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  • il y a 10 heures
Eric est âgé de neuf ans lorsque son père disparaît du jour au lendemain sans laisser la moindre trace, laissant derrière lui une famille et de lourdes dettes. Pendant trente-trois ans, le mystère reste entier : ni la police, ni les proches ne parviennent à savoir ce qu'il est devenu. Puis, de manière totalement inattendue, un malaise à l'hôpital et l'enquête d'une assistante sociale permettent de retrouver cet homme que tous croyaient perdu. La rencontre entre le père et son fils, des décennies plus tard, ouvre alors un temps de retrouvailles, de compréhension et de pardon. Une histoire vraie sur l'amour !
Invitée également : Stéphanie Van Oost, psychothérapeute

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Transcription
00:00Un jour, une vie, vous le savez, tous les matins de 9h30 à 10h, toutes vos vies souvent bouleversantes sont
00:06sur RTL
00:06et aujourd'hui on s'intéresse à la vie d'Eric Libaud. Bonjour Eric !
00:10Bonjour !
00:10Merci beaucoup d'avoir accepté notre invitation. C'est une histoire encore une fois mais aussi celle, une histoire de
00:15famille
00:15mais vous allez également me parler de l'histoire de votre mère, de votre père. Encore une fois, j'ai
00:21été bouleversée par ce que vous allez nous raconter.
00:23Je vous présente Stéphanie Vanost qui est avec nous. Bonjour Stéphanie !
00:26Bonjour Christine !
00:27Vous êtes psychothérapeute, on vous connaît bien sur RTL et spécialiste des relations familiales.
00:32Alors on va commencer par le tout début Eric. Quels souvenirs vous avez de votre enfance, de votre relation avec
00:36votre père ?
00:38Une relation merveilleuse. Papa m'aimait beaucoup, il aimait beaucoup aussi mon frère et ma soeur, j'étais le dernier
00:44de la fratrie.
00:45Je l'aimais beaucoup mais j'ai eu un petit accident de vie. J'ai eu une maladie qui m
00:52'a conduit à être immobilisé pendant assez longtemps, plâtré jusqu'au ventre.
00:55Vous étiez tout petit ?
00:56Tout petit, j'avais 7-8 ans.
00:58D'accord oui, tout jeune.
00:59Tout jeune et donc j'étais comme une planche. Une planche qu'on portait parce qu'en fait je ne
01:03pouvais rien faire par moi-même.
01:05Et en fait, papa a fait une promesse à maman qui était que je ne sois pas hospitalisé parce que
01:11c'était l'autre thérapie, c'est que je reste pendant un an à l'hôpital.
01:13Et il a transformé l'appartement, il était très bricoleur pour que je puisse rester à la maison. Il a
01:18tout fait pour que ce soit un cocon.
01:21Et donc ses attentions, ses marques d'amour évidemment touchent beaucoup un petit garçon de 7-8 ans.
01:28Et plus généralement, quel genre d'homme c'était ? Comment vous pourriez nous le décrire à l'époque ?
01:34Très attentionné, on l'a compris.
01:35Très attentionné, très gentil. Mais pour vous donner un exemple, le soir il m'emmenait, on aimait beaucoup tous les
01:42deux, on avait la passion de la voiture.
01:44Et il m'emmenait le soir, il me prenait dans ses bras et il me descendait dans la voiture simplement
01:48pour aller me faire un tour dans Paris.
01:51Paris-Briestin, il était avec papa.
01:53Vous avez quel âge Eric aujourd'hui ?
01:55Aujourd'hui j'ai 63 ans.
01:57Je dis ça parce que quand vous m'en parlez, vous avez encore un regard d'enfant, je sens même
02:00une émotion.
02:01C'est-à-dire que ces souvenirs sont vraiment très précieux et surtout j'ai l'impression très vivants dans
02:05votre cœur.
02:06Absolument, absolument.
02:07Et j'ai la chance de pouvoir en témoigner.
02:11A plusieurs reprises, je suis ému à chaque fois.
02:13On ne se lasse pas en fait de parler des moments d'amour, des moments de partage qui vous ont
02:19vraiment profondément marqué.
02:20Vraiment cette histoire encore une fois va vous faire du bien à tous ceux qui nous écoutent.
02:24Alors quels souvenirs vous aviez, vous avez de la relation entre votre père et votre mère ?
