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  • há 15 horas
Depuis 2023, la grande banque Crédit Suisse n'existe plus. Comment cela a-t-il pu se produire ? "Cupidité et corruption : la chute du Crédit Suisse" révèle ce qui se cachait derrière son image respectable : une culture du haut risque, acceptant de lourdes pertes tant que les bonus suivent. Un documentaire qui retrace les causes de sa faillite.
Transcrição
00:00:11Le Crédit Suisse porte l'entière responsabilité de sa chute.
00:00:17Ce qui est triste, c'est que ça n'aurait pas dû en arriver là.
00:00:48C'est la fin d'un fleuron de la tradition bancaire suisse.
00:00:53Ils ont tout de même construit le Gothard et beaucoup de centrales en Suisse.
00:00:57Ils ont mis le marché financier sur pied.
00:01:00C'était une entreprise vraiment importante.
00:01:03Un compte bancaire suisse, c'est une expression que j'entendais déjà quand j'étais petite
00:01:08et qui a longtemps évoqué un endroit sûr où l'on épargne et on investit.
00:01:14Quand une crise de confiance survient et que tous les clients veulent récupérer leur argent,
00:01:19une banque doit fermer ses portes.
00:01:22C'est pour ça qu'une banque court toujours un gros risque.
00:01:27En finance, tout repose sur la gestion des risques.
00:01:31Et quand une institution est trop cupide,
00:01:34quand trop de collaborateurs font passer le profit avant la gestion des risques,
00:01:38on se retrouve dans une situation qui peut vite déraper.
00:01:43C'est un aspect de la culture d'entreprise qui se développait au sein de la banque depuis les années
00:01:4770,
00:01:48peut-être même déjà avant.
00:01:50On pensait avoir affaire à des gens responsables,
00:01:53et certains l'étaient, mais pas toujours à la tête de la banque.
00:01:58Ils devraient rendre l'argent, leurs bonus et tout le reste.
00:02:02Ils ont fait preuve de négligence et ont enfreint toutes les règles.
00:02:05Ça me met hors de moi.
00:02:13La culture d'entreprise du crédit suisse était irresponsable et destructrice.
00:02:19Pendant des décennies, la culture d'entreprise des managers au sommet
00:02:22consistait uniquement à assurer leur propre enrichissement.
00:02:26Pour comprendre comment un tel fleuron a pu sombrer sous l'effet de la cupidité et de la mégalomanie,
00:02:31il faut remonter aux années 70, à l'origine de cette culture.
00:02:50C'était une période heureuse, on vivait bien, on parlait de société d'abondance.
00:02:59Cheveux longs, pantalons oranges, chemises très colorées, cravates larges.
00:03:05C'est l'époque de Grease et de toutes ses comédies musicales, la grande époque des discothèques.
00:03:22Il y a 53 ans, j'ai effectué ma formation à la Créditeranstalt, SKA, le futur Crédit Suisse.
00:03:31Je l'ai terminé le 19 avril 1971.
00:03:35Je suis celui qui a travaillé dans cette banque le plus longtemps, 53 ans, à temps plein.
00:03:42Personne n'y est resté aussi longtemps, ni avant, ni évidemment après.
00:03:49Le charme de l'international fait partie du métier, c'est ça qui m'intéressait.
00:03:55La Suisse a profité de la Seconde Guerre mondiale.
00:03:58C'était le seul pays d'Europe à ne pas avoir été détruit.
00:04:01Et grâce au secret bancaire introduit dans les années 1930, elle a connu une belle croissance.
00:04:07Tout a commencé en 1867.
00:04:10Alfred Echer a fondé la banque pour financer le réseau ferroviaire à travers la Suisse,
00:04:14qui reliait ainsi le nord et le sud de l'Europe.
00:04:17Le tunnel du Gothard a été l'un de ses grands projets.
00:04:20Il régnait à l'époque un esprit de renouveau.
00:04:22On ouvrait filiale sur filiale, y compris à l'étranger.
00:04:25La banque n'arrêtait pas de s'agrandir.
00:04:28Ça a été l'une des places financières les plus prospères d'Europe.
00:04:40La succursale de Chiasso était la perle, la poule aux œufs d'or du groupe,
00:04:45parce qu'elle générait de l'argent sans fin.
00:04:50Quand le directeur de Chiasso se rendait à Zurich, on lui déroulait le tapis rouge.
00:04:55C'était le génie de la finance qui arrivait.
00:04:58Tout ce qu'il touchait se transformait en or.
00:05:02Courmeyer a longtemps été le meilleur responsable d'agence du crédit suisse.
00:05:06Il gagnait gros.
00:05:08Chaque employé de Chiasso rapportait trois fois plus d'argent que la moyenne.
00:05:13Pour l'estime de soi, c'est formidable d'être pendant des années la filiale numéro un sur les 57
00:05:19que la SKA avait à l'époque.
00:05:22Ses chefs et lui encaissaient un gros bonus année après année.
00:05:30Mais un jour...
00:05:47On se situe au moment charnière d'une longue histoire.
00:05:52Il s'agit d'une des banques les plus importantes de l'histoire de la Suisse.
00:05:56Mais cette histoire-là a très mal tourné.
00:06:00Elle est difficile à résumer, mais je vais essayer.
00:06:05À ce moment-là, j'étais procureur.
00:06:07Et un jour, je lis dans le journal...
00:06:12Il s'était ramassé sur dix lignes.
00:06:15Trois cadres supérieurs du crédit suisse de Chiasso suspendus.
00:06:20En tant que procureur, j'étais tenu de m'intéresser à la question.
00:06:25Pourquoi, du jour au lendemain, une grande banque suspend-t-elle trois cadres supérieurs d'un coup ?
00:06:34Alors, je prends mon téléphone et j'appelle Zurich.
00:06:38Je veux le compte-rendu de l'enquête interne.
00:06:41Je veux savoir ce qui vous a poussé à couper la tête de la succursale de Chiasso.
00:06:46Envoyez-moi des documents.
00:06:47Le compte-rendu d'enquête interne.
00:06:50Je ne l'ai jamais reçu.
00:06:53Ils n'ont jamais déposé de plainte pénale ni transmis de documents.
00:06:58C'était le jour de mon anniversaire, le 25 avril 1977.
00:07:05On s'est rendu sur place avec un gendarme, un agent de police et mon secrétaire.
00:07:09À l'époque, on était deux procureurs et un secrétaire.
00:07:13Ils nous ont fait entrer, on a examiné une foule de documents, etc., etc.
00:07:18Et on a découvert dans le bureau du directeur le dossier des garanties, un paquet comme ça.
00:07:24Il y en avait pour des centaines de millions.
00:07:27Le dimanche soir ou le lundi matin, j'ai rédigé un petit communiqué de presse
00:07:33qui expliquait pourquoi ils avaient été arrêtés et qu'elles étaient les chefs d'inculpation.
00:07:39Ça a fait l'effet d'une bombe.
00:07:41L'onde de choc a traversé toute la Suisse.
00:07:54J'ai commencé en 1977.
00:08:08Le journal a été lancé le 1er avril.
00:08:11Trois semaines plus tard, vers 20h30, on est en train de boucler
00:08:15quand un rédacteur vient me dire que SKR, l'ancien nom de la banque,
00:08:19a communiqué avoir subi une perte de 200 à 300 millions à Kiasso.
00:08:24J'appelle le directeur général.
00:08:26C'était l'intitulé du poste à l'époque.
00:08:29J'appelle donc Heinz Wouffli chez lui à Zolikon à 20h30.
00:08:33Personne n'avait jamais osé faire ça.
00:08:36Il décroche et semble surpris quand je lui en parle.
00:08:40Pour moi, il y avait quelque chose de louche derrière cette histoire.
00:08:43Il fallait la suivre.
00:08:48Si la direction de cette banque, la filiale de Kiasso, a réussi à amasser autant d'argent,
00:08:54c'est en grande partie grâce au boom économique que connaissait l'Italie.
00:08:58Elles se sont fait une fortune.
00:09:01Mais ils ont commis la pire erreur que puisse faire un banquier.
00:09:04La SKA avait émis des garanties écrites, affirmant que les investissements étaient sûrs,
00:09:09que le capital serait restitué, assorti d'un intérêt qui était à un taux très élevé.
00:09:20On offrait des investissements sûrs, à court terme.
00:09:24Les clients pouvaient venir récupérer leur argent quand ils voulaient.
00:09:28Mais qui avait émis les garanties ?
00:09:31Ce n'était pas la banque.
00:09:32C'était un établissement au Liechtenstein.
00:09:40Dans les années 70 et jusque dans les années 2000, donc en 30 ou 40 ans,
00:09:47quelques 100 000 sociétés ont été fondées au Liechtenstein, sans personnel ni bureau.
00:09:53Elles servaient uniquement à posséder un compte bancaire.
00:09:57Pour les avocats de Kiasso ou de Lugano, il était très facile de téléphoner à Vaduz et de dire
00:10:03« J'ai besoin d'une société. Tenez, personne ne contrôlait rien, ni à Vaduz, ni en Suisse. »
00:10:12Donc cet institut financier, qui s'appelait Texon, a été utilisé comme société écran.
00:10:17Une société poubelle.
00:10:22La banque payait avec l'argent des clients suivants.
00:10:25Un système à la Madoff, malheureusement mis en place au sein même d'une banque.
00:10:30Et quand la mécanique a cessé de tourner, le système a littéralement implosé.
00:10:54Nous avons 18 variétés de raisins.
00:10:58Après avoir quitté la banque, je me suis mis à la viticulture.
00:11:04Je n'avais aucune expérience.
00:11:06J'ai dû faire des essais, des tests, en espérant que ça se passe bien.
00:11:11Il a fallu beaucoup de patience et de détermination.
00:11:21L'un des trois directeurs de la succursale de Chiasso, Meinrad Perler, qui a été détenu deux semaines, est devenu
00:11:28notre informateur.
00:11:29Comme le fameux gorge profonde de l'affaire du Watergate.
00:11:32C'est lui qui nous a donné ces infos.
00:11:38J'ai passé 14 jours en prison.
00:11:43Parce qu'il pensait que j'étais coupable.
00:11:50Je n'avais personne pour m'aider à l'époque.
00:11:56Courmeyer était la vérité, et moi j'étais l'imbécile qui ne comprenait rien.
00:12:05J'étais persuadé que quelque chose clochait, mais je n'arrivais pas à savoir quoi exactement.
00:12:11Je n'ai jamais signé de document qui n'était pas clair.
00:12:17Lorsqu'une banque connaît un succès fulgurant, pour les contrôleurs internes, c'est un signal d'alarme.
00:12:22Le voyant rouge s'allume.
00:12:27À Zurich, personne ne m'a cru ni suivi.
