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  • il y a 2 jours
Gamarjoba ! encore une fois la France ! Et écoute un peu ça : nous ne finirons pas première nation, c’est désormais probable, car une Géorgie – pas si impressionnante que ça mais bien aidée par un public du samedi enfin nombreux et un corps arbitral dont les décisions tombent toujours côté pile – a repris le leadership par une nouvelle médaille d’or, sa troisième, avec encore deux molosses à venir. Nous ne terminerons pas première nation, parce que, c’est mathématique, nous ne convertissons pas assez nos opportunités en or, contrairement au Russe Timur Arbuzov, le sublime bourreau du jour dont nous vous narrons les exploits dans ce nouvel épisode d'Hajime, le podcast de L'Esprit du Judo.

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Sport
Transcription
00:04Professeur, entraîneur, expert, champion d'hier et d'aujourd'hui, mais aussi judokas anonymes,
00:09le podcast de l'esprit du judo, c'est maintenant, à j'imais.
00:21Gamar Joba, encore une fois à la France, et écoute un peu ça, nous ne finirons pas
00:26Première Nation, c'est désormais probable, car une Géorgie pas si impressionnante que ça,
00:31mais bien aidée par un public du samedi enfin nombreux et un corps arbitral dont les décisions
00:35tombent toujours côté pile, a repris le leadership par une nouvelle médaille d'or, sa troisième,
00:41avec encore deux mollos à venir. Nous ne terminerons pas Première Nation parce que,
00:46c'est mathématique, nous ne convertissons pas assez nos opportunités en or, les féminines
00:50notamment, ratant leur troisième finale aujourd'hui. Et si on voulait aller au bout de ce qui nous
00:55chagrine, on pourrait préciser que dans ces échecs variés, une part de ces occasions
01:00en or qui passent en emportant les veaux, les vaches et les couvées qui vont avec, sont
01:05dues au fait que certains jeunes athlètes prometteurs que la France en voit défendent
01:09souvent mal dans les phases au sol, remises en valeur par les dernières décisions de
01:13la FIGE et désormais de plus en plus décisives. Poussons alors le raisonnement jusqu'au bout,
01:18si la France ne finit pas Première Nation ici, à Tbilisi, c'est parce qu'elle traite
01:23avec trop de désinvolture depuis trop longtemps les enjeux de transmission des gestes du patrimoine
01:29technique. Insistons pour être clair, au moins une demi-finale hier, une médaille d'or
01:33aujourd'hui, voilà précisément ici à Tbilisi ce que coûte le fait d'avoir des titulaires
01:37qui repèrent mal les dangers d'un bras-tête qui s'installe, d'un sankaku qui se verrouille.
01:42Chacun bien sûr est responsable de son système d'attaque, responsable de son projet de haut
01:46niveau et il est sans doute légitime que des athlètes jeunes soient encore perfectibles.
01:50Mais jusqu'à quel point ? Comment, après tant d'heures passées sur les tapis
01:54d'une formation d'excellence, n'a-t-on pas trouvé le moyen, assez tôt, de passer
01:59les bons messages aux jeunes populations en quête d'excellence pour sensibiliser,
02:04responsabiliser, faire prendre conscience ? Comment n'a-t-on pas trouvé le temps de
02:07faire passer les apprentissages nécessaires, d'installer des protocoles, des examens de
02:12niveau pour vérifier les acquis, avant en tout cas que les cellules de haut niveau fassent
02:17le constat de carences peut-être irratrapables qui coûtent leur poids en médailles échappées
02:22à jamais et en mauvaise défaite ? Le constat est ancien, nous l'avons entendu dans la bouche
02:27de beaucoup de responsables de la performance des périodes passées, sans que de nouvelles
02:31générations émergent avec des exigences différentes, sinon c'est un classique dans
02:35le cœur des lignées familiales.
02:37Il est peut-être temps de poser la question de la responsabilité générale sur ces sujets
02:41de l'exigence, des formations de base, pour que plus jamais les prétendants français
02:45à la victoire ne soient handicapés par des limites de maîtrise dans des secteurs clés.
