10C'est incroyable.
07:11Vous savez qu'il a dansé sur la scène de l'Opéra de Paris avec Serge Liffard.
07:16Johnny, c'est pour ça que quand…
07:17– Moi, je le découvre, je le découvre.
07:19– On parle de la démarche féline et chaloupée de Johnny.
07:22Eh bien, avant qu'il ne prenne possession des scènes,
07:26les jambes bien écartées, les pieds enfoncés dans le sol comme ça,
07:30c'était quelqu'un qui faisait des exercices à la barre et des entrechats
07:33et qui a dansé à l'Opéra Garnier avec Serge Liffard, incroyable.
07:37Mais pour dire qu'il y a eu toute une préparation
07:41avant qu'il ne soit élu si jeune,
07:44lorsqu'il a chanté « On m'appelle l'idole des jeunes »,
07:47donc il n'a pas eu le temps de se projeter.
07:49Les adultes autour de lui ont décidé de l'histoire
07:52et on l'a mis dans le train, en marche, et ça ne s'est plus jamais arrêté.
07:57– Quand vous parlez d'idole et que vous évoquez Michael Jackson,
07:59il y a une scène que vous décrivez dans le livre qui est très drôle,
08:02où c'est Johnny qui a fait venir Michael Jackson au Parc des Princes.
08:05– Alors, ça ne s'est pas passé comme ça.
08:06– Alors, racontez-le.
08:07– C'est un jour Jean Basselin qui s'est occupé de Johnny de 89 à 91.
08:13Il est dans la voiture avec Johnny à côté et il remonte sur Paris.
08:16Il est à Marseille ou à Ramatuel et il remonte sur Paris.
08:19Et là, le téléphone sonne et c'est Jean-Claude Camus qui appelle Johnny
08:22et qui lui fait « Salut Johnny, comment tu vas ? »
08:25« Ça va bien. »
08:25« Voilà, j'ai la possibilité de faire venir Michael Jackson au Parc des Princes.
08:29Le problème, c'est qu'avec les associations à l'époque du Parc des Princes,
08:33impossible de faire des concerts.
08:34Est-ce que tu peux téléphoner à qui tu sais, à la mairie de Paris,
08:38pour débloquer l'affaire ? »
08:40Et Johnny lui dit « Ok, mais si je le fais, si tu le fais, tu prends 200 000
08:45et tu prends tes coproducteurs du spectacle. »
08:48« Ok, je te rappelle. »
08:49Il raccroche, il décroche.
08:51« Allô, la mairie de Paris ? »
08:52« Oui, bonjour, je voudrais parler à M. Chirac. »
08:55« C'est qui ? »
08:55« C'est Johnny, ne quittez pas. »
08:56« Allô, Jacques ? »
08:57« Ah, Johnny, comment ça va ? »
08:58« Voilà, on cherche deux dates pour Michael Jackson au Parc des Princes.
09:02Est-ce que telle date et telle date, est-ce que tu peux nous les débloquer ? »
09:05« Ok, Johnny, je te rappelle. »
09:06Un quart d'heure après, le téléphone, « Allô, Jacques, c'est Johnny, ça va ? »
09:10« Ouais, ça va. Et toi, ouais ? »
09:11« Bon, bah ok, c'est bon. Vous avez les deux dates. »
09:13« Ok, merci. »
09:15Il décroche.
09:15« Allô, Jean-Claude Camus ? »
09:16« Ouais, c'est Johnny. Tu me dois 200 patates. »
09:20Alors, 200 patates, on parle d'argent.
09:23Ce qui revient souvent dans vos témoignages,
09:25c'est de dire à quel point il était généreux à tous les niveaux,
09:28notamment au niveau de l'argent.
09:30Et ça vous a joué des taux, parce que vous étiez obligé de gérer.
09:34Oui, mais il était beaucoup plus généreux que celui.
09:36Il y a une chose que je ne raconte pas,
09:39parce qu'il ne voulait pas qu'on le raconte.
09:42De temps en temps, il regardait son courrier,
09:45et dans les courriers, il y avait des demandes d'argent.