02:29Faut qu'on essaie de comprendre pourquoi cet homme un jour a décidé de disparaître.
02:33Alors la réponse, on ne l'a pas complètement.
02:35Alors effectivement, on peut y trouver évidemment une origine dans la relation entre papa et maman.
02:40Alors moi j'étais trop petit pour voir des choses ou entendre des choses.
02:44Ma sœur qui était un peu plus âgée nous dira après qu'il y avait des tensions, qu'il y
02:50a eu des disputes, etc.
02:51Mais en tout cas rien de nature.
02:54Pas de cris, pas de violence.
02:55Non, pas de cris, pas de violence. Et du reste, maman m'a toujours dit après, il a toujours été
02:59gentil avec moi, votre papa a été attentionné, etc.
03:02Donc non, pas du tout. Mais bon, alors après, est-ce que c'est des tensions comme dans tous les
03:06couples ?
03:06Oui, c'est ça. Classique visiblement.
03:08Oui. Ou est-ce qu'il y avait un peu plus ? Je ne le sais pas. Mais oui, il
03:12y avait des choses.
03:13Mais de là à dire ou à prévoir qu'il allait se passer ce qu'il allait se passer, non,
03:18je ne pense pas.
03:19Alors, encore une fois, c'est l'histoire d'une très jolie famille qui va basculer du jour au lendemain.
03:23Stéphanie, on a une idée du nombre de personnes qui décident comme ça de partir sans raison, sans explication du
03:30jour au lendemain ?
03:31Alors, il y a un nombre théorique qui est de 5000 personnes.
03:34Maintenant, les disparitions dans un cercle intrafamilial, elles sont certainement, comment dire, moindres.
03:42Parce que c'est quand même une configuration un peu particulière.
03:45Mais même si les raisons de la disparition sont diverses.
03:48Eric qui nous raconte son histoire.
03:50Il a grandi dans une famille en apparence parfaite avec sa maman, son père, ses frères et ses soeurs.
03:54Mais un jour, un jour pas comme les autres, il va devoir faire face donc à l'impensable.
03:59Est-ce que vous vous souvenez, Eric, du jour exact où votre père est parti ?
04:03Oui, très précisément.
04:05Bien que sur le moment, je n'ai pas bien compris ce qui se passait, je revenais de vacances chez
04:09ma tante dans le sud.
04:11Elle me met au train.
04:13Et puis, en partant, elle me dit, tiens, je te donne la tante qui était la soeur de mon papa.
04:19Et elle me dit, ils aimaient bien cuisiner tous les deux.
04:22Tiens, tu prends un gros bouquet de thym pour ton papa parce qu'il aimait bien cuire les poissons.
04:27Et donc, je pars avec mon bouquet de thym et j'arrive à la gare de Lyon.
04:31Vous avez quel âge, là ?
04:33J'ai 9 ans.
04:34Ah ouais, un vrai petit bonhomme.
04:36Oui, oui.
04:36Et à la gare de Lyon ?
04:37Et à la gare de Lyon, maman m'attend sur le quai.
04:40Et en fait, elle me dit, en fait, très vite, elle me dit, papa est parti.
04:46Alors, sur le moment, papa est parti, bah oui, enfin bon, c'est quoi la nouvelle ?
04:49Papa est parti à ses affaires, comme toujours.
04:52Il venait, il n'était pas toujours là.
04:56Et en fait, je suis resté avec mon bouquet de thym et en fait, je ne comprenais pas.
05:00Je n'ai pas compris sur le moment, évidemment, que notre vie venait de basculer.
05:03Elle a expliqué les choses quand elle a peut-être compris que vous attendiez qu'ils reviennent du travail ou
05:09d'un voyage.
05:10Elle a commencé à vous dire, non, en fait, il est parti.
05:12Elle a formulé les choses.
05:13Il est parti peut-être pour toujours ?
05:15Alors, je n'en ai pas le souvenir précis, mais parce que d'autant plus que je l'ai réclamé
05:20pendant assez longtemps, même de la fratrie.
05:22C'est moi qui ai, aussi parce que j'étais le plus petit, mais je l'ai réclamé pendant très,
05:25très longtemps.
05:26Quand est-ce que papa revient ?
