00:00Pierre Géras, bonjour. Vous êtes le papa de Corentin, 11 ans, qui est décédé en 2014
00:06des suites d'une opération de l'appendicite. Si vous le voulez bien, on va revenir à ce
00:11moment-là, à ce 1er de novembre 2014. Est-ce que vous pouvez nous raconter un petit peu
00:15cette histoire-là ? Oui, écoutez, on a emmené notre fils à la
00:22clinique Claude Bernard pour vérifier effectivement s'il ne commençait pas un début d'appendicite
00:32parce qu'il avait des douleurs abdominales depuis quelques jours et qu'il avait des globules
00:36blancs qui étaient montés, donc ça pouvait traduire une infection. Et donc, comme le
00:41médecin habituel de Corentin n'était plus là, il nous a proposé de passer par les urgences
00:48de la clinique Claude Bernard. Et là, je dirais, on a perdu le contrôle de la situation
00:54puisque, d'un seul coup, on s'est retrouvés séparés. La mère et le petit à un endroit,
00:59moi à un autre. Et d'un seul coup, il fallait faire intervenir le chirurgien de garde, alors
01:06que nous, notre idée, c'était de repartir avec une prescription d'un antibiotique.
01:11Bon, Salabène Larrière nous est tombé dessus en expliquant qu'il fallait opérer tout de
01:15suite. Alors, bon, moi, je sortais du scanner où on m'avait dit non, je n'ai pas besoin,
01:20il n'y a pas d'indication. Donc, il débute son intervention. Alors, il a effectivement,
01:26dès l'introduction du trocard, provoqué une hémorragie. Là, il a préféré retirer son
01:31trocard, mettre un sparadrap, laisser l'enfance vider de son sang, en niant finalement le fait
01:36que c'était évident pour tout le monde, ce qu'on a appris dans les différentes confrontations
01:41qu'on a eues avec les anesthésistes, avec les personnels du bloc opératoire, que tout
01:47le monde, visiblement, était convaincu que c'était une hémorragie. On a obtenu qu'il
01:51puisse être transféré quand même avec difficulté sur l'hôpital pour enfants à Nancy. Bon,
01:58là, on a compris. Enfin, je veux dire, on a vu le chef de service de chirurgie viscérale
02:06qui m'a pris à partie, qui m'a dit « c'est très très grave ». Mais il ne
02:10voulait pas parler
02:10de l'état uniquement de Corentin. Il voulait parler de ce qui s'était passé à la clinique
02:15Claude Bernard. Bon, et donc après, on a porté plainte, la maman d'abord, moi après, et c'est ce
02:23qui
02:23nous a amené à rencontrer un premier juge d'instruction. Alors, très surprenant, la justice est
02:31vraiment un fonctionnement quasi autistique. En fait, le juge d'instruction qui nous explique
02:38« je n'ai pas ouvert le dossier, mais vous serez déçus ». Ça ne me paraissait pas très
02:42professionnel. Donc, c'est comme ça que toute l'affaire a commencé.
02:46Ça fait près de 12 ans que vous êtes pris dans cette justice, dans cette affaire judiciaire.
02:53Vous y croyez encore aujourd'hui ? Il n'y a pas une lassitude aussi, au bout de 12 ans,
02:57de se dire qu'on est passé par des tribunaux, des avocats, des juges d'instruction.
03:04Qu'est-ce que vous espérez aujourd'hui au niveau de la justice ?
03:07Je crois que c'était important de faire toutes ces démarches, de les amener devant
03:12un tribunal pénal, de confronter le corps médical et aussi le système judiciaire à leurs insuffisances.
03:21Et puis, parce que je pense que c'est utile pour la mémoire de mon fils, indispensable
03:26pour la mémoire de mon fils, mais c'est aussi nécessaire pour toutes les personnes
03:33qui pourraient se retrouver dans des situations similaires.
03:36Ce procès qui s'ouvre mardi prochain, 28 avril, au tribunal de Reims, qu'est-ce que vous attendez
03:42vraiment de ce procès ? Est-ce qu'il y a un point final peut-être à cette histoire de
03:47se dire
03:48c'est bon, justice a été rendue à Corentin et on peut enfin souffler ?
03:52Le point final pour nous, je vous dis, notre vie sera toujours vide.
04:00Et donc, si au moins ça a permis d'éviter d'autres drames et qu'il y ait une prise
04:08de conscience
04:10au niveau du corps médical, des établissements de santé, qu'il faut faire attention,
04:15on ne peut pas faire n'importe quoi. On espère, de toute façon, je pense qu'il y aura
04:21une condamnation. Ce sera probablement du sursis et puis une amende pour que la justice
04:28retrouve ses fonds. Bon, mais je vous dis, il manque pour moi les autres responsables,
04:40qui sont la clinique qui savait qu'elle avait embauché n'importe qui, le conseil de l'ordre
04:45des médecins qui savait la dangerosité de ce type-là et qui n'a rien fait. Et tout ça,
04:53on va le cacher. Et puis, le fait qu'il ne sera que des médecins, des gens qui se disent
05:04médecin,
05:04à nouveau, par cupidité, par orgueil, ils préféraient finalement jouer la vie d'un enfant à la roulette,
05:10quoi. Je veux dire, et ça, pour nous, c'est intolérable. Et c'est là-dessus qu'on va revenir.
05:16Donc, bon, je pense que la maman du petit et moi, on est assez remontés et que, voilà,
05:24on va s'expliquer. On verra le comportement de la justice française, mais ce sera probablement conflictuel,
05:31quoi.
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