- il y a 12 heures
Avec Bruno David, naturaliste, ancien président du Muséum National d’histoire naturelle, il publie "Passion océan" aux éditions Grasset. Il nous y embarque à la découverte de la vie marine et des fonds océaniques, un monde que les humains connaissent encore très mal. Plus d'info : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-8h20/l-invite-de-8h20-du-we-du-samedi-18-avril-2026-3391130
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00:01France Inter, Ali Badou, Marion Lourd, le 6-9.
00:07Et dans le grand entretien ce matin sur France Inter, nous avons le bonheur de recevoir un passionné et un
00:12grand connaisseur des océans et de la vie marine,
00:16biologiste marin, chercheur au CNRS, spécialiste des oursins.
00:21Il est aussi l'ancien président du muséum d'histoire naturelle, militant de la biodiversité depuis des années.
00:28Et il publie Passion Océan.
00:31C'est un livre formidable dans lequel il nous embarque à la découverte de la vie marine et de ses
00:37formes curieuses, bizarres à nos yeux de terriens pour le citer.
00:42C'est passionnant, c'est publié chez Grasset.
00:44Bonjour Bruno David.
00:46Bonjour Ali Badou.
00:47Et bienvenue.
00:48Nos auditeurs peuvent dialoguer avec vous Bruno David au 0145 24 7000 ou sur l'application Radio France.
00:55Vous posez toutes les questions qui concernent le monde du silence qui finalement n'est pas si silencieux.
01:02Dans ce livre, vous partagez votre découverte des mondes marins.
01:06On en apprend énormément sur ce que sont les océans, la vie foisonnante qui s'y déploie, ce qui le
01:13menace également.
01:14On vous suit dans des plongées spectaculaires, parfois très fraîches, des explorations océanographiques.
01:21On y croise des tortues marines, des malheureuses qui confondent les sacs plastiques et les méduses dont elles se nourrissent.
01:29D'où vous vient Bruno David cette passion océan ? Et quoi de commun entre toutes ces dimensions d'appréhender
01:36la mer ?
01:37Écoutez, je crois que c'est une passion qui remonte sans doute à l'enfance parce que j'ai passé
01:42pas mal de vacances en bord de mer.
01:43Le petit Lyonnais, qu'est-ce qu'il a à voir avec l'océan ?
01:48Écoutez, c'est pas si loin que ça de la mer. Et puis dans les années 60-70, on allait
01:52être en vacances au bord de la mer.
01:53J'avais des parents naturalistes, comme je l'ai raconté d'ailleurs dans un précédent livre.
01:58Et je suis un petit peu tombé dans l'eau, sans qu'on m'y pousse trop fort d'ailleurs,
02:02parce qu'au début c'était peut-être un peu difficile.
02:05Mais ça m'a fasciné. J'ai toujours été fasciné par la mer et par les créatures qui s'y
02:09trouvent.
02:10Alors quand on pense à l'océan, on pense à un univers tantôt joyeux, tantôt mystérieux, écrivez-vous, tantôt inquiétant.
02:17Les sirènes, vous en parlez. La mythologie grecque également avec Poséidon.
02:22On se l'invente cette représentation, cet imaginaire de l'océan parce que même en 2026, même aujourd'hui, on
02:30continue à si mal le connaître.
02:33Oui, parce que l'eau, on croit que c'est transparent, mais ça n'est pas tant que ça.
02:37C'est-à-dire qu'au-delà d'une certaine profondeur, on ne voit plus le fond.
02:40Ce qui fait qu'on peut tout imaginer.
02:42Et le monde des grandes profondeurs, vous dites qu'il a été approché, compris.
02:47On a commencé à l'étudier scientifiquement au XIXe siècle. C'est très tard.
02:51Oui, ça a commencé un peu après la moitié du XIXe siècle, dans les années 1870.
02:56Parce que ce n'était pas intéressant.
02:58Je veux dire, les navigateurs, ce qui les intéressait, c'était de savoir où il y avait des écueils, des
03:01récifs, des choses comme ça.
03:02Où était la côte ?
03:03Après, qu'on soit sur 2000 mètres de profondeur ou 10 000 ou 20 000 ou quelle que soit la
03:08profondeur.
03:08Mais alors justement, même ça, vous le racontez.
03:10C'est-à-dire que vous racontez qu'en 2013, vous êtes à bord de Polarstern et votre navire a
03:15frôlé un mont sous-marin qui n'était pas si profond, qui était à une vingtaine de mètres de profondeur.
