00:01L'invité d'RTL Soir
00:03Et l'invité d'RTL Soir est donc la députée Horizon, Laetitia Saint-Paul. Bonsoir.
00:08Bonsoir.
00:09Députée donc, mais également ancien officier de l'armée de terre. Je le précise, parce que dans ce cas de
00:14cette free party de Bourges, vous avez forcément, disons, une certaine expertise.
00:18Mais si vous êtes invité, c'est surtout que vous êtes à l'origine d'une proposition de loi visant
00:23à renforcer la pénalisation de l'organisation des rêves parties, des free parties.
00:27Texte qui prévoit jusqu'à 6 mois de prison, 30 000 euros d'amende pour les organisateurs, des amendes forfaitaires
00:33pour les participants et la confiscation du matériel.
00:37Texte adopté en première lecture déjà, il doit maintenant être examiné au Sénat.
00:41Alors on va y venir dans un instant, mais avant cela, évidemment, votre regard sur la situation sur ce terrain
00:47militaire près de Bourges, avec ces milliers de personnes rassemblées dans cette zone jugée dangereuse.
00:53Est-ce qu'il y a vraiment des risques ?
00:58Alors, clairement, quand j'étais lieutenant, j'étais officier explosive de mon régiment et détentrice du diplôme de mise en
01:08œuvre des explosifs.
01:09Donc, je connais bien le sujet.
01:12Et dans les zones explos, nécessairement, il peut y avoir des déchets de tir ou des fragments de munitions non
01:22explosées.
01:23Et sur les grands sites comme celui-ci, il y a toujours des campagnes de désobusage, justement, une fois par
01:29an, pour s'assurer que le terrain soit dépollué.
01:31Donc, faire le choix de ce terrain, c'est clairement risquer la vie des participants.
01:41Et dans ma circonscription, ça reste un traumatisme collectif qu'un jeune d'une vingtaine d'années soit venu mourir
01:48dans la rêve partie illégale de Parnais.
01:50Ça n'a aucun sens d'aller mourir pour aller faire la fête.
01:54Donc, il y a vraiment une irresponsabilité que je ne fais que pointer des organisateurs.
01:59Mais alors, là, c'est vraiment le summum.
02:01Mais ils ont quand même relayé les consignes de sécurité de la préfecture, de ne pas faire de feu, de
02:06ne pas creuser le sol, de ne pas ramasser d'objets métalliques au sol.
02:10C'est mieux que rien, on va dire.
02:12C'est mieux que rien.
02:13Mais le choix du terrain, de ce que j'en sais, a été revendiqué par les organisateurs qui mènent un
02:20projet politique contre le fait même d'expérimenter des armements.
02:26Donc, ils sont irresponsables.
02:28Et c'est l'objet de cette proposition de loi que je porte.
02:32Oui, parce qu'ils mènent un combat politique.
02:35Ils mènent aussi un combat contre votre proposition de loi qu'ils jugent liberticide.
02:41Alors, moi, je vous dirais que la liberté des uns s'arrête où commence celle des autres.
02:46Et pour qu'ils puissent faire valoir leur liberté, ils pourrissent la vie de tous les riverains pendant que le
02:52temps dure leur festivité.
02:55Donc, ils enfreignent toutes les lois.
02:57Je pense qu'il faut qu'ils entendent les dommages collatéraux qu'ils génèrent et qu'ils soient mis face
03:04à leurs responsabilités.
03:05Enfin !
03:06Actuellement, des organisateurs de rêve ou de free party s'exposent à une contravention de 1500 euros.
03:14Pour les participants, il n'y a pas d'infraction spécifique.
03:19Pour vous, on est loin de quelque chose de dissuasif.
03:22Et c'est pour ça que vous voulez mettre, je le rappelle, jusqu'à 6 mois de prison, 30 000
03:28euros d'amende pour les organisateurs et des amendes forfaitaires.
03:31Pour les participants, une amende qui serait de combien, par exemple, pour tous les participants d'une rêve partie ?
03:36Alors, l'amende, c'est une contravention de cinquième classe.
03:41Donc, elle peut aller jusqu'à 1500 euros.
03:44Et ma proposition de loi a été pensée avec tous les acteurs de terrain, puisque dans ma circonscription, il y
03:49a à peu près une rêve partie par an depuis les cinq dernières années.
03:52Donc, j'ai réuni autour de la table les élus locaux, le tribunal de Saumur, police, gendarmerie, préfecture, hôpital et
04:02associations de premiers secours.
