- il y a 4 mois
Dans cette séquence de L’Info du Vrai diffusée sur Canal+ le 15 décembre 2020, les journalistes reviennent sur le livre « Johnny et ses anges gardiens », un ouvrage qui lève le voile sur les coulisses de la vie du rocker. Témoignages, confidences et anecdotes inédites sur ceux qui ont veillé sur Johnny tout au long de sa carrière.
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00:00Laurent Lavige, merci d'être avec nous.
00:02Bonsoir.
00:03Vous êtes biographe, producteur, vous venez de publier Johnny Hallyday et ses anges gardiens,
00:07la vérité enfin révélée aux éditions Casa.
00:10Et vous vous êtes appuyé sur la mémoire vive d'un homme qui a très bien connu Johnny Hallyday, Sacha Roule.
00:16Bonsoir.
00:16Bonsoir, merci d'être avec nous.
00:18Vous avez été le secrétaire personnel de Johnny pendant plus de 15 ans,
00:22H24 comme on dit maintenant avec la star, autant dire que vous avez partagé son intimité comme peu d'autres.
00:27Vous avez écrit ce livre également avec Jean Basselin qui a lui aussi été son secrétaire personnel.
00:32Alors c'est un livre très abouti, c'est vraiment le cadeau, qu'on soit fan ou pas de Johnny d'ailleurs,
00:36parce que c'est vraiment toute une époque qu'on feuillette avec vous.
00:39Beaucoup de photos inédites, mais qu'est-ce que vous entendez par la vérité enfin révélée ?
00:45En fait, j'ai envie de rebondir sur le dernier disque de Johnny posthume là qui est sorti.
00:52Ils ont réouvert des tiroirs et puis ils vont en ouvrir d'autres.
00:55Il y aura d'autres chansons qui vont sortir de Johnny qui s'appellent Deux sortes d'hommes.
00:59Et en fait, pour moi, il y a une sorte d'homme qui croit connaître Johnny et qui en parle beaucoup.
01:05Et puis il y a celui qui connaît très très bien Johnny et qui en parle peu.
01:09Et à partir du moment où cette personne, j'arrive à la faire parler, forcément que toute vérité sera dite.
01:15Et je trouve qu'à travers ce livre, il y a des vérités que l'on ne connaît pas forcément autour de la vie de Johnny.
01:22Pas de la star, parce que la star, je pense que les gens connaissent la star.
01:26Mais surtout autour de l'homme, dans la coulisse, dans la cuisine.
01:30Et c'est là où, moi, pendant deux ans, j'ai couru après ce fantôme qui s'appelle Sacha Roule,
01:36grâce à Jean Basselin qu'on remercie.
01:37Et quand je l'ai rencontré, je me suis dit, wow, il y a un grand pan de l'histoire de la musique qui est en face de moi.
01:43Et j'étais ravi de le rencontrer.
01:45Alors racontez-nous comment a commencé votre histoire avec Johnny.
01:48On est dans les années 60, c'est ça ?
01:4966, la naissance de David.
01:53Un mois après sa naissance, Sylvie et Johnny reçoivent du courrier des menaces concernant David.
02:00Johnny répétait à l'Olympia.
02:01Et moi, à l'époque, je faisais des musicoramas au service d'ordre.
02:04Donc, où il y a eu des groupes comme les Beatles, les Stones.
02:09Et après ces menaces, Cocatrix me présente à Johnny.
02:13On lui demande à Sacha si peut-être il peut t'aider.
02:16Johnny me demande d'accompagner la nounou de David.
02:21On prend là d'une an ou deux par jour pendant un mois, juste pour rassurer Sylvie.
02:26Mais c'est l'enfant quasiment royal, à ce moment-là.
02:29C'est le fils de Tony Hallyday, Sylvie Vartan.
02:32C'est énorme.
02:32C'est l'enfant star.
02:33Comment ?
02:34C'est l'enfant star.
02:35C'est l'enfant star.
02:35J'ai d'abord refusé en lui disant que ce n'était pas mon job.
02:38Il fallait mieux prévenir la police.
02:40Il me dit non, non, ce n'est pas sérieux.
02:41C'est simplement pour rassurer Sylvie.
02:43Donc, j'ai accompagné David pendant quelques temps.
02:46Et puis après, quand il a vu que ça ne servait à rien, on a arrêté.
02:50Il m'a demandé de partir en tournée avec lui.
02:52J'ai refusé d'abord parce que je ne connaissais pas du tout, du tout ce monde.
02:56Il a insisté, il m'a dit, viens pour voir, tu m'accompagnes dans ton nez et tu verras si ça te plaît ou pas.
03:03Je suis parti, j'ai commencé à essayer de me rendre utile et il ne m'a plus lâché.