03:19Et on ne le savait pas.
03:20Ça veut dire qu'on ne connaît même pas complètement la carte de l'océan.
03:24Non, on est allé sur à peu près 1% des fonds océaniques.
03:28Là, on a vraiment ça.
03:30On a cartographié, on sait à peu près les grandes masses.
03:32Mais là, on était sur un bateau allemand qui s'appelle le Polarstern.
03:35On était en Antarctique.
03:36On était sur des fonds de 500 mètres de profondeur.
03:39Et le matin, on se réveille et l'équipage nous dit qu'on a failli couler cette nuit.
03:43Et on est passé au-dessus d'un mont sous-marin qui était à 20 mètres de profondeur.
03:46Avec un bateau qui faisait 12 mètres de tirant d'eau.
03:50Alors, je le disais, on s'invente cet océan parce qu'on le connaît mal.
03:54Je parlais de la mythologie.
03:55Et vous dites que l'immense majorité des humains n'a pas accès à cet univers.
04:03On a fait la part belle à une spectaculaire diversité de récits imaginaires.
04:07D'un bout à l'autre de la planète, ce ne sont que créatures, monstres, dieux ou déesses,
04:12tantôt redoutables, tantôt bienveillants, rarement les mêmes.
04:16Sauf quand une bribe d'observation recueillie par quelques équipages
04:20ancrait la légende dans un fragment de réalité.
04:24Qu'est-ce que ça veut dire ?
04:25Ça veut dire qu'on se doit se demander qu'est-ce que l'océan ?
04:29Parce que vous posez la question, elle est assez surprenante.
04:32Parce que les gens voyaient quand même des créatures marines.
04:36On peut penser à un animal qui a disparu, qui s'appelle la ritine de Steller,
04:40qui a été, entre sa découverte scientifique et sa disparition, il s'est écoulé 27 ans.
04:44Une espèce de lamentin, en fait.
04:46Une sorte de lamentin, de gros phoques.
04:49Mais alors si je parle de phoques, mes collègues scientifiques vont m'arracher les deux yeux.
04:52Mais il faut donner une image aux onis.
04:53Ça donne une image.
04:54Donc c'était assez gros, ça faisait une dizaine de mètres de long.
04:56Ils pouvaient se tenir un peu verticalement.
04:58Les femelles avaient des sortes de mamelles.
05:00Donc on pensait que c'était des sirènes.
05:01Et on voyait ça dans des brumes du Pacifique Nord.
05:05Et donc il y avait ces ritines de Steller, ces fameuses ritines,
05:09qui sont à l'origine aussi en partie du mythe des sirènes.
05:13Les Grecs avaient parlé des sirènes bien avant.
05:15Et les sirènes des Grecs étaient des organismes volants.
05:18Et pareil pour les serpents de mer, vous racontez cette espèce de hareng.
05:21Le serpent de mer, c'est un grand...
05:22Qui est un poisson ruban.
05:23Oui, c'est ça.
05:24C'est un poisson qui peut faire jusqu'à 8-9 mètres de long.
05:27Qui est tout plat.
05:28Qui s'appelle le régalèque.
05:29Le roi des harengs.
05:30Qui a une crête rouge sur la tête.
05:32Et qui se tient verticalement dans l'eau.
05:33Donc c'est très spectaculaire.
05:35On en voit dans différentes mers.
05:37Ce qui fait que le mythe du serpent de mer va se retrouver
05:39à différents endroits de la planète de manière indépendante.
05:41Et c'est devenu une créature très familière sur les réseaux.
05:44Je reprends ma question et celle que vous posez.
05:46Qu'est-ce que l'océan, Bruno David ?
05:48Puisque vous nous aidez à mieux le comprendre.
05:52Vous dites, bon, ça peut paraître basique.
05:53L'océan, c'est de l'eau.
05:55Mais d'où vient l'eau ?
05:56Ben voilà, c'est toute la question.
05:57C'est des questions qu'on oublie de se poser.
05:59On oublie totalement de se les poser.
06:00Les enfants nous les posent.
06:01Et on ne sait pas trop quoi répondre.
06:02Ben oui, l'eau, elle est là.
06:04Donc d'où vient l'eau ?
06:05Alors il y a une hypothèse ?
06:06Alors il y a deux hypothèses qui ont été...
