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  • il y a 2 jours
Si le temps estompe les images, fait pâlir la vivacité des souvenirs et des conflits, il renforce les contrastes et continue de nourrir les contradictions. Quarante ans après sa mort, ceux qui ont côtoyé Gaston Defferre restent prudents. Comme s’ils craignaient encore que le vieux lion, maire de Marseille pendant trente-cinq ans, ne les tance depuis l’au-delà ou ne leur lance son chapeau comme pour les dégoupiller. Autoritaire et froid, mais aussi capable d’une grande compassion, "impitoyable", disent certains, mais acceptant d’écouter les arguments des autres, décentralisateur à Paris et très centralisateur à Marseille, parfois violent, à l’image de son duel à l’épée face au député de droite René Ribière, en 1967 - il l’avait traité "d’abruti" à l’Assemblée -, mais aussi fidèle en amitié, Defferre intrigue toujours. "Un jour, alors que nous visitions une exposition à Marseille, se souvient l’écrivain Jean Contrucci, ancien journaliste au Provençal que Defferre tenait d’une main de fer, il me tape sur l’épaule. Il savait mon fils gravement malade et revenait de New York, d’où il m’avait ramené un médicament non autorisé en France. J’en ai été très surpris, parce qu’il était d’une grande dureté dans ses rapports humains." 40 ans après sa mort, redécouvrez sa vie dans un dossier spécial à retrouver dans La Provence.

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Transcription
00:00Le 7 mai 1986, en 11h15, un monument de la vie politique marseillaise s'éteint à l'hôpital de la
00:06Timone.
00:07Il avait 75 ans.
00:09Gaston Defer a été maire de Marseille pendant 33 ans, mais aussi résistant, député, sénateur, plusieurs fois ministre et aussi
00:15patron de presse.
00:16A sa mort, il aura droit à des funérailles sur le Vieux-Port, accompagné de 25 000 Marseillais et du
00:22président de la République, François Mitterrand.
00:23Pour commémorer les 40 ans de sa disparition, plongée non exhaustive dans les mille vies d'un homme politique, symbole
00:30d'une époque révolue.
00:38Avocat de formation, Gaston Defer s'installe à Marseille en 1931 et s'inscrit deux ans plus tard à la
00:44section française de l'International Ouvrière, l'ancêtre du Parti Socialiste.
00:48Une famille politique qu'il ne quittera qu'à sa mort.
00:50Militant, puis secrétaire de section, la Seconde Guerre mondiale interrompt son ascension politique.
00:55Exempté pour raison de santé en 1939, il rejoint très vite la Résistance.
00:59Sous les noms de codes Denver et Massereau, il prend la tête du réseau Brutus et participe activement à la
01:05libération de Marseille.
01:06Après la guerre, il a une seule obsession, remettre Marseille sur pied.
01:11En quelques mois, on va devenir le maître de Marseille, avec un plan de carrière.
01:17Il prend le pouvoir à tous les sens du terme, c'est-à-dire à la libération, on remarque où
01:22tout était à faire.
01:24Beaucoup disent de lui qu'il fut un maire bâtisseur, et pour cause.
01:27À la libération, Marseille manquait de tout.
01:30Hôpitaux, réseaux d'assainissement, logements, routes, écoles.
01:33Gaston de Fer s'attelle à la construction de ses ouvrages indispensables, et ses réalisations marquent encore aujourd'hui le
01:39territoire marseillais.
01:40C'est lui, Gaston comme l'appelaient les Marseillais qui le croisaient dans la rue, qui inaugure la première ligne
01:44de métro en 1977, puis la seconde en 1984.
01:48Lui encore qui crée les plages du Prado, inaugurées en 1977.
01:51Et la corniche sous sa forme moderne en 1968, avec ce fameux banc tourné vers cette mer qui les met
01:56en.
01:56Sa mer bâtisseur, il a tout de suite compris qu'il fallait permettre aux Marseillais, les gens même de la
02:05région marseillaise,
02:06d'avoir accès à la mer et de pouvoir pratiquer la plaisance, le nautisme en général, et que ça avait
02:14forcément un avenir.
02:16Et il a eu raison.
02:18En parallèle de ses mandats locaux, Gaston de Fer a aussi été député, sénateur, candidat à la présidentielle en 1969,
02:25mais aussi ministre plusieurs fois.
02:27Durant le premier mandat de François Mitterrand, il devient ministre de l'Intérieur et de la Décentralisation.
02:31Sous son impulsion, il donne plus d'autonomie aux collectivités locales.
02:35Une évidence pour cet homme qui a bâti les fondations de sa carrière politique dans la deuxième ville de France.
02:39A Paris, s'il devait rendre des comptes à Mitterrand, à Marseille, il était dans son fief et maître en
02:44la demeure.
02:45En plus de l'homme politique, c'était un redoutable homme de presse, créateur du Provençal dès 1944, sur les
02:50cendres du Petit Provençal.
02:51Il devient par la suite propriétaire du Méridional en 1971.
02:55Les deux titres de presse qui ont donné naissance à la Provence en 1997.
02:59A l'époque, ce sont des journaux dits d'opinion.
03:02C'est-à-dire que le Provençal reflète au sens large la gauche, le Méridional reflète la droite,
03:10et la Marseillaise, l'extrême-gauche, c'est-à-dire le Parti communiste.
03:14C'est-à-dire que chaque journal est la voix de son maître.
03:18Donc, c'est pas étonnant de voir le patron dire « je voudrais que, je veux, je veux qu'à
03:24la première page demain matin,
03:26il y ait mon éditorial, parce que je vais répondre au Méridional qui m'a attaqué, ou à la Marseillaise
03:33qui m'a critiqué. »
03:34Rigoureux et visionnaire pour les uns, brutal et autoritaire pour les autres, il a incarné sa ville comme personne.
03:39Si une image doit résumer son héritage, c'est celle-ci.
03:42Le 12 mai 1986, sous les voûtes de la cathédrale de la Major,
03:46un imam, un rabbin, un pasteur et un cardinal sont réunis pour honorer la mémoire de Gaston de Fer, lui,
03:51le protestant.
03:52Pour aller plus loin, la Provence consacre un supplément à paraître ce dimanche 3 mai,
03:56sur les 40 ans de la disparition de Gaston de Fer.
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