02:50Les japonais, les russes y parviennent et c'est ce qui fait leur force, c'est aussi
02:55dans nos moyens.
02:56La Russie, parlons-en, c'est peut-être par elle que la France se verra privée finalement
03:00de leadership général, comme c'était d'ailleurs le cas en 2024 et 2025, car elle est comme nous
03:05au palier des deux titres, avant les poids lourds où elle brille souvent et propose des combattants
03:10capables de redéfinir les standards du haut niveau.
03:13Oui, le fabuleux Timur Arbouzov était de retour en moins de 81 kg, il a produit un judo
03:19stratosphérique et il va falloir en parler.
03:22Il faut maintenant la raconter cette journée et profiter aussi du positif qu'elle nous
03:26a apporté.
03:27D'abord du côté de nos engagés en moins de 90 kg, avec Maxime Gaël Ngaïap en bout
03:33le combattant d'un côté, Alexis Mathieu le styliste à l'efficacité de plus en plus
03:37affirmé de l'autre, il y avait de quoi se frayer un chemin.
03:41Leur concurrent s'est désormais bien installé et les pousse ensemble vers l'avant.
03:44Alexis est monté deux fois sur le podium du Grand Chelem de Paris en deux ans, mais
03:48Maxime Gaël est l'homme des championnats.
03:50Les Jeux, bien sûr, mais aussi une finale continentale l'année dernière.
03:55Alexis Mathieu jouait finement le coup au premier tour contre un représentant russe
03:59peu capé, mais troisième à Paris, lui aussi, Égor Andoni, qu'il plaquait les deux
04:03épaules au sol sur un soutémis à la géorgienne.
04:06Il était impuissant au second face à la rugosité physique et tactique de Nemanja Majdov, un
04:11serbe bientôt trentenaire mais déjà champion du monde il y a 9 ans, champion d'Europe
04:15à Montpellier, un combattant dur qui lutte inlassablement sur les mains et n'a pas peur
04:20d'enchaîner les fausses attaques si c'est ce qu'il faut pour gagner.
04:23C'est d'ailleurs de plus en plus le cas, le corps arbitral semblant retrouver des réflexes
04:27de valorisation de la pure activité et ce n'est pas bon signe.
04:30Pour n'avoir pas su se rebeller face à la tactique acerbe du serbe Majdov, Mathieu
04:35était pénalisé 3 fois en 5 minutes et c'était la fin du bal pour lui.
04:39Pas de médaille en championnat continental encore cette fois pour le champion de France
04:43en titre qui tentait sa chance à ce niveau pour la 6ème fois déjà.
04:48J'ai un premier tour qui n'était pas évident, le russe qui m'a aidé avec moi à Paris,
04:51je fais un super taf sur les mains, je marque au bon moment etc.
04:55donc j'étais bien dans la journée et frustré que ça s'arrête comme ça
04:59parce que tu ressors d'un combat comme ça, tu as l'impression qu'on t'a empêché de t
05:06'exprimer
05:07et que tu n'as rien à en retirer.
05:08C'est un peu insupportable, je n'arrive pas forcément à casser la distance, il est toujours loin,
05:16il fait toujours péter à droite à gauche donc j'ai du mal à avoir les mains sur le kimono
05:19pour pouvoir produire et dès que j'arrive un peu à me rapprocher, tout de suite il y a une
05:24action
05:26de moins du terme, mais un peu de merde pour produire, pour faire monter les pénalités
05:33et sur le match, sur le combat, je n'arrive pas à trouver la solution.
05:38Je sors un peu avec un goût amer parce que ce genre de truc là, c'est à l'opposé
05:47un peu du judo donc ça m'énerve, maintenant il est à jouer sa partition, ça passe pour lui
05:53comme ça, à moi de trouver des solutions sur ce genre de profil, surtout que c'est quelqu'un
05:59de forme et que j'ai déjà battu par le passé une fois et donc je savais que j'avais
06:03les solutions
06:03techniques mais là sur les mains, je n'ai pas réussi à m'exprimer.