05:28Donc, je pense qu'elle a fait avec, c'est-à-dire en se disant, il faut qu'il apprenne
05:34à faire son deuil.
05:35Mais elle vous répondait quoi ?
05:38Non, qu'il ne reviendrait pas, qu'il était parti, mais il y avait quelque chose en moi qui refusait,
05:44en fait, cet évident.
05:45Ou plutôt, il y avait un espoir quand même de dire, mais ce n'est pas possible, quoi.
05:50J'ai compris, mais il y a quand même quelque chose d'impensable qui ne peut pas arriver.
05:55Mais c'était un tabou, c'est-à-dire on ne vous donnait pas d'explication, on n'en parlait
05:58pas à table ?
05:59Alors, assez rapidement, effectivement, c'est devenu un tabou.
06:02Enfin, pas un tabou, mais c'est plutôt que, non, on pouvait en parler, mais c'est tombé assez rapidement
06:09dans l'oubli,
06:09parce que maman a essayé de le faire rechercher par la police, etc.
06:13Et puis, plus de son, plus d'image.
06:14C'est-à-dire qu'en fait, à l'époque, c'était quand même assez inhabituel.
06:17Oui, il n'y a pas les portables, il n'y a pas Internet.
06:18Il n'y avait pas les portables, rien du tout.
06:20Et surtout, ce genre de disparition était quand même très, très improbable.
06:25Et donc, de rien pouvoir dire, c'est-à-dire qu'il avait des amis, papa.
06:29Aucun n'avait de nouvelles.
06:30Enfin, rien, rien, rien.
06:31La famille, on n'a jamais retrouvé plus de son plus d'image tout d'un coup.
06:34Comment la famille a dû se réorganiser ?
06:36Votre mère travaillait, ne serait-ce que financièrement ?
06:38Non, alors, c'était un choc, évidemment, au-delà de la dérisparation de papa,
06:42d'un point de vue affectif, de l'équilibre familial.
06:44C'était pour maman quelque chose de terrible, parce qu'elle ne travaillait pas,
06:47elle a dû trouver un travail.
06:50Et puis, papa avait laissé des dettes.
06:52Et donc, elle a dû faire face aux dettes.
06:54Et donc, c'était assez lourd.
06:56Les huissiers qui viennent ouvrir l'appartement, l'appartement qui se vide.
07:00La vie change complètement.
07:02Et c'est vrai que nous, on était petits, on suivait, on ne se rendait pas bien compte.
07:07Mais maman a beaucoup, beaucoup souffert.
07:09Souffert, bien sûr.
07:10Stéphanie, quand ta apparence évapore de cette manière,
07:13quelles sont les répercussions chez un petit garçon,
07:16encore une fois, où les explications, tout est un petit peu nébuleux.
07:19Qu'est-ce que ça peut laisser comme trace ?
07:21Ce qu'on entend chez Éric, c'est que finalement, au-delà de la cause du départ que vous n
07:26'aurez jamais,
07:27il y a le vide.
07:29Et donc, vous êtes juste en recherche d'une chose, c'est d'un récit narratif
07:32qui va vous permettre de rassembler les pièces manquantes du puzzle.
07:37Et donc, c'est ce vide qui va vous effracter.
07:41Et puis, il y a plusieurs effractions, plusieurs fracas dans votre parcours,
07:46parce qu'il y a une dégringolade, comme vous l'expliquez.
07:49En tout cas, il y a un effet papillon dans toute l'organisation familiale.
07:56Alors, la seule manière de pouvoir y répondre, c'est de combler le vide.
08:00Parce qu'un enfant ne va pas rester dans le vide.
08:02Il va fantasmer le père, il va construire autour de ce qu'il sait,
08:07il va combler autour de ce qu'il ne sait pas.
08:10Et donc, c'est là où la construction est parfois un petit peu compliquée.
08:14Les années ont passé. Quel genre de petit bonhomme ou de grand bonhomme
08:18vous êtes devenu, Eric, avec cette cicatrice béante ?
08:21J'étais, en tout cas, à l'époque, très, très insouciant.
08:24Et ça peut paraître peut-être là aussi impressionnable,
08:27mais j'ai coutume de dire que j'ai eu une enfance heureuse.
08:29C'est-à-dire que... Mais en même temps, je trouve ça un formidable message d'espoir.