03:06Ça a duré près de 17 ans.
03:08Mais de quoi est-ce qu'il avait besoin, selon vous ?
03:09Qu'est-ce qu'il est allé chercher chez vous qui le rassurait ?
03:12Il voulait me récompenser au départ.
03:15Il avait comme secrétaire Tiki Holgado et comme administrateur.
03:19Oui, on a une photo avec Tiki Holgado, ça c'est marrant.
03:21On le voit en train de faire sa coiffure, d'ailleurs, Tiki Holgado.
03:24Jean-Pierre Bloch comme administrateur.
03:27Et moi, j'étais là, je ne servais à rien.
03:28J'ai essayé de me rendre utile.
03:30Et petit à petit, Tiki s'est dirigé vers la comédie, Bloch vers la politique.
03:35Et je suis resté tout seul.
03:36Et il ne m'a plus lâché.
03:38Donc, j'ai continué comme ça pendant près de 20 ans.
03:43Isabelle, vous avez eu l'occasion de croiser Johnny.
03:46Sur les plateaux de télé, bien sûr.
03:47Sur les plateaux de télé, Marité Gilbert Carpentier.
03:49Bien, évidemment.
03:50Mais sur Johnny, ce que j'aimerais dire, c'est que vraiment pour moi, en fait, en France,
03:54depuis 60 ans, il a consigné le mot idole, n'est-ce pas ?
03:58Parce que tous les autres artistes, quel que soit leur talent d'ailleurs,
04:03et même leur degré de notoriété, sont des vedettes.
04:05Il n'y a qu'une idole en France, c'est Johnny.
04:07Et il y a une dimension à la fois magique et tragique dans ce terme.
04:11Parce que c'est une déification païenne, n'est-ce pas ?
04:15Il a été élu, choisi par les foules en délire qui hurlent de bonheur devant lui.
04:20Et donc, quand vous êtes une idole, vous devez vous incarner tout au long de votre existence.
04:24Vous n'avez pas le choix, vous savez, je pense à Michael Jackson, je pense à Elvis Presley.
04:29En fait, ils sont presque prisonniers, plus que d'un destin, d'une destinée qui les dépasse
04:37et à laquelle ils ne peuvent bien évidemment pas échapper.
04:39C'était comment de travailler avec une idole ?
04:42Parce qu'il l'était déjà au moment où vous avez commencé à travailler pour lui.
04:46Il ne s'est jamais conduit comme une idole.
04:47Je crois que le seul qui ne savait pas qui il était, Johnny, c'était lui.
04:53Jamais il ne s'est pris au sérieux.
04:56Souvent, je lui disais, mais tu ne te rends pas compte de ce que tu es.
04:58Tu veux Johnny à l'idée ?
05:00Et non, il s'en moquait.
05:01Non, non, non, je suis comme toi.
05:02Il se conduisait comme monsieur tout le monde.
05:05C'est amusant, Gérard.
05:06Vous avez réagi.
05:07Ah oui, ça, c'est vrai.
05:08Oui, parce que je pensais à quelqu'un qui racontait que chaque fois,
05:11enfin, quand il rencontrait quelqu'un, il disait Johnny à l'idée,
05:14comme si on ne le connaissait pas.
05:15Ça m'avait frappé, ça, en me disant,
05:17oui, Johnny à l'idée, quoi.
05:21Mais c'est assez révélateur de ce que vous dites.
05:23Comme s'il était spectateur, en fait, de ce film incroyable.
05:27C'est Claude Pierre Bloch qui a participé au livre qu'on salue, d'ailleurs,
05:32avec Jean Baselin.
05:33Il nous raconte que Johnny étant Johnny à l'idée, quand même,
05:37quand ils allaient au cinéma et donc ils déclenchaient une émeute,
05:42eh bien, Johnny se plaçait dans la foule,
05:44enfin, dans la file d'attente pour attendre son tour.
05:47Et donc, ça déclenchait des émeutes.
05:48Et Claude Pierre Bloch, ou Sacha, lui disait,
05:50mais enfin, Johnny, on va rentrer.
05:52Il avait quand même forcément des caprices de stars.
05:55Non.
05:56Malheureusement, non.
05:57C'est vrai ?
05:58Ça m'aurait souvent arrangé, mais il ne voulait pas.
06:01Pourquoi est-ce que ça vous aurait arrangé ?
06:03Parce qu'on a facilité, justement, dans les attentes, dans les avions.
06:09Ça, il n'en voulait pas.
06:10Non, non, on fait comme tout le monde.
06:12Il se considérait vraiment comme monsieur tout le monde.
06:13Oui, c'était monsieur tout le monde.
06:14Sauf que ce monsieur tout le monde pouvait s'arrêter devant une boutique à moto
06:18et puis trouver une Bugatti et une Rolls-Royce
06:21et puis dire, tiens, Sacha, tu me les achètes.