06:09Il va falloir que je regarde ça tranquillement en vidéo pour voir comment j'aurais pu faire
06:14différemment mais là le sentiment qui prime en sortant c'est vraiment au-dessus, physiquement
06:22sur les mains en tout cas parce que je pensais que ça allait commencer à plonger.
06:26Il y a la pose qui tombe pile au bon moment et au moment où ça commence à descendre,
06:29je commence à poser mes mains, putain saignement, il revient et lâchant qu'il y a encore du
06:33jus, le règlement il favorise aussi certaines saisies, certains styles de judo, il y a des
06:39stratégies aussi qui sont faites en fonction de ça et là c'est vrai que là j'en ai payé
06:43aussi un peu les frais parce qu'on tient de plus en plus fort, on a le droit de faire
06:46péter
06:46etc donc le corps il souffre.
06:48L'entraîneur Ludo Delacote tirait les conclusions qui s'imposent du parcours du premier
06:52français à ne pas aller en quart de finale sur ce championnat.
06:55Je tiens à revenir aussi sur son premier match où il prend le Russe et à mon sens
07:00il a fait un très très bon combat sur le Russe, il a vraiment anesthésié, annihilé
07:06le système du Russe et tactiquement il a été très bon et puis efficace et maintenant
07:13voilà sur le profil Machdov qui fait le décalage aux pénalités sans produit ou des attaques
07:19pour faire des attaques sans volonté réelle de marquer.
07:24Ça fait partie aujourd'hui des contours de l'arbitrage moderne à ce jour et qui sera
07:30je le crois le même jusqu'au jeu donc il va falloir qu'on prenne en compte cet élément.
07:36C'est frustrant, on avait déjà identifié certaines choses mais d'une façon générale il va
07:41falloir raccourcir le temps entre la saisie et la mise en action parce que si vous saisissez
07:45seulement l'autre a le droit de toute façon de créer la rupture sans réelle volonté
07:50derrière de reprendre l'initiative.
07:51Donc partant de là, il va falloir faire avec, pas le choix.
07:55Ne créer que de la rupture en permanence comme l'a fait Machdov qui est en finale peut
08:00te faire gagner un match donc il va falloir qu'on travaille aussi sur cette adaptation
08:04de l'arbitrage qui à mon sens, j'aime pas critiquer l'arbitrage mais qui à mon sens
08:08ne va pas dans le bon sens et dans le bon sens du judo surtout.
08:13Maxime Gaël Ngaïap en bout n'était qu'à sa troisième participation et avait converti
08:18la précédente à Podgorica avec une belle médaille d'argent.
08:21Pouvait-il faire aussi bien, faire mieux ? Avec les deux monstres géorgiens, Luca
08:25Meizuradze et la chape de Kaori faisant le show pour le public qui les portait, cela
08:30n'allait pas être facile.
08:31Il fallait assurer d'abord contre un Monténégrin qui trouvait le moyen de lui marquer un premier
08:35yuco puis contre un jeune tout juste sorti des juniors avec une médaille mondiale.
08:39Il fallait ensuite trouver la faille contre Alex Kray, un Roumain mal classé, il est
08:4471ème, que les championnats d'Europe transcendent puisqu'il avait emporté le bronze en 2024
08:49et que le français avait déjà affronté en juniors pour une médaille mondiale à la
08:52clé.
08:53Mais c'était malheureusement le combat qu'on n'aime pas, une chougne indécise de deux
08:57minutes que le français ne parvenait pas à maîtriser, gêné par le rythme et les
09:01variations du Roumain, de fortes montées de mains masquant d'incessantes attaques
09:05à genoux.
09:05C'est sur l'une d'elles que notre médaille olympique anticipait mal et partait à la
09:10faute sur la tranche pour offrir le yuco dont il ne revenait pas.
09:14La déception piquait le guerrier qui décidait d'ajouter une vitesse et qui s'ouvrait alors
09:18la voie.