08:33Avec le recul, c'est qu'on se construit. La vie est plus forte.
08:38Et puis, les moments de joie, les moments d'amour sont là.
08:40Enfin, voilà, il y a des choses qui...
08:41Donc, évidemment, il y a un vide énorme qui m'a rejoint à plusieurs reprises
08:48lors de mon adolescence, lors de mes choix professionnels, etc.
08:51Et si papa avait été là, monsieur.
08:53Vous en parliez avec vos proches, avec vos copains ?
08:56On connaissait l'histoire de notre famille ?
08:57Oui, c'était très connu parce que c'était assez...
08:59Encore une fois, à l'époque, c'était très, très peu répandu.
09:03Mais il y avait...
09:04Finalement, l'une des plus grandes souffrances a été que,
09:07vis-à-vis de mes proches et de mes amis,
09:09c'est que je ne pouvais rien dire.
09:11C'est-à-dire que...
09:11On me disait, ben alors, t'as des nouvelles, etc.
09:13Et le fait de ne pas en avoir,
09:16la réaction de mes amis était, ils nous cachent quelque chose.
09:19Ah oui !
09:20Vous étiez forcément coupable de quelque chose.
09:21En tout cas, lui, il y avait un lourd secret derrière.
09:25Ah oui, j'avais pas pensé à ça.
09:26Et donc, ben du coup, j'en ai pu parler pendant très, très longtemps,
09:31jusqu'à ma vie adulte, où là, les choses sont...
09:34Voilà, on a pu reprendre la parole et...
09:36Et l'âge avançant, vous n'avez pas voulu avoir vous-même,
09:39enfin, mené une enquête par vous-même pour essayer de le retrouver, votre père ?
09:43Non, curieusement, non.
09:46Alors ça, je n'ai pas d'explication.
09:49Mais non, encore une fois, là, ce qui était plus fort, c'est la vie qui avançait.
09:53Ce n'était pas une critique, ce n'était pas un jugement,
09:54c'était pour savoir, en effet, si vous aviez éprouvé ce besoin à un moment.
09:57Non, la vie avançait, elle était plus forte que tout.
10:00Et puis, j'ai eu beaucoup de joie, j'ai eu beaucoup de chance, j'ai eu des amis.
10:04Vous êtes marié ?
10:04Après, je me suis marié, j'ai eu des enfants, un boulot, enfin voilà.
10:08Donc, tout ça allait bien, quoi.
10:11Je me reconstruisais.
10:12Et petit à petit, même si sur le moment, je m'aperçais...
10:15Quand je me suis marié, je ne me rendais pas compte à quel point, en fait,
10:18j'avais été tout de même abîmé par la vie.
10:22Vous êtes devenu papa aussi ?
10:23Oui.
10:23Quel genre de père vous êtes devenu ?
10:25Je ne vais pas demander ça aux enfants.
10:29Mais, écoutez, un jour, un de mes enfants, sur un petit livre,
10:34il y avait des petits dessins avec différents types de papa,
10:37papa ceci, papa cela, etc.
10:39Et ils étaient deux devant le livre, et ils ont pointé du doigt, papa doux.
10:44Mais c'est vrai que vous avez une vraie douceur qui s'émane de vous.
10:47Quand vous êtes rentré dans ce studio tout à l'heure,
10:48vous avez une aura très douce.
10:51Et vous allez voir que ça s'illustre dans la suite de votre histoire.
10:55Alors, cette histoire, elle puisse arrêter là, vous m'avez dit,
10:57la vie a continué avec ces belles surprises.
11:00Vous avez construit votre histoire d'homme.
11:02Et puis, un jour, tout a basculé de nouveau,
11:0633 ans après le départ de votre père.
11:09Qu'est-ce qui s'est passé, Eric ?
11:11Un coup de fil inattendu, très surprenant, de mon frère,
11:16qui m'appelle au bureau et qui me dit,
11:19voilà, j'ai un truc important à te dire,
11:21est-ce qu'on peut se voir ?
11:22Ce qui, pour moi, était, enfin, mon frère m'a appelé pour ça,
11:25c'était comme s'il m'avait dit, il m'avait appelé pour me dire,
11:27on va aller sur la planète Mars.
11:28Là-même, mon frère m'appelait pour me dire, il faut que je te voie absolument.
11:31Il y a un truc, quoi.