09:48Et il lui était arrivé de temps en temps en tournée,
09:50il ne disait rien à personne, j'étais le seul au courant.
09:54Il mettait de l'argent dans des enveloppes,
09:56et on s'est arrêté pendant la tournée,
09:59chez des gens dont il avait noté les adresses.
10:02Et il donnait, je ne savais pas combien il y avait d'argent,
10:04mais les enveloppes étaient bien garnies,
10:06et il donnait ça à des familles.
10:08Mais son mot absolu, c'était d'interdire qu'on en parle.
10:11Je n'en ai jamais parlé avant aujourd'hui,
10:13parce qu'il ne voulait pas.
10:14Je respectais sa décision, mais ça allait jusque-là.
10:18Il était très, très généreux.
10:19Et cette générosité extraordinaire, il en a fait preuve avec son père.
10:23Parce que vous savez, on imagine toujours que la seule rencontre,
10:25elle a eu lieu, n'est-ce pas, devant la quersenne,
10:28quand Johnny a fait son service militaire,
10:30c'était orchestré par la presse,
10:31mais il s'est occupé de son papa.
10:33Et j'ai appris une chose absolument incroyable.
10:37Son père, qui ne l'a jamais élevé,
10:39et qui avait une vie totalement dissolue,
10:41un jour, il l'avait retrouvé.
10:42Il l'avait emmené chez Cerruti
10:44pour lui faire faire sur mesure une garde-robe.
10:47Il lui avait pris un appartement.
10:49Une semaine s'écoule.
10:51Le père va chez Cerruti
10:52et demande à revendre l'intégralité de la garde-robe
10:55à 50% de ce qu'elle avait coûté.
11:00Donc, bien sûr, cette maison appelle Johnny,
11:02qui ne comprend pas.
11:03Et, en fait, il s'est toujours débrouillé,
11:06comme vous le dites, de façon tout à fait secrète,
11:09pour effacer les dettes de son père,
11:11jusqu'à ce que celui-ci disparaisse.
11:13Et ce qui est terrible, il faut imaginer,
11:14à la mort de son père en 89,
11:16son père a été enterré, donc, en Belgique.
11:19Il était seul, Johnny.
11:21Johnny, il était seul à suivre ce cercueil.
11:23Il était seul avec Jean Baselin, justement,
11:25qui l'a accompagné.
11:26Donc, c'était incroyable.
11:28Dire que le père avait mis le feu à l'appartement.
11:31Oui, je n'ai pas osé le dire.
11:32Non, non, il avait mis le feu à l'appartement.
11:34Effectivement, on est allé chez Cerruti,
11:37donc, tous les trois.
11:38Il l'a habillé des pieds à la tête
11:39et a plusieurs costumes.
11:41Enfin, il l'a vraiment habillé.
11:43Une garde-robe fantastique.
11:45Il a revendu tous les vêtements.
11:47Il l'a continué.
11:49Et ensuite, il lui donnait de l'argent mensuellement.
11:52Voilà.
11:53Et ça n'avait pas de fin
11:55parce que son père, malheureusement, était alcoolique.
11:57Et il est revenu à ce qu'il était avant.
12:00Mais il s'en est quand même occupé.
12:01Il a essayé jusqu'au bout de l'aider.
12:05Et il dit qu'il lui a pardonné, en fait, en suivant seul ce cercueil.
12:10Vous imaginez la scène ?
12:12Parce que cet homme, adulé par les foules toute sa vie,
12:15et cette solitude dans ce cimetière,
12:18enfin, il y a une symbolique tellement forte.
12:20Il avait beaucoup de monde tout le temps autour de lui.
12:23Est-ce que fondamentalement, il n'était pas seul ?
12:25Il était seul.
12:26Son problème, c'est-à-dire ?
12:27Il pourrait être à 50 ou 100 personnes autour.
12:30Il était continuellement seul.
12:32Tout le temps, tout le temps, tout le temps.
12:33Il était...
12:35Parce que...
