00:007h49, c'est l'invité d'ici matin, alors que les députés débattent sur une augmentation du budget de nos
00:04armées.
00:04Notre invité ce matin est numéro 1 du drone français, Bastien Mancini, président de De l'air à la Vège,
00:10répond à vos questions, Théo Comel.
00:11Bonjour Bastien Mancini.
00:12Bonjour.
00:13Entreprise que vous avez cofondée en 2011, au départ vous produisiez essentiellement des drones à usage civil,
00:18mais la guerre en Ukraine est passée par là.
00:20Aujourd'hui vous produisez essentiellement pour les armées.
00:22D'ailleurs vos carnets de commandes sont pleins.
00:24Vous avez recruté 150 personnes sur les 15 derniers mois pour être une industrie qui marche.
00:29En France, il faut être une industrie militaire aujourd'hui.
00:32Je ne sais pas, c'est une industrie qui vient de loin.
00:35On a développé, comme vous l'avez dit, des drones depuis 15 ans.
00:37C'est quelque chose auquel on croit fondamentalement parce que la technologie est là et est arrivée depuis des dizaines
00:42d'années.
00:43Ce sont des technologies qui viennent des capteurs de l'automobile, puis qui sont arrivées dans les smartphones.
00:47Et donc dans les années 2010, il y avait la capacité à faire ça.
00:50Et on voyait des usages à la fois dans le civil et dans la défense.
00:53On est dans la défense depuis 2013 ou 2014.
00:56Mais c'est vrai qu'il y a 5 ans, on faisait 80% dans le civil et aujourd'hui,
00:59on fait plus de 80% dans la défense.
01:01C'est vraiment la guerre en Ukraine qui a marqué un tournant ?
01:04Je pense que la guerre en Ukraine a fait prendre conscience à beaucoup d'utilisateurs
01:08que les drones, les petits drones, pouvaient avoir un vrai intérêt dans ce genre de conflit.
01:16Je crois qu'il y a une notion de prise de risque.
01:19Jusque là, beaucoup de gens se disaient, mais est-ce que le drone ça sert ?
01:22Est-ce que ça ne sert pas ? Donc n'osait pas vraiment y aller.
01:24Et puis les Ukrainiens se sont trouvés face à un enjeu vital.
01:27Et donc ils ont pris ce risque d'essayer les drones et on se rend compte que ça marche.
01:30Et là, depuis la demande, elle ne cesse de grossir ?
01:33La demande grossit beaucoup partout dans le monde.
01:36C'est vrai qu'à la base, on faisait, il y a 5 ans, plus de 70% de notre
01:40chiffre d'affaires international dans 70 pays.
01:43Aujourd'hui, on a aussi beaucoup grossi en France.
01:46Et en fait, ce qui fait notre croissance, c'est quand même beaucoup l'augmentation de la proportion de drones
01:52dans les budgets des uns et des autres.
01:53Mais là, vous vendez à qui aujourd'hui vos drones ? C'est à l'armée française, à d'autres
01:56armées ?
01:58Oui, et pas que à l'armée.
01:59Au niveau défense, on est présent en France, en Europe.
02:03En Afrique, pas mal en Afrique de l'Ouest, au Proche-Orient, en Asie du Sud-Est.
02:09Mais on a aussi des clients civils, historiques, la SNCF, Enedis, RTE, qui utilisent nos drones depuis plus de 10
02:13ans.
02:14Là, ce n'est pas pour un usage militaire, c'est pour respecter les lignes plutôt.
02:16Oui, tout à fait.
02:17Et d'ailleurs, les drones qu'on a aujourd'hui, qui sont utilisés par l'armée ukrainienne,
02:22sont issus d'un programme de R&D de la DGA, la Direction Générale de l'Armement.
02:26De recherche et développement.
02:27Voilà, de recherche et développement d'il y a 10 ans, mais qui finançaient de l'innovation duale.
02:31Et donc, le premier client de ce programme était la SNCF.