06:24Et voilà, ça, c'est un petit caprice, quand même.
06:27Oui, voilà, on peut parler de ça.
06:29Ce qui vous a frappé, vous, Isabelle,
06:30c'est qu'il n'a pas eu le temps vraiment de rêver d'être une star.
06:33Il y a beaucoup de stars qui se programment.
06:36Mais lui, c'est arrivé très tôt, finalement.
06:37On est à une époque où chacun, c'était la fameuse phrase de Warhol,
06:40rêve de son quart d'heure de célébrité.
06:42Mais lui, il n'a même pas eu le temps de rêver de cette destinée
06:45puisqu'on l'a mis à l'âge de 5 ans sur scène, n'est-ce pas ?
06:47Sa cousine, des stars.
06:49Donc, il a gagné son premier cachet.
06:51Il avait 12 ans.
06:53Je raconterai une chose tout à fait étonnante.
06:56Vous savez certainement, monsieur, puisque...
06:58Mais racontez-le.
06:59Rien de sa vie, mais qu'il m'avait confié
07:00lorsque je l'avais reçu à Europe 1.
07:03Il a fait, donc, de la danse classique.
07:05On en parlera peut-être tout à l'heure.
07:06Lui, avant la rock'n'roll attitude, a fait quand même
07:098 années de danse classique.
07:10C'est incroyable.
07:11Vous savez qu'il a dansé sur la scène de l'Opéra de Paris
07:14avec Serge Lifard.
07:16Johnny, c'est pour ça que quand...
07:17Moi, je le découvre.
07:19On parle de la démarche féline et chaloupée de Johnny.
07:22Eh bien, avant qu'il ne prenne possession des scènes,
07:26les jambes bien écartées,
07:28les pieds enfoncés dans le sol comme ça,
07:30c'était quelqu'un qui faisait des exercices à la barre
07:33et des entrechats,
07:34et qui a dansé à l'Opéra Garnier
07:36avec Serge Lifard.
07:36incroyable.
07:37Mais pour dire qu'il y a eu toute une préparation
07:40avant qu'il ne soit élu si jeune,
07:44lorsqu'il a chanté « On m'appelle l'idole des jeunes »,
07:47donc il n'a pas eu le temps de se projeter.
07:49Les adultes autour de lui ont décidé de l'histoire
07:52et on l'a mis dans le train, en marche,
07:55et ça ne s'est plus jamais arrêté.
07:57Quand vous parlez d'idole et que vous évoquez Michael Jackson,
08:00il y a une scène que vous décrivez dans le livre
08:02qui est très drôle,
08:02où c'est Johnny qui a fait venir Michael Jackson
08:04au Parc des Princes.
08:05Alors, ça ne s'est pas passé comme ça.
08:07Racontez-le.
08:07C'est un jour Jean Basselin
08:09qui s'est occupé de Johnny de 89 à 91.
08:13Il est dans la voiture avec Johnny à côté
08:15et il remonte sur Paris.
08:16Il était à Marseille ou à Ramatuel
08:18et il remonte sur Paris.
08:19Et là, le téléphone sonne
08:20et c'est Jean-Claude Camus qui appelle Johnny
08:23et qui lui fait « Salut Johnny, comment tu vas ? »
08:24« Ça va bien. »
08:26« Voilà, j'ai la possibilité de faire venir
08:28Michael Jackson au Parc des Princes.
08:30Le problème, c'est qu'avec les associations
08:32à l'époque du Parc des Princes,
08:33impossible de faire des concerts.
08:35Est-ce que tu peux téléphoner à qui tu sais,
08:37à la mairie de Paris, pour débloquer l'affaire ? »
08:40Et Johnny lui dit « Ok, mais si je le fais,
08:42si tu le fais, tu prends 200 000
08:45et tu prends tes coproducteurs du spectacle. »
08:47« Ok, je te rappelle. »
08:49Il raccroche, il décroche.
08:51« Allô, la mairie de Paris, oui, bonjour.
08:53Je voudrais parler à M. Chirac. »
08:55« C'est qui ? » « C'est Johnny, ne quittez pas. »
08:57« Allô, Jacques. »
08:57« Ah, Johnny, comment ça va ? »
08:59« Voilà, on cherche deux dates
09:00pour Michael Jackson au Parc des Princes.
09:02Est-ce que telle date et telle date,
09:03est-ce que tu peux nous les débloquer ? »
09:05« Ok, Johnny, je te rappelle. »
09:06Un quart d'heure après, le téléphone.
09:08« Allô, Jacques, c'est Johnny, ça va ? »
09:10« Ouais, ça va. Et toi, ouais ? »
09:11« Bon, bah ok, c'est bon, vous avez les deux dates. »
09:14« Ok, merci. »
09:15Il décroche.