12:36Il n'était pas dupe.
12:37Il voyait bien les gens qu'il aimait ou qu'il n'aimait pas.
12:39Les gens étaient là par...
12:41Malheureusement, mais c'est un peu aussi de sa faute,
12:42par sa générosité qui devenait de la...
12:45Je ne sais pas comment dire...
12:46La candeur, la naïveté...
12:47La naïveté.
12:49Et il laissait faire, il laissait faire.
12:51Un jour, on était invités tous les deux à Saint-Tropez,
12:54à une grande tablée.
12:56À la fin de l'édition, tout le monde s'en va.
12:59Il se retrouve à payer alors qu'on était invités.
13:01Il se retrouve à payer.
13:02Et il me dit, dorénavant, j'en ai marre.
13:07À partir d'aujourd'hui, je suis ton invité.
13:09C'est toi qui vas payer pour nous deux.
13:11Quand je dis toi, c'était bien sûr lui qui payait.
13:14Et on a commencé la première fois dans un restaurant
13:17près des Champs-Elysées, rue de Pontieux.
13:20Je crois que c'était...
13:22Je ne me souviens plus du...
13:22Le bœuf sur le toit.
13:25Et comme d'habitude, on s'assoit, on est deux,
13:27on sortait du cinéma.
13:30Et c'était habituel.
13:31On se retrouve à 2, 4, 6, 8, 10, 12 à table.
13:36Au café, je vais payer discrètement l'édition pour lui et moi.
13:40Quand il se lève, tout le monde se lève.
13:42Et là, on voit le maître d'hôtel qui se précipite sur chacun.
13:44Messieurs, vous ne l'avez pas payé.
13:46Et il était mort de rire.
13:47Il me dit, c'est génial, on va continuer comme ça.
13:50On l'a fait pendant 6, 7 mois.
13:52Au bout de 7 mois, il m'a dit, j'en ai marre, je t'aime bien.
13:55Il m'a dit, en tête à tête avec toi, j'en ai marre.
13:58Il n'y avait plus personne.
14:00Et on a recommencé à payer pour qu'il ait de la compagnie.
14:03Et c'était le cycle qui repartait.
14:05Et d'ailleurs, autant il y a beaucoup de tendresse dans ce livre,
14:07autant vous avez la dent dure et on le comprend pour certains plus ou moins proches des musiciens
14:14qui se sont bien servis au profit de donner l'idée.
14:17Il est de rigueur pendant toutes les tournées.
14:19Je pense que les musiciens étaient invités le premier jour et le dernier jour dans la tournée.
14:25Et lui, souvent, il ne pouvait pas se retenir en plein milieu de la tournée.
14:28Je vous invite.
14:29Et là, l'addition, les gens ne prenaient pas ce qu'ils aimaient, c'était ce qu'il y avait
14:33de plus cher.
14:34Et la différence, je lui disais, mais ne dis rien, laisse les manger comme ils mangent d'habitude.
14:39Et puis à la fin, tu payes, on paye.
14:43Et puis tu leur dis, ce soir, vous êtes mes invités.
14:45Et la différence, c'était entre 1 et 10, le montant de l'addition.
14:50Ça en dit long sur la nature humaine, ce n'est pas très réjouissant.
14:53Non, non, ce n'est pas.
14:53Avec l'argent généreux aussi de sa personne, vous racontez un épisode qui est très révélateur.
14:59C'est un concert en Afrique du Sud qui m'a beaucoup amusé.
15:02Enfin, ce n'était pas drôle à l'époque, mais il a quand même joué avec un pied cassé.
15:05Oui.
15:06Le premier jour, il répète.
15:09C'était à l'époque de l'apartheid déjà.
15:11Oui.
15:12Il répète et tout se passe bien.
15:15Arrive le début du spectacle.
15:18Il est sous les projecteurs.
15:19Il commence à chanter.
15:20Et la première chanson, je le vois disparaître.
15:25Il y avait une fosse d'orchestre qu'ils avaient baissée pendant la répétition.
15:32Non, avant le début du spectacle.