09:19Le bulgaire Ivailo Ivanov avait révélé les limites du pack géorgien du jour en menant
09:23longtemps contre Luka Meizuradze.
09:25Le français le projetait joliment en repêchage, en Uchigari et en Seoinage.
09:29Mais pas de chance, le double champion olympique Lasha Bekaori se trouvait sur le chemin
09:33de la belle médaille, poussé hors d'une finale 100% géorgienne par le diable serbe,
09:38lequel allait finalement s'y contenter de l'argent en y laissant son genou face à
09:42Meizuradze.
09:43Le français combatif n'avait cependant pas décidé de se laisser faire et après deux
09:47minutes, c'est plutôt le manque d'envie du géorgien qui se révélait et une épaule
09:51douloureuse qui ne l'encourageait pas à donner plus.
09:54Sur un makikomi trop mou, il se laissait pousser sur le dos pour Wazahari.
09:59Pas de réaction féroce, pas de tout pour le tout.
10:02Il lâchait l'affaire et se faisait enrouler en Seoinage quelques secondes plus tard.
10:06Une médaille continentale bonne à prendre, la seconde d'un palmarès qui s'étoffe,
10:11celui de Maxime Gaël Ngaï à Pambou.
10:13Moi j'étais mauvais, après il y a du coup le quart de finale que je perds,
10:20et après je repars un peu sur la finale de repêche, mais ouais non ce matin je ne me suis
10:25pas
10:25trouvé bon.
10:25Franchement je ne pourrais pas vous expliquer, il y a un manque de sensation, ce matin j'étais
10:30en manque de sensation.
10:31Le Roumain il a un profil assez spécial, il tourne à droite et à gauche, et comme
10:35je l'ai dit ce matin je n'étais pas bon, donc il était en premier sur les mains avant
10:38moi et il en a profité, il a été bon, c'est un mec solide.
10:44C'est sûr que quand j'ai perdu ça m'a mis un coup de jus, je me suis dit
10:47que, en fait
10:47j'étais venu pour le titre, clairement, mais je me suis dit qu'il ne fallait pas que je
10:51reporte d'ici 100 médailles, donc je me suis reboosté pour aller chercher cette médaille.
10:55C'est jamais facile de se remobiliser, c'est jamais facile, mais en fait quand tu dis
11:00que tu ne veux pas repartir de ce championnat sans médaille, tu ne penses plus aux combats
11:07qui se sont passés avant et tu penses au futur.
11:10Avant d'aborder ce championnat, je m'étais dit que je voulais prendre Becquiri peut-être
11:16en finale, moi je m'étais dit ça.
11:21C'est lui qui est double champion olympique, moi je ne me suis pas mis de pression, on est
11:25chez lui, donc je me suis servi de cette atmosphère pour me donner beaucoup d'énergie.
11:29Là je suis dans une période de ma carrière assez importante, je pense qu'il faut que
11:34je passe des caps et lorsque j'aurai passé ces caps, je pense qu'ils auront du mal.
11:43Là je pense que je suis à 50-60% de mon potentiel, je peux produire vraiment, je peux
11:49faire beaucoup mieux.
11:51Donc oui, non, je travaille, je vais continuer à travailler pour pouvoir mettre ma panne
11:57technique en compétition.
11:58La parole à l'entraîneur Ludo de la Côte pour mettre en lumière ce qu'il faut
12:02encore comprendre de la journée de la Nirois.
12:04C'est une belle journée, il a eu du mal à se libérer un petit peu, il y a certains
12:09aspects sur lesquels on va devoir travailler.
12:11Le relâchement, l'engagement dans l'attaque et puis par contre, effectivement, on a le
12:17sentiment d'une montée en puissance malgré tout.
12:20Puis ce match pour la place 2-3 sur le patron de la 4T, il faut le dire, très clairement,
12:26même s'il était diminué à domicile, il fallait faire le job et il l'a fort bien
12:31fait, donc félicitations à lui.
