00:12Affirmatif, oui, c'est encore un tabou, parce qu'aujourd'hui au Gabon, on en trouve encore
00:18des personnes qui, lorsqu'elles prennent la parole, elles sont étouffées.
00:23Je vais prendre simplement mon cas. 2023, à l'arrivée des militaires au pouvoir, nous les victimes de la crise
00:34postélectorale de 2016
00:35avons pensé que c'était le moment pour nous de pouvoir nous exprimer. Mais malheureusement, j'ai été victime d
00:45'intimidation.
00:46J'ai passé deux jours au B2. Nuit était l'intervention de certains activistes nationaux et internationaux qui ont fait
00:56du bruit.
00:56Je pense que je serai peut-être encore au B2 ou je ne serai peut-être même plus en vie.
01:03Alors rien que pour ce fait, je vais dire que c'est encore un tabou.
01:10Ce n'est plus un tabou au Gabon parce que la même action que j'ai vécue a permis à
01:17ce que ce soit le président de la transition lui-même
01:20qui donne instruction de me sortir de cette situation.
01:24D'où il a dit « je ne reconnais pas cette arrestation, ces intimidations.
01:30Nous ne devons plus fonctionner comme l'ancien régime.
01:35Sinon, on n'aurait pas fait ce coup de libération.
01:38Désormais, tout être humain étant au Gabon à l'autre droit de s'exprimer. »
01:44Alors c'est pourquoi je disais cette réponse, cette question allait dans les deux sens
01:48parce que j'ai été dans le oui et j'ai été également dans le non.
01:58J'ai bénéficié de ce droit d'agir parce que lorsque je sors, avant que je ne sorte,
02:04le commandant qui vient dit, le président a dit « il n'est pas contre le fait que tu t
02:10'exprimes.
02:11Au contraire, il est normal, il trouve normal que tu t'exprimes parce que c'est un problème essentiel. »
02:19D'où le 2 avril 2024, le président lui-même, lorsqu'il prend la parole,
02:25il dit « une minute de silence » en mémoire des martyrs de la crise postélectorale de 2016
02:31et qu'il dit « c'est un sujet qui doit être parlé.
02:35Mais le temps de la transition écho ne nous permet pas de résoudre cette situation
02:41parce qu'il est perplexe. »
02:43C'était un grand dossier.
02:45Oui, le droit d'agir, nous n'avons en quelque sorte pas à 100% le droit d'agir,
02:52oui, mais nous avons déjà le droit d'agir, on va dire, au moins à 30%.
02:57Le droit de faire, de parler également, on va dire, c'est mieux que l'ancien régime.
03:05Donc, on va dire, le Gabon est en train de s'inscrire dans le registre des droits humains
03:11en tant que tel, parce qu'autrefois, la liberté d'expression au Gabon n'existait plus.
03:17La liberté d'agir au Gabon n'existait plus.
03:20La liberté de faire et d'agir n'existait plus au Gabon.
03:26Moi, aujourd'hui, je ne fais pas qu'agir, que parler, mais j'agis également.
03:32D'où les arrestations et les intimidations ne sont plus comme autrefois.
03:39Donc, je peux dire, en tant que militante de droit de l'homme, parce que j'ai vu l'actualité,
03:44je peux dire, les choses sont en train de s'améliorer.
03:47Nous, les victimes, avons également posé une action, en 2025 également,
03:54lors de la sortie de prison de Sylvia et de Nouridine, auprès du ministre de la Justice.
04:01Pourquoi nous sommes allés vers lui ?
04:03Parce que nous estimons que le procureur n'a fait qu'exécuter des ordres
04:07qui venaient de la plus haute autorité, qui est le ministre de la Justice.
04:11Alors, nous avons encore, je vais dire, félicitations pour l'avancée.
04:17C'est vrai qu'on peut parfois aller dans l'émotion, mais le résultat reste que je n'ai pas,
04:26et nous n'avons pas été arrêtés.
04:29Nous avons été au ministère de la Justice pendant deux jours, nous avons manifesté.
04:35C'est vrai que là, je suis dans l'obligation d'informer à la population ce qui s'est passé,
04:44et aussi, en même temps, de rappeler à la population également et à nos autorités
04:50que construire, il faut considérer les avis de tout un chacun.
04:54Alors, le ministre de la Justice s'est vraiment mal comporté.
04:59Il s'est très mal comporté, chose que nous n'avons pas à prouver.
05:03Parce que nous sommes des êtres humains.
05:06Lorsqu'on dit que les gens sont en prison, il y a la procédure à respecter.