00:12:32Ignoraient-ils vraiment ce qui se passait au dessein ?
00:12:36Il y a eu un contrôle.
00:12:39C'est pour ça que l'inspection, les contrôleurs, ont été dépêchés à Kiasso.
00:12:44Les contrôleurs sont arrivés de Zurich en train.
00:12:47Ils avaient voyagé deux heures et demie, trois heures, et à dix heures du matin, quand ils se sont présentés
00:12:52à la banque, ils étaient fatigués.
00:12:55On a pris l'ascenseur jusqu'au dernier étage, où nous attendait un majordome qui nous a accueillis avec un
00:13:01verre de champagne.
00:13:06Le patron de l'époque, celui qui a été condamné, nous a ensuite invités à manger dans un restaurant de
00:13:11l'autre côté de la rue.
00:13:15Bien sûr, il y avait du vin blanc, du vin rouge, de l'eau de vie et des cigares.
00:13:21À un moment donné, on a voulu retourner à la banque pour faire ce pour quoi on était venus.
00:13:27Ils étaient logés dans un superbe établissement, avec tout le confort.
00:13:32Le soir, en rentrant à l'hôtel, ils demandent leurs clés, et chacun monte dans sa chambre au deuxième ou
00:13:39au troisième étage.
00:13:40Ils ouvrent et trouvent une jolie fille dans le lit.
00:13:47Les contrôles étaient naturellement incomplets.
00:13:50Ils voulaient éviter qu'on voit les détails de leurs placements financiers illégaux.
00:13:59Bien sûr qu'ils étaient au courant à Zurich.
00:14:02Le Fisk leur disait, la concurrence leur disait, Perleur leur disait.
00:14:06Et ils auraient au moins dû le remarquer dans le sous-sol de la Paradeplatz,
00:14:10lorsqu'ils devaient imprimer des garanties pour la succursale de Chiasso.
00:14:15Ça a été difficile.
00:14:19Et ça l'est toujours.
00:14:22Les gens s'acharnent contre moi.
00:14:29Mais je suis fier d'avoir tout de même accompli quelque chose.
00:14:53Je suis allé à la banque le 1er avril 1977.
00:14:57A l'époque, j'étais le rédacteur économique du quotidien suisse NZZ, le Neue Zürcher Zeitung,
00:15:03et j'écrivais sur les banques.
00:15:07Je m'y suis rendu parce qu'il m'avait fait miroiter le poste d'économiste en chef.
00:15:12Deux semaines plus tard, le 14 avril 1977, la bombe éclatait.
00:15:17Autrement dit, le scandale Texon ou Chiasso, comme il a été appelé plus tard.
00:15:28Ça a provoqué un tollé au sein de la société suisse et à l'international.
00:15:34On avait toujours considéré que les banques suisses faisaient partie des plus sérieuses au monde.
00:15:56Le premier rapport faisait état d'une perte de 250 millions, alors qu'ils savaient qu'elle était bien plus
00:16:01élevée.
00:16:02Ils ont avoué 30 ans plus tard avoir perdu 5 milliards.
00:16:05Mais en 1977, ils n'avaient que 2,5 milliards de francs suisses en capitaux propres.
00:16:12La perte représentait donc le double de ces capitaux.
00:16:16En principe, le CS, le crédit suisse, était en faillite.
00:16:25Quand M. Wouffli a dû partir, on a cherché à le remplacer par quelqu'un de clean.
00:16:41Il revenait d'Amérique.
00:16:43Personne ne le connaissait.
00:16:45Il était très discret à l'époque.
00:16:49Il avait une personnalité très affirmée et selon moi un égo énorme.
00:16:55Mais c'est normal à un poste pareil.
00:16:59C'est quelques années plus tard que j'ai fait sa connaissance.
00:17:03Il sortait de nulle part.
00:17:07On voulait simplement du sang de l'œuf.
00:17:11Sa mission consistait d'abord à ramener le calme et à faire en sorte que ce genre de choses ne
00:17:17se reproduisent plus.
00:17:22Rainer Goethe n'avait aucune expérience en matière de gestion de crise dans ce domaine.
00:17:26Il avait toujours travaillé à l'étranger, en grande partie pour UBS.
00:17:32Cela a bien sûr donné à réfléchir à certaines personnes.
00:17:36Et voilà que c'est précisément lui qu'on charge de sortir la banque de la crise.
00:17:44Ils viennent d'essuyer un désastre financier.
00:17:47Ça va chercher dans les milliards de dollars.
00:17:49Un désastre aussi en termes d'image, car cette affaire a nuit à leur crédibilité en Suisse.
00:17:54Comment rebondir ?
00:17:56Les journalistes tenaient leur scoop que les lecteurs dévoraient.
00:18:02Dans le TAT, les gros titres jouaient sur le sigle.
00:18:07SKA comme scandale.
00:18:12C'est bien sûr dévastateur pour une banque.
00:18:15A l'époque, on n'avait pas de véritable service de communication professionnel au sein de la banque.
00:18:20Il existait un service de relations publiques,
00:18:23mais le rôle de son directeur se résumait à recevoir les journalistes au Savoy autour d'un bon repas
00:18:28et à leur dire « ça va aller, ça va aller »,
00:18:31pour qu'ils repartent rassurés et écrivent un article élogieux.
00:18:39Par la suite, la banque a constitué une cellule spéciale, une cellule de crise plutôt.
00:18:47Rainer Goethe m'a approché pour me demander de l'intégrer et de m'occuper de la communication avec la
00:18:52presse.
00:18:57Je venais du journalisme.
00:18:59J'avais travaillé à la NZZ et j'y connaissais très bien beaucoup de gens.
00:19:04Ils ont bien sûr commencé par descendre la banque en flèche.
00:19:09Puis, on a engagé un dialogue soutenu avec eux.
00:19:12Ils avaient une grosse influence sur les journaux.
00:19:21Nef a réussi à convaincre les journalistes que tout allait bien pour le Crédit Suisse.
00:19:30C'est comme ça qu'ils se tirent d'affaires.
00:19:33C'est le remède à bien des mots dans le monde de la banque.
00:19:36Ils font ce qu'ils veulent et ils s'en sortent.
00:19:40C'est lié au fait qu'ils ont beaucoup d'influence sur les plans politiques et économiques.
00:19:46Et au fait qu'il n'y a pas de force extérieure pour les arrêter.
00:19:53Plus on parlait de l'affaire, plus ils essayaient de nous mettre des bâtons dans les roues.
00:20:00Ils ont porté plainte contre moi, m'accusant d'avoir violé le secret bancaire.
00:20:04Mon collègue et moi avons été condamnés.
00:20:07Ils cherchaient à nous baïonner.
00:20:10Plus tard, mes supérieurs m'ont demandé d'être moins virulents.
00:20:13J'ai refusé.
00:20:15Alors ils m'ont dit, très bien, nous résilions votre contrat de travail d'un commun accord.
00:20:21J'ai rétorqué, non, pas d'un commun accord.
00:20:23Vous me virez, écrivez aussi, sans préavis.
00:20:26Et ils l'ont fait.
00:20:38Les belles paroles de la presse ne suffisent évidemment pas à combler le trou financier que Chiasso a laissé.
00:20:45Mais Rainer Goethe a une solution, la banque d'investissement.
00:21:03En tant que banquier d'investissement, quand vous travaillez à l'international,
00:21:08vous rencontrez généralement des gens qui ne connaissent rien au métier.
00:21:15Avec Rainer Goethe, c'était différent.
00:21:18Il connaissait le marché international, on pouvait discuter avec lui.
00:21:22C'était un avantage.
00:21:28Vous ne pouvez pas faire d'affaires avec quelqu'un qui se dédouane par la suite.
00:21:33Tout marché exige de la discipline.
00:21:36Sans quoi il ne peut pas fonctionner.
00:21:47Si vous voulez faire des affaires avec quelqu'un,
00:21:50il faut d'abord s'asseoir en face de lui.
00:21:53C'est incroyable tout ce que ça peut vous apprendre.
00:21:57Sa façon de s'habiller, de se comporter.
00:22:05Quand je suis arrivé en Suisse en 1970,
00:22:08je me disais, je vais avoir une vie formidable dans le meilleur pays du monde.
00:22:14Puis la Suisse a inventé le droit de timbre.
00:22:18Et en 1971, on était à Londres.
00:22:22Les activités de banques d'investissement du Crédit Suisse ont débuté à Londres.
00:22:27L'air était affreusement pollué.
00:22:29En 1977, quand Rainer Goethe est devenu PDG, il est venu à Londres pour se présenter.
00:22:36On était sur la même longueur d'onde en ce qui concerne le marché financier et la manière de le
00:22:41développer.
00:22:43Le Crédit Suisse avait une co-entreprise avec une autre banque,
00:22:46mais elle avait été rachetée par Morgan Stanley.
00:22:48Il leur a donc fallu chercher un nouveau partenariat et First Boston s'est imposé.
00:22:54La banque d'investissement la plus agressive d'Amérique.
00:22:58Ils ont formé une co-entreprise qui permettait surtout au Crédit Suisse d'avoir accès aux marchés internationaux.
00:23:05Ensemble, ils ont inventé les euro-obligations, une machine à cash qui a colmaté le gouffre de l'affaire Kiasso.
00:23:12Et First Boston ne se contentait pas de placer des euro-obligations à Londres.
00:23:16Ils plaçaient aussi des junk bonds à Wall Street.
00:23:23Les junk bonds sont des obligations qui comportent davantage de risques.
00:23:27On prête à quelqu'un qui n'est peut-être pas solvable ou qui a déjà beaucoup de dettes.
00:23:31Et pour compenser le risque de défaillance, on lui réclame des intérêts très élevés.
00:23:39Vers la fin des années 80, tout a explosé.
00:23:43First Boston a perdu gros avec une entreprise de matelas dans l'Ohio.
00:23:48Le Crédit Suisse a dû renflouer First Boston à plusieurs reprises.
00:23:52Les actionnaires n'ont pas apprécié, car le cours des actions CS en a souffert.
00:23:58Rainer Goethe, lui, trouvait ça super, parce qu'il se retrouvait avec de plus en plus de parts de First
00:24:02Boston.
00:24:04Vers 1990, cette banque était plus ou moins en faillite.
00:24:09First Boston a eu besoin d'aide pour s'en sortir.
00:24:15L'ennui, c'est que le Crédit Suisse ne pouvait pas être majoritaire, car à l'époque c'était interdit
00:24:21aux Etats-Unis.
00:24:23Selon la loi américaine à l'époque, il fallait séparer les banques d'investissement des banques commerciales.
00:24:29Ces deux banques ne pouvaient donc pas fusionner.
00:24:32On considérait que le risque était trop élevé.
