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Ancien commissaire européen au marché intérieur, Thierry Breton était l’invité de #LaGrandeInterview de Laurence Ferrari dans #LaMatinale sur CNEWS, en partenariat avec Europe 1.
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00:00Et notre invité ce matin dans la grande interview sur CNews et sur Europe 1, c'est Thierry Breton.
00:04Bonjour à vous.
00:04Bonjour.
00:05Ancien ministre de l'économie, ancien commissaire européen, auteur des dix renoncements qui ont fait la France chez Plon.
00:10On va évoquer la situation internationale, économique aussi bien sûr,
00:13mais d'abord la mort d'un deuxième militaire français de la Finule après une embuscade du Hezbollah dans le
00:18sud du Liban.
00:18Est-ce que, à votre avis, elle peut faire changer de nature ce conflit dans la région,
00:22notamment pour l'engagement de la France qui, pour l'instant, dit ce conflit n'est pas le nôtre ?
00:26Ça fait deux soldats, voire trois, si on compte celui qui est mort en Irak, que nous comptons dans nos
00:30rangs.
00:30On est là, plutôt dans le conflit, et malheureusement cette tragédie,
00:37on perd un deuxième soldat qui paye de sa vie l'engagement de la France dans le cadre de la
00:43Finule, il faut le rappeler.
00:45C'est un engagement sous, évidemment, le contrôle des Nations Unies.
00:49La France joue un rôle important depuis très longtemps pour aider le Liban.
00:56pour intervenir et puis, évidemment, pour être une force d'interposition et notamment pour désarmer cette force terroriste
01:04qui est représentée par le Hezbollah.
01:06Et le Hezbollah, qui est une force terroriste, merci de le rappeler, qui n'est pas désarmée.
01:10Oui, bien sûr, bien sûr, mais on a un gouvernement aujourd'hui au Liban qui est sans doute le plus
01:15à même, précisément,
01:17de faire en sorte que ceci change.
01:19Alors maintenant, évidemment, la France, comme du reste aucun pays européen, n'est partie à ces discussions, à ces négociations,
01:28parce qu'Israël, on le sait, ne veut négocier qu'avec la bénédiction et le soutien de qui ?
01:33Parce que les relations entre Israël sont excécrables.
01:35Non, mais on connaît, encore une fois, Israël ne veut négocier qu'avec les Américains et on sait parfaitement pourquoi.
01:42Mais on sait que les relations entre Israël et la France sont très tendues.
01:44Emmanuel Macron estime encore avoir une interrogation légitime sur la possibilité de suspendre l'accord d'association
01:50entre l'Union européenne et Israël.
01:52Ce n'est pas fait pour arranger les choses.
01:54Oui, mais encore une fois, je le redis, c'est une surprise pour personne.
01:59D'abord, c'est bien qu'il y ait ces négociations, il faut vraiment s'en féliciter.
02:03Ils reprennent aujourd'hui à vous.
02:04C'est quand même un élément important.
02:06Elles reprennent aujourd'hui, vous avez raison.
02:07Elles vont durer sans doute encore un certain temps, puisqu'on a vu que le temps imparti est encore allongé.
02:13C'est une bonne chose, mais il faut vraiment le dire, ces négociations, évidemment, de la part d'Israël,
02:20effort très important qu'elles reprennent, et ça a été un effort très important,
02:22notamment de Benjamin Netanyahou.
02:25La contrepartie, c'est évidemment sous la seule bénédiction des États-Unis, et on sait pourquoi.
02:34Est-ce que la France est sortie de l'histoire dans cette région ?
02:36Non, pas du tout. La France n'est absolument pas sortie de l'histoire.
02:39La France, du reste, la France est là.
02:41La France est là, pas uniquement du reste, je dirais, en tant que pays qui est très proche.
02:48On est très proche du Liban.
02:49Moi, je me souviens, évidemment, quand je travaillais avec Jacques Chirac, les relations ne datent pas d'hier.
02:55Elles sont très importantes, et on est très associés à ce qui se passe pour ce peuple libanais,
03:01qui est vraiment la victime, je dirais, de tout cela, bien entendu.
03:04Le peuple israélien aussi, qui reçoit des requêtes du Hezbollah tous les jours.
03:07Oui, bien entendu, mais là, pour l'instant, on a maintenant, je dirais, le fait qu'on a un million
03:12de personnes qui sont déplacées.