09:15« Allô, Jean-Claude Camus ? »
09:16« Ouais, c'est Johnny. »
09:17« Tu me dois 200 patates. » »
09:20Alors, 200 patates, on parle d'argent.
09:23Ce qui revient souvent dans vos témoignages,
09:25c'est de dire à quel point il était généreux
09:27à tous les niveaux, notamment au niveau de l'argent.
09:30Et ça vous a joué des taux,
09:31parce que vous étiez obligés de gérer.
09:33Oui, mais il était beaucoup plus généreux que ceux.
09:36Il y a une chose que je ne raconte pas,
09:39parce qu'il ne voulait pas qu'on le raconte.
09:42De temps en temps, il regardait son courrier,
09:45et dans les courriers, il y avait des demandes d'argent.
09:48Et il lui était arrivé de temps en temps en tournée,
09:50il ne disait rien à personne, j'étais le seul au courant.
09:54Il mettait de l'argent dans des enveloppes,
09:56et on s'arrêtait pendant la tournée,
09:59chez des gens dont il avait noté les adresses.
10:01Et il donnait, je ne savais pas combien il y avait d'argent,
10:05mais les enveloppes étaient bien garnies,
10:06il donnait ça à des familles.
10:08Mais son mot absolu, c'était d'interdire qu'on en parle.
10:11Je n'en ai jamais parlé avant aujourd'hui,
10:13parce qu'il ne voulait pas.
10:14Je respectais sa décision, mais ça allait jusque-là.
10:18Il était très, très généreux.
10:20Et cette générosité extraordinaire,
10:21il en a fait preuve avec son père.
10:23Parce que vous savez, on imagine toujours
10:24que la seule rencontre, elle a eu lieu, n'est-ce pas,
10:27devant la carrière, quand Johnny a fait son service militaire,
10:30c'était orchestré par la presse,
10:32mais il s'est occupé de son papa.
10:34Et j'ai appris une chose absolument incroyable.
10:37Son père, qui ne l'a jamais élevé,
10:39et qui avait une vie totalement dissolue,
10:41un jour, il l'avait retrouvé.
10:42Il l'avait emmené chez Cerruti
10:44pour lui faire faire sur mesure une garde-robe.
10:47Il lui avait pris un appartement.
10:50Une semaine s'écoule.
10:51Le père va chez Cerruti
10:52et demande à revendre l'intégralité
10:54de la garde-robe à...
10:5750% de ce qu'elle avait coûté.
11:00Donc, bien sûr, cette maison appelle Johnny,
11:02qui ne comprend pas.
11:03Et, en fait, il s'est toujours débrouillé,
11:06comme vous le dites, de façon tout à fait secrète,
11:09pour effacer les dettes de son père
11:11jusqu'à ce que celui-ci disparaisse.
11:13Ce qui est terrible, il faut imaginer,
11:14à la mort de son père en 89,
11:16son père a été enterré en Belgique,
11:19il était seul, Johnny.
11:21Johnny, il était seul à suivre ce cercueil.
11:24Il était seul avec Jean Baselin, justement,
11:25qui l'a accompagné.
11:26Donc, c'était incroyable.
11:28Dire que le père avait mis le feu à l'appartement.
11:31Voilà.
11:31Je n'ai pas osé le dire.
11:32Non, non, il avait mis le feu à l'appartement.
11:34Effectivement, on est allé chez Cerruti,
11:37donc tous les trois.
11:38Il l'a habillé des pieds à la tête
11:39et à plusieurs costumes.
11:42Il l'a vraiment habillé.
11:43Une garde-robe fantastique.
11:45Il a revendu tous les vêtements.
11:48Il a continué.
11:49Ensuite, il lui donnait de l'argent mensuellement.
11:52Voilà.
11:53Et ça n'avait pas de fin
11:56parce que son père, malheureusement, était alcoolique
11:57et il est revenu à ce qu'il était avant.
12:00Mais il s'en est quand même occupé.
12:01Il a essayé jusqu'au bout de l'aider.
12:05Et il dit qu'il lui a pardonné en suivant seul ce cercueil.
12:10Vous imaginez la scène
12:11parce que cet homme, adulé par les foules toute sa vie
12:15et cette solitude dans ce cimetière,
12:19enfin, il y a une symbolique tellement forte.
12:21Il avait beaucoup de monde tout le temps autour de lui.
12:23Est-ce que fondamentalement, il n'était pas seul ?
12:25Il était seul.
12:26Il pourrait être à 50 ou 100 personnes autour.
12:30Il était continuellement seul.
12:31tout le temps, tout le temps, tout le temps invité.
12:35Parce qu'il n'était pas dupe.