00:24:35Rainer Goethe a eu recours à une astuce.
00:24:38Il a fait entrer un investisseur saoudien et a accordé au management une participation dans la banque.
00:24:45Officiellement, il était donc encore en minorité, même si de facto il gouvernait la banque.
00:24:50Quelques années plus tard, quand First Boston a de nouveau eu des ennuis, Rainer Goethe a géré la situation.
00:24:56Il est allé voir le ministre des Finances américain et lui a dit
00:24:59« Soit vous autorisez le Crédit Suisse à reprendre entièrement First Boston, soit une grande banque d'investissement américaine coule.
00:25:07»
00:25:08Résultat, CS a été la première banque du monde à obtenir l'autorisation de prendre le contrôle majoritaire d'une
00:25:14banque d'investissement.
00:25:16First Boston faisait désormais partie intégrante du Crédit Suisse.
00:25:20Ce n'était plus un partenaire à une co-entreprise.
00:25:23J'étais là lors des négociations finales.
00:25:25Une fois l'affaire conclue avec succès, on est retourné à l'aéroport dans une limousine extra longue.
00:25:32Il était assis devant moi, jambes écartées, un verre de champagne à la main, et il m'a dit
00:25:38« Monsieur Neff, notre seule limite, c'est le ciel. »
00:25:47En faisant cela, Rainer Goethe a hissé la culture d'entreprise du Crédit Suisse à un autre niveau.
00:25:53À la cupidité s'est ajoutée la mégalomanie.
00:26:03Le mur de Berlin était tombé, c'était ce qu'on a appelé la fin de l'histoire.
00:26:08La musique pop prend son essor, le consumérisme s'affirme, c'est aussi le début des ordinateurs personnels.
00:26:14« Ça a très bien commencé.
00:26:18Rainer Goethe m'a nommé PDG, même si j'étais le plus jeune de tous.
00:26:22On voulait gagner en puissance et battre UBS. »
00:26:31« Quand on veut être fort mondialement et acquérir des affaires, les gens demandent où on se situe sur le
00:26:38marché national.
00:26:40Il est important d'avoir une position forte dans son propre pays, idéalement d'être le numéro un. »
00:26:48Il y avait évidemment une concurrence énorme.
00:26:53La banque était trop petite au goût de Rainer Goethe, aussi bien à l'international qu'en Suisse, car il
00:26:59n'était que numéro trois.
00:27:00« Expansion et croissance étaient les maîtres mots. »
00:27:04Dans les années 90, le crédit suisse poursuivait une stratégie de consolidation nationale.
00:27:10Il a acheté plusieurs banques suisses, dont la plus ancienne.
00:27:13La Banque Loy pour 1,5 milliard.
00:27:17La Fox Bank pour 2,6 milliards.
00:27:20La Neue-Argauer Bank.
00:27:23Et la Banque Brésilienne Banco Garantia, 1 milliard.
00:27:27La Banque Oettinger à Paris.
00:27:28« Warburg, Winterthur pour 14 milliards. »
00:27:33En tout, ils ont investi au moins 20 milliards.
00:27:38Ils pensaient disposer ainsi d'un levier énorme pour gagner encore plus d'argent, car les actions peuvent rapporter gros.
00:27:45« Je lui ai demandé plus tard s'il pouvait me dire pourquoi il reprenait ses banques. »
00:27:52Il m'a répondu laconiquement « Je n'aurai plus jamais l'occasion d'acheter des biens aussi bons marchés.
00:28:02»
00:28:04« C'est humain. Quand il y a moyen de gagner beaucoup d'argent, peu de gens disent non merci.
00:28:15»
00:28:18« L'expression « Empire Building » décrit cette volonté des managers de se construire un empire en absorbant toujours
00:28:28plus d'entreprises de plus en plus grandes.
00:28:30Plus on gère d'actifs, plus on est quelqu'un d'important.
00:28:33Le but est d'être puissant, multiple, mondial, de sorte qu'on ne puisse pas vous laisser sombrer.
00:28:38« Alors si on peut le faire, on le fait. »
00:28:42Grandir à cette vitesse a des conséquences. Des scandales ont éclaté.
00:28:46Il y a également eu des scandales en Suisse.
00:28:49Ils ont perdu des sommes considérables en accordant des crédits hypothécaires surévalués.
00:28:54Ils ont aussi été largement impliqués dans l'affaire des comptes en déshérence.
00:29:00Le conflit avec la communauté juive aux États-Unis leur a coûté très cher.
00:29:07Ils ont eu des soucis en Russie.
00:29:10Au Japon, ils ont détruit des documents et perdu leur licence bancaire.
00:29:16Puis ils ont eu des problèmes en Suède, en Inde, en Angleterre.
00:29:21Et First Boston a eu maille à partir à maintes reprises avec les autorités américaines à cause de délits d
00:29:27'initiés et de conflits d'intérêts.
00:29:30Avec une politique de crédit impitoyable, ils ont conduit à la faillite de nombreuses PME qu'ils avaient rachetées à
00:29:36la Volksbank.
00:29:44Rainer Goethe a donc subi beaucoup de pression.
00:29:49Il a probablement fini par réaliser que dans le contexte international, le crédit suisse était encore trop petit malgré ses
00:29:56acquisitions au fil des années.
00:29:59Au final, c'est bien sûr l'ambition et un certain égo qui poussent à vouloir affirmer « je suis
00:30:05le chef de la plus grande banque ».
00:30:08Ceux qui refusent de l'admettre ne sont, à mon avis, pas très honnêtes.
00:30:15Rainer Goethe a ensuite passé ce fameux appel à M. Zenn, l'ancien patron de SBG, pour lui proposer la
00:30:20fusion.
00:30:25Sous la direction du crédit suisse, bien entendu.
00:30:28C'était le moment parfait pour devenir une grande banque qui a son mot à dire sur la scène internationale.
00:30:36Nikolaus Zenn l'a très mal pris.
00:30:38Il a adopté la stratégie classique pour faire échouer une reprise.
00:30:43L'appel de Rainer Goethe l'avait mis tellement hors de lui qu'il a tout révélé au Tagus Anzeiger.
00:30:52Rainer Goethe avait agi en solo et ça a jeté un froid.
00:30:59Quand on est son collaborateur le plus proche et qu'on découvre le matin à la radio cette tentative de
00:31:05reprise,
00:31:07on n'est pas vraiment ravi.
00:31:12Il s'est justifié en disant qu'il ne voulait pas m'impliquer parce qu'en cas de pépin, j
00:31:18'aurais été pénalisé.
00:31:22Mais la direction générale et la majeure partie du conseil d'administration n'étaient pas au courant.
00:31:28Et c'était révélateur d'une façon d'agir que je juge malsaine.
00:31:38Il était sûr de ce qu'il faisait.
00:31:43Il n'aimait pas qu'on soit trop bon.
00:31:46Et c'était sans doute le cas de Joe Ackerman qu'il voyait comme un rival.
00:31:50Il était très peu ouvert à la critique.
00:31:52Il voulait toujours avoir raison.
00:31:55Il ne supportait pas la contradiction.
00:31:58Il avait une certaine arrogance.
00:32:00Comme s'il était immortel et qu'il pouvait agir et décider à sa guise.
00:32:06Il se brouillait avec quiconque émettait un avis divergent.
00:32:20Quand Ackerman a réalisé qu'il n'avait aucune chance à côté de Goethe
00:32:24et très peu de soutien au CA, il est parti.
00:32:43Rainer Goethe suscitait de plus en plus de controverses, même au sein de la banque,
00:32:47à cause des réorganisations constantes avec le cabinet de conseil McKinsey.
00:32:52Il a même fait de son conseiller préféré de McKinsey, le nouveau PDG de Suisse-Ri.
00:32:59Ça a été la plus grosse erreur de Rainer Goethe.
00:33:09Lucas Müllemann était un manager très dynamique.
00:33:13L'inconvénient, c'est qu'il n'avait pas d'expérience dans le secteur bancaire.
00:33:18À l'époque, le Crédit Suisse voulait continuer à s'agrandir
00:33:22et il voulait une autre banque d'investissement aux Etats-Unis.
00:33:34Avec Lucas Müllemann, il y avait à la tête du groupe
00:33:37un management pétri de cupidité et de mégalomanie.
00:33:52Ça représentait autant d'argent que tous les autres achats des années 90 réunis.
00:34:00Ils avaient donc une immense banque d'investissement aux Etats-Unis
00:34:03qui ne survivait que grâce à quelques types intelligents
00:34:06qui concluaient d'énormes contrats.
00:34:09Ils n'ont pas pris Müllemann au sérieux.
00:34:11Dès qu'ils ont eu les 20 milliards, ils ont filé.
00:34:15Ces entreprises reposent sur une poignée de personnes.
00:34:18Sans elles, il ne reste que le nom.
00:34:20CS était une coquille vide.
00:34:23Dans les comptes, il valait 20 milliards de francs suisses,
00:34:26mais concrètement, il ne valait plus rien.
00:34:32Le contrat a durablement fragilisé l'ossature du Crédit Suisse.
00:34:36Herber Rückschlag für die Grossbank Crédit Suisse.
00:34:39Aktien der Crédit Suisse-Gruppe sinken immer tiefer.
00:34:42Crédit Suisse muss vor das zweite Quartal
00:34:44einen massiven Verlust von 579 Millionen Franken.
00:34:47In den letzten drei Monaten schrieb der Finanzkonzern
00:34:49einen Verlust von 800 Millionen Franken.
00:34:51Teurer als bisher vermutet ist vor allem
00:34:53die Expansion in den USA.
00:34:54Und ist das schlechte Abschneiden
00:34:56der Versicherungstochter Winterthur.
00:34:57Lukas Müllemann lenkt nicht an Rücktritt.
00:34:59Dramatische Kursverluste sind ein deutliches Zeichen,
00:35:02wie viel Vertrauen die Bank verspielt hat.
00:35:07Pendant tout ce temps,
00:35:09les pertes qu'ils ont essuyées
00:35:10ont à plusieurs reprises largement dépassé les gains.
00:35:15Et malgré tout,
00:35:16ils continuaient d'empocher leur fichu bonus.
00:35:20Ça ne tenait pas debout.
00:35:33Oswald Grubel est devenu PDG en 2003.
00:35:38Grubel a repris en 2003,
00:35:40après cette phase misérable
00:35:41avec les experts de McKinsey et Müllemann.
00:35:47Ces experts ne savaient rien
00:35:48du monde de la finance.
00:35:49Ils étaient tributaires
00:35:51de ce que les gens leur présentaient.
00:35:55Quand Grubel est arrivé,
00:35:56il les a licenciés.
00:35:58Il a dit qu'il connaissait la finance
00:36:00et qu'il n'avait pas besoin de conseiller.