15:33Et ça, nous, on ne l'avait pas vu.
15:35Et lui, comme il chante, il danse, il n'a rien vu.
15:38Il tombe et c'était assez profond.
15:40Je fais remonter la scène.
15:43Et il continue comme si de rien n'était.
15:45Et le spectacle était à l'époque en deux parties.
15:47Il remonte.
15:48La première partie, fou de rage, quel est l'imbécile qui a fait ça ?
15:52Tu ne pouvais pas voir.
15:53Après, il m'engueule, ce qui était normal.
15:54On arrive près de la loge.
15:56Il donne un grand coup de pied dans la porte de la loge.
15:59Il la défonce.
16:02Je lui enlève ses bottes.
16:04Et je vois le pied qui enfle.
16:05Il a mal.
16:08L'entraide dure 20 minutes.
16:09Il remet les bottes.
16:10Je lui remets les bottes.
16:11Il repart donc en scène.
16:13Et il est fou de colère parce qu'il a mal.
16:16Et je le vois, il boitille un peu.
16:18Il termine le spectacle.
16:20Et je l'emmène à l'hôpital.
16:22À l'hôpital, on s'aperçoit qu'il a le pied cassé.
16:25Et là, il le plâtre.
16:27On revient à l'hôtel.
16:29Et là, tout le monde, l'organisateur, les musiciens, moi, tout le monde est décomposé.
16:34C'est le premier jour.
16:35Il n'y a qu'une solution, c'est annuler la tournée.
16:39Et tout le monde fait la gueule.
16:41Et au bout d'un moment, lui dit, écoute, trouve-moi un cordonnier pour me cacher le plâtre.
16:49Et on va continuer.
16:50Son seul souci, c'était qu'on ne voit pas son plâtre.
16:52Et donc, on a mis une fausse pote par-dessus le plâtre.
16:55J'ai trouvé grâce au Sud-Africain une pote sur mesure.
17:00Et on a fait toute la tournée.
17:02Il y a trois semaines en Afrique du Sud.
17:04Et tous les jours, il fallait le ramener à l'hôpital parce que le plâtre n'avait pas le temps
17:07de sécher.
17:08Donc, il le cassait sur scène.
17:09Parce qu'en plus, je lui mettais un fauteuil au début.
17:12Il commençait à chanter assis.
17:14Je lui donnais des béquilles.
17:16J'enlevais le fauteuil.
17:17Au bout de 5-10 minutes, il jetait une béquille.
17:21Un quart d'heure après, il jetait l'autre.
17:22Et il se tenait au micro.
17:24Et puis, il commençait à faire comme s'il oubliait qu'il avait un plâtre.
17:28Peut-être que c'est ces années de danse classique.
17:30Non, mais on connaît beaucoup de danseuses qui dansent avec des pieds cassés.
17:33Peut-être que cette tournée redoutable a eu une incidence sur les problèmes de hanche qu'il a eu par
17:38la suite.
17:39Parce que si ça ne se remet pas bien, si c'est mal plâtré, et s'il faut chaque jour,
17:43pendant un mois, refaire le plâtre, mon Dieu.
17:45Non, on l'a refait.
17:46Il a été obligé d'annuler à l'époque.
17:49Les derniers jours, c'était à Lyon, quand on est rentré dans la rue du Sud.
17:52Et là, les professeurs lyonnais lui ont dit, si vous n'arrêtez pas...
17:56Mais il allait vraiment au bout du bout du...
17:59Ce que je trouve incroyable dans ce livre écrit avec Sacha et Jean, c'est que la première fois que
18:07j'ai rencontré Sacha, il m'a accepté chez lui.
18:10On a bu un café et il a commencé, mais tout de suite, j'ai commencé à lui dire, j
18:14'aimerais bien faire un livre.
18:16Oui, mais non, moi, je ne parle pas, etc.
18:18Et puis, tout d'un coup, il s'est mis à me raconter une première anecdote.
18:20Et tout en me racontant cette anecdote, il se lève, il fait le tour de la table, il passe derrière
18:25moi.