04:04Pour dire, voilà, maintenant, qu'est-ce qu'on fait pour remettre les gens face à leurs responsabilités ?
04:11La liberté ne peut aller sans son corollaire, la responsabilité.
04:14Et on a pointé ce vide juridique concernant les organisateurs, puisqu'aujourd'hui, la définition est tellement restrictive qu'il
04:20passe toujours entre les mailles du filet.
04:22Donc, avec ma proposition de loi, quiconque concourt à l'organisation hors le secteur de la prévention est passible de
04:30six mois d'emprisonnement.
04:31Ce qui donne la peine d'emprisonnement, donne le pouvoir d'enquête, le pouvoir de garde à vue à la
04:38justice et aux forces de l'ordre.
04:41Et enfin, que les participants aient une contravention dédiée.
04:45Parce que là, les policiers, les gendarmes sur place, là, c'est exceptionnel en terrain militaire, parce que là, c
04:50'est une infraction caractérisée.
04:51Mais sinon, ils se retrouvent avec tapage nocturne, stationnement gênant.
04:55Et in fine, le taux de recouvrement est inférieur à 20%.
04:59Donc, il y a un moment, quand on en fera toutes les lois, on sait qu'on s'expose et
05:04ça ne reste pas impuni.
05:06On parle vraiment de faits illégaux.
05:09C'est quand même ça, la base.
05:11Actuellement, à Bourges, sur cette Free Party, les autorités, le préfet, notamment les gendarmes, n'ont aucun moyen d'action
05:19?
05:21Alors, je sais que ça, c'est horripilant pour nos concitoyens, et je le mesure.
05:25Mais en fait, comme tout est illégal, donc pour se donner un point de rendez-vous, tout passe par message
05:31récrypté.
05:31En France, les services de renseignement, en gros, pour être mis sur écoute, il faut qu'il y ait un
05:35risque de terrorisme.
05:36Donc là, il n'est pas question de mettre des organisateurs sur écoute.
05:39In fine, on se retrouve avec 10 000 personnes qui convergent dans une zone rurale où la gendarmerie est dimensionnée
05:46pour faire face aux enjeux, on va dire, habituels.
05:51Donc, on ne va pas risquer l'intégrité physique d'un gendarme parce qu'un rapport de force à 200
05:57contre 10 000, à part le repli, il n'y a aucune option.
06:01Donc, finalement, eux restent, et je sais que ça a un côté horripilant, et même pour eux, eux restent pour
06:07éviter le sur-accident et éviter que les véhicules continuent à converger.
06:12Mais tout est fait pour que le rapport de force soit tellement défavorable qu'ils ne puissent pas effectivement intervenir
06:20sans risquer leur vie.
06:21Alors, chez nos voisins, il y a un pays qui a pris une décision, c'est l'Italie, ça remonte
06:26à 2002, en Italie...
06:282022.
06:292022, excusez-moi, pardon.
06:31Organiser une rêve-partie est illégale, y participer est un délit spécifique, il y a des peines de prison qui
06:37sont prévues entre 3 et 6 ans pour les organisateurs,
06:40mais jusqu'à 4 ans pour les participants, c'est extrêmement dur, sévère. Est-ce que ça a réglé le
06:46problème en Italie ?
06:48Alors, concrètement, moi j'ai fait, pour rédiger ma proposition de loi, une étude de droit européen comparée.
06:55Parce que quand je me suis rendue sur le terrain, dans toutes les rêves-parties illégales de ma circonscription,
07:00je me suis dit, mais tiens, mais c'est fou, comment ça se fait qu'il y ait autant d
07:03'anglais, d'allemands, d'italiens,
07:04qui viennent dans le Maine-et-Loire ?
07:06Honnêtement, c'était plutôt la surprise.
07:08Et là, j'ai pris la mesure que nos voisins ont durci les lois depuis longtemps.
07:14Le Royaume-Uni, depuis les années 90, effectivement l'Italie en 2022.
07:19Donc, du coup, la France, comme il y a un vide juridique, a tendance à accueillir les rêves-parties de
07:27l'Union Européenne.
07:28Mais est-ce que ce n'est pas, franchement, taper un peu fort pour, effectivement, des pratiques qui sont illégales
07:37?
07:38Je prends cette tribune, publiée en mars par des acteurs de la musique électro,
07:46et notamment Laurent Garnier, le pionnier de la musique électro,
07:49qui appelle à ne pas criminaliser des lieux qui sont des lieux de liberté, de générosité, d'inclusivité.