00:36:02En faisant ça,
00:36:03il a réduit le premier poste de dépense.
00:36:06Je connaissais déjà tout
00:36:08et je tenais souvent
00:36:09de grosses réunions avec les employés.
00:36:15Je me souviens encore
00:36:16qu'il a fait venir toute la Suisse en bus
00:36:18dans le nouveau centre culturel de Zurich
00:36:21pendant plusieurs jours
00:36:22pour dévoiler ses stratégies
00:36:24et ses intentions.
00:36:26Je leur ai dit de profiter de cette réunion
00:36:28pour me poser toutes les questions
00:36:30qu'ils voulaient.
00:36:31Ça s'est avéré très utile.
00:36:34On ne peut réussir
00:36:36qu'en tant qu'entreprise
00:36:37dans son ensemble.
00:36:39Mais pour ça,
00:36:40les employés doivent faire confiance
00:36:41à leur direction.
00:36:43Sinon, c'est l'échec assuré.
00:36:46Il a remis de l'ordre
00:36:47après le fiasco de Mühleman et de Goethe.
00:36:49Il a vendu Winterthur
00:36:51et a remis la banque sur pied.
00:37:02Le crédit suisse va si bien aujourd'hui
00:37:05qu'il n'a plus besoin de moi.
00:37:07Quelqu'un de plus jeune
00:37:09peut me remplacer.
00:37:12Le conseil d'administration
00:37:14m'a demandé
00:37:15qui on devait prendre
00:37:16comme nouveau PDG.
00:37:17J'ai proposé Brady Duggan.
00:37:20Lui seul comprenait
00:37:21la banque d'investissement.
00:37:30Avec Brady Duggan,
00:37:31le groupe s'est doté
00:37:32d'un PDG
00:37:33qui avait fait ses classes
00:37:33auprès des banquiers
00:37:34d'investissement
00:37:35les plus audacieux.
00:37:38J'ai dit à Brady Duggan
00:37:39qu'on devait diminuer
00:37:40voire éliminer
00:37:41les prêts hypothécaires
00:37:42et les prêts à haut risque.
00:37:48Peu après la reprise
00:37:50par Duggan,
00:37:51le monde des banquiers
00:37:52a changé à jamais.
00:37:53C'était la crise
00:37:54de 2007-2009.
00:37:57De grandes banques
00:37:58se sont effondrées
00:37:59et ce dans le monde entier.
00:38:01Beaucoup ont eu
00:38:02des difficultés,
00:38:03certaines ont été renflouées,
00:38:05d'autres se sont écroulées.
00:38:06Il y a eu une récession mondiale
00:38:08et la Suisse
00:38:09n'y a pas échappé.
00:38:12On appelle ça
00:38:13un effet domino.
00:38:14Le système était si fragile.
00:38:17Les gouvernements
00:38:18du monde entier
00:38:19ont décidé
00:38:19de le sauver,
00:38:20ce système,
00:38:22car il menaçait
00:38:23de s'écrouler.
00:38:28Ça a été un sérieux coup dur
00:38:30pour UBS.
00:38:31Sa réputation
00:38:32en a gravement pâti.
00:38:33Se retrouver
00:38:34dans cette situation
00:38:35était embarrassant.
00:38:36Le Crédit Suisse
00:38:37a reproposé
00:38:37l'idée d'une fusion.
00:38:39UBS était d'accord.
00:38:40mais la FIMA,
00:38:41l'autorité de surveillance,
00:38:42a opposé son veto.
00:38:48Envers
00:38:49le Crédit Suisse,
00:38:51il n'y a pas besoin
00:38:51de la crise financière
00:38:53de la crise
00:38:54et de l'économie.
00:38:55Le Crédit Suisse
00:38:57doit augmenter
00:38:5710 milliards de francs.
00:38:59Nous avons
00:39:00un bon accès
00:39:01au capital privé
00:39:02sur la toute la monde.
00:39:04Pour combler le trou,
00:39:05le Crédit Suisse
00:39:07a de nouveau misé
00:39:08sur ses relations arabes
00:39:09comme avec First Boston.
00:39:11C'était une véritable farce.
00:39:13Le Crédit Suisse
00:39:14avançait de l'argent
00:39:15pour que les Qataris
00:39:16puissent acheter
00:39:17leurs actions
00:39:18et cela comptait
00:39:19comme fonds propres.
00:39:21Les Qataris
00:39:22en ont acheté
00:39:22pour 3,2 milliards.
00:39:24Le reste,
00:39:25c'était des obligations
00:39:26convertibles
00:39:26rémunérées à 9%.
00:39:30Le Crédit Suisse
00:39:31Le Crédit Suisse
00:39:31a eu des frais
00:39:32d'intérêt supplémentaires
00:39:33de plus de 600 millions
00:39:35de francs suisses
00:39:35par an.
00:39:37En dépit du soutien
00:39:38que les gouvernements
00:39:39ont apporté
00:39:40au système bancaire,
00:39:41il y a eu
00:39:42une grande récession,
00:39:43un chômage massif,
00:39:44une crise du logement
00:39:46qui a mis
00:39:46de nombreuses personnes
00:39:47à la rue
00:39:48suite à des saisies immobilières.
00:39:51Les gens ont souffert.
00:39:53Le monde entier
00:39:54a subi les conséquences
00:39:56de la crise financière
00:39:57mais en 2010,
00:39:58le Crédit Suisse
00:39:59a fait quelque chose
00:40:00qui a encore dépassé
00:40:01tout cela.
00:40:13On peut gagner beaucoup
00:40:15en agissant mal
00:40:16tant que cela
00:40:17ne se sait pas.
00:40:23Ajouté à son salaire normal,
00:40:25cela donne presque
00:40:26100 millions
00:40:27pour l'année 2010.
00:40:29On n'a pas encore
00:40:30une crise financière ?
00:40:31C'est une affliction
00:40:32de la même chose.
00:40:34J'ai acheté
00:40:35les actes
00:40:35très haut
00:40:36et tout auparavant.
00:40:39Freddy Duggan
00:40:40sera en train
00:40:40de bonnes mots
00:40:41et non de tâtes,
00:40:43non de sinker
00:40:43et de neuf
00:40:44et de neuf
00:40:45pas au cours
00:40:45de l'aktion.
00:40:46Quand on se dit
00:40:47les gouvernements
00:40:48se sont encore
00:40:49dans des gênes
00:40:49qui se sont
00:40:50pour les gens
00:40:52compréhensibles
00:40:53et cette question
00:40:54c'est sincronique.
00:40:56Cela a rien
00:40:56à faire.
00:40:58Cela me semble
00:40:58comme un
00:41:00selbstverständnis.
00:41:01Au printemps,
00:41:03après le versement
00:41:03des bonus,
00:41:04ils se déplacaient
00:41:05tous au volant
00:41:06des voitures
00:41:06les plus luxueuses
00:41:07et les plus rares.
00:41:08Brady Duggan
00:41:09a en 8 ans
00:41:10160 millions
00:41:11de francs.
00:41:12confedit.
00:41:16Boken,
00:41:16à Orgen,
00:41:17était notre
00:41:18centre de conférence.
00:41:20On y avait
00:41:21organisé
00:41:22un événement
00:41:22qui rassemblait
00:41:23tous les managers.
00:41:25Toute la direction
00:41:26de la relation
00:41:27client était là.
00:41:28On a appris
00:41:29que Duggan
00:41:30aussi était présent.
00:41:32On l'a vu passer
00:41:33à côté de nous
00:41:34pendant la pause
00:41:34en tenue de sport.
00:41:36En soi,
00:41:37c'est tout à fait
00:41:38acceptable,
00:41:39sauf qu'il nous a
00:41:40tous ignorés.
00:41:42Il n'a pas dit
00:41:43bonjour,
00:41:43n'a pas serré
00:41:44de main,
00:41:44rien.
00:41:45Il est juste
00:41:45passé à côté
00:41:46de nous.
00:41:47C'est tout à fait
00:41:48inapproprié.
00:41:50Urs Rohner
00:41:51était aussi
00:41:51un spécialiste
00:41:52du genre.
00:41:53Il a annoncé
00:41:54trois fois
00:41:55qu'il allait participer
00:41:56à la conférence
00:41:56de la direction,
00:41:57mais à chaque fois,
00:41:58il avait finalement
00:41:59plus important à faire
00:42:01et ne venait pas.
00:42:03Urs Rohner,
00:42:04neuer
00:42:04verwaltungsrat
00:42:05président
00:42:06de la Kritisvist.
00:42:07Il est juriste
00:42:08de formation.
00:42:08Il s'agit de
00:42:10l'honneur
00:42:37du
00:42:38Il incarne la culture des bonus démesurés.
00:42:43On a toujours critiqué leur mauvaise approche des bonus.
00:42:49Les banquiers touchent ce que le conseil d'administration décide de leur payer.
00:42:55C'est le CA qui décide combien ils valent.
00:42:59Et quand ils gonflent un salaire, ils doivent gonfler les autres aussi.
00:43:04Il n'y a pas de logique économique derrière ces salaires astronomiques.
00:43:09« Ce qui vous semble approprié ne me le semblera peut-être pas à moi. »
00:43:16De même qu'on n'a pas tous la même idée de ce qui est juste.
00:43:21En conséquence, chacun ne pensait plus qu'à son propre intérêt.
00:43:27Le système de rémunération est une des raisons principales pour lesquelles le Crédit Suisse a été régulièrement impliqué dans des
00:43:33scandales.
00:43:49Le Crédit Suisse était créatif.
00:43:51Il y régnait un esprit d'aventure, avec de nouveaux produits, de nouveaux marchés, de nouvelles solutions.
00:43:57C'était une banque innovante, une pionnière, contrairement à UBS et son style militaire.
00:44:03Dans notre secteur, on était les dieux, ceux qui savaient et qui voyaient tout.
00:44:08À chaque rapport trimestriel, on s'efforçait de rendre les chiffres plus flatteurs.
00:44:13Tous les ans, les bonus augmentaient.
00:44:15Comment une banque qui avait subi autant de pertes et qui devait payer autant d'amendes pouvait-elle encore verser
00:44:21des bonus ?
00:44:28La vérité, c'est qu'il se passait beaucoup de choses en coulisses dont personne ne savait rien.
00:44:35Si les chiffres sont mauvais, il suffit de les changer.
00:44:39C'est ce qu'on faisait.
00:44:40Ce qui importait, c'était que les chiffres du trimestre soient bons.
00:44:44Le prochain trimestre était très loin.
00:44:47Toute la banque fonctionnait comme ça.
00:44:48On voulait rendre nos chiffres aussi attractifs que possible pour les investisseurs.
00:44:52Et pour ça, il y avait entre autres les rémunérations différées.