11:32Vous avez senti qu'il y avait une urgence.
11:32Ah oui, et je me dis, en fait, mon premier réflexe, c'est me dire,
11:35bon, il est malade.
11:35Enfin, il y a un truc, et puis je le questionne.
11:37C'est votre frère, pas votre père.
11:38Oui, c'est ça, il y a quelque chose, il y a une annonce.
11:39Il me dit, bon, allez, bon, qu'est-ce que c'était à me dire, etc.
11:42Et puis je le questionne, enfin, l'entretien devient un peu surnaturel, etc.
11:44Et puis il me dit, bon, bon, à la fin, comme j'étais insistant,
11:48il finit par me dire, tu veux vraiment que je te le dise ?
11:50Il s'est disé, ben, je dis, ben oui.
11:53Et il me dit, on a retrouvé papa.
11:55Alors là, bon, évidemment, choc, choc important.
11:59Choc monstre, enfin non, choc monstrueusement heureux, choc quoi, en fait ?
12:03Alors, des pleurs, des pleurs de plusieurs natures, mais de l'émotion,
12:07déjà, tout d'un coup, 33 ans qui ressurgissait comme ça, l'inattendu,
12:11et papa était revenu, et puis de la joie, évidemment,
12:15parce que très, très, très rapidement, ce qui m'a habité, c'est l'envie de le revoir.
12:19Mais alors, ça veut dire quoi, papa est revenu ?
12:21De quelle manière il a réapparu, votre père ?
12:23En fait...
12:24Il est revenu, vraiment ?
12:26Non, en fait, pour ça, le « il » est plutôt impersonnel.
12:30C'est simple, il est revenu.
12:31Comme dans la chanson de Barbara, il m'est revenu.
12:33Voilà, c'est ça.
12:34C'est, oui, c'est...
12:36Non, non, c'est le travail, en fait, d'une assistante sociale
12:39qui a fait un travail merveilleux,
12:41parce que papa a eu un malaise, là où il était.
12:43Il était à Lyon, en fait, et donc il n'était pas au bout de la terre.
12:46Donc, il était à Lyon,
12:48et il a été récupéré par le SAMU,
12:49et il avait tout ce qu'il possédait tenu dans une valise,
12:53et on l'a emmené dans un hôpital,
12:55une maison de retraite médicalisée.
12:56Il était en très, très, très mauvaise santé,
12:58début d'une maladie dégénérative,
13:00et cette assistante sociale, pour payer l'hôpital,
13:03elle a fait son job, quoi.
13:04Et elle a essayé de trouver, de refaire la carrière de...
13:08Elle a fait une enquête, quoi.
13:08Elle a fait une enquête, quoi.
13:09Et puis, elle a trouvé un truc improbable,
13:13puisque papa avait laissé des dettes.
13:14Évidemment, maman et ma tante avaient tout liquidé,
13:18tous les biens qu'ils pouvaient avoir, tout, tout, tout.
13:20Ils ont oublié une chose.
13:21Et c'est elle qui l'a retrouvée,
13:22un tout petit bout de machin dans un coin de la France,
13:24enfin, bref, un truc qui valait rien.
13:26Mais du coup, elle a retrouvée ma tante,
13:29donc la soeur de papa.
13:30Et donc, elle l'a appelée, en disant,
13:32ben voilà, je suis assistante sociale,
13:35j'ai M. Libaud à côté de moi.
13:36Elle ne savait pas du tout d'où elle débarquait.
13:37Et donc, ma tante, évidemment,
13:41elle est tombée de l'armoire.
13:42Ah ouais.
13:43Et elle était méfiante aussi,
13:44parce qu'il y avait des dettes, etc.
13:45Elle s'est dit, c'est quelqu'un qui va bien chercher, etc.
13:47Bon, petit à petit, elle a compris,
13:49puis elle a dit, ben, il faut que j'en parle aux enfants.
13:51Et l'assistante sociale dit, des enfants.
13:53Mais il n'y a pas d'enfants.
13:54M. Libaud m'a dit qu'il n'y avait pas d'enfants.
13:56Et en plus, sur l'état civil, il n'y a pas d'enfants.
13:58Donc, la méfiance de l'assistante sociale,
14:00en disant, j'ai mis le doigt dans quoi ?