06:08Une hypothèse interne ?
06:09Il y a une hypothèse interne.
06:10C'est-à-dire que l'eau a toujours été là.
06:11Au moment de ce qu'on appelle l'accrétion planétaire.
06:13Au moment de la formation des planètes.
06:14Quand il y a des cailloux qui vont s'agréger les uns les autres.
06:17Et l'eau était déjà contenue dans ces cailloux.
06:20Et c'est l'hypothèse qui tient vraiment la corde aujourd'hui.
06:22Ou bien l'eau est arrivée par des météorites.
06:25Avec les météorites.
06:26Avec les météorites ?
06:27Dans les météorites, si vous voulez.
06:29Alors il ne faut pas imaginer une flèche d'eau.
06:31Ce que vous nous dites, c'est plutôt...
06:32C'est plutôt l'origine interne qui tient la corde aujourd'hui.
06:36C'est sans doute un peu un mix des deux.
06:38Et après, ce qui s'est passé, c'est que de l'eau est sortie en quelque sorte des minéraux.
06:43Parce qu'il faut comprendre aussi, là je suis un petit peu confus peut-être, mais il y a...
06:46Non, c'est très clair.
06:47Ça voudrait dire que l'eau des rivières, des lacs, des mers, elle était présente dès la formation de la
06:51Terre.
06:52Dès la formation de la Terre, il y avait de l'eau.
06:53Et après, c'est un problème de ségrégation.
06:55Je fais la comparaison entre si vous mélangez de l'huile, de l'eau et du miel.
06:59Vous secouez bien votre shaker.
07:00Et puis au bout d'un moment, le miel va être au fond.
07:02L'eau va être intermédiaire et l'huile en surface.
07:04Sur la Terre, c'est pareil.
07:05Les choses les plus denses, comme le fer et le nickel, vont se retrouver dans le noyau de la Terre.
07:08Vous aurez des roches silicatées en intermédiaire et puis vous aurez l'eau en surface.
07:12C'est ce qui s'est produit.
07:13Simplement, ça prend beaucoup de temps.
07:15Et dans les autres questions toutes simples, il y a pourquoi la mer est salée ?
07:18Pourquoi la mer est salée ?
07:19À 35 pour 1000.
07:2035 pour 1000, ça va être 35 grammes par kilo.
07:22C'est à peu près homogène.
07:24Et elle est salée parce qu'au début de la formation de la Terre, il n'y avait rien sur
07:28la Terre.
07:29Il n'y avait pas de végétation, il n'y avait pas de sol.
07:30Donc il y a eu un lessivage.
07:32À partir du moment où il y a eu de l'eau liquide, il n'a plu.
07:33Il y a eu un lessivage de ces reliefs silicatés qui étaient sur la Terre primitive et ça a amené
07:39des sels minéraux dans l'eau.
07:40Et ça continue aujourd'hui.
07:41Les fleuves transportent du sel, transportent des sels minéraux.
07:44L'eau douce, en fait, est légèrement salée.
07:46Mais on le sait bien quand on regarde la composition de l'eau dans une bouteille d'eau.
07:50Et donc pourquoi l'océan n'est pas de plus en plus salé ?
07:52Parce qu'on peut se dire, mais à force qu'il y ait du sel qui arrive dans l'océan,
07:54il devrait être de plus en plus salé.
07:56Et qui s'apport ?
07:56Eh bien non, il n'est pas de plus en plus salé parce qu'il y a aussi des formations
07:59de sel.
08:00On connaît les mines de sel, on connaît des choses comme ça.
08:03Donc il y a eu des moments dans l'histoire géologique où il y a du sel qui s'est
08:06déposé et qui a en quelque sorte dessalé l'océan.
08:08Ce qui fait qu'on est toujours à peu près à 35 pour 1000 depuis des millions et des millions
08:14d'années.
08:14Ça correspond à 35 grammes par litre d'eau.
08:17Et malgré tout, on fait la grimace quand on boit la tasse.
08:20Oui, on n'aime pas.
08:21Alors il y a de nombreuses questions d'auditeurs sur l'application Radio France et notamment celle de Jean-Louis
08:27qui touche à la question écologique à laquelle vous êtes si sensible à la question de la biodiversité.
08:32Jean-Louis qui vous demande ce que vous pensez de l'idée reçue selon laquelle l'océan est immense, il
08:39se régénère tout seul.