03:14Donc oui, il faut vraiment que tout ça retrouve une normalité.
03:16C'est une chance de désarmer le Hezbollah. J'espère que cette chance sera saisie par les partis.
03:21L'autre partie des négociations, c'est évidemment entre l'Iran et les États-Unis.
03:24Pour l'instant, Donald Trump a prolongé le cessez-le-feu pour une durée indéterminée,
03:28jusqu'à ce que l'Iran présente une proposition, un accord conclu.
03:31Est-ce qu'il y a une chance que cet accord intervienne rapidement ?
03:34Ou est-ce qu'on va être sur du temps long, là aussi, Thierry Breton ?
03:36Eh bien, voyez-vous, personne ne peut le dire.
03:38Parce qu'on est dans une guerre asymétrique, Laurence Ferrari.
03:42Asymétrique à double sens.
03:43D'une part, asymétrique, parce qu'on le voit bien,
03:45il y a d'un côté une armada qui est la plus importante depuis 2003,
03:50l'armada évidemment américaine, avec évidemment des moyens technologiques,
03:54des armes parmi les plus sophistiquées, qui coûtent du reste assez cher.
03:57Je rappelle, entre 1 et 2 millions de dollars pour un missile Patriot.
04:01Un missile Patriot qui est utilisé, pourquoi ?
04:03Bien souvent pour détruire des drones, des drones iraniens,
04:06qui eux, coûtent 30 000 dollars.
04:08Donc c'est asymétrique d'un côté, parce qu'on n'a pas les mêmes instruments.
04:11Asymétrique aussi, d'un point de vue du volume.
04:14Les Iraniens, malgré ce qui s'est passé, malgré les bombardements,
04:17les milliers de bombardements, continuent à fabriquer des drones,
04:21continuent à fabriquer des missiles balistiques,
04:23avec le soutien, bien entendu, de la Chine,
04:25avec le soutien des pays qui les entourent.
04:28Et on peut penser aussi à la Corée du Nord,
04:31notamment pour toute la matrice balistique,
04:35qui, on le sait, est maintenant assez efficace au niveau iranien.
04:39Et puis de l'autre côté, vous avez les États-Unis,
04:42qui ont des stocks qui se réduisent.
04:43Donc on voit qu'on est asymétrique,
04:45et qu'on est d'une guerre de flux contre une guerre de stocks.
04:48Les stocks sont en train de se réduire.
04:51Je rappelle que depuis le début des hostilités,
04:53c'est deux années de production de missiles Patriot qui ont été consommées.
04:56Vous vous rendez compte ? Deux années.
04:57D'un côté, on fabrique à peu près 40 missiles Patriot par mois.
05:01D'autre côté, les Iraniens refabriquent une centaine de missiles balistiques
05:05et des centaines, voire des milliers de drones.
05:08Donc elle est asymétrique dans ce sens.
05:09Elle est aussi asymétrique,
05:11parce qu'évidemment, ça a des répercussions,
05:14je dirais, sur nous.
05:16D'abord sur les populations du Golfe, évidemment.
05:20Sur nous en Europe,
05:21et on va en reparler très certainement,
05:23évidemment, sur l'impact sur le carburant,
05:26sur l'inflation,
05:27sur l'augmentation des taux d'intérêt,
05:29mais aussi un impact très important,
05:31peut-être encore plus important,
05:32sur les États-Unis et sur la population américaine.
05:35Je rappelle quand même que le baril,
05:38pardon, le baril,
05:39bien sûr, il est passé de 70 maintenant à 100,
05:40on est un peu plus de 100 ce matin,
05:42le baril de pétrole,
05:43mais le galon d'essence,
05:44et on sait que le galon d'essence
05:45est un indicateur très important pour les élections américaines,
05:48il était à 2,80 dollars avant le début des hostilités,
05:51il est à 4,20 aujourd'hui.
05:53Donc ça, si vous voulez,
05:54ça met sous pression,
05:55sous pression vraiment très fortement,
05:57la population américaine,
05:58et donc Donald Trump.
05:59Alors là-dedans,
06:00on a maintenant une nouvelle dynamique,
06:02qui est le fait qu'on a le blocus dans le blocus.
06:04Ce qui est peut-être un mouvement,
06:06je pense techniquement,
06:09intelligent de l'armée américaine.
