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Plongez au cœur des zones de conflit avec Anne Nivat, reporter de guerre dont le courage et l'engagement forgent une carrière exceptionnelle. De la Tchétchénie à l'Afghanistan, elle partage son expérience viscérale du terrain, une immersion lente et profonde au plus près des populations.

Découvrez comment cette journaliste chevronnée a su s'adapter aux réalités locales, notamment en Tchétchénie, pour gagner la confiance et raconter les histoires des femmes et des hommes pris dans la tourmente. Sa quête d'immersion ne visait pas la guerre, mais la capacité à en sortir intacte.

Anne Nivat révèle l'importance cruciale de la lenteur et de l'observation attentive pour saisir l'essence des conflits. En vivant côte à côte avec ceux qu'elle interviewe, elle saisit les réalités brutes de la guerre : la dislocation des vies, la défaillance des infrastructures, et la résilience humaine.

Elle nous confie la difficulté du retour à une vie normale, le contraste saisissant avec l'"indifférence" de son pays. Les récits des personnes qu'elle a rencontrées, moins chanceuses, la rappellent à sa propre fortune et à la valeur de la vie.

Son parcours de reporter de guerre n'a pas brisé sa vie, mais l'a forgée, tout comme son caractère. La vigilance et le sang-froid, acquis au péril de sa vie, sont devenus ses meilleurs atouts, une leçon de vie apprise au contact de la guerre.

#ReporterDeGuerre #AnneNivat #Reportage #Conflits

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Transcription
00:00Je n'ai pas décidé d'être portaire de guerre, ça m'est tombé dessus.
00:03En fait, ce qui m'est tombé dessus, c'est qu'il y avait une guerre qui commençait.
00:06C'était en 1999, une guerre entre la Russie et la Tchétchénie.
00:12Et je suis rentrée dedans, je me suis plongée, je m'y suis immiscée.
00:15Et moi, mon problème après, c'était pas de rentrer dans la guerre, c'était d'en sortir.
00:19Les pays dans lesquels j'ai travaillé sont des pays dans lesquels on ne fait pas attention aux femmes.
00:24Grave erreur.
00:25Le premier jour où je suis arrivée en Tchétchénie, j'étais en pantalon, j'avais une veste, j'avais des
00:30chaussures de marche.
00:31Et il n'a pas fallu longtemps pour que je comprenne que si je continuais à être habillée comme ça,
00:35ça n'allait pas aller du tout.
00:36Parce que j'étais trop visible.
00:38C'est un pays musulman, une république musulmane de la Fédération de Russie.
00:42Donc elles sont en jupe, elles portent un foulard, elles cachent leurs cheveux.
00:47Et je me suis dit, il faut que je me mette comme elles pour pouvoir être vraiment en immersion dans
00:52la population
00:53et pouvoir me déplacer sans qu'on prête l'attention sur moi.
00:57Sur le terrain, pour moi, l'essentiel, c'est la lenteur.
01:01Alors je sais que ça peut paraître paradoxal dans le monde rapide dans lequel on est aujourd'hui,
01:04mais si on est trop pressé, on rate tout.
01:08Donc j'habitais chez les gens.
01:10J'étais donc confrontée aux mêmes difficultés qu'eux, parce que dans la guerre, il n'y a plus rien
01:14qui fonctionne.
01:15Il n'y a plus de transport, les enfants ne vont plus à l'école.
01:18Tout est disloqué.
01:19Et puis j'allais aussi avec les combattants, que ce soit en Tchétchénie, que ce soit en Irak, que ce
01:23soit en Afghanistan.
01:25Cette minorité qui fait la guerre, parce que c'est une minorité qui fait la guerre et une majorité qui
01:28la subit.
01:29Donc je passais constamment des uns aux autres pour essayer toujours de raconter leur histoire,
01:35sans prendre parti, sans être d'un côté ou de l'autre.
01:37Ce qui est compliqué, c'est quand on rentre, quand on rentre, justement, qu'on quitte la guerre et quand
01:42on revient dans son pays.
01:43Moi, quand je rentrais en France, j'avais l'impression d'être face à un mur d'indifférence.
01:46Et c'est quand j'écrivais que je me rendais compte de tout ce à quoi j'avais échappé, en
01:51fait.
01:52Mais je me disais que j'avais beaucoup de chance.
01:54Donc je ne me plaindrais jamais de cette charge mentale, parce que moi, j'ai eu la chance de quitter
01:59la guerre
01:59et de revenir ici, en France, où il n'y a pas de guerre.
02:02Les personnes sur qui j'ai écrit, elles n'avaient pas cette chance.
02:05Moi, les guerres que j'ai couvertes, elles n'ont pas brisé ma vie.
02:08Elles ont forgé ma carrière de reporter de guerre et forgé également mon caractère.
02:14Ce qui importe, c'est de garder son sang-froid.
02:17Et moi, je peux être capable de garder mon sang-froid et justement, dans des moments très dangereux,
02:23de ne pas le perdre, alors qu'au contraire, quand je suis dans le luxe,
02:28ce que j'appelle le luxe de ma vie confortable ici à Paris,
02:31m'énerver pour rien du tout, c'est-à-dire perdre mon sang-froid.
02:35Alors que dans la guerre, cette vigilance a cru et qui m'a aidée à rester vivante.
02:39En fait, c'est grâce à ça que je suis restée vivante.
02:40Si on la perd, cette vigilance, on est mort.
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