02:35Mais du coup, aujourd'hui, les drones que vous faites pour le civil et ce militaire, c'est la même
02:38base, en quelque sorte ?
02:39Oui, c'est la même base. Après, il y a des technologies spécifiques qu'on met pour les usages militaires.
02:45Par exemple, il faut résister au brouillage des GPS.
02:48En Ukraine, tous les signaux GPS sont brouillés.
02:51Il faut résister au brouillage des liaisons radio.
02:54Aujourd'hui, il y a des systèmes adverses qui viennent tenter d'abattre les drones.
03:00Il y a trois ans, ce qui abattait nos drones en Ukraine, c'était des missiles qui coûtaient beaucoup plus
03:04cher que les drones.
03:05Aujourd'hui, c'est des systèmes qui coûtent de moins en moins cher, et donc il faut arriver à se
03:07défendre face à ça.
03:08Et ils servent à quoi, vos drones militaires ? C'est de la surveillance ? C'est du tir de
03:12missiles ? C'est des drones kamikazes ? Ils servent à quoi ?
03:15Alors, on a une famille de drones de 1 kg à 100 kg qui font de l'observation, qui servent
03:22donc à faire de la reconnaissance, qui servent aussi à guider des tirs d'artillerie.
03:25Donc, le drone transmet une information de localisation et une image qui sont envoyées à un système d'artillerie, donc
03:32un canon César, par exemple.
03:33Et puis après, on a aussi des drones d'attaque.
03:35Donc là, c'est avec des partenaires qui font ce qu'on appelle la tête militaire.
03:38Et qui vont taper sur des cibles.
03:40Ça vous a posé des cas de conscience quand vous êtes passé d'une production essentiellement civile à une production
03:45militaire ?
03:46Oui, et je pense que c'est... Enfin, c'est pas un sujet anodin, c'est pas neutre de faire
03:50des choses comme ça.
03:50Donc on y a réfléchi assez profondément à l'intérieur de...
03:53Ça vous a empêché de dormir, par exemple, les premières nuits ?
03:56Empêché de dormir, en tout cas, ça a amené à un long temps de réflexion.
03:59On fait de la défense depuis longtemps.
04:00J'ai moi-même fait une école militaire, donc on n'a pas de soucis à faire des choses militaires.
04:05Après, quand on s'est mis à faire des systèmes d'attaque, on y a réfléchi avec tous les salariés.
04:10D'ailleurs, on a organisé plusieurs sessions de réflexion tous ensemble.
04:13Parce que je pense que c'est important, c'est pas neutre.
04:15On sait pourquoi on le fait, mais moi, personnellement, j'avais besoin de savoir et d'être convaincu que c
04:20'était une bonne chose à faire.
04:20Alors, on parlait justement des députés qui débattent en ce moment pour rallonger le budget des armées.
04:25Vous avez pour ambition de devenir un leader européen du drone.
04:29Pour l'instant, vous êtes un petit poussé au niveau international.
04:31Comment vous prévoyez d'y arriver, justement ?
04:33Alors, vous l'avez dit, on a un petit poussé.
04:36On a fait à peu près 50 millions de chiffres d'affaires l'an dernier.
04:39Les leaders mondiaux font entre 1 milliard et 10 milliards.
04:42Les leaders européens font autour de 200 millions.
04:45Donc, il y a vraiment une croissance à aller chercher.
04:48Déjà, on se positionne sur le long terme.
04:49Donc, on fait une stratégie à long terme, à 5 ans, 10 ans.
04:52Et pour ça, on veut développer le drone civil.
04:53Parce qu'on croit vraiment que ça va arriver.
04:55Et ensuite, on pense qu'il faut être européen et pas juste français.
04:58Parce que c'est la bonne échelle au niveau mondial.
05:00Pour être puissant.
05:01Merci beaucoup, Bastien Mancini.
05:02Je rappelle que vous êtes donc le président de l'Air Entreprises basé à la Beige.
05:06Merci à vous.
05:06L'invité d'ici.
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