06:11Je dis l'armée américaine,
06:11parce qu'on peut peut-être distinguer
06:13l'armée américaine de Donald Trump,
06:15on a l'impression qu'ils ont repris un peu le pouvoir,
06:17le lead, si vous permettez cette expression.
06:19Pourquoi c'est intelligent ?
06:20Parce qu'évidemment,
06:21ça commence évidemment à bloquer les bateaux,
06:24les navires qui quittent l'Iran,
06:26et donc qui lui permettraient d'exporter le pétrole,
06:28dont elle a besoin pour son budget,
06:30mais surtout,
06:31et c'est là où je voulais en venir,
06:32ceux qui vont rentrer.
06:33Il ne faut pas oublier que l'Iran est un pays
06:35qui dépend beaucoup des importations.
06:37Par exemple, près de 6 millions de tonnes de maïs par an.
06:42Par exemple, le riz, par exemple, l'huile, par exemple, le sucre,
06:45mais aussi les intrants agricoles,
06:48mais aussi les intrants technologiques pour fabriquer ces drones et ces missiles.
06:52Tout ça est bloqué.
06:52Et qui paye, évidemment, la population iranienne ?
06:56Alors, on sait que le régime actuel s'inquiète peu de l'état de sa population.
07:02Il n'en demeure pas moins.
07:03Qu'on commence à voir vraiment des queues, maintenant, dans le bazar.
07:10Les échoppes ne sont plus achalandées.
07:12Et le riz alimentaire.
07:13Donc, on est en train de resynchroniser, je dirais,
07:17cette asymétrie sur l'impact des populations,
07:19avec le regard, évidemment, qui n'est pas le même,
07:23je le redis,
07:24de la part des autorités du gouvernement et des mollahs iraniens,
07:28évidemment, pour nous, en Occident.
07:29Thierry Breton, on est sur CNews et sur Europe 1.
07:32En attendant, en France, rattrapé par la colère sociale,
07:34le gouvernement a reconduit des aides
07:36pour certaines catégories,
07:38vraiment, comme les pêcheurs, les agriculteurs,
07:40les transporteurs, le BTP, les VTC.
07:433 millions de travailleurs, grands rouleurs seront aidés.
07:46Est-ce que c'est du bricolage ?
07:47Est-ce que c'est du bricolage ?
07:48Non, je crois d'abord qu'il faut voir
07:50que tout le monde n'est pas, évidemment,
07:52concerné de la même façon.
07:53Il y a évidemment un prix de l'essence
07:57ou du gasoil qui a fortement augmenté.
07:59Je le redis quand même pour nos auditeurs et nos téléspectateurs,
08:02on n'est pas encore dans une crise pétrolière majeure.
08:06Ils ressemblent pourtant.
08:07On n'y est pas encore.
08:092,50 euros le gasoil, ce n'est pas loin.
08:11Oui, enfin, 2,50 euros, 2,40 euros.
08:12Mais ça, c'est certain.
08:14Et c'est la raison pour laquelle,
08:16parce qu'on ne connaît pas évidemment la durée,
08:18parce que finalement tout ça a une origine.
08:19Cette origine, elle a un nom.
08:21Ce nom, c'est Donald Trump.
08:22C'est Donald Trump, évidemment,
08:24qui lorsqu'il va décider d'écouter Benjamin Netanyahou,
08:28va créer, croyant à l'époque refaire
08:30ce qu'il avait fait avec M. Maduro,
08:31on se souvient en Venezuela.
08:33Bon, ça n'a pas marché.
08:34Et désormais, on est dans cette guerre
08:37dont visiblement, il veut se sortir.
08:39Tout le monde veut se sortir,
08:40mais qui dure.
08:41Je le redis, elle est quand même artificielle
08:42dans le sens où on a encore la production.
08:45Elle n'est pas structurelle.
08:46Il faut vraiment maintenant pouvoir...
08:47Donc elle peut se résoudre rapidement ?
08:48Elle peut se résoudre.
08:49Alors disons...
08:50Avec une détente sur les prix du carburant.
08:51Avec une détente progressive,
08:54mais c'est clair que si on réussit à avoir
08:56ce que nous espérons tous,
08:57avant quand ?
08:58Avant le voyage de Donald Trump en Chine,
09:02qui est attendu, on le sait, le 14 mai en Chine,
09:05pour lui, c'est certainement une date butoir.