12:33Même un bras, Bekaori peut battre un paquet de monde, donc le travail, la stratégie
12:38à mettre en place, on a travaillé dessus.
12:40Puis moi, je lui ai juste demandé d'éteindre la foule, tout simplement.
12:44Le schéma, c'était travailler sur ce côté droit, annihiler ce côté droit, que ce soit
12:50au revers ou sur la manche, de façon à ce que le bras droit de Bekaori, avec sa posture
12:53extrêmement décalée et affirmée, ne soit pas gênante et ne le mette pas en danger,
12:58parce que vous avez vu qu'il y a quand même eu un moment, une attaque où il engage.
13:03Donc malgré tout, et même un bras, je le redis, il restait dangereux.
13:07Donc il a parfaitement respecté les consignes avec un travail sur jambes avancées.
13:11Il y avait les options sur le nez au hasard, ça ne s'est pas fait, peu importe, il a
13:16été efficace debout, donc c'est parfait.
13:17Il y a encore des directions à prendre, il doit plus utiliser ses jambes au vu de la
13:20longueur de ses segments, n'est-ce pas ? Mais non, non, c'est intéressant.
13:24Après, je pense que surtout, ça va être un travail sur la confiance, la confiance en
13:30la machine, en ses capacités, et puis à partir du moment où il va vraiment engager,
13:37il va être vraiment efficace.
13:38C'est sa deuxième européenne, post-JO, maintenant l'objectif qui doit être le sien
13:45désormais, c'est à minima une médaille mondiale.
13:49Quatrième médaille masculine pour lui, huitième médaille pour le clan français alors,
13:53qui se situait déjà dans une belle frange haute, avec une neuvième qui allait tomber
13:56juste après du côté des filles, et par une combattante qui n'était pas forcément
14:00attendue à la fête, car c'était sa première participation.
14:03La jeune Melchia Hochkorn, 21 ans, double championne du monde junior en moins de 63 kg, est montée
14:09en septembre dernier dans la catégorie supérieure, dont elle est encore loin de faire le poids
14:14de base.
14:15Une finale à Tashkent lui avait offert le billet, il fallait maintenant montrer les
14:19signes officiels de potentiel dans cette catégorie dense, et où son classement encore
14:24modeste l'exposait d'entrée.
14:26C'est d'ailleurs contre une médaillée olympique, médaillée mondiale 2025, la néerlandaise
14:31Zanne Van Dyck, qu'elle devait faire ses preuves, rien d'encourageant.
14:35Il faudra s'habituer au styloge Korn, dans son monde faussement nonchalante, parfois éprouvante
14:41pour le spectateur stressé, quand elle revient à sa place en faisant des ronds comme les
14:45chats, par le chemin le moins court possible, au point que l'arbitre lui en faisait la remarque.
14:50Mais la tonique Jane Bridge sur la chaise ne la laissait pas s'enfuir, l'incitant à
14:54aller au contact, à ne pas laisser l'adversaire dicter sa loi tactique.
14:58Et c'est elle au golden score qui sortait le beau petit Osotogari en reprise d'appui
15:02sur l'arrière, qu'elle fait très bien, pour une première victoire marquante qui la mettait
15:06dans la partie.
15:07L'italienne Stangerlin, qui rêvait ensuite, est dans le top 10 mondial, accrocheuse comme
15:11une transalpine.
15:12Elle essayait d'emballer le rythme, mais la jeune française ne lâchait pas sa manche droite
15:17et la jetait sur le dos à deux minutes en eri tayotoshi, encore un geste qu'elle fait
15:21bien, pour un wasahari qui allait s'avérer bien utile car elle perdait un peu pied contre
15:26l'italienne acharnée et se laissait pousser sur le dos en kosotokake sans trop réagir.
15:31Yuko seulement, l'alerte était passée, cette bataille était gagnée.
15:35Sur ce registre, cela n'allait peut-être pas suffire et notamment contre l'espagnol
15:39Tsunoda Roustan, mobile et technique, médaillé à Tokyo et Paris.