18:25Et sur ma gauche, il y avait quatre cartons remplis, mais remplis de dossiers, etc.
18:30Il prend un carton et il me raconte une anecdote.
18:32Alors oui, sur les Champs-Elysées, on s'est fait attraper par la police, on s'est cassé la figure
18:36avec un...
18:36Ils m'ont mis dans le cop, il y avait un networkman, la Coris, qui était avec nous.
18:41Et il pose le carton et là, il me balance la photo où il y a Johnny qui est comme
18:47ça contre l'entrée du fourgon.
18:49Et les flics essayent de le rentrer dedans et lui qui est en train d'arracher...
18:52Et en fait, à chaque fois qu'il m'a raconté une anecdote, il m'a sorti les documents, les
18:56photos inédites,
18:57et elles sont toutes dans ce livre.
18:58Et je trouvais ça incroyable.
18:59Pour moi, qui ai suivi Johnny depuis que je suis tout gamin, je me suis dit, là, j'arrive au
19:04bout de quelque chose
19:05et j'en étais presque ému d'entendre toutes ces anecdotes.
19:10Et c'est ça qui est agréable, c'est de partager en lisant les livres.
19:12Parmi les témoignages, il y a celui de Jean-Pierre Raffarin, grand fan de Johnny.
19:17Oui, alors on a ressorti une petite archive.
19:20La chanson préférée de Johnny.
19:24En tes cheveux s'étalent comme un soleil d'été, que ton oreiller ressemble au champ de blé,
19:27quand l'ombre et la lumière dessinent sur ton corps des montagnes, des forêts et des îles au trésor, que
19:32je t'aime.
19:33Ah oui.
19:34Alors si vous voulez, on a la vraie version, celle de Johnny.
19:37Enlevez la lumière, dessine sur ton corps des montagnes et des forêts.
19:48Et les îles au trésor, que je t'aime, que je t'aime, que je t'aime, que je t
20:01'aime, que je t'aime.
20:07Sacha, je crois que c'est votre chanson préférée.
20:10C'est l'une des chansons de mes chansons.
20:14Parce que c'est une chanson à l'île d'amour dédiée à Sylvie, pour Sylvie.
20:21C'est à l'époque qu'ils étaient fâchés et quand ils chantaient cette chanson, c'était pour elle.
20:25C'était...
20:28La présence de Sylvie Vertan, vous évoquez bien sûr toutes les femmes de sa vie, mais on sent indéniablement chez
20:35vous que la femme de sa vie, c'est Sylvie Vertan.
20:38C'était son amour de jeunesse, c'était la seule qui respectait, qui avait de l'ascendance sur lui et
20:45pas l'inverse.
20:47Donc, puis elle, elle vous aimait ou elle ne vous aimait pas, mais elle était entière, il n'y avait
20:51pas de compromissions ou de...
20:55Et puis, c'était la seule qui pouvait parler musique au niveau de...
20:58En plus, elle était à son égal, je veux dire, elle lui a fait des critiques, qu'il acceptait normalement,
21:05elle parlait le même langage que lui.
21:07C'est ça, elle utilisait les mêmes codes que lui et surtout les mêmes codes que de l'industrie musicale.
21:12Elle pouvait s'adresser à un ingénieur du son, un musicien, un mixeur ou un réalisateur et tout le monde
21:18la respectait parce que c'était une musicienne, une chanteuse.
21:21Et quand elle parlait à Johnny, elle n'avait pas peur de lui dire ce qu'il n'avait pas
21:24envie d'entendre.
21:25Et d'ailleurs, dans le livre, Sacha a récupéré des notes et manuscrites de Sylvie qui, après le premier concert
21:33à l'Olympia, lui décortiquent toute la chanson, tout le concert en lui disant
21:36« Ce premier titre, tu l'interprètes comme un has-been, celui-là regarde la salle, celle-là tu parles,
21:41là tu parles trop vite, tu vas trop vite. »
21:43Et c'est fou comment elle est, c'est une vraie professionnelle de la musique.