14:02Bon, en fait, il y a eu une erreur sur l'état civil, etc.
14:05Donc, tout a été rectifié.
14:06Donc, les enfants étaient là.
14:08Et à partir de là, évidemment,
14:11on poussait pour, évidemment, reprendre contact.
14:14Oui, parce que le tout, c'était de...
14:15Est-ce que la colère a repris le dessus ?
14:19Ou au contraire, vous avez dit, maintenant, je veux savoir.
14:21Ça a été quoi, votre premier instinct,
14:23avant qu'on s'arrête une seconde ?
14:24L'envie de le revoir.
14:26Je ne peux pas dire autre chose.
14:27C'est-à-dire que la colère, non.
14:28Jamais.
14:29Mais l'envie d'amour.
14:30Il y avait de l'amour dans votre cœur,
14:3133 ans plus tard, 33 ans de silence plus tard.
14:34Ah oui, oui, oui.
14:34Ah ben, ça a été, je pense, mon seul carburant, bien sûr.
14:38L'amour.
14:38Je ne peux pas expliquer autrement, oui.
14:40À lui parler.
14:41Il vous a fallu du temps, avant de vous décider,
14:43à aller à sa rencontre.
14:45Donc, il était quoi ?
14:46Dans une maison de repos à Lyon ?
14:47Une maison de retraite médicalisée en province.
14:50Et donc, il n'était pas tout à côté.
14:53Mais non, non.
14:55Tout de suite, l'envie de le revoir,
14:56ça a été vraiment la plus forte.
14:58Et on a dû attendre qu'il soit prêt, en fait.
15:00Ah, c'est lui qui a eu besoin.
15:01Ben oui, parce qu'évidemment, à partir du moment où, d'abord,
15:04il a été démasqué, c'est-à-dire qu'en fait, les enfants existent.
15:07Donc, l'assistante sociale lui a dit,
15:08ben en fait, vous m'avez raconté des carabistouilles,
15:10vous avez trois enfants.
15:12Alors, il a déjà dû prendre ça un peu, voilà.
15:14Il s'en souvenait, il n'est pas malade.
15:16Il s'en souvenait, bien sûr qu'il s'en souvenait.
15:17Et puis après, il s'est dit, ils vont me régler mes comptes, quoi.
15:22Donc, il a refusé au début, il avait peur.
15:24Il va lui falloir combien de temps avant d'accueillir ?
15:26Alors, quelques semaines ou mois, on s'est écrits, on a échangé,
15:30on s'est souhaité les bons voeux, etc.
15:33Et puis, il nous a demandé ce qu'on faisait.
15:35Donc, l'assistante sociale a fait là aussi un travail formidable.
15:38Et un jour, elle m'a dit, votre papa est prêt.
15:41En fait, vous vous êtes réapprivoisé.
15:43Oui.
15:43Sans aucun reproche.
15:44Alors, vous voilà, donc, arrivé dans cette maison médicalisée.
15:51Vous voilà derrière la porte.
15:53Qu'est-ce qui se passe ?
15:54Racontez-moi.
15:55Je rentre avec ma sœur.
15:58Alors, bon, là, il y a eu quand même un nouveau choc.
16:01C'est que, tout d'un coup, vous retrouvez quelqu'un
16:03qui n'est pas méconnaissable, mais 33 ans,
16:05une espèce de morphine immédiat.
16:07Un vieux monsieur, quoi.
16:08Un vieux monsieur, mais en plus, il faisait beaucoup plus que son âge.
16:10C'est-à-dire qu'il a eu la maladie, etc.
16:12Il était vraiment en très mauvaise santé.
16:13Ma sœur me dira même, j'ai cru qu'on s'était trompé de chambre.
16:16Donc, bon, on peut dire qu'il était vraiment très, très méconnaissable.
16:18Mais j'ai retrouvé assez vite son sourire.
16:22Parce qu'il vous a souri ?
16:23Oui, oui, oui.
16:24Dans la conversation, tout de suite, voilà.
16:26Et puis, on s'est mis à parler.
16:29Mais parler de quoi ?
16:30Papa, pourquoi t'es parti ?
16:32C'est pas la première question qui vous vient, qui vous hante ?
16:34Non, non.
16:35Non, non.
16:36C'est la joie de le revoir et dépasse tout.
16:39Tout.