15:43Mais cette jeune française fonctionne sur le mode de la fierté naturelle rentrée, une
15:48reine introvertie qui hésite à se révéler, y compris peut-être à elle-même, mais
15:53hisse le niveau, colle à la valeur.
15:56Elle se montrait bien plus à l'aise contre cette espagnole brillante et l'attaquait
15:59soudainement par un joli kosotokake qui lui offrait le yuko.
16:02Elle était donc en demi-finale pour sa première continentale, face à un gros morceau, la très
16:07solide médaillée olympique et mondiale russe Madina Taimazova qui restait sur une finale
16:12au Grand Chelem de Tokyo, une victoire au Grand Chelem Georgien, ici un mois plus tôt.
16:16Et Melchia passait encore un cran, montait encore le curseur pour devenir impériale.
16:22Plus agressive, plus rapide et variée, elle bousculait la russe qui tentait de la surprendre
16:26dans des attaques par en dessous, rares mais brutales.
16:29De plus en plus à l'aise, Melchia Hoshkorn tenait parfaitement le choc, ramené à chaque
16:34fois vers la ligne droite par sa coach de poche.
16:36Et c'est encore sur un joli kosoto qu'elle asseyait le bloc russe sur une fesse, juste
16:41assez pour un yuko, un sésame de finale.
16:44Un combat de référence aussi pour elle qu'il allait falloir rééditer pour bien faire
16:47jusqu'au triomphe.
16:49La victoire au championnat d'Europe pour une première participation.
16:53Et cet exploit, on n'en doutait plus dans le clan français tant les débutantes du
16:57bal s'étaient affirmées en quelques heures comme une des figures stables, une fille qui
17:01compte déjà parmi l'élite.
17:02Et pourquoi pas la reine d'Europe ? C'est justement celle qui est assise sur ce trône
17:06officieux, la tenante du titre, la hongroise Sophie Osbass, qu'elle allait affronter.
17:12Championne d'Europe en titre, victorieuse à Tbilisi, Paris, Abu Dhabi.
17:17Mais l'une de ses dernières défaites, c'était contre Melchia Hoshkorn au Grand Prix de King
17:20Dao.
17:21Dans l'élan, le momentum poussait la plus jeune.
17:24Mais les momentum, ça s'inverse vite.
17:26Sur la seconde séquence de cette finale, elle lançait son héritage à Yotoshi d'un
17:30peu loin, restait passive en quadrupédie.
17:33Sans trop y croire au départ, la hongroise glissait les mains, sans provoquer de réaction
17:37défensive forte, arrimait son bras-tête et partait en renversement.
17:40L'affolement montait alors chez la jeune française qui tentait trop tard de sortir de l'étreinte,
17:44se retrouvait sur le dos, prise en contrôle dans une forme de hada Kajime inversée.
17:48Elle abandonnait là.
17:50Je voulais tellement gagner que j'ai attaqué et ce n'était pas le bon moment, ce n'était
17:56pas la bonne attaque et du coup j'en paye le prix fort.
17:58Je connaissais déjà bien son judo, donc le plan c'était de ne pas la laisser et m'amener
18:03dans sa zone.
18:04Vraiment, le but c'était vraiment de l'agresser le plus possible, l'envahir en haut et voilà.
18:10Non, je ne pense pas que c'était trop, je pense que c'était atteignable et juste
18:13je fais l'erreur qu'il ne fallait pas faire.
18:16Mais je ne pense pas que c'était une marche trop haute pour moi.
18:18Je voulais saisir mon opportunité en fait, je savais que j'étais capable de le faire
18:24mais c'est comme tout, on sait qu'on est capable, entre faire et être capable de
18:27faire, il y a un step, donc je voulais vraiment bien faire les choses, je voulais saisir mes
18:31opportunités, je savais que j'avais un niveau pour pas toutes les filles et je savais
18:36aussi qu'un rien pouvait me coûter un podium, donc j'étais très stressée.