08:40Est-ce que ça met en avant notre ignorance ou bien notre grande capacité à occulter ce qu'on ne
08:46veut pas voir ?
08:46Je prendrais plutôt la deuxième hypothèse, c'est-à-dire qu'on a longtemps pensé que l'océan était tellement
08:50grand, tellement vaste qu'il n'y avait pas de problème avec l'océan.
08:53Même un de mes lointains prédécesseurs au muséum, Jean Durst, quand il écrit « Avant que nature meure », son
08:58chapitre sur l'océan, il dit « Normalement, ça devrait être bon, ça devrait passer, c'est tellement grand que
09:02ça va passer ».
09:02Maintenant, on a tellement appuyé sur l'océan que ça ne marche plus.
09:06Et n'oublions pas ce qu'on doit à l'océan.
09:08Appuyé, c'est-à-dire que nous l'avons surexploité, que nous l'avons…
09:12Surexploité, pollué.
09:13On a tous entendu parler des continents de plastique.
09:15Je veux dire, on agresse l'océan en permanence.
09:17Et l'océan est quand même très sympathique avec nous, puisqu'il absorbe 90% de nos excès de chaleur.
09:23Alors justement, c'est la question que vous pose Claude, parce qu'il y a un lien direct avec le
09:27réchauffement climatique et la question qui nous devrait, en tout cas, être la question du siècle.
09:33Est-ce que l'océan est saturé en CO2 ou est-ce qu'il peut encore en absorber ?
09:38Comment est-ce qu'on peut mesurer l'intervention de l'océan dans, tout simplement, la possibilité d'une vie
09:46habitable sur Terre ?
09:48L'océan, c'est à peu près 30% du piégeage du carbone.
09:51Donc c'est énorme.
09:52Un tiers de notre carbone.
09:54Plus que les forêts ?
09:55Plus que les forêts.
09:56Beaucoup plus que les forêts ?
09:57C'est plus.
09:58C'est 30%.
10:0070%, c'est d'ailleurs.
10:01C'est ça que ça veut dire aussi.
10:02Donc c'est quand même beaucoup.
10:03On lui doit énormément dans ce contexte-là et on est en train de le saturer.
10:07Le problème de l'océan, c'est qu'il va fonctionner, il va absorber, absorber, absorber, puis on va dépasser
10:11un certain seuil et à ce moment-là, ça va être terrible.
10:13Parce qu'il va arrêter.
10:15Et c'est quand ça ?
10:15Il va nous le restituer.
10:17Le problème, c'est qu'on ne le sait pas.
10:18Si on est vraiment rigoureux scientifiquement, on ne peut pas dire exactement à quel moment ça va se produire.
10:22Mais on sait que ça va finir par se produire un jour.
10:24Et le problème de l'océan, c'est que c'est à la fois grand spatialement, mais qu'il y
10:27a des inerties temporelles.
10:29C'est-à-dire que les processus sont extrêmement lents à notre échelle humaine.
10:33En gros, le processus de l'océan, les processus en jeu dans l'océan, c'est de l'ordre du
10:37millénaire.
10:38Donc si on déséquilibre un processus océanique dans la régulation de la planète, qui rend la planète habitable pour nous,
10:43le retour à un équilibre, ça peut prendre mille ans.
10:46Là, on parle de la biodiversité, du réchauffement aussi.
10:49Et puis, ce n'est pas l'intégralité de votre livre, c'est un chapitre où vous dites qu'il
10:53faut en passer par là.
10:54C'est comme une séance chez le dentiste, ce n'est pas réjouissant, mais il faut le faire, il faut
10:57en parler.
10:58Il y a la montée des eaux aussi.
11:00Vous dites que la Méditerranée, par exemple, va disparaître parce que ça va monter, monter, monter, et qu'au fond,
11:04ça va se mélanger avec le reste.
11:07Non, ce n'est pas exactement ça pour la Méditerranée.
11:09La Méditerranée, on est dans un processus géologique de fermeture de la Méditerranée depuis des millions d'années.
11:14Donc un jour, Gibraltar va se fermer, va se refermer, parce qu'il s'est déjà fermé il y a
11:186 millions d'années.
11:19Et à ce moment-là, si Gibraltar se ferme, la Méditerranée...
11:22Atlas revient ?
11:23Atlas revient, voilà, les colonnes d'Hercule se ferment, et la Méditerranée baisse alors d'un mètre par an.