16:41Et surtout, je retrouve un homme
16:44qui, en fait, culpabilise énormément.
16:47Ces premiers mots qu'il m'a adressés ont été
16:51« J'ai tout raté ».
16:54Vous lui répondez quoi, à ce moment-là ?
16:57Rien, rien.
16:58Parce qu'en fait, il est face...
17:00Alors, oui, petit à petit, on a cheminé.
17:04Effectivement, on a...
17:06Alors, il avait fait la guerre d'Algérie
17:08à 20 ans.
17:09Et tout de suite, il en a parlé.
17:12Et ça, c'est sûr qu'il a dû voir et faire des choses
17:15qui sont...
17:15Qu'un homme de 20 ans ne peut pas avoir.
17:18Mais au bout de 30...
17:19Oui, pardon.
17:20Non, non, mais voilà.
17:20Non, ça peut avoir un lien.
17:21Les traumatismes peuvent avoir un lien.
17:24Peuvent avoir un lien.
17:24Et c'est vous, finalement, qui le supputez, quoi.
17:26Oui, oui, c'est moi qui le suppute, oui.
17:28Est-ce qu'au bout de 33 ans, on s'embrasse,
17:29on se câline, on se prend dans les bras,
17:31on se tient la main ?
17:32Alors, pas tout de suite.
17:34Mais en revanche, des attentions verbales
17:40très anecdotiques, mais tout de suite,
17:41qui sont vraiment...
17:43qui vous saisissent au plus profond de votre cœur.
17:46Donc, en fait, c'est des petites choses au début.
17:48Comme vous disiez tout à l'heure,
17:49on se réapprivoise.
17:51Mais très vite, la confiance revient, en fait.
17:53C'est-à-dire que tout d'un coup,
17:54le fil qui avait été cassé,
17:56il se renoue.
17:58Comme ça.
17:58Je ne dirais pas par magie, non.
18:00Ce n'est pas de la magie,
18:01mais il y a quelque chose que vous n'expliquez pas.
18:04Et alors, oui, vous vouliez dire...
18:06Je dis qu'il y a plusieurs manières de disparaître.
18:08Il y a plusieurs manières de se construire.
18:11Il y a plusieurs manières de se retrouver.
18:13Et donc, moi, j'avais une question
18:14pour Éric, c'était de savoir.
18:15Est-ce que vous étiez à nouveau ce petit garçon de 10 ans
18:18ou, au contraire, c'était un homme
18:20qui a rencontré un autre ?
18:21Je suis désolée, Faustine.
18:22Non, c'est une jolie question.
18:23Je pique votre fonction, là, 3 minutes.
18:25C'est un homme qui a rencontré un autre,
18:28mais c'est vrai que je retrouvais mon papa.
18:31D'ailleurs, vous dites papa depuis le début de l'émission.
18:33Vous ne dites pas mon père.
18:34Vous avez dit papa.
18:35Avec toute la puissance de l'affect derrière.
18:38Votre maman, c'est vous qui l'avez prévenu ?
18:41Oui.
18:42Alors, ça a été, évidemment...
18:43C'est le seul moment où, avec mon frère et ma sœur,
18:46on a eu un petit moment de divergence,
18:50mais très court.
18:52Faut-il lui dire ou pas ?
18:53Voilà.
18:53Faut-il lui dire ou pas ?
18:54Et ils étaient plutôt partants de dire,
18:55on ne lui dit pas.
18:57Ce qui me semblait invraisemblable.
18:58Mais enfin, voilà.
18:59Et donc, je lui dis, mais bien sûr que si,
19:00il faut lui dire tout de suite.
19:01Et donc, j'ai attendu.
19:03Et je voyais maman tous les...
19:04J'allais chez elle déjeuner tous les mercredis.
19:06Et donc, je m'asseyais en face d'elle.
19:08Et je ne pouvais pas lui dire que son mari,
19:11je le voyais et qu'on l'avait retrouvé.
19:12C'était insensé comme situation.
19:15Et un jour, mon frère et ma sœur me dit,
19:16bon Eric, ok, tu peux lui dire.
19:19Mais je comprends leur hésitation,
19:22parce que ça pouvait être...
19:24Maman, c'était sa vie qui avait été traumatisée.
19:27Et alors, quelle a été sa réaction ?