07:57Bref, on vous accuse quand même de vouloir vous attaquer à une forme de contre-culture.
08:03Alors, il y a plusieurs questions en une seule.
08:06Ma proposition de loi est quand même beaucoup plus proportionnée que ce qui est proposé, notamment en Italie.
08:11Je distingue clairement les organisateurs qui, eux, savent qu'ils enfreignent, mais toutes les lois de la SACEM,
08:17du travail au noir pour monter les murs de son stupéfiant, etc., etc.
08:23Je fais une distinction très nette entre ceux qui organisent et qui savent et les participants.
08:29Et finalement, dans l'hémicycle, ce sont mes collègues députés qui ont choisi de durcir ma proposition de loi.
08:35Je proposais pour les organisateurs six mois d'emprisonnement et 5 000 euros d'amende.
08:39Ils ont durci jusqu'à 30 000 euros d'amende, donc dans l'hémicycle.
08:42Et pour les participants, vous proposiez quoi ?
08:45Alors, pour les participants, ça reste de la contravention.
08:49Il n'y a pas de risque de peine de prison.
08:52C'est quand même...
08:53Enfin, c'est une contravention très élevée.
08:55Vous disiez 1 500 euros, c'est ça ?
08:57Oui, une contravention de cinquième classe à 1 500 euros.
09:00L'idée, c'est que quand on enfreint toutes les lois, il faut qu'il y ait une réponse en
09:06face.
09:06Ce n'est pas anodin.
09:07Ce n'est pas n'importe quelle faite.
09:09Ce sont quand même des fêtes où, d'après un chercheur en addictologie, la polyconsommation est surreprésentée.
09:16Les risques d'eau vers d'eau sont surreprésentés.
09:22Et franchement, quand les organisateurs me parlent de gratuité, je m'étouffe.
09:26Parce que les habitants du Cher, en ce moment, ne le savent pas.
09:29Mais ce sont eux qui vont payer l'ardoise.
09:31Parce que pour que ça puisse être tellement libre et gratuit,
09:33ça veut dire que c'est l'agglomération qui l'accueille,
09:37qui se retrouve à payer l'acheminement de l'eau.
09:39Généralement, pour 10 000 personnes, c'est 20 000 euros.
09:41L'acheminement de la benne à ordures, toujours pour éviter le sur-accident.
09:45Mais il n'empêche.
09:46Donc là, c'est l'agglomération qui le paye.
09:48Les 135 euros par heure, par pompier,
09:52ça se retrouve à être financé par le SDIS du département.
09:55C'est la collectivité.
09:57C'est la collectivité.
09:58En gros, les victimes payent pour ce dont elles sont victimes.
10:03Ce qui est quand même fort de café quand on parle de liberté et de culture.
10:06Le texte arrive à l'Assemblée quand ?
10:09Au Sénat quand ?
10:12Alors, concrètement, c'est le moment clé.
10:14Et j'en parle avec le Premier ministre mercredi.
10:19La loi Riposte, portée par le ministre de l'Intérieur,
10:22arrive au Sénat au mois de mai.
10:24Sauf que le temps que ça chemine entre les assemblées,
10:27ce ne sera pas adopté avant des mois.
10:28Donc moi, je propose au Premier ministre qu'on ait deux heures au Sénat
10:32et à l'issue, comme on est en procédure accélérée,
10:35qu'on ait une CMP, commission mixte paritaire.
10:39Et dans 15 jours, mon texte peut être adopté.
10:42Bon, ben voilà, c'est dit.
10:44Dans 15 jours, ce texte peut être adopté.
10:46Peut-être, éventuellement, on verra.
10:47Et en attendant, en attendant que la rêve de Bourges se termine ?
10:53Sans explosion ?
10:55Eh bien, moi, je dis toute ma compassion aux gendarmes
10:59qui ont sans doute annulé leur week-end,
11:01à la préfecture qui est sous pression,
11:03à mon collègue Loïc Kervan qui vit ce que j'ai vécu de nombreuses fois.
11:06Et je souhaite vraiment qu'il n'y ait pas de mise en danger des participants.
11:10On ne meurt pas, on se rend la fête, ça n'a pas de sens.
11:11Merci beaucoup, Laetitia Saint-Paul, députée Horizon.
11:16Merci d'être venue ce soir avec nous sur l'antenne d'RTL.
11:20Une courte pause et puis dans un instant,
11:22on va se laisser tenter par un ballon ovale et par Jeanne d'Arc.
11:26A tout de suite.
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