11:31Ça devient un lac qui se vide comme la mer d'Aral.
11:35C'est un lac qui se vide, et en quelques milliers d'années, elle est vidée.
11:38Nous sommes en direct, Bruno David, et c'est juste une précision qui est importante pour de nombreux auditeurs
11:42qui nous écrivent et qui s'étonnent que vous ayez publié votre livre chez Grasset.
11:48Et j'insiste en fait, parce que certains sont persuadés que vous avez publié le livre après le départ de
11:54Nora et la guerre Grasset.
11:57Il faut rappeler donc la date de parution, c'est le 8 avril, donc bien avant que cette histoire n
12:04'éclate.
12:05Et vous racontez d'ailleurs que vous avez eu l'occasion d'aller voir Christophe Bataille, votre éditeur chez Grasset,
12:12et vous parlez formidablement bien de cette relation qui peut s'installer entre un auteur et son éditeur.
12:19C'est une précision que je tenais à faire pour éviter absolument tout malentendu.
12:24Oui, bien sûr, c'est une relation de connivence entre un auteur et son éditeur.
12:27C'est le cinquième livre que je publie chez Grasset.
12:30Il y a une relation de confiance qui s'installe, il y a une discussion amicale d'ailleurs qui s
12:34'est produit.
12:35En l'occurrence, ce livre, il est né au cours d'un déjeuner avec Christophe, Christophe Bataille.
12:41Et il m'a dit, j'aimerais bien que tu écrives quelque chose pour Grasset de nouveau.
12:44Et je suis venu avec différents sujets.
12:46Et puis dans mon sac, j'avais l'océan parce que j'aimais bien l'océan.
12:49Et je ne pensais pas que Grasset puisse s'intéresser à l'océan.
12:52Il m'a dit, mais on cherche quelqu'un sur l'océan, c'est formidable et c'est parti comme
12:54ça.
12:54Et bien c'est une très très belle histoire et ça raconte justement le lien extrêmement fort entre un auteur
12:59et son éditeur.
13:01Et c'était donc, juste pour cette clarification, on va poursuivre notre entretien sur cette passion océan.
13:06Je tiens à en profiter pour saluer mon éditeur Christophe Bataille et bien sûr Olivier Nora, avec qui j'ai
13:11entretenu des relations absolument excellentes.
13:12Il y a un auditeur qui vous pose la question, est-ce que vous allez rester du coup ?
13:15Parce que c'est vrai qu'il va peut-être y avoir une reprise en main de cette maison.
13:18Je ne sais pas, si je suis très transparent, je ne sais pas.
13:20Je pense que je suivrai Christophe Bataille si d'aventure Christophe Bataille va ailleurs.
13:24Et puis si les droits vous appartiennent, parce que ça c'est une autre question.
13:28Il y a une image très forte qui est en couverture du livre.
13:32C'est une créature très étrange. Est-ce que vous pouvez nous la décrire Bruno David ?
13:36Alors, vu comme ça de face, on a l'impression qu'il y a deux yeux noirs au milieu de
13:41cet animal, qui ne sont pas des yeux d'ailleurs.
13:44Un drôle d'animal qui ressemblera à quelque chose comme à une pieuvre.
13:48Ça ressemble à une pieuvre, mais si on compte bien, il y a dix bras, donc ça n'est pas
13:52une pieuvre.
13:52Parce qu'une pieuvre en compte ?
13:53Huit. Et c'est apparenté au sèche.
13:56Et c'est une petite sèche qui vit en Tasmanie, donc dans le sud de l'Australie, et qui a
14:01des phénomènes de luminescence, de bioluminescence.
14:04Elle est bleutée, elle est absolument superbe.
14:07Et je dois reconnaître que c'est mon éditeur chez Grasset qui a trouvé cette image.
14:10Et c'est important de le rappeler.
14:12Il faut dire aussi que c'est un livre qu'on peut suivre, vous suit en tout cas dans vos
14:18pérégrinations, dans vos différentes aventures, dans les missions les plus scientifiques,
14:22comme dans celle du gamin que vous avez été comme nous un jour.
14:27Ce qui est assez fascinant, c'est que pour vous, on ne peut prendre conscience de la nécessité de sauvegarder
14:32les océans et de les protéger que quand on a conscience de leur beauté.