21:47Et on a l'impression qu'il y a une espèce d'ADN musicale parce que ce couple, en fait,
21:50a produit un garçon qui est devenu le compositeur.
21:54Et qu'il y a un garçon qui est le plus vendu de Johnny, n'est-ce pas, à 100%.
21:58Donc c'est un vrai compositeur, un vrai musicien, David.
22:04Et Sylvie, surtout, à cette époque, il faut juste savoir que, quand à l'étranger, c'était une star.
22:10Et quand Johnny allait avec Sylvie à l'étranger, on l'appelait, c'était le mari de Madame Vartan, c
22:16'était pas Johnny Hallyday.
22:17Il faut juste remettre...
22:19Il faut remettre dans le contexte qui était Sylvie Vartan.
22:22On comprend quand on parle d'idole qu'il avait besoin de souffler et que les Etats-Unis, c'était
22:27son...
22:27Ah, les Etats-Unis étaient inconnus, donc...
22:29Alors là, on a beaucoup parlé récemment de sa dernière tournée aux Etats-Unis, mais là, ce qu'on voit,
22:33c'est la première tournée aux Etats-Unis.
22:35Et là, c'était sacrément rock.
22:37Ça avait l'air d'être une drôle d'expédition.
22:39Oui, parce que du jour au lendemain, après avoir vu plusieurs fois Ayer et Rida, elle me dit, on va
22:43faire la même chose.
22:45Et avec un photographe de Salut les Copains, on fait préparer nos motos par Kawasaki.
22:51Et le jour du départ, il y a grève du fret à Air France.
22:55Normal.
22:55Donc, nos motos ne peuvent pas partir.
22:57On arrive à Los Angeles, on se fait prêter trois motos et on part, mais vraiment à l'aventure.
23:04Et il prend la carte des Etats-Unis et on va faire ça, ça, ça et ça.
23:09Au bout de trois semaines, quand on s'aperçoit que les Etats-Unis, c'est pas la France, je me
23:13dis, on a réduit.
23:14L'amplitude.
23:16C'était pas la même.
23:17Et puis, il nous est arrivé à des aventures pas possibles.
23:20Il a voulu prendre des petits chemins, donc on s'est retrouvés perdus dans le désert.
23:25Un soir, on a dormi une fois, je crois, dehors.
23:29À la Belle-Étoile.
23:30À la Belle-Étoile, pas prévu.
23:32Une autre nuit, on se retrouve toujours dans le désert, dans un hôtel tout pourri, où on n'a rien
23:38à manger.
23:40L'hôtel nous propose un oeuf dur et quatre biscuits pour nous trois.
23:45Donc, on était morts de faim.
23:48Et puis, un autre jour, on se retrouve dans une espèce de ville dédiée au cinéma, où on se met
23:55à voler, moi, un chapeau.
23:57Ah bah bravo !
23:59On ne savait pas, c'était abandonné.
24:00Donc, on a cru que c'était lui des cornes de buf pour mettre sur sa moto.
24:05Et le photographe avait prévu de faire, dans la Vallée de la Mort, une photo de Johnny en mécano, sous
24:12sa moto.
24:13Et on arrive en plein milieu, donc, de la Vallée de la Mort.
24:17Et moi, je tombe en panne avec un nouveau modèle de moto, impossible de réparer.
24:22Et ils m'ont traîné pendant 80 kilomètres, avec des ceinturons, avec ce qu'on pouvait.
24:28Mais il n'avait peur de rien, Johnny ?
24:30Ah non, à l'époque, non, oui.
24:31Mais ce qui est fou, c'est qu'ils envoyaient des cartes postales à leurs amis et à leur famille,
24:33en disant,
24:34« Ouah, c'est super le kiff ! »
24:35En fait, ils caillaient, ils avaient faim, c'était un peu courri, quoi.
24:40L'art de raconter des histoires.
24:41Le road trip, quoi, en fait.
24:43Le vrai road trip.
24:43L'art de raconter des histoires, c'est super le kiffin, c'est super le kiffin.
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