12:37Il voyait bien les gens qu'il aimait ou qu'il n'aimait pas.
12:40Les gens étaient là par, malheureusement,
12:41mais c'est un peu aussi de sa faute,
12:43par sa générosité qui devenait de la...
12:45Je ne sais pas comment dire...
12:46La candeur, la naïveté.
12:47La naïveté.
12:49Et il laissait faire, il laissait faire.
12:51Un jour, on était invités tous les deux à Saint-Tropez
12:54à une grande tablée.
12:56À la fin de l'édition, tout le monde s'en va.
13:00Ils se retrouvent à payer alors qu'on était invités.
13:01Ils se retrouvent à payer.
13:03Et il me dit, dorénavant, j'en ai marre.
13:07À partir d'aujourd'hui, je suis ton invité.
13:09C'est toi qui vas payer pour nous deux.
13:11Quand je dis toi, c'était bien sûr lui qui payait.
13:15Et on a commencé la première fois
13:17dans un restaurant près des Champs-Elysées,
13:19rue de Pontieux.
13:21Je crois que c'était...
13:22Je ne me souviens plus du...
13:23Le boeuf sur le toit.
13:23Et comme d'habitude, on s'assoit, on est deux,
13:28on sortait du cinéma.
13:29Et c'était habituel.
13:32On se retrouve à 2, 4, 6, 8, 10, 12 à table.
13:36Au café, je vais payer discrètement l'édition
13:38pour lui et moi.
13:40Quand il se lève, tout le monde se lève.
13:42Et là, on voit le maître d'hôtel
13:43qui se précipite sur chacun.
13:44Mais ceux, vous ne l'avez pas payé.
13:46Et il était mort de rire.
13:47Il me dit, c'est génial,
13:49on va continuer comme ça.
13:50On l'a fait pendant 6, 7 mois.
13:52Au bout de 7 mois, il m'a dit,
13:53j'en ai marre, je t'aime bien.
13:55Mais il m'a dit, en tête à tête avec toi,
13:57j'en ai marre.
13:58Il n'y avait plus personne.
14:00Et on a recommencé à payer
14:02pour qu'il ait de la compagnie.
14:03Et c'était le cycle qui repartait.
14:05Et d'ailleurs, autant il y a beaucoup
14:06de tendresse dans ce livre,
14:07autant vous avez la dent dure
14:09et on le comprend pour certains
14:11plus ou moins proches des musiciens
14:14qui se sont bien servis au profit
14:16de donner l'idée.
14:18Il est de rigueur pendant toutes les tournées,
14:19je pense, que les musiciens
14:21étaient invités le premier jour
14:23et le dernier jour dans les tournées.
14:25Et lui, souvent, il ne pouvait pas
14:26se retenir en plein milieu de la tournée.
14:29Je vous invite.
14:30Et là, l'addition, les gens ne prenaient pas
14:32ce qu'ils aimaient, c'était ce qu'il y avait
14:33de plus cher.
14:34Et la différence, je lui disais,
14:36mais ne dis rien, laisse les manger
14:38comme ils mangent d'habitude.
14:39Et puis à la fin, tu payes.
14:42On paye et puis tu leur dis,
14:44ce soir, vous êtes mes invités.
14:46Et la différence, c'était entre 1 et 10,
14:49le montant de l'addition.
14:50Ça en dit long sur la nature humaine,
14:52ce n'est pas très réjouissant.
14:53Non, non, ce n'est pas.
14:53Généreux, avec l'argent généreux aussi
14:54de sa personne.
14:56Vous racontez un épisode qui est très révélateur,
15:00c'est un concert en Afrique du Sud
15:01qui m'a beaucoup amusée,
15:02parce qu'il n'était pas drôle à l'époque,
15:04mais il a quand même joué avec un pied cassé.
15:05Oui.
15:06Le premier jour, il répète,
15:09c'était à l'époque de l'apartheid déjà.
15:11Il répète et tout se passe bien.
15:15Arrive le début du spectacle,
15:18il est sous les projecteurs,
15:20il commence à chanter.
15:20À la première chanson,
15:22je le vois disparaître.
15:26Il y avait une fosse d'orchestre
15:27qu'ils avaient baissée
15:28pendant le...
15:30Juste...
15:31Pendant la répétition.
15:32Non, avant le début du spectacle.
15:34Et ça, nous, on ne l'avait pas vu.
15:35Et lui, comme il chante, il danse,
15:37il n'a rien vu, il tombe
15:38et c'était assez profond.
15:39Je fais remonter la scène
15:42et il continue comme si de rien n'était.
15:45Et le spectacle était à l'époque en deux parties.
15:47Il remonte à la première partie.
15:50Foudrage, quel est l'imbécile qui a fait ça ?