18:41Depuis hier, avant-hier même, c'était horrible et même je l'ai senti dans mon corps,
18:46ça fatigue, franchement c'était dur.
18:49Il restera beaucoup de bons bien sûr pour Melchiorge Korn, désormais vice-championne
18:53d'Europe senior, nourrie de confiance et de repères qui l'aideront grandement à
18:58préparer des championnats du monde dont elle a sans doute gagné l'accès.
19:01Il n'empêche, on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve et ce titre à portée
19:06de main est définitivement inscrit désormais au tableau d'honneur de Sophie Osbass, désormais
19:12double championne d'Europe.
19:14La reine, c'est encore elle et le haut niveau, c'est la somme de toutes les erreurs qu'on
19:18ne fait pas, comme le sait bien la technicienne Jane Bridge.
19:21Pour moi c'est surtout la mauvaise attaque où elle tombe à plat ventre et puis bon,
19:26l'angoisse elle enchaîne très vite, mais c'est la mauvaise attaque au mauvais moment
19:31qui lui pose, qui le met en difficulté en fait.
19:34Si tu fais une erreur d'attaque et tu te mets en difficulté au sol, ça arrive que
19:39ça soit début de combat, milieu de combat, fin de combat, c'est ça, on ne peut pas
19:43faire des erreurs comme ça.
19:44Donc oui, la frustration, mais il faut apprendre par les erreurs, ne pas faire les mêmes.
19:51Oui, elle est jeune, elle va avoir 22 ans, c'est jeune, mais au niveau de combat, de
19:56compétition, il y en a beaucoup, beaucoup derrière, donc non, ça ce n'est pas un manque d'expérience.
20:01Moi je veux que ça aille vite, elle a été deux fois championne du monde junior, mais
20:05il ne faut pas attendre son tour, il faut y aller chercher, et c'est une très bonne
20:12journée, même avec la déception en finale, bien évidemment, c'est une bonne journée,
20:18ça nous donne du temps pour préparer d'autres choses, mais il y a encore beaucoup, beaucoup
20:25de travail.
20:25Elle est montée sur le tapis, avec plus en plus de détermination, plus en plus de
20:31présence, donc ça c'est important.
20:33Cette fois-ci, elle ne prend pas de shido, donc peut-être à la fin, elle peut se permettre,
20:39donc ça c'est des choses qui s'améliorent, donc ça c'est toujours des bons points.
20:47Après, il y a toujours des choses à travailler encore.
20:50Quand même, la catégorie des 70 kg ici, c'est plutôt relevé, elle a battu des filles
20:57fortes qui sont de niveau mondial, avec des scores, et puis de la gestion, et ce n'est
21:04pas parfait, mais c'est des bons éléments.
21:10Et Timur Arbouzov, dont il était question plus tôt ? Il s'agit du tenant du titre
21:14continental, un Russe de 22 ans depuis 5 jours, qu'on avait vu arriver comme un jeune prince
21:19du judo en 2024, vice-champion du monde alors, dans l'ombre du grand dominateur européen
21:24de la génération précédente, le géorgien Tato Grigalashvili.
21:27C'est justement à Podgorica, l'année dernière, qu'il avait pris la direction des opérations,
21:32dans un style très orienté vers le rythme permanent et les amener au sol, une proposition
21:37originale et ultra-efficace, avant de s'emparer du titre mondial 2025, toujours devant le géorgien.
21:43C'était donc une sorte de revanche, puisqu'il venait sur les terres de Tato, l'ancien maître,
21:47pour réaffirmer son autorité.
21:49Il l'a fait, et dans une démonstration de force, dont on a rarement vu l'équivalent.
21:54Les maîtres japonais auxquels on peut le comparer, les Ono et autres abbés, sont généralement
21:59très forts sur un système précis.
22:01Timur Arbouzov semble savoir tout faire, affichant à la fois une suprême aisance pour
22:06tout, y compris les saisies, un relâchement de fauves et une expression technique sans
22:10limite.