05:10Lorsqu'on sort des gens de la prison pour leur permettre d'aller suivre des soins de santé
05:18sans rien expliquer à la population, encore moins pour les personnes qui estiment être victimes
05:24de ces personnes-là, alors ça fait mal.
05:28Ça fait mal.
05:29Venant encore du ministère de la Justice, d'où on se dit, quel est le rôle réel du ministère de
05:35la Justice ?
05:36Est-ce que le ministère de la Justice, son devoir, c'est de faciliter à ceux-là qui ont les
05:43moyens,
05:44et la justice s'applique sur ceux-là qui ont les moyens,
05:47et la justice ne s'applique pas sur ceux qui n'ont pas des moyens ?
05:51Non.
05:51Nous devons avoir une justice équitable.
05:55Nous sommes un État de droit.
05:57Je réprimander l'action posée par le ministre de la Justice et tout son cabinet.
06:03Ce sont des tels comportements qui doivent être bannis.
06:08Pour la Ve République, nous ne voulons plus de ça.
06:11Nous voulons inscrire notre nom, le nom du Gabon, dans la sphère décisionnelle,
06:19mais pas seulement sur le plan national, mais également à l'international.
06:24On aimerait avoir, comme on a à Abissabiba, la maison des droits humains en Afrique et du monde.
06:33Pourquoi n'est-ce pas aussi avoir cette même maison ici au Gabon ?
06:37Ce sera une fierté.
06:39Ce sera une fierté.
06:41Alors, nous disons en même temps à nos autorités,
06:44nos institutions ne sont pas là pour servir ceux-là qu'on met à la tête des institutions,
06:51mais nos institutions sont là pour servir le peuple.
06:55Il est nécessaire de rappeler à nos autorités c'est quoi le service public.
07:07L'accent que nous avons pu mener sans être menacés était, on va prendre un exemple,
07:13en 2025, on a organisé les élections.
07:17J'ai été observateur pendant le référendum, pendant la présidentielle.
07:23Nous, les membres, les victimes de la crise postélectorale de 2016,
07:27avons organisé une campagne de sensibilisation contre toute forme de violence.
07:34Nous avons été dans les carrefours de Libreville, plus précisément dans les marchés,
07:39sensibiliser nos mamans, dire à nos mamans, plus de violence, plus de casse.
07:44Parce que ce qui a fait en sorte qu'on perde des vies,
07:48c'est parce que nos frères sont allés plus dans l'émotion.
07:51Et l'émotion nous a mal guidés.
07:55Alors, autrefois, on aurait dit, c'est quoi cette action ?
08:00C'est quoi cette association ?
08:02Qu'est-ce qu'ils sont en train de faire ?
08:04Mais je vous rassure, pendant la campagne,
08:08j'ai pu expliquer aux populations et même à des inconnus
08:14ce qui s'est passé en 2016.
08:17Au début, la première sortie, les gens sont sortis pour dire
08:20comment elle vient pour réveiller une blessure du passé.
08:25Et là, on a voulu mal interpréter le message
08:28et j'ai dû repartir pour expliquer le contexte.
08:31D'où j'ai dit avec fierté,
08:34le passé ne peut pas être effacé.
08:37Parce qu'il faut bien les actions du passé
08:41pour se rendre compte de ce qu'on doit faire présentement
08:45pour améliorer et construire le futur.
08:48Il était difficile au Gabon d'informer aux gens
08:52ou même de rappeler à ceux qui savaient ce qui s'était passé
08:55que en 2016, qu'on le veuille ou pas,
08:58ce sont les militaires qui ont tiré sur la population
09:02avec l'argent du contribuable gabonais.
09:05Et ce sont encore ces mêmes militaires
09:08qui en 2023 se sont rappelés en disant
09:12« Lorsque les institutions ratent, l'armée prend le relais. »
09:17C'est difficile, mais c'est la réalité.
09:19Alors, on ne peut pas oublier l'action des militaires de 2016
09:24et on ne peut pas aussi également oublier l'action des militaires de 2023.
09:29Nous, les victimes, nous sommes le produit de ces deux actions.
09:35La transition est également le produit de ces actions.
09:39La Ve République est également le produit de ces deux actions
09:45causées par les militaires.
09:47Autrefois, on ne pouvait pas le dire.
09:49Alors, c'est une action que nous avons posée
09:52et que nous disons félicitations non seulement à nous-mêmes,
09:56mais également à nos autorités
09:57qui nous ont laissés faire cette campagne de sensibilisation
10:01sans être arrêtés ou menacés.
10:09La deuxième action, c'était celle d'organiser les nuits des hommages.
10:14Oui, les nuits des hommages.
10:16Je me suis plaint.