15:52Tu ne pouvais pas voir.
15:53Enfin, il m'engueule, ce qui était normal.
15:55On arrive près de la loge,
15:56il donne un gros coup de pied
15:57dans la porte de la loge.
15:59Il la défonce.
16:00Je lui enlève ses bottes
16:03et je vois le pied qui enfle.
16:06Il a mal.
16:08L'entraque dure 20 minutes.
16:09Il remet les bottes.
16:10Je lui remets les bottes.
16:12Il repart donc en scène.
16:14Il est fou de colère
16:15parce qu'il a mal.
16:16Je le vois, il boitille un peu.
16:18Il termine le spectacle
16:19et je l'emmène à l'hôpital.
16:22À l'hôpital, on s'aperçoit
16:23qu'il a le pied cassé.
16:25Et là, il le plâtre.
16:27On revient à l'hôtel.
16:29Et là, tout le monde, l'organisateur,
16:31les musiciens,
16:33moi, tout le monde est décomposé.
16:34C'est le premier jour.
16:36Il n'y a qu'une solution,
16:37c'est annuler la tournée.
16:39Et tout le monde fait la gueule.
16:41Et au bout d'un moment,
16:42lui dit, écoute,
16:45trouve-moi un cordonnier
16:46pour me cacher le plâtre
16:49et on va continuer.
16:50Son seul souci, c'était
16:51qu'on ne voit pas son plâtre.
16:52Et donc, on a mis une fausse pâte
16:54par-dessus le plâtre.
16:55J'ai trouvé grâce au Sud-Africain
16:57une pâte sur mesure.
17:00Et on a fait toute la tournée.
17:02Il y a trois semaines
17:03en Afrique du Sud.
17:04Et tous les jours,
17:05il fallait le ramener à l'hôpital
17:06parce que le plâtre
17:06n'avait pas le temps de sécher.
17:08Donc, il le cassait sur scène
17:09parce qu'en plus,
17:10je lui mettais un fauteuil au début.
17:12Je commençais à chanter assis.
17:14Je lui donnais des béquilles.
17:16J'enlevais le fauteuil.
17:18Au bout de 5-10 minutes,
17:19il jetait une béquille.
17:21Un quart d'heure après,
17:22il jetait l'autre.
17:22Et il se tenait au micro.
17:24Et puis, il commençait à faire
17:25comme s'il oubliait
17:26qu'il avait un plâtre.
17:28Peut-être que ces années
17:29de danse classique...
17:30Non, mais on connaît
17:31beaucoup de danseuses
17:32qui dansent avec des pieds cassés.
17:33Peut-être que cette tournée redoutable
17:36a eu une incidence
17:37sur les problèmes de hanche
17:38qu'il a eus par la suite.
17:39Parce que si ça ne se remet pas bien,
17:41si c'est mal plâtré
17:42et s'il faut chaque jour
17:44pendant un mois refaire le plâtre...
17:45Mon Dieu !
17:45Non, on l'a refait.
17:46Il a été obligé d'annuler
17:48à l'époque.
17:49Les derniers jours,
17:50c'était à Lyon,
17:51quand on est rentré d'un prix du Sud.
17:52Et là, les professeurs lyonnais
17:54lui ont dit
17:54« Si vous n'arrêtez pas,
17:56votre jambe s'est fini... »
17:57Mais il allait vraiment
17:57au bout du bout du...
17:58Il a été jusqu'au bout.
17:59Ce que je trouve incroyable
18:01dans ce livre écrit
18:04avec Sacha et Jean,
18:06c'est que la première fois
18:07que j'ai rencontré Sacha,
18:09il m'a accepté chez lui.
18:10On a bu un café
18:11et il a commencé...
18:12Mais tout de suite...
18:13Donc, j'ai commencé à lui dire
18:14« J'aimerais bien faire un livre.
18:16Oui, mais non.
18:17Moi, je ne parle pas. »
18:17Et puis, tout d'un coup,
18:18il s'est mis à me raconter
18:19une première anecdote.
18:21Et tout en me racontant
18:21cette anecdote,
18:22il se lève,
18:23il fait le tour de la table,
18:24il passe derrière moi
18:25et sur ma gauche,
18:26il y avait quatre cartons
18:27remplis, mais remplis
18:28de dossiers, etc.
18:30Il prend un carton
18:31et il me raconte une anecdote.
18:32Alors oui,
18:32sur les Champs-Elysées,
18:33on s'est fait attraper
18:34par la police,
18:35on s'est cassé la figure
18:36avec un...
18:37Ils m'ont mis dans le cop.
18:38Il y avait un networkman
18:39à Coris qui était avec nous.
18:41Donc, il pose le carton
18:42et là, tout en...