09:07Donc je pense que c'est la nouvelle date butoir
09:09qu'on a devant nous.
09:10Là, il y a vraiment la volonté de trouver un accord.
09:12Bien sûr, qui sont concernés ?
09:14Les grands rouleurs.
09:15Donc il faut les aider.
09:18Bien sûr, les agriculteurs, il faut les aider.
09:21Bien sûr, les marins pêcheurs, il faut les aider.
09:23Il faut aussi aider l'ensemble de ceux
09:25qui ont besoin de leur voiture.
09:27Et notamment, on le sait,
09:28tous ceux qui vont aider leurs concitoyens.
09:31Je pense en particulier aux infirmières, aux aides-soignants.
09:33Il faut évidemment les aider.
09:34Donc c'est une bonne chose.
09:35On ne peut pas baisser les taxes ?
09:36Alors l'éco-taxe, David Lissner le propose,
09:39M. Édouard Leclerc aussi.
09:40Et ce serait immédiatement entre 15 et 17 centimes d'euros
09:43en moins sur le litre.
09:45On le suspend temporairement.
09:47Oui, alors ça, évidemment, c'est des choses...
09:49On a tellement travaillé là-dessus.
09:50Pardon de le dire de façon simple.
09:52Il n'y a qu'à Faucon, malheureusement,
09:53on ne peut plus se le permettre.
09:54Donc ce qui est très important,
09:55c'est que l'État ne gagne pas un sou de ça.
09:57Alors la TVA, donc tout ce qu'on gagne, disons...
10:00Repart dans les aides.
10:01Voilà, ça repart dans les aides et je crois que c'est normal.
10:04Je crois même que l'État fait un peu plus,
10:05parce qu'en fait, moi j'ai fait des calculs, en gros,
10:07l'État peut engranger entre 50 et 60 millions d'euros par mois aujourd'hui.
10:17Donc...
10:17On est loin des 170 millions d'euros à l'heure annoncée.
10:19Oui, enfin, on est...
10:21Alors, si vous voulez, pour être très précis,
10:24par tranche d'augmentation de 10 dollars du baril,
10:28l'État engrange entre 30 et 60 millions par mois.
10:32Donc là, on est passé de 70 à 100.
10:35Ça fait, bon, vous voyez,
10:36si jamais on estime qu'on fait une cote mal taillée,
10:38150 millions, ça fait 50 millions,
10:403 fois 3, 150 millions, on n'est pas loin.
10:42Donc l'État, effectivement, restitue l'ensemble du plus gagné
10:47qu'il va pouvoir engranger.
10:49Et ça me semble être le maximum que l'on puisse faire.
10:52Les Français ont néanmoins le sentiment d'être rackettés,
10:55d'être renseignés sur ce prix de l'essence,
10:5755% de taxes sur le litre d'essence.
11:00Est-ce qu'encore une fois, il ne faut pas alléger ces taxes
11:02pour pouvoir donner une petite bouffée d'air,
11:05pour pouvoir l'achat français ?
11:06Oui, je sais, par exemple, que c'est la proposition
11:08du Rassemblement national de dire de baisser, par exemple,
11:10la TVA, donc à 5,5.
11:13La France insoumise propose de bloquer...
11:14Oui, alors ça, ça veut dire entre 13 et 17 milliards de trous.
11:19Donc insoutenable pour nos...
11:20Où est-ce qu'on va les trouver ?
11:22Donc très bien, encore une fois,
11:24dans la mesure où ça fait un trou de 13 milliards dans le budget,
11:26enfin 13 à 17 milliards,
11:28donc on va prendre à peu près 15 milliards,
11:29très bien, donc il faut évidemment voir où on va les trouver.
11:32Mais aujourd'hui, on n'a pas la réponse.
11:34Oui, 6 milliards d'euros de hausse de dépense de l'État
11:39avec cette guerre en Iran.
11:40Bercy promet de compenser ça pour des économies
11:42et sur l'État et le budget d'État
11:45et sur celui de la Sécurité sociale.
11:46Mais concrètement, on ne sait pas où.
11:48Oui, alors il faut s'arrêter une seconde sur ce chiffre
11:50qui est un peu surprenant.
11:51Parce qu'évidemment, 6 milliards,
11:52on est au début de cette crise.
11:54On espère qu'elle va bientôt se terminer.