22:11Deux Yuko et deux Wazahari pour son premier combat avec des Seoinage et des grandes Surigoshi
22:15souples et punambules.
22:17Un Kosotogari en contre et un travail de dégagement de jambes remarquable au second.
22:21Un Kosotogake plaqué tout en levier au troisième en 20 secondes.
22:26Un Kosotogari aérien en demi-finale.
22:29Et il était au rendez-vous, tranquille et souriant, dans l'atmosphère géorgienne hostile.
22:33Tout cela n'était que hors d'oeuvre.
22:36Le plat de résistance allait être Tato Grigalashvili lui-même, avalé et recraché
22:41comme un chewing-gum, surclassé comme jamais ne l'a été un médaillé olympique et triple
22:45champion du monde de 26 ans.
22:47Rompant avec l'habituel round d'observation entre deux grands prédateurs, il lançait
22:52immédiatement un forcé Oenage qui déroulait le triple champion d'Europe georgien pour
22:56presque le Hippon.
22:57La minute n'était pas passée qu'il redoublait la correction avec un miraculeux Kosotogari
23:02façon pied-collant qui propulsait le géorgien dépassé au sol.
23:06De rage, celui-ci cherchait du soutien en dehors, levant les mains pour appeler à témoin
23:10un ciel qui ne venait pas à sa rescousse.
23:13Comme un ours, il imposait le corps à corps aux jeunes Russes.
23:16Son arme ultime, unique façon de trouver le point faible, peut-être, est de renverser
23:20le destin.
23:21Mais de faiblesse, il n'y en avait pas.
23:23Toujours avec le même naturel, Arbouzov acceptait le contact, verrouillait sa prise
23:27et finissait par jeter, une troisième fois en une minute et demie, le géorgien sur
23:32le dos.
23:32Le public, qui avait commencé à scander son nom en début de combat, n'était pas allé
23:37au bout du troisième tâteau.
23:38La correction était terrible de celle dont il est difficile de se remettre.
23:42Timur Arbouzov ramène au devant de la scène tous les fondamentaux, à commencer par la
23:47dimension martiale, l'esprit de la projection et du contrôle étouffant.
23:51Il a ringardisé en quelques minutes de production parfaite, non seulement son malheureux adversaire,
23:56mais aussi tout l'appareillage absurde, l'arbitrage incohérent et inculte, les obsessions
24:00réglementaires des organisations du judo mondial qui conduisent aux choix tactiques
24:05médiocres d'un plateau trop souvent consentant.
24:07Timur Arbouzov n'est pas le meilleur judoka du moment en Europe.
24:11Il est d'un autre monde, d'une autre trempe.
24:13On a hâte de le voir affronter l'Asie avec la même force martiale, tempétueuse et presque
24:18qu'animal qu'il a affichée ici avec une grâce guerrière moqueuse.
24:23Une opposition de culture au plus haut niveau des talents, ce sera vraiment le judo.
24:27La France, avec ses 5 finales pour 2 titres, ses 9 médailles au compteur, est en passe
24:32de faire aussi bien voire mieux que les 10 médailles 5 finales pour 3 titres de l'année
24:36précédente.
24:37Sera-t-elle malgré tout Première Nation demain ? Il lui faut un titre au moins, sinon
24:42deux pour l'envisager, ce qui serait une magnifique performance collective.
24:46Elle en a les moyens. Si le dernier représentant masculin Matteo Akiana Mongo, notre plus de
24:51100 kg de 19 ans, aura en ligne de mire une performance à la Diane Boulême-Tafès dans
24:56l'arène des lourds géorgiens et russes, les intimidantes seront de notre côté chez
25:01les féminines en plus de 78 kg avec la tenante du titre Romandico qui vise le 6ème
25:06et Léa Fontaine déjà médaillée en 2024.
25:08Première sortie en moins de 78 kg pour Keïla Issoufi, déjà membre du top 10 mondial.
25:13Cela porte plutôt chance à la France ces temps-ci.
25:16A dans quelques heures pour savoir comment se termine cette histoire.
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