18:42Et là, il me balance la photo
18:45où il y a Johnny
18:46qui est comme ça
18:47contre l'entrée du fourgon
18:49et les flics
18:50qui essayent de le rentrer dedans
18:51et lui qui est en train
18:51d'arracher...
18:53Et en fait,
18:53à chaque fois qu'il m'a raconté
18:54une anecdote,
18:55il m'a sorti les documents,
18:56les photos inédites
18:57et elles sont toutes
18:57dans ce livre.
18:58Elles sont toutes dans le livre.
18:58Et je trouvais ça incroyable
18:59pour moi qui ai suivi Johnny
19:01depuis que je suis tout gamin.
19:02Je me suis dit,
19:03là, j'arrive au bout
19:05de quelque chose
19:05et j'en étais presque ému
19:07d'entendre toutes ces anecdotes.
19:10Et c'est ça qui est agréable,
19:11c'est de partager
19:11en lisant les livres.
19:13Parmi les témoignages,
19:14il y a celui de Jean-Pierre Raffarin,
19:16grand fan de Johnny.
19:20La chanson préférée de Johnny.
19:24En tes cheveux s'étalent
19:25comme un soleil d'été
19:26que ton oreiller ressemble
19:27au char de blé
19:27quand l'ombre et la lumière
19:28dessinent sur ton corps
19:30des montagnes, des forêts
19:31et des îles au trésor
19:32que je t'aime.
19:33Ah oui.
19:34Alors si vous voulez,
19:35on a la vraie version,
19:35celle de Johnny.
19:36Quand l'ombre et la lumière
19:38dessinent sur ton corps
19:42des montagnes, des forêts
19:45et des îles au trésor
19:51que je t'aime
19:54que je t'aime
19:56que je t'aime
19:58que je t'aime
20:02Sacha, je crois que c'est
20:08votre chanson préférée.
20:11C'est l'une des chansons
20:12de mes chansons.
20:13Et elle vous aime encore.
20:14Parce que c'est une chanson
20:17à l'hymne d'amour dédiée à Sylvie.
20:21Pour Sylvie.
20:22A l'époque, il était fâché
20:23et quand il chantait cette chanson,
20:24c'était pour elle.
20:25La présence de Sylvie Vartan,
20:31vous évoquez bien sûr
20:32toutes les femmes de sa vie,
20:33mais on sent indéniablement
20:35chez vous que la femme de sa vie,
20:38c'est Sylvie Vartan.
20:38C'était son amour de jeunesse.
20:41C'était la seule qui respectait,
20:44qui avait de l'ascendance sur lui
20:45et pas l'inverse.
20:47Donc, et puis elle,
20:49elle vous aimait
20:49ou elle ne vous aimait pas,
20:51mais elle était entière.
20:51Il n'y avait pas de compromissions
20:53ou de...
20:55Et puis, c'était la seule
20:56qui pouvait parler musique
20:57au niveau de...
20:58En plus, elle était à son égal.
21:00Je veux dire,
21:01elle lui a fait des critiques,
21:02elle lui a fait des critiques
21:03et qu'il acceptait normalement.
21:06Elle parlait le même langage que lui.
21:08C'est ça.
21:08Elle utilisait les mêmes codes que lui
21:10et surtout les mêmes codes
21:11que de l'industrie musicale.
21:13Elle pouvait s'adresser
21:13à un ingénieur du son,
21:14un musicien,
21:15un mixeur
21:16ou un réalisateur
21:17et tout le monde la respectait
21:19parce que c'était une musicienne,
21:20une chanteuse
21:21et quand elle parlait à Johnny,
21:22elle n'avait pas peur
21:23de lui dire
21:23ce qu'il n'avait pas envie d'entendre.
21:25Et d'ailleurs,
21:25dans le livre,
21:27Sacha a récupéré
21:28des notes manuscrites
21:30de Sylvie
21:31qui, après le premier concert
21:33à l'Olympia,
21:34lui décortiquent
21:35toute la chanson,
21:36tout le concert
21:36en lui disant
21:37ce premier titre,
21:38tu l'interprètes
21:38comme un has-been,
21:39celui-là regarde la salle,
21:40celle-là tu parles,
21:41là tu parles trop vite,
21:42tu vas trop vite
21:43et tout est...
21:43Et c'est fou
21:44comment elle est...
21:45C'est une vraie professionnelle
21:46de la musique.
21:47Et on a l'impression
21:48qu'il y a une espèce
21:48d'ADN musical
21:49parce que ce couple
21:49en fait a produit
21:51un garçon
21:52qui est devenu
21:53le compositeur
21:54qui a...
21:55C'est le plus vendu
21:57de Johnny,
21:57n'est-ce pas ?
21:57100%.
21:58Donc c'est un vrai compositeur,
22:00un vrai musicien,
22:02David.