00:44:56Disons que vous avez un bonus d'un million cette année.
00:44:59Vous recevez 20% de cette somme maintenant et les 80% restants n'apparaîtront que sur les prochains bilans
00:45:05pour que les chiffres de cette année soient meilleurs.
00:45:07Ainsi, on persuadait analystes et investisseurs externes que le Crédit Suisse faisait de bonnes affaires.
00:45:13Idem pour les nouveaux actifs nets.
00:45:15Quand ils sont positifs, c'est qu'on a plus d'entrées que de sorties.
00:45:19Les clients confient leur argent, ils font confiance à la banque.
00:45:23Imaginons qu'un client obtienne un prêt de 100 000 francs.
00:45:26Les comptables trafiquent ce chiffre.
00:45:28Le client reçoit 100 000, mais en apparence, il investit cet argent.
00:45:32Si vous vous débrouillez bien, cet argent semblera faire partie des nouveaux actifs nets, même si en réalité, on l
00:45:38'a prêté au client.
00:45:39Vous comprenez ? Le groupe avait un service chargé des risques réputationnels et un comité d'éthique.
00:45:45Ils étudiaient les transactions et les nouveaux clients difficiles.
00:45:49Mais si le focus ne porte que sur le trimestre suivant, alors on trouve des justifications.
00:45:54Un exemple.
00:45:55Investir dans le charbon en Chine peut fortement nuire à la réputation.
00:45:59Mais si on ne le fait pas, quelqu'un d'autre aura le contrat, alors on trouve des justifications.
00:46:03Comme la Chine doit se développer elle aussi.
00:46:06Les Chinois ont besoin d'énergie.
00:46:08On ajoute des garanties, on réduit les risques.
00:46:11On prépare un discours capable de convaincre le comité d'éthique.
00:46:14On cache certains faits, on en souligne d'autres et ça passe.
00:46:19Il y avait une sorte d'énergie criminelle dans cette recherche d'arguments fallacieux.
00:46:23L'important, c'était les contrats.
00:46:26Nos actions étaient dictées par les primes.
00:46:43On savait qu'à cause du différent fiscal, les Etats-Unis allaient exiger un sacrifice majeur.
00:46:49Avec Duggan, impossible de prendre un nouveau départ.
00:46:53Ronner voulait donc s'en débarrasser.
00:47:00Il savait qu'il n'aurait qu'une seule occasion de nommer un PDG pendant sa présidence du CA.
00:47:06À la surprise générale...
00:47:13Il a nommé Tiam.
00:47:23Tout le monde a vu en lui l'Obama de Zurich.
00:47:26Il a porté de l'espoir.
00:47:28Il s'est montré aux célébrations traditionnelles zuricoises.
00:47:30Il a imposé une augmentation de capital, d'évaluer la participation dans DLJ.
00:47:35Il a déclaré vouloir réduire les activités de la banque d'investissement
00:47:39et rendre à la Suisse l'ancien Crédit Suisse.
00:47:43Tijan Tiam est une superstar de la finance.
00:47:45Il fait partie des rares personnalités connues en dehors du milieu financier.
00:47:50C'est quelqu'un de flamboyant.
00:47:51Il porte des costumes chers.
00:47:52C'est perçu comme un changement important,
00:47:55car avec lui, le Crédit Suisse introduit dans ses rangs un homme à la notoriété internationale.
00:48:00Ronner était le président du CA, Tiam, le PDG,
00:48:04et Iqbal Khan, le chef de la gestion de fortune internationale.
00:48:09Il était aussi vu comme le successeur logique de Tiam.
00:48:12C'était deux grandes personnalités,
00:48:14et les gens pensaient qu'au moment de passer les rênes,
00:48:17Iqbal serait le candidat tout désigné.
00:48:23Tiam n'avait clairement aucune vision pour la banque
00:48:25et ne connaissait rien à la banque d'investissement.
00:48:30On peut, dans une certaine mesure,
00:48:32devenir directeur d'une banque sans comprendre la banque.
00:48:35Mais en situation de crise, on est perdu.
00:48:40Je suis très fier que je peux comprendre tout ce que la banque d'investissement fait.
00:48:45Je pense qu'il y a plus dans la vie, dans la carrière de 28 ans,
00:48:49que vous pouvez lire d'un résumé.
00:48:53C'est un vrai narcissique, à la Napoléon.
00:48:57Il voulait être un César.
00:49:00Avec son cercle rapproché, ils évoluaient dans leur propre monde.
00:49:05Ils n'inspiraient confiance à personne et n'avaient confiance en personne.
00:49:08Et nul n'a jamais pu entrer dans leur cercle.
00:49:12En coulisses, il y avait une rivalité entre Tijam Tiam et Iqbal Khan.
00:49:27Puis est survenu le scandale qui a achevé de détruire la culture interne de l'entreprise.
00:49:33L'affaire Spygate.
00:49:40Le Crédit Suisse a mandaté des détectives privés pour surveiller Iqbal Khan.
00:49:48Desanctis a été le déclencheur.
00:49:50Il était à la tête de la banque privée en Europe et il était très ambitieux.
00:49:55Il voulait faire carrière et convoitait le poste d'Iqbal.
00:49:58Iqbal voulait le poste de Tiam et Tiam voulait celui de Rahner.
00:50:03Une rumeur circulait disant que Tiam menait une vie de débauche.
00:50:07Desanctis disaient savoir comment Tiam se comportait dans les clubs à Londres, qu'ils s'entouraient de femmes, etc.
00:50:13Alors Tiam a voulu licencier desanctis.
00:50:16Khan a refusé.
00:50:18C'est comme ça que l'affaire Spygate a commencé.
00:50:21Un week-end de l'été 2019, Iqbal roulait avec sa famille dans Zurich quand il a remarqué qu'une
00:50:28voiture les suivait.
00:50:30Ça a éveillé ses soupçons.
00:50:33L'incident a éclaté à une centaine de mètres d'ici.
00:50:38Iqbal et sa famille s'étaient mis à courir dans les rues, suivis par les détectives privés.
00:50:43Ça s'est terminé par une confrontation.
00:50:46Il les a confrontés et ils se sont retirés.
00:50:48C'est parti.
00:51:02C'est parti.
00:51:06C'est parti.
00:51:19C'est cette culture du rejet de la responsabilité.
00:51:25du refus d'assumer les responsabilités, du déni jusqu'au bout.
00:51:38Ils ont tout nié, comme à Kiasso, comme pour le différent fiscal.
00:51:42Ils n'ont avoué que ce qui était déjà évident.
00:51:45Il est plus difficile de trouver un scandale dans lequel le crédit suisse n'était pas impliqué
00:51:54que l'inverse.
00:51:59Il était mêlé à presque tous les scandales.
00:52:03Le scandale le plus dévastateur du crédit suisse sur le plan humain
00:52:06est celui qui a plongé tout un pays dans la misère
00:52:10à cause de la cupidité de quelques managers.
00:52:40La pêche chinoise
00:52:42Pour nous, c'est lent comme les mouvements d'un caméléon.
00:52:47Ici, il n'y a pas beaucoup de poissons en hiver,
00:52:51moins qu'en été.
00:52:57Mais j'arrive à pêcher suffisamment pour nourrir ma famille.
00:53:12Ce bateau est conçu pour pêcher des crevettes.
00:53:18Des thons.
00:53:21Il n'y en a quasiment pas par ici.
00:53:31Quand on parle des problèmes du crédit suisse,
00:53:33ça concerne généralement des gens riches qui perdent de l'argent,
00:53:36des banques qui perdent des actionnaires,
00:53:38ou des actionnaires qui perdent de l'argent.
00:53:40Mais l'affaire des tuna bonds,
00:53:42ses obligations liées à la pêche au thon,
00:53:44a eu des conséquences autrement tragiques.
00:53:46Et ce, à cause d'une poignée de banquiers du crédit suisse.
00:53:53Le Mozambique est l'un des pays les plus pauvres du monde.
00:53:56Il est à l'extrême sud du continent africain
00:53:58et il fait partie des régions qui sont passées à la trappe
00:54:01quand on a investi en Afrique à cette époque-là.
00:54:05C'est pourquoi le Mozambique est si dépendant du FMI.
00:54:10Avec d'autres organisations internationales,
00:54:12le FMI finance une grande partie du budget de l'État.
00:54:19Le Mozambique est un pays pauvre en termes de développement,
00:54:23mais il dispose de beaucoup de ressources naturelles.
00:54:28L'ennui, c'est que ces ressources ne sont pas synonymes d'argent ou de richesse.
00:54:33Ce sont juste des ressources.
00:54:35Il faut aller les chercher dans le sol ou dans les profondeurs de la mer,
00:54:38comme le gaz.
00:54:42Vers 2010-2011,
00:54:44on a découvert d'immenses réserves de gaz.
00:54:50Tout le monde disait que ça changerait le destin du Mozambique,
00:54:53qu'on serait riche.
00:54:55Ce gaz a été découvert dans le nord,
00:54:57dans la province de Cabo Delgado,
00:54:59une des régions les plus pauvres du Mozambique
00:55:02qui possède une côte très longue et vulnérable.
00:55:07La côte fait plus de 2000 kilomètres de long.
00:55:10Nous n'avons pas de flotte capable de la protéger.
00:55:37Ce qui s'est passé,
00:55:39c'est que divers acteurs du monde des affaires
00:55:42ont travaillé avec les autorités mozambicaines
00:55:45à l'élaboration d'un projet
00:55:47destiné à garantir la sûreté du pays.
00:55:55Le Crédit Suisse est arrivé avec Previnvest.
00:55:59Previnvest, une entreprise de construction navale,
00:56:02a proposé au Mozambique de renforcer la sécurité maritime
00:56:05avec des équipements tels que des radars, des bateaux
00:56:09et tout le nécessaire pour protéger le gaz.
00:56:13Les intermédiaires, les banquiers qui ont fourni l'argent,
00:56:16ont commencé à se servir
00:56:17et nombre de responsables politiques locaux en ont fait autant.
00:56:22Le montant initial du projet était de 300 millions de dollars.
00:56:26Ils ont dû y ajouter 50 millions pour les pots de vin.
00:56:29Et quand ils ont réalisé que c'était possible,
00:56:34ils ont fait passer le projet de 300 à 800 millions.
00:56:40Puis ils ont monté un deuxième projet pour les tons.
00:56:43Et ils ont dit,
00:56:45écoutez, on vous propose de déployer 24 tonniers.
00:56:49Ces bateaux seront équipés de matériel militaire
00:56:51pour soutenir le premier projet.
00:56:55C'est comme ça qu'ils ont remporté l'adhésion des autorités de sécurité.
00:56:59Sauf qu'en réalité, il n'y a presque pas de thon ici.