11:55Moi, je pense personnellement
11:57qu'on est maintenant dans une phase
11:59où bien sûr, les Iraniens essayent de faire jouer un petit peu,
12:02comme on dirait cette expression, un peu l'ours.
12:04Et l'ours, c'est plutôt Donald Trump.
12:06Mais à la fin, les Iraniens vont être aussi poussés.
12:09Faire danser l'ours.
12:10Oui, faire danser l'ours.
12:12À la fin, les Iraniens vont être évidemment poussés
12:16par la population,
12:17mais aussi par ceux avec lesquels ils travaillent
12:19et ceux qui les soutiennent.
12:20Je pense en particulier au Pakistan.
12:22Je pense également à la Chine.
12:24Donc, je pense qu'on est maintenant,
12:26j'espère qu'on va finir par trouver
12:28un accord mal taillé.
12:30Chacun va dire qu'il a gagné.
12:31Ça, c'est pour dans les, espérons,
12:33les jours ou les semaines qui viennent.
12:36Donc, ceci devrait être derrière nous.
12:37Il n'en demeure pas moins
12:38qu'en ce qui concerne ces 6 milliards,
12:41on voit qu'il y en a à peu près 4 milliards,
12:423,8 milliards exactement,
12:44dont Bercy nous dit qu'ils proviennent
12:46de l'augmentation des intérêts de la dette.
12:47Vous voyez, sur 6 milliards,
12:49il y en a à peu près 4 milliards,
12:50c'est-à-dire les deux tiers,
12:51qui viennent du fait qu'on est hyper endettés
12:52et que, je le rappelle...
12:54Ça n'a rien à voir avec la guerre.
12:55Ça n'a rien à voir avec la guerre,
12:56sauf qu'évidemment, les taux d'intérêt augmentent un petit peu.
12:58Alors, ils augmentent un petit peu maintenant,
13:00mais ils ne vont peut-être pas augmenter toute l'année.
13:01Donc, peut-être que là,
13:01on a tiré un tout petit peu le trait.
13:03Mais qu'est-ce que ça nous dit, Laurence Ferrari ?
13:05Ça nous dit aujourd'hui que si on a une crise exogène
13:07comme celle que nous vivons,
13:08qu'est-ce qui nous coûte le plus cher ?
13:10C'est le poids du passé.
13:11C'est donc notre surendettement.
13:13C'est-à-dire qu'on est tellement endettés,
13:14on va devoir émettre pour plus de 300 milliards
13:18de dettes en renouvellement cette année.
13:19300 milliards, vous vous rendez compte ?
13:20C'est le montant le plus important
13:23du monde en euros.
13:25Il va falloir aller chercher sur les marchés.
13:27Comme la dette est un peu plus chère,
13:28on va payer un petit peu plus cher.
13:29On peut espérer que cette augmentation
13:31des taux d'intérêt ne va pas durer toute l'année.
13:33Et donc, peut-être que les 3,8 milliards
13:35à 4 milliards ne seront pas ceux-là à l'arrivée.
13:37Il n'en demeure pas moins que c'est sans doute
13:38de bonnes politiques de prendre des précautions.
13:40Ce n'est pas moi qui vais vous dire l'inverse.
13:41Pierre Hébrete, on est sur CNews et sur Europe 1.
13:43Vous, vous souhaitez et vous réclamez
13:45cette règle d'or, limiter le déficit public
13:47à 1% du PIB à l'horizon 2032,
13:50l'inscrire dans la Constitution.
13:51Il y a une multitude de candidats pour 2027.
13:54C'est l'inflation pour le coup de candidats.
13:56Est-ce que l'un d'entre eux va prendre à bras-le-corps
13:59cette proposition-là et la proposer aux Français ?
14:01Écoutez, en tout cas, je vois maintenant,
14:03parce que je pense sincèrement d'abord,
14:04peut-être pour nos auditeurs et nos téléspectateurs,
14:07on voit bien qu'on est tellement dans une logique d'incurie
14:10et la fragmentation aussi, je dirais,
14:13dans notre vie politique fait que les assemblées
14:16et l'assemblée que nous avons,
14:17et peut-être la salle qu'on aura
14:18après les élections présidentielles,
14:20les Français, on sait qu'ils votent contre
14:21et quand ils désignent un président de la République
14:25au deuxième tour,
14:26c'est plutôt voter contre celui
14:27qu'ils ne veulent pas voir.