19:30Eh bien, sa première question a été,
19:32comment va-t-il ?
19:33Donc, sur naturel aussi.
19:35Dingue.
19:36Et très vite, elle s'est mis en parler,
19:38en me disant, bon, voilà,
19:41après tout ce qu'il m'a fait, etc.,
19:43vous l'avez revu, bon, et bon.
19:45Et puis, tout de suite,
19:47je n'irai jamais le voir.
19:49J'en demandais pas.
19:50Mais bon, en tout cas, déjà,
19:53comment va-t-il se préoccuper de sa santé
19:54après 33 ans de souffrance ?
19:56C'était bienveillant.
19:57C'était bien.
19:58Et puis, petit à petit,
20:00bon, voilà, chaque mercredi,
20:01je lui envoyais maman,
20:02je lui en parlais.
20:02Et puis un jour,
20:03je n'en parlais surtout pas,
20:04je ne forçais pas,
20:06elle me dit, bon,
20:07quand est-ce qu'on va voir ton père ?
20:09Parce qu'il faut quand même
20:09que je fasse cette corvée.
20:11Et alors, le père,
20:12vous aurez noté
20:12que ce n'est pas encore son mari.
20:14Et une corvée.
20:16Bon, très bien.
20:16Et en fait, je m'aperçois
20:18qu'en fait, elle avait tout regardé,
20:19les horaires de train, etc.
20:20Tout s'était magnifique.
20:20Elle avait tout fait.
20:22Et donc, évidemment,
20:23je prends la date qu'elle me donne.
20:25Et donc, on vient de la date.
20:26Et donc, voilà,
20:27on est le matin
20:29où je vais la chercher en voiture
20:31pour l'emmener à la gare de Lyon,
20:33donc pour la corvée.
20:35Elle était toute belle,
20:36comme si elle allait à un bal.
20:37Elle a été chez le coiffeur.
20:38Elle avait un bouquet de fleurs.
20:40Un premier rendez-vous.
20:41Premier rendez-vous.
20:42Et elle avait dans son sac,
20:44je le courirai plus tard,
20:45puisqu'ils aimaient bien la cuisine,
20:46elle a préparé des gâteaux.
20:47Enfin, voilà.
20:48Donc, pour une corvée,
20:49ça a démarré plutôt pas mal.
20:51Le lien s'est réétabli.
20:52Et donc, on est parti.
20:53Elle a beaucoup parlé
20:54pendant tout le trajet, évidemment.
20:57Et puis, on arrive là-bas.
20:59Et là-bas,
21:01je monte voir papa
21:02et je laisse maman avec...
21:05Il y avait un aumônier
21:06dans cette maison.
21:08Et donc, voilà.
21:09Et je monte voir papa
21:10et ce jour-là,
21:11papa est très, très bavard.
21:12Et donc, bon...
21:13Et à un moment donné,
21:15je me rends compte
21:16qu'évidemment,
21:16il est en train de gagner du temps.
21:17Et donc, je lui dis,
21:18je vais chercher maman.
21:19Et en bas,
21:19il se passe la même chose.
21:20Maman est très bavarde.
21:22Et alors, le premier regard,
21:23on arrive à la fin.
21:24Je suis hyper frustrée.
21:25Racontez-moi ce premier regard.
21:26Eh bien,
21:27maman rentre dans la pièce
21:28et là, effectivement,
21:29j'assiste à quelque chose
21:30d'incroyable.
21:31J'aurais voulu qu'on soit
21:32des millions
21:33parce qu'il se...
21:34Pas un mot.
21:36Papa est à droite,
21:36maman à gauche.
21:37Papa était assis,
21:38maman debout.
21:39Il se plante les yeux
21:40dans les yeux.
21:41Un sourire accroché
21:42à leur visage.
21:43Magnifique.
21:44Et ce que je peux vous dire,
21:45c'est que dans ce regard
21:46qui a duré
21:47un bon bout de temps,
21:49il y avait de l'amour.
21:50Bon, écoutez,
21:51moi, je vous propose
21:51d'aller pleurer
21:52tellement c'est joli.
21:53Je suis hyper frustrée
21:54parce qu'évidemment,
21:55il est l'heure de s'arrêter.
21:57Vraiment,
21:57il faut que vous reveniez
21:58pour l'acte 2
21:59et me racontez tout ça.
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