00:57:03Au Mozambique, on pêche avant tout des crevettes.
00:57:07Mais injecter davantage d'argent dans l'opération
00:57:09revenait à multiplier les pots de vin.
00:57:11Puis il y a même eu un troisième projet.
00:57:14Au final, le Mozambique a contracté des crédits
00:57:17à hauteur de 2 milliards de dollars.
00:57:19Ces prêts ont été couverts par des garanties d'État.
00:57:22Tout ça avec un PIB de 600 dollars par habitant.
00:57:26Dans cette opération, la cupidité s'est alliée à la stupidité.
00:57:30Ils ont morcelé ces crédits
00:57:31et les ont vendus aux États-Unis
00:57:33sous le nom de tuna bonds, les obligations du thon.
00:57:36Ça leur a valu d'importants démêlés avec la justice.
00:57:43Des révélations ont commencé à fuiter à travers le monde.
00:57:47Et des preuves ont émergé.
00:57:53Selon l'accord conclu entre le FMI et le Mozambique,
00:57:57le FMI devait être informé des emprunts.
00:58:00Cette clause, le crédit suisse l'a supprimé du contrat.
00:58:09La communauté de bailleurs de fonds
00:58:11qui soutenait le budget de l'État
00:58:13à hauteur de 500 millions de dollars en moyenne
00:58:15a immédiatement gelé les financements.
00:58:19Quand on prête de l'argent,
00:58:21le devoir de vigilance s'applique.
00:58:23Une enquête aurait dû être menée
00:58:24pour évaluer le risque d'un tel prêt pour le pays.
00:58:28Si le crédit suisse avait mené cette enquête,
00:58:31ils auraient remarqué que le Mozambique
00:58:33n'était pas en mesure de rembourser le prêt.
00:58:37Ils savaient.
00:58:38Le département des risques,
00:58:40le service conformité,
00:58:42le comité d'éthique,
00:58:43ils ont tous laissé faire.
00:59:04Ils ont quand même accordé les prêts
00:59:07parce que les personnes à la tête du crédit suisse
00:59:10étaient corrompues.
00:59:12Elles profitaient personnellement de ce contrat.
00:59:16Le budget d'éthique,
00:59:18ce qui est en mesure de la Florian
00:59:18de l'Étique,
00:59:19ce qui est en mesure de l'État
00:59:21d'un accordé,
00:59:21c'est qu'on peut être en mesure.
00:59:25Mais c'est important,
00:59:28c'est qu'on doit être en mesure
00:59:29de l'éthique,
00:59:31ce qu'on doit être en mesure
00:59:32de l'État
00:59:32avant que les personnes
00:59:33ne soient pas réglées.
00:59:48Nos démocraties peuvent profiter des bénéfices qui se font au détriment des habitants des
00:59:53pays en développement. Malheureusement, une partie du système financier international
00:59:58consiste à exploiter les ressources de ces pays.
01:00:07Le scandale des Tuna Bonds a eu d'autres conséquences au Mozambique.
01:00:13« Notre monnaie, le médical, a chuté avec l'inflation. Le poids de la dette a pesé lourdement
01:00:25sur les épaules des citoyens. »
01:00:29« Ainsi, l'un des pays les plus pauvres au monde s'est retrouvé avec une dette énorme
01:00:33qui générait beaucoup d'intérêt. Au final, cette affaire a coûté quelque chose comme
01:00:3911 milliards de dollars à ce petit pays déjà en difficulté. »
01:00:44« L'État islamique a profité de la fragilisation du pays pour attaquer au nord près de Cabo
01:00:48Delgado. »
01:01:01« Il y a un lien direct entre l'affaire des Tuna Bonds, l'immense souffrance du pays
01:01:07et la menace terroriste dans le nord. Ça a dégénéré en guerre civile. »
01:01:13« On estime qu'environ 2 millions de personnes ont été plongées dans la pauvreté à cause
01:01:37des agissements de certains banquiers du Crédit Suisse, qui, eux, se sont enrichis grâce
01:01:41à cette opération. »
01:01:51Le Crédit Suisse a volé son avenir au Mozambique.
01:02:05« Si rien ne change, il y a peu de chances que notre vie s'améliore. »
01:02:14« Que vont devenir les jeunes s'ils ne trouvent pas de travail ? »
01:02:18« Ils traînent comme des chiens errants. Ils sont forcés de mendier. Nous, les parents,
01:02:24on fait notre possible. »
01:02:29« C'est nous qui avons créé ce système et qui laissons faire. »
01:02:36« Il nous faudra au moins 10 ans pour nous en remettre. »
01:02:59« Plus personne ne faisait confiance à Thiam, Gottstein était la seule option. »
01:03:08« Alors, ils l'ont nommé PDG. »
01:03:11« Il y avait certainement beaucoup de pressions négatives, mais je pense que c'est derrière nous
01:03:15et nous sommes vraiment intéressés à continuer sur le plan successful. »
01:03:21« Gottstein voyait l'avenir en rose, sans se douter qu'il était assis sur une bombe à retardement. »
01:03:34« Le département de la gestion d'actifs, une des activités les plus sûres de la banque,
01:03:39avait mis en place ces fonds avec la collaboration d'un certain Lex Green Seal. »
01:03:45« Ils étaient couverts par une assurance et donc censés être sûrs. »
01:03:49« Il y avait eu assez de signaux d'alerte venant du desk matières premières et de clients qui disaient
01:03:54« Faites attention, c'est un escroc. »
01:03:56Une note interne précisait même que le fonds de pension du Crédit Suisse n'achetait pas Green Seal. »
01:04:02« Gottstein était averti. »
01:04:03« Il a examiné cette affaire plusieurs fois. »
01:04:08Le service juridique a clairement signalé les risques en soulignant que les vérifications préalables n'avaient pas été faites
01:04:13et qu'il fallait revoir le prospectus. Ils ne l'ont pas fait.
01:04:17« Dans ces cas-là, à moins d'être vraiment porté sur le risque, on se dit « Ok, ne
01:04:22touchons pas à ça.
01:04:23La banque est une machine à cash en ce moment, mieux vaut ne pas mettre du sable dans les rouages.
01:04:29»
01:04:29« Ils profitaient d'un système compliqué, interconnecté et opaque. »
01:04:35« S'il n'est pas facile de savoir ce qui s'y passe, c'est justement parce que c
01:04:39'était la volonté des gens qui ont créé ce système. »
01:04:43« Début 2021, ces contrats d'assurance expirent. »
01:04:55« Les plus gros clients du Crédit Suisse ont perdu des sommes colossales. »
01:05:03Quelques semaines après Green Seal, l'affaire Arkegos a éclaté.
01:05:07C'était un fonds spéculatif qui utilisait massivement l'effet de levier.
01:05:11Ils empruntaient l'argent à des banques et l'investissaient en actions.
01:05:14Sauf que tout a implosé de façon spectaculaire,
01:05:17et les banques impliquées ont perdu des dizaines de milliards de dollars.
01:05:20Avec une perte de 5,5 milliards, le Crédit Suisse a été le plus touché.
01:05:24« Je ne suis pas sûr qu'ils connaissent ce qu'ils font. »
01:05:26« C'est une des choses qui sont imprévables. »
01:05:28« Comme la banque était trop chère et qu'ils voulaient continuer à toucher leurs bonus,
01:05:43Gottstein a regroupé Risques et Conformités.
01:05:46Et soudain, un ancien conseiller clientèle d'Arkegos
01:05:49est devenu le gestionnaire des risques de l'affaire Arkegos.
01:05:57On a mis le loup dans la bergerie.
01:05:59C'est comme si on avait confié la clé du coffre à un braqueur de banque.
01:06:04Son bonus ne dépendait plus que de la poursuite des affaires avec Arkegos.
01:06:10C'est ainsi que les 2-3 milliards qu'ils avaient mis chez Arkegos se sont transformés en 24 milliards.
01:06:18Et la banque n'y a gagné que 17 millions.
01:06:23Ces 2 événements, survenus à 3 semaines d'intervalle,
01:06:26ont révélé au monde que le Crédit Suisse avait de sérieux problèmes structurels.
01:06:30En matière de gestion des risques, de culture d'entreprise,
01:06:34au niveau du service conformité,
01:06:36la banque ignorait tous les signaux d'alerte.
01:06:39Bref, Gottstein a été complètement dépassé.
01:06:42L'action a continué de chuter,
01:06:44et Rahner a dû partir d'une manière que même son ennemi ne lui aurait pas souhaité.
01:07:01Antonio Horta Osorio est un banquier portugais
01:07:04qui est arrivé directement après la débâcle avec Greensill et Arkegos.
01:07:08Un pro du secteur bancaire,
01:07:10fort de plusieurs décennies d'expérience managériale,
01:07:12qui avait déjà redressé d'autres situations difficiles.
01:07:15Il a immédiatement identifié et abordé les problèmes du Crédit Suisse.
01:07:20Il a rapidement déclaré que la banque d'investissement
01:07:23était un service auxiliaire de la gestion de fortune.
01:07:27Ça a contrarié pas mal de gens.
01:07:30Il a pointé du doigt le problème culturel
01:07:33et fait le ménage dans les dossiers juridiques.
01:07:35Il a fermé le service Prime Brokerage,
01:07:37responsable du fiasco Arkegos.
01:07:39L'un de ses mantras quand il était au Crédit Suisse
01:07:42était que les banquiers devaient prendre leurs responsabilités.
01:07:46Il était très clair sur le fait que chacun est responsable de ses actes.
01:07:50Il voulait changer la culture d'entreprise.
01:07:54Et il s'est fait des ennemis en interne.
01:07:57Il avait un style de direction
01:07:59qui consistait à remettre les gens à leur place
01:08:01et à s'adresser à eux sur un ton condescendant.
01:08:04Ça n'a pas trop plu.
01:08:06Cerruti, Gottstein et tous ceux qui le détestaient
01:08:09l'ont jeté en bâture au Lyon.
01:08:12Des membres du CA critiquaient son utilisation
01:08:15de l'avion d'affaires à des fins privées.
01:08:17Un jour, il s'est envolé pour Londres
01:08:19afin d'assister à la finale de Wimbledon.
01:08:22Et il est reparti le soir même
01:08:24pour aller à la finale du championnat d'Europe
01:08:26en transgressant les restrictions de voyage
01:08:28liées au Covid-19.
01:08:30Quelqu'un a divulgué l'info au journal Blick.
01:08:38Ceux qui l'avaient recruté
01:08:39ne l'avaient jamais rencontré en personne
01:08:41à cause du Covid
01:08:41et ça s'est retourné contre lui.
01:08:44Antonio Ortausorio a démissionné début 2022.
01:08:49Il a été remplacé par Lehman
01:08:50et Gottstein a démissionné pour raison de santé.