14:29Et dès le lendemain, aux législatives,
14:31dès le lendemain aux législatives,
14:33généralement, on veut limiter le pouvoir
14:34qu'on donne au président.
14:35Donc, il n'est pas du tout impossible, hélas,
14:37qu'on ait encore une assemblée fragmentée
14:40parce que la fragmentation,
14:41ce n'est pas qu'en France,
14:42c'est partout maintenant désormais en Europe.
14:43Donc, on voit ce que ça donne.
14:45On est aujourd'hui dans une logique
14:47où précisément la France est le pays
14:49qui est le plus endetté en volume d'Europe
14:52et qu'on n'arrive pas à se sortir
14:54de ces 5% de déficit.
14:55Les Allemands, vous savez, en 2010,
14:57que ce soit les parties de gauche
15:00et les parties de droite,
15:01ont réussi à se mettre d'accord
15:02pour dire qu'on va se mettre dans la Constitution
15:04parce qu'on n'arrête pas de se chamailler
15:07cette obligation de ne plus avoir de déficit.
15:10Moi, je ne propose non pas déficit zéro,
15:12mais déficit 1% en 2032.
15:15Donc, ce n'est pas non plus très agressif.
15:16C'est une trajectoire.
15:17Ça veut dire quoi ?
15:18Ça veut dire remettre de la discipline
15:21pour qu'à nouveau,
15:22notre pays réapprenne à compter
15:24parce que voyez-vous,
15:25la France qui compte,
15:26c'est quelque chose d'important.
15:28On a oublié.
15:28On ne compte pas d'un point de vue budgétaire,
15:30mais on ne compte plus non plus
15:31sur la scène européenne
15:32ou sur la scène internationale.
15:35C'est, me semble-t-il, très important
15:37pour pouvoir remettre de la discipline.
15:39Il faut le faire sans doute avant les élections.
15:40Donc oui, je vois un certain nombre
15:41de chefs de parti.
15:42Est-ce qu'il y en a un d'entre eux ?
15:43Je ne sais pas, Gabriel Attal,
15:44je l'ai vu de la semaine dernière.
15:49Il m'a autorisé à le dire.
15:50Je le dis.
15:52Il m'a dit qu'il était favorable
15:53à cette proposition.
15:55Il y en a beaucoup d'autres.
15:56Je les vois.
15:57Il faudrait que ce soit la matrice
15:58de ce bloc central ?
15:59Eh bien, peut-être pas que le bloc central.
16:01Tous ceux qui veulent me voir,
16:02je les vois encore une fois.
16:03Rassemblement national ?
16:04Bien entendu.
16:04France insoumise ?
16:05Bien entendu.
16:07Pour l'instant,
16:07je n'ai pas eu de demande
16:09de la France insoumise.
16:10Si j'en ai,
16:11je vous promets
16:11que je viendrai vous le dire.
16:12Pour les autres,
16:13j'ai eu des demandes
16:14pratiquement de tout le monde.
16:15Oui, donc je les vois.
16:16Vous êtes opposé aux primaires.
16:17Vous dites que c'est
16:18des machines à perdre,
16:19qu'elles ne sont absolument
16:19plus adaptées à notre temps
16:21pour désigner un candidat unique.
16:23Ça ne marcherait pas, ça ?
16:23Ça n'a jamais marché en France.
16:26Systématiquement,
16:27on sait que les primaires,
16:27elles sont nées de quoi ?
16:28Elles sont nées d'une idée
16:30de Terra Nova,
16:32qui était un think tank de gauche,
16:34qui voulait proposer
16:36de départager,
16:36vous vous souvenez,
16:37les éléphants,
16:38les éléphants socialistes.
16:39Ils étaient tellement
16:39en train de se bagarrer,
16:40donc on a inventé les primaires
16:41pour précisément départager
16:43les candidats socialistes
16:45entre eux.
16:46Et puis,
16:47certains ont pris cette idée,
16:48ça n'a jamais marché.
16:49Tous les candidats
16:50qui ont été désignés aux primaires
16:51ont toujours perdu
16:52les présidentielles,
16:53sauf François Hollande,
16:53mais on sait qu'à l'époque,
16:54c'était une primaire
16:55très élargie,
16:56lequel François Hollande,
16:57lorsqu'il a été élu
16:58président de la République,
16:59a dit,
16:59non, les primaires,
17:00finalement,
17:00c'est une très mauvaise idée,
17:01il faut les retirer.