10:18Les victimes également, nous nous sommes plaintes.
10:20En 2024, nous avons organisé ces nuits des hommages.
10:25Ce n'était pas trop ça.
10:27Mais en 2025, nous avons fait le 31 août,
10:31le 1er septembre, le 2 septembre, le 3 septembre, le 4 septembre,
10:37nous avons clôturé ces nuits des hommages.
10:40Toute personne qui pouvait arriver,
10:41venait mettre son bois au feu, faire sa prière.
10:45Pour ceux qui voulaient être filmés,
10:48ils ont accepté.
10:49Pour ceux qui voulaient garder l'anonymat,
10:51ça s'est fait tranquillement.
10:53Je peux avouer que cette action a été faite
10:56sans l'implication de tous,
10:59mais au moins, nous l'avons organisée.
11:02Nous n'avons pas été menacés.
11:04Donc, c'est pour dire que le droit de faire est déjà possible.
11:08Mais tout en sachant que là où notre liberté commence,
11:12c'est là où s'arrête celle des autres.
11:15L'État et le gouvernement commencent à comprendre
11:18que nous avons besoin de toutes ces personnes pour avancer.
11:27Le président se bat pour faire en sorte
11:31que les populations gabonaises que nous sommes
11:34essayent de mettre notre pays dans les normes
11:38en disant,
11:40la liberté d'expression,
11:42d'écrire à la presse.
11:45Aujourd'hui,
11:46tous les médias privés et publics
11:49sont désormais enregistrés.
11:50Et il y a un fonds qui a été donné
11:52pour accompagner les médias publics et privés,
11:56chose qui ne se faisait pas avant.
11:58C'est un avancé.
12:00Ce n'est peut-être pas beaucoup,
12:01mais c'est déjà quelque chose de positif.
12:04Également sur les actions positives,
12:07nous avons la maison des droits humains.
12:10Nous avons cette maison qui a été construite
12:12au sein même de la prison centrale de Libreville.
12:16Est-ce que cette maison
12:17est juste une mise en scène
12:20où elle bénéficie réellement
12:23à la population qui est incarcérée
12:26à la prison centrale ?
12:28Un autre fait positif.
12:30Nous avons voté en 2025
12:32l'élection présidentielle.
12:34Les prisonniers ont également voté.
12:37C'est positif.
12:38Nous avons passé des examens.
12:40Les prisonniers ont également passé
12:43le BPC, le BAC,
12:45des examens pour ceux-là
12:46qui étaient en classe d'examen.
12:49Ce sont des choses positives.
12:51Pourquoi ?
12:52En prison, ce n'est pas parce qu'on va en prison
12:54qu'on a perdu ces droits.
12:57C'est autant des choses
12:58qu'il faut apprécier
13:00et voir comment améliorer
13:02pour que dans l'avenir,
13:04nous puissions être fiers
13:07de ce qui s'est passé
13:08et de ce qui va se passer
13:10parce que nous voulons tous
13:12construire une république forte.
13:15Ça ne sert à rien
13:15d'avoir des institutions fortes
13:17et des hommes faibles.
13:19Le poumon de la réussite,
13:21c'est d'abord la communication.
13:23Le poumon de la réussite,
13:25c'est la justice,
13:26l'équité, l'équilibre.
13:28Alors, si on arrive,
13:29si la maison de la justice,
13:32donc le ministère de la justice,
13:33arrive à faire la part de choses,
13:37le Gabon sera forcément à l'aise
13:40parce que, comme on le dit,
13:42une seule main,
13:43un seul doigt
13:44ne peut pas laver le visage.
13:45Lorsque le président
13:46ou lorsque,
13:48en créant ses institutions,
13:49on a nommé
13:50le ministère de la justice,
13:52c'est parce qu'on estimait
13:53que dans un pays
13:54ou dans une maison,
13:55il faut bien que les choses
13:57soient érigées,
13:58soient correctement institutionnelles.
14:02Donc, il est nécessaire
14:03que tous ceux
14:05qui sont au ministère
14:06de la justice,
14:07que ce soit la dame de ménage
14:09du ministère de la justice
14:10ou la plus haute autorité
14:12du ministère de la justice,
14:13doivent être à sa place.
14:16Dois savoir être à sa place.
14:19Savoir dire oui
14:20lorsqu'il faut dire oui,
14:22savoir dire non
14:23lorsqu'il faut dire non,
14:25c'est à ce moment
14:26qu'on pourra espérer
14:27avoir une justice
14:29juste et équitable.
14:30C'est à ce moment
14:31qu'on pourra avoir
14:32des institutions fortes
14:34et des hommes dignes.
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