01:08:54Il a été remplacé par Ulrich Kermer.
01:09:03Dans la panique,
01:09:04le Crédit Suisse voulait lancer
01:09:06une nouvelle restructuration.
01:09:08Plus personne ne savait quand
01:09:10ni comment la banque pourrait faire un bénéfice.
01:09:12Ils n'en ont discuté
01:09:14ni en juillet, ni en août, ni en septembre.
01:09:16L'action a continué de chuter
01:09:18puis ça a été la panique bancaire.
01:09:34Fin 2022,
01:09:36le Crédit Suisse était dans une spirale infernale.
01:09:38Des dizaines de milliards de dollars
01:09:40ont été retirés du Crédit Suisse.
01:09:42Ils avaient largement sous-estimé
01:09:43la vitesse à laquelle ça se produirait.
01:09:46Je crois qu'octobre 2022
01:09:48a été le point de non-retour.
01:09:51Des mesures sérieuses et radicales
01:09:53auraient dû être prises.
01:09:55Mais il ne s'est rien passé.
01:09:57Je pense que le CS
01:09:59va travailler.
01:10:00On a juste un mois, deux mois
01:10:02et pas chaque jour
01:10:04une sensation.
01:10:05C'était un peu d'angoisse.
01:10:07C'est un peu d'angoisse.
01:10:07C'est un peu d'angoisse.
01:10:08C'est un peu d'angoisse stabilisé.
01:10:09C'est stable.
01:10:10C'est un peu d'angoisse
01:10:11encore encore,
01:10:12spécialement ici en Suisse.
01:10:15N'importe qui d'un peu calé
01:10:17dans le domaine
01:10:18savait que c'était
01:10:19de l'enfumage total.
01:10:22CS admet que depuis octobre,
01:10:25il n'a pas perdu 80,
01:10:26mais 110 milliards.
01:10:29Et fait état d'une perte annuelle
01:10:30de 7,3 milliards.
01:10:33Parallèlement,
01:10:34il continuait à verser des bonus.
01:10:36Puis, une bombe a explosé.
01:10:41Ils devaient publier
01:10:42leur rapport annuel.
01:10:43À 23 heures,
01:10:44juste avant minuit,
01:10:45la veille du jour
01:10:46où le rapport
01:10:46devait être publié,
01:10:48la SEC,
01:10:49le gendarme
01:10:49de la bourse américaine,
01:10:51appelle
01:10:51et leur interdit
01:10:52de publier le rapport.
01:10:57Cette interdiction
01:10:58de publication in extremis
01:10:59était très embarrassante
01:11:01et a fait craindre au marché
01:11:03que la banque ait des problèmes
01:11:04bien plus graves encore.
01:11:07Finalement,
01:11:08le rapport annuel
01:11:08est publié.
01:11:09La société d'audit
01:11:10PwC
01:11:11y indique
01:11:12qu'il y a de sérieux doutes
01:11:14quant à la véracité
01:11:14des chiffres.
01:11:15La Finma
01:11:16et la Banque Nationale
01:11:17informent Karine Keller-Souter
01:11:19que la situation
01:11:20de CS est grave.
01:11:22L'évaluation était critique.
01:11:25Le 15 mars,
01:11:27le lendemain donc,
01:11:28je convoque
01:11:29le comité de pilotage,
01:11:30l'organe relevant
01:11:32des autorités.
01:11:33Il était clair
01:11:34que cette banque
01:11:35disparaîtrait
01:11:36avant le lundi.
01:11:38Si CS avait fait faillite
01:11:40le lundi suivant,
01:11:41aucun salaire
01:11:42n'aurait été versé
01:11:43et l'accès aux comptes
01:11:44n'aurait pas été garanti.
01:11:46Ça aurait provoqué
01:11:47une crise généralisée.
01:11:48Qu'une telle banque
01:11:50avec un tel réseau international
01:11:52sur tous les continents
01:11:53fasse faillite.
01:11:54Leman et Körner ont appelé
01:11:57la ministre des Finances
01:11:58et lui ont dit
01:11:59qu'ils avaient une solution.
01:12:01BlackRock,
01:12:02le plus grand gestionnaire
01:12:03d'actifs,
01:12:04était prêt à s'impliquer.
01:12:06Comme l'appel
01:12:07entre Goethe et Zen
01:12:08à l'époque,
01:12:09cette conversation a fuité
01:12:10et cela a bénéficié
01:12:11à UBS.
01:12:15Bien sûr,
01:12:15des théories complotistes
01:12:17ont circulé.
01:12:18Depuis quand UBS
01:12:19savait-elle que CS
01:12:20tomberait dans son giron ?
01:12:22Ont-ils essayé
01:12:24d'accélérer,
01:12:24voire de provoquer
01:12:25la chute ?
01:12:29Leman a appelé Keller.
01:12:30UBS doit prendre le relais.
01:12:32Il n'y a plus
01:12:32d'autre solution.
01:12:35Non,
01:12:35on ne voulait pas
01:12:36fusionner avec CS.
01:12:37D'un autre côté,
01:12:38on a réalisé
01:12:39que si CS
01:12:40se retrouvait dans la tourmente,
01:12:42ça affecterait gravement UBS.
01:12:44Keller offre
01:12:45un milliard pour CS.
01:12:47Lehmann appelle
01:12:48Keller-Sutter
01:12:48et dit
01:12:49« L'accord est caduque,
01:12:51un milliard,
01:12:51c'est trop peu. »
01:12:56La ministre n'a pas
01:12:56le temps pour ce genre
01:12:57de jeu.
01:12:58Les directions de CS
01:12:59et d'UBS
01:13:00doivent se rendre
01:13:00à Berne.
01:13:01Les représentants
01:13:02du crédit suisse
01:13:03sont si furieux
01:13:03qu'ils insistent
01:13:04pour attendre
01:13:05dans une autre pièce
01:13:06pour ne pas être
01:13:06avec leurs homologues
01:13:07d'UBS.
01:13:09Le calme régnait,
01:13:10l'heure était grave.
01:13:12Il fallait agir
01:13:13et assumer
01:13:14ses responsabilités.
01:13:16CS ne saisissait pas
01:13:18encore toute la gravité
01:13:19de la situation,
01:13:20mais UBS avait établi
01:13:21un plan clair.
01:13:22C'était difficile
01:13:25de leur faire comprendre
01:13:26qu'il fallait coopérer
01:13:27et trouver une solution
01:13:28ensemble.
01:13:30et pas seulement
01:13:31pour la banque,
01:13:33mais pour le pays.
01:13:34Les négociations
01:13:35ont commencé
01:13:36à un milliard
01:13:37de francs suisses.
01:13:38En milieu d'après-midi,
01:13:39on en était
01:13:40à trois milliards.
01:13:42La reprise de CS
01:13:43par UBS
01:13:44est signée.
01:13:45Deux heures plus tard,
01:13:46c'est annoncé.
01:13:46qui ont été
01:13:46pour le pays.
01:13:53Monsieur le président
01:13:54de l'Université
01:13:54de l'Université
01:13:55du groupe,
01:13:55vous avez la part.
01:13:56Je suis en heureux
01:13:56d'être ici aujourd'hui
01:13:57quand nous annonçons
01:13:58cette intégration,
01:13:59une qui renforce
01:14:00la Switzerland
01:14:01comme un centre global
01:14:03global.
01:14:04Le Cretat de l'Université
01:14:04de l'Université
01:14:08de l'Université
01:14:11de l'Université
01:14:15Le Crédit Suisse n'existe plus. Et voilà.
01:14:20La Suisse n'a plus qu'une seule grande banque. Énorme.
01:14:25J'admire les responsables politiques et toutes les personnes impliquées d'avoir trouvé une solution de dernière minute pendant le
01:14:32week-end.
01:14:34Ce qui est triste, c'est que ça n'aurait pas dû en arriver là.
01:14:41Bob Diamond travaillait pour CS dans les années 90. Par la suite, il est devenu l'une des plus grandes
01:14:47figures de la finance.
01:14:48Il a dirigé Barclays avec brio pendant la crise financière.
01:14:53En Suisse, on dit qu'il n'y avait pas d'autre solution que la fusion. Mais si je comprends
01:14:58bien, il y en avait une.
01:15:02Je crois que c'était en mai 2022. J'avais contacté Axel Lehmann, le président du conseil d'administration du
01:15:11Crédit Suisse.
01:15:11Et je lui avais demandé si je pouvais venir lui parler.
01:15:24Selon nous, la plupart des accidents du Crédit Suisse étaient causés par la banque d'investissement.
01:15:29Notre proposition était donc de retirer la totalité de la banque d'investissement de la holding.
01:15:35J'ai dit à Axel qu'on avait discuté avec trois de nos plus gros investisseurs
01:15:41et qu'ils étaient prêts à injecter entre 2 et 5 milliards de dollars pour racheter la banque d'investissement
01:15:46dans son intégralité.
01:15:50On trouvait l'idée plutôt bonne.
01:15:54Avec le recul, je pense qu'ils avaient d'autres solutions en tête.
01:15:59Mais j'étais déçu qu'ils ne prennent pas notre proposition plus au sérieux.
01:16:04Lehmann s'est entretenu avec son CA et a rejeté l'accord.
01:16:09On ne saura jamais ce qui se serait passé.
01:16:12On ne peut pas revenir en arrière.
01:16:14Mais s'il y avait eu un plan crédible pour externaliser la banque d'investissement,
01:16:19certains investisseurs auraient été emballés.
01:16:22Maintenant, on n'a plus qu'une grosse banque.
01:16:25Pour moi, c'était un jour noir.
01:16:27Même si c'était une prouesse remarquable de la part du CA et de la direction du BS.
01:16:32et je suis admiratif de la façon dont l'intégration s'est déroulée.
01:16:41Veste ouverte ou fermée ?
01:16:43Vous ne me dessinez pas une moustache ?
01:16:46Bien vu.
01:16:47Vous avez entendu cette histoire ?
01:16:49Un journaliste a demandé à Sergio si ça dérangeait son président qu'on l'appelle George Clooney.
01:16:55Il a répondu non parce que je lui ai dit qu'il ressemblait à Marlon Brando.
01:16:59Il a eu l'air ravi et puis il a demandé, quel Marlon Brando ?
01:17:04Il l'a raconté ?
01:17:05Oui, on va voir ce que ça donne.
01:17:07Je sais que vous aimez tous les banquiers.
01:17:17Pourquoi avez-vous repris les rênes d'UBS ?
01:17:21Par devoir envers UBS
01:17:23et par loyauté envers la Suisse dans une situation difficile.
01:17:32On aurait dû anticiper la tournure qu'allaient prendre les événements
01:17:37et agir en amont.