17:01Donc, au fond,
17:02tout le monde a dit
17:03que c'était une mauvaise idée
17:04et aujourd'hui,
17:05on veut revenir sur quelque chose
17:06qui est complètement
17:07contre l'esprit
17:08de la Ve République
17:09qui n'a,
17:10je le redis,
17:10jamais marché en France,
17:12donc il faut en tirer
17:13les conclusions.
17:13Mais l'union sacrée
17:14que vous espérez,
17:15peut-être n'arrivera-t-elle pas ?
17:17Eh bien, on verra bien,
17:17vous avez raison,
17:18c'est extrêmement difficile,
17:20mais voyez-vous,
17:21la situation dans laquelle
17:22se trouve la France
17:23aujourd'hui
17:24est extrêmement difficile.
17:25Je pense qu'on est vraiment
17:26au pied du mur
17:27dans l'histoire de France.
17:29Alors,
17:30comparaison n'est pas raison,
17:31mais dans des moments
17:32qui sont pratiquement
17:33existentiels pour la France.
17:34Oui, j'estime qu'aujourd'hui,
17:35la dérive de nos finances publiques,
17:37on vient d'en parler à l'instant,
17:38il y a une crise dans le Golfe
17:40et on est complètement impacté,
17:42non pas sur l'impact direct,
17:43mais sur le poids du passé.
17:46La situation dans laquelle
17:47se trouve le pays aujourd'hui
17:48est tellement,
17:49je dirais,
17:50catastrophique
17:51que si jamais on ne se met pas
17:52de la discipline en amont,
17:53on n'y arrivera pas.
17:54Donc, oui, vous avez raison,
17:56c'est sans doute
17:56le chat d'une aiguille,
17:57mais j'estime que c'est ce
17:59dont la France a besoin
18:00pour retrouver
18:01la capacité
18:02à maîtriser son destin.
18:03Et retrouver,
18:03Thierry Breton,
18:04le sens du travail.
18:05On sait aujourd'hui
18:06que la pression fiscale
18:06sur les salaires
18:07n'a jamais été aussi forte
18:08dans notre pays.
18:09Les Français sont taxés
18:09à 47,2% en moyenne,
18:12c'est-à-dire
18:12quand un patron donne 100 euros,
18:13le salarié touche 52 euros 80.
18:16Pourquoi travailler ?
18:17Se demande-t-il.
18:18Et vous savez quoi,
18:18Laurence Ferrari ?
18:19Si jamais on ne met pas en place
18:21cette règle d'or,
18:21c'est-à-dire cette discipline
18:22sur cinq ans,
18:23eh bien moi,
18:23je vous parie
18:24que ça va continuer à augmenter
18:26et la France va continuer
18:27à s'enfoncer.
18:28Et je ne veux pas ça
18:29pour mon pays,
18:29je pense que beaucoup
18:30de ceux qui nous écoutent
18:31n'ont plus.
18:31Et les Français travaillent
18:32assez pour vous,
18:32Thierry Breton ?
18:33Mais les Français
18:34vivent plus longtemps,
18:35donc il faut aussi
18:36qu'on en tire la conclusion
18:38pour ceux qui le peuvent
18:39et leur permettent
18:39de travailler plus longtemps.
18:40Oui, je crois qu'aujourd'hui,
18:41c'est la dynamique
18:42que l'on voit partout,
18:43démographique,
18:44en Europe
18:44et ailleurs dans le monde.
18:46Le pire des dix renoncements
18:47que vous décrivez
18:48dans votre livre,
18:48c'est lequel ?
18:49C'est le renoncement
18:49sur tenir nos déficits publics ?
18:51C'est le renoncement
18:57qui finalement dérive
18:58et dérive et dérive
19:00et qu'on dit à chaque fois
19:01encore un moment
19:02monsieur le bourreau.
19:03Eh bien, le bourreau
19:03est là aujourd'hui.
19:04Le bourreau est là
19:04et vous prenez
19:05votre bâton de pèlerin
19:06pour aller voir tous les candidats.
19:07Merci.
19:08Merci à vous Thierry Breton,
19:09les dix renoncements
19:10qui ont fait la France
19:10aux éditions Plon.
19:11Bonne journée à vous.
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