14:37Et c'est d'abord en regardant le spectacle de la beauté de la nature qu'on peut se décider
14:42à prendre des mesures pour ne pas la saccager davantage.
14:46Oui, c'est vrai, c'est vraiment ça.
14:48Et c'est vraiment les consignes que je donnais souvent au muséum pour les expositions,
14:51de ne pas être anxiogène, au Muséum National d'Histoire Naturelle,
14:54de ne pas être anxiogène et de séduire par la beauté des choses,
14:57pour rendre les gens plus sensibles, plus réceptifs après aux questions environnementales qui peuvent se poser.
15:02Parce qu'il y a le syndrome du Titanic et vous savez que c'est une histoire où on dit
15:06qu'on va vers la catastrophe
15:08et donc l'orchestre continue de jouer alors que tout indique qu'on va vers le naufrage, c'est un
15:20mot en masculin.
15:21Et en l'occurrence, vous, vous croyez au contraire qu'il faut montrer le spectacle ?
15:26Oui, je pense.
15:27Et l'océan, encore une fois, est une sorte de géant débonnaire, c'est comme ça que je le qualifie,
15:33qui nous veut du bien en quelque sorte.
15:35Alors j'anthropomorphise à l'excès, mais qui nous veut en quelque sorte du bien.
15:39Alors respectons-le et il nous le rendra, il saura nous le rendre.
15:42Et je termine par une phrase que j'ai empruntée à David Attenborough,
15:46il avait 99 ans quand il l'a prononcée.
15:49Le réalisateur britannique de documentaires naturalistes.
15:51Voilà, et qui dit « si nous sauvons la mer, nous sauvons notre monde ».
15:55Oui, et bien justement, la mer, il y a plusieurs pays qui veulent la sauver.
15:59Il y a un traité de protection de la haute mer qui a été ratifié déjà par 87 pays,
16:03qui vont se réunir pour la première fois pour une COP 1, COP 1 des océans en début d'année
16:09prochaine.
16:10Qu'est-ce qu'on peut en attendre ?
16:11Alors, je ne sais pas ce qui en sortira exactement, mais en tout cas, ça a une force de symbole.
16:16Et je trouve très important qu'il y ait une grande réunion internationale qui puisse se tenir sur la question
16:21de l'océan.
16:21Que l'océan ne soit pas mélangé au reste, parce qu'il y a des modes de fonctionnement particuliers,
16:27des modes d'observation particuliers, des modes de connaissances particuliers,
16:30et ça vaut vraiment le coup de se pencher sur l'océan.
16:32C'est d'autant plus important qu'une grande partie de l'océan est en dehors des juridictions nationales.
16:38C'est ce qu'on appelle la haute mer, ou ce qu'on appelle la zone quand ça concerne les
16:41grands fonds marins,
16:42avec les possibles exploitations minières.
16:44C'est le Far West, quoi. Il n'y a pas de règles, en fait.
16:46C'est vraiment le Far West. Et donc, il faut arriver à instaurer des règles.
16:49Il faut arriver à instaurer des règles de manière à pouvoir continuer d'être sur une planète habitable.
16:54Mais qui les fera à respecter ?
16:56Alors, c'est tout le problème.
16:56Parce qu'il n'y a pas de marine mondiale pour protéger les océans.
17:00Il n'y a pas de police.
17:01Il n'y a pas de police.
17:01Il n'y a pas de police, c'est bien le problème.
17:03Mais je veux dire, la première étape, c'est quand même qu'il y ait des règles.
17:06Tant qu'il n'y a pas de règles, c'est encore pire.
17:07À partir du moment où il y a des règles, c'est comme les limitations de vitesse sur autoroute.
17:11Moi, je suis suffisamment âgé pour avoir commencé de conduire alors qu'il n'y avait pas de limitations de
17:14vitesse.
17:16Après, il y a eu les limitations de vitesse.
17:18Puis après, on les fait respecter.
17:19Puis après, on s'aperçoit que finalement, on les respecte sans nécessairement avoir la peur du gendarme.
17:24Alors, pour l'océan, ça risque d'être plus long parce que c'est international.
17:27Mais je pense qu'il faut vraiment aller vers ça.
17:29Il faut déjà avoir des règles.
17:30Et après, elles seront progressivement, je l'espère, parce que je suis optimiste, de mieux en mieux respectées.
17:35Question d'Esther et elle concerne l'actualité et les océans.