01:17:40En 2015, j'étais particulièrement inquiet pour le Crédit Suisse.
01:17:46On les observait depuis longtemps.
01:17:48Après leur changement de stratégie en 2015,
01:17:51j'ai été intimement convaincu que le Crédit Suisse ne survivrait pas en tant qu'entité autonome.
01:17:58Il allait devoir fusionner avec une autre banque pour remédier à ses problèmes
01:18:02et définir une trajectoire stratégique crédible.
01:18:07Nous suivons l'histoire du Crédit Suisse depuis 2016.
01:18:14Mais pour entamer une vraie négociation
01:18:16ou une hypothèse de négociation,
01:18:19il a fallu attendre 2020.
01:18:24Le Conseil fédéral, la FINMA, la Banque Nationale,
01:18:28le président du CA du Crédit Suisse, UBS,
01:18:31ils étaient tous pour, sauf Thomas Gottsstein.
01:18:37Aujourd'hui, il est clair qu'ils ont laissé passer leur chance.
01:18:43Je pense qu'il aurait été encore préférable de faire ça en 2020,
01:18:47selon une logique industrielle.
01:18:53Sergio Hermotti était le président du BS,
01:18:56cinq ou six ans avant cet accord.
01:18:57Il avait bien étudié l'éventualité d'une reprise.
01:19:02D'abord, on devait rassurer les collaborateurs et les clients.
01:19:07Ensuite, il fallait mener une opération dans 40 pays,
01:19:11convaincre 80 autorités de régulation
01:19:14et obtenir 180 autorisations pour pouvoir réaliser la fusion.
01:19:20Ce qui est sous notre contrôle fonctionne bien.
01:19:24Jusqu'à présent, on est en avance sur le calendrier d'intégration.
01:19:27Les entités juridiques sont en train de fusionner.
01:19:30On liquide les activités non essentielles plus vite que prévu.
01:19:34Mais légalement, on n'a pris le contrôle du Crédit Suisse que le 12 juin.
01:19:38Quand j'ai enfin eu accès aux livres de comptes du groupe,
01:19:41j'ai commencé par consulter les lettres que l'autorité de régulation
01:19:44avait adressé au CA du Crédit Suisse.
01:19:47Ce que j'ai vu m'a choqué.
01:19:52La fin masse savait clairement ce qui se passait au Crédit Suisse
01:19:55et à quel point la situation était grave.
01:19:58À mon sens, elle n'a pas été assez ferme.
01:20:17Pour moi, le CA et la direction, qui sont clairement responsables,
01:20:21n'ont pas agi de manière appropriée.
01:20:22Ni le Conseil fédéral, ni le ministère des Finances
01:20:28n'assurent la surveillance des banques.
01:20:31Maintenant, le Conseil fédéral et le Parlement
01:20:33ont le devoir de tirer les leçons de cette affaire
01:20:36et d'identifier les possibilités d'amélioration.
01:20:40Il y a certainement des paramètres à changer
01:20:42afin d'éviter qu'un tel événement se reproduise.
01:20:46Nous voulons déterminer de la manière la plus claire qui soit
01:20:49qui est responsable de quoi,
01:20:52afin de pouvoir exiger rétroactivement le remboursement des primes.
01:20:59La Finma doit introduire des règles
01:21:02pour réguler le système des bonus.
01:21:05Sergio Armotti a été acheté à l'âme d'après-décembre
01:21:08avec un paquet de 14,4 millions de francs.
01:21:12Cela correspond à 19,2 millions de francs.
01:21:19Est-il acceptable que M. Armotti reçoive 20 millions en 2024
01:21:24pour avoir été neuf mois en fonction en 2023 ?
01:21:29Non, sûrement pas.
01:21:32Bedenkt man,
01:21:33dass der Mediallohn der Schweiz
01:21:356,788 Franken pro Monat beträgt,
01:21:41so bekommt M. Armotti
01:21:4354,795 Franken pro Tag.
01:21:48Also 8 mal so viel pro Tag
01:21:59Je ne convaincrai jamais personne
01:22:01de la moralité des rémunérations bancaires.
01:22:04Il y a le monde réel et celui de la finance.
01:22:08Mais dans le monde financier,
01:22:09on rémunère bel et bien des compétences.
01:22:11Et ce sont des compétences très recherchées,
01:22:13ce qui explique les salaires élevés.
01:22:16Concernant la rémunération d'A. Armotti,
01:22:17dont j'assume la responsabilité,
01:22:19je le paie 10% de plus que son prédécesseur.
01:22:23Sergio travaille 7 jours par semaine,
01:22:2624 heures sur 24.
01:22:29Et comparé à ses homologues américains,
01:22:31il ne gagne même pas la moitié.
01:22:34Je ne dis pas qu'on devrait verser les mêmes montants.
01:22:37Je veux juste replacer les choses
01:22:39dans un contexte mondial.
01:22:43La culture des bonus.
01:22:46Apparemment, c'est une évolution internationale.
01:22:49Il faudra probablement s'en accommoder.
01:22:52Personnellement, je trouve cette évolution malsaine.
01:22:55Surtout dans une démocratie directe.
01:22:58Quand il y a un tel décalage
01:22:59et qu'on a l'impression que des gens
01:23:01touchent énormément d'argent
01:23:02sans assumer aucune responsabilité,
01:23:05il y a de quoi être ulcéré.
01:23:08La Suisse n'a pas le droit d'oublier
01:23:10qu'ici, ce sont encore
01:23:12les citoyennes et les citoyens
01:23:14qui définissent les conditions-cadres
01:23:16de l'économie.
01:23:25J'éprouve beaucoup de sympathie
01:23:27pour les Suisses.
01:23:29En 1998,
01:23:30ils ont vu la fusion de SBG et UBS.
01:23:33En 2008,
01:23:34ils ont connu la crise financière.
01:23:36Puis, il y a eu le scandale à Doboli.
01:23:38Et enfin, le cas du Crédit Suisse.
01:23:41Si j'étais Suisse,
01:23:42je me demanderais
01:23:42en quoi c'est différent maintenant ?
01:23:44Comment faire confiance à ces gens ?
01:23:47La NZZ a écrit
01:23:48« Un zombie tombe,
01:23:50mais un monstre naît ».
01:23:55Après avoir été les gentils,
01:23:57on était les méchants.
01:24:00Dans la tête des gens,
01:24:01UBS était un monstre bancaire.
01:24:04Je ne comprends pas vraiment pourquoi.
01:24:07On est grand, c'est clair,
01:24:08et les gens n'aiment pas les grandes banques.
01:24:10Mais la gestion de fortune
01:24:11est un concept typiquement suisse.
01:24:14Et être grand peut avoir du bon
01:24:16si on respecte notre contrat social
01:24:18envers la Suisse.
01:24:21On sait très bien
01:24:23comment on veut gérer l'entreprise.
01:24:26On sait exactement
01:24:27dans quelles conditions
01:24:28on veut travailler
01:24:28et quelles cultures
01:24:30on veut instaurer.
01:24:33Et on ne fera aucun compromis.
01:24:38Avoir une solide culture d'entreprise
01:24:40est un grand atout.
01:24:43Y aura-t-il des gens
01:24:44qui ne joueront pas le jeu ?
01:24:46Oui, mais le tout est d'avoir
01:24:48les bons mécanismes de contrôle
01:24:49et de détection
01:24:50pour repérer les comportements déviants.
01:24:52Et nous avons tout cela.
01:24:54À l'avenir,
01:24:55il nous faut une autorité
01:24:56de régulation ferme,
01:24:58des responsabilités
01:24:59clairement définies,
01:25:00un niveau suffisant
01:25:02de capital et de liquidité
01:25:03pour garantir la solidité
01:25:05de la banque.
01:25:06Il nous faut également
01:25:07un mécanisme de résolution
01:25:09qui garantisse
01:25:10que le contribuable
01:25:11ne sera pas mis à contribution
01:25:12si la banque
01:25:13devait rencontrer des problèmes.
01:25:44La meilleure chose
01:25:45que le Crédit Suisse ait faite,
01:25:47c'est d'offrir
01:25:48beaucoup de bons banquiers
01:25:50au reste du monde.
01:25:53C'est une entreprise incroyable
01:25:55qui a rendu la Suisse célèbre,
01:25:57l'a aidée à se développer
01:25:58et à favoriser l'industrialisation
01:26:00et la construction
01:26:01d'infrastructures importantes.
01:26:05Malheureusement,
01:26:06quand on pensera
01:26:07au Crédit Suisse
01:26:07à l'avenir,
01:26:08on n'oubliera
01:26:09les 150 premières années.
01:26:11On se souviendra
01:26:12uniquement
01:26:13des innombrables scandales
01:26:14et de la faillite.
01:26:18Une banque comme celle
01:26:19la coule
01:26:20et le CA n'est pas responsable,
01:26:22la direction n'est pas responsable,
01:26:24les actionnaires non plus,
01:26:26ni l'autorité de régulation.
01:26:29Alors,
01:26:29qui est responsable ?
01:26:31Où sont les tribunaux ?
01:26:33Point d'interrogation.
01:26:36Il est encore temps
01:26:37de les faire travailler
01:26:37en ouvrant une procédure.
01:26:40Monsieur le procureur fédéral,
01:26:41pourquoi n'avez-vous pas ouvert
01:26:43de procédures pénales
01:26:44pour le plus grand
01:26:44désastre bancaire
01:26:46de l'histoire de la Suisse ?
01:26:48C'est ce qu'on appelle
01:26:49une gestion déloyale,
01:26:50au bas mot.
01:26:53Si on arrivait
01:26:54à mieux cerner les enjeux,
01:26:55on pourrait œuvrer
01:26:56pour un meilleur avenir
01:26:57en procédant
01:26:58à quelques ajustements
01:26:59pour que les responsables
01:27:00soient amenés
01:27:01à répondre de leurs actes.
01:27:02Ça suppose que le gouvernement
01:27:04soit prêt à s'attaquer
01:27:06aux acteurs puissants
01:27:07de la société
01:27:07quand ils causent du tort.
01:27:09Il faut identifier
01:27:10les failles du système
01:27:12pour y remédier,
01:27:14pas pour les critiquer,
01:27:15mais pour les réparer.
01:27:17Critiquer ne sert à rien.
01:27:18Ce qu'il faut,
01:27:19c'est réparer.
01:27:21Il est nécessaire
01:27:22qu'il y ait des scandales,
01:27:23que ces affaires
01:27:24soient percées à jour,
01:27:25mais à une condition,
01:27:27que le Parlement,
01:27:28le monde politique,
01:27:29réagisse.
01:27:30Et pas seulement
01:27:31le monde politique,
01:27:32mais aussi
01:27:33les acteurs concernés,
01:27:34les banquiers.
01:28:51...
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