22:04Donc voilà.
22:05Et Sylvie,
22:05surtout à cette époque,
22:07il faut juste savoir
22:08que quand à l'étranger,
22:10c'était une star
22:10et quand Johnny
22:12allait avec Sylvie
22:13à l'étranger,
22:14on l'appelait,
22:15c'était le mari
22:15de Madame Vartan,
22:16ce n'était pas Johnny Hallyday.
22:17Mais il faut juste remettre...
22:18Il faut remettre dans le contexte
22:21qui était Sylvie Vartan.
22:22On comprend quand on parle
22:23d'idoles
22:24qu'il avait besoin
22:24de souffler
22:25et que les Etats-Unis
22:27c'était son...
22:27Ah, les Etats-Unis
22:28étaient inconnus.
22:29Alors là,
22:30on a beaucoup parlé récemment
22:31de sa dernière tournée
22:32aux Etats-Unis,
22:32mais là,
22:33ce qu'on voit,
22:34c'est la première tournée
22:35aux Etats-Unis.
22:36Et là,
22:36c'était sacrément rock.
22:37Ça avait l'air
22:37d'être une drôle d'expédition.
22:38Oui,
22:39parce que du jour au lendemain,
22:40après avoir vu plusieurs fois
22:41Heather Hallyday,
22:42on dit
22:43on va faire la même chose.
22:45Et avec un photographe
22:46de Salut les Copains,
22:48on fait préparer
22:49nos motos
22:50par Kawasaki
22:51et le jour du départ,
22:53il y a grève
22:53du fret à Air France.
22:55Normal.
22:55Donc nos motos
22:56ne peuvent pas partir.
22:57On arrive à Los Angeles,
22:59on se fait prêter
22:59trois motos
23:00et on part,
23:01mais vraiment à l'aventure.
23:04Et il prend la carte
23:06des Etats-Unis
23:06et on va faire ça,
23:08ça, ça et ça.
23:08Au bout de trois semaines,
23:10quand on s'aperçoit
23:11que les Etats-Unis,
23:11ce n'est pas la France,
23:12je me dis,
23:13on a réduit.
23:14L'amplitude.
23:16Ce n'était pas la même.
23:18Et puis,
23:18il nous est arrivé
23:18à des aventures,
23:19pas possible.
23:20Il a voulu prendre
23:21des petits chemins,
23:21donc on s'est retrouvés
23:22perdus dans le désert.
23:25Un soir,
23:26on a dormi une fois,
23:28je crois,
23:29dehors.
23:30À la Belle Étoile.
23:30À la Belle Étoile,
23:31pas prévu.
23:32Une autre nuit,
23:34on se retrouve
23:34toujours dans le désert,
23:36dans un hôtel tout pourri
23:37où on n'a rien à manger.
23:40L'hôtel nous propose,
23:41enfin,
23:41l'hôtel nous propose
23:42un oeuf dur
23:43et quatre biscuits
23:44pour nous trois.
23:45Donc,
23:46on était morts d'oeufs.
23:48Et puis,
23:48bon,
23:49un autre jour,
23:50on se retrouve
23:50dans une espèce
23:53de ville
23:54dédiée au cinéma
23:55où on se met
23:56à voler,
23:56moi,
23:56un chapeau,
23:57lui,
23:57un...
23:58Ah bah bravo !
23:59Bravo !
23:59On ne savait pas
24:00si c'était abandonné,
24:01donc on a cru que c'était...
24:02Lui,
24:03des cornes de buf
24:04pour mettre sur sa moto.
24:05et le photographe
24:07avait prévu
24:07de faire
24:08dans la vallée de la mort
24:10une photo
24:11de Johnny
24:11en mécano
24:12sous sa moto
24:13et on arrive
24:14en plein milieu
24:15de la vallée de la mort
24:17et moi,
24:18je tombe en panne
24:19avec un nouveau modèle
24:20de moto
24:20impossible de réparer
24:22et ils m'ont traîné
24:23pendant 80 kilomètres
24:25avec des ceinturons,
24:27avec ce qu'on pouvait.
24:29Mais il n'avait peur
24:29de rien,
24:29Johnny ?
24:30Ah non,
24:30à l'époque,
24:31non.
24:31Mais ce qui est fou,
24:32c'est qu'ils envoyaient
24:32des cartes postales
24:33à leurs amis
24:33et à leurs familles
24:34en disant
24:34c'est super le kiff.
24:35En fait,
24:36ils caillaient,
24:36ils avaient faim.
24:38C'était un peu pourri.
24:40L'art de raconter des histoires.
24:41Le road trip,
24:42le vrai road trip.
24:44Est-ce que ça se passe?
24:44Au revoir.
24:45Sous-titrage FR ?
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