17:38Et un détroit d'hormuz qui est évidemment dans toutes les bouches et dans beaucoup d'esprits.
17:44C'est assez frappant pour Esther de voir à quel point notre monde reste dépendant des énergies fossiles.
17:51Et on s'en aperçoit à l'occasion, justement, de la possibilité ou non de ces super tankers de passer
17:59par ce petit détroit pour aller alimenter le monde entier.
18:06C'est un vrai révélateur.
18:08C'est l'océan.
18:09Et c'est une très mauvaise nouvelle.
18:10C'est l'océan.
18:11C'est-à-dire que l'océan transporte 90% de nos marchandises.
18:14Donc, on voit bien qu'on s'en sert comme voie de transport.
18:19Parce que c'est beaucoup plus facile de naviguer sur de l'eau que de naviguer sur Terre, quand même.
18:22Il y a la poussée d'Archimède qui nous aide.
18:25Donc, économiquement même, c'est beaucoup plus rentable.
18:27Et après, il y a la complexité de la géographie qui fait qu'il y a ce détroit et que
18:30le pétrole, une grande quantité de pétrole sur Terre, il ne se trouve pas très loin de ce détroit.
18:34Et donc, il passe par ce détroit.
18:36Mais après, sur l'immensité des temps géologiques, il va finir par se refermer.
18:40Donc, on n'aura plus de problème si on attend une dizaine de millions d'années.
18:42Oui. D'accord. Écoutez, soyons patients. Il nous reste une petite minute d'ailleurs.
18:46Je dis ça pour Donald Trump qui est pressé.
18:49Vous dites qu'il y a urgence et qu'il faut agir, etc.
18:51Mais heureusement, vous nous rassurez quand même un peu à la fin du livre.
18:54C'est-à-dire que l'espoir est encore permis parce que l'océan a une grande capacité d'inertie.
19:00On peut encore le sauver ?
19:01Oui, bien sûr. Non, non. Alors, surtout pour l'océan.
19:04Des fois, sur les continents, à certains endroits, c'est déjà plus délicat.
19:06Mais pour l'océan, non, non. Si on réagit, il y a une capacité de réaction et de résilience de
19:12l'océan qui est vraiment importante.
19:13Et d'ailleurs, j'ai voulu, sur la fin de ce livre, ne pas terminer par une note négative.
19:17Et j'ai des chapitres, des relations entre la science et l'océan, tous les médicaments qu'on doit à
19:22l'océan.
19:22Tous les virus dans lesquels on se baigne.
19:24Les grandes découvertes scientifiques qu'on doit à l'océan, etc.
19:27Donc, des choses très positives qui nous viennent de l'océan et qui vont continuer de nous venir de l
19:32'océan.
19:32Mais c'est fascinant. Même des éponges.
19:34Les éponges qui est l'être le plus insignifiant et le moins vivant.
19:39En tout cas, ce qui est absolument formidable, c'est que c'est un gastéropode.
19:45Non, l'éponge, je dis n'importe quoi.
19:48Non, l'éponge, ce n'est pas un gastéropode.
19:49Non, mais qu'est-ce qu'elle sert à quoi la belle éponge jaune qui vit en Corée, au Japon
19:54?
19:54Elle renferme une substance isolée qui permet de faire un médicament.
19:58Oui, soigner le cancer du sein.
20:00C'est incroyable.
20:01Oui, oui.
20:01Et c'est l'un des nombreux exemples que vous citez.
20:04Et puis, un antalgique plus puissant que la morphine, 10 fois plus puissant que la morphine,
20:09qui nous vient d'un petit cône qui est un petit gastéropode océanique.
20:12Alors, pour le coup, c'est un gastéropode cette fois.
20:14Le voilà.
20:14Et c'est extraordinaire.
20:16Les greffons qu'on met dans du sang de Nereis,
20:18alors je dis du sang qui est un petit verre poilu qu'on trouve sur nos...
20:22C'est un truc breton qu'on va trouver sur nos plages
20:24et qui sert à préserver les greffons,
20:26donc qui participe aussi à la santé humaine.
20:29Merci infiniment, en tout cas, Bruno David, d'avoir été notre invité ce matin.
20:33Passion Océan, c'est passionnant et c'est publié chez Grasset.
20:36Je vous souhaite une très, très belle journée.
20:38Merci beaucoup.
20:39Merci beaucoup.
20:39Merci beaucoup.
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