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L'année 1937 à Tlemcen a été le théâtre d'événements symboliques capturés par les caméras de l'époque :
Inauguration de Dar al-Hadith : Le 27 septembre 1937, une foule immense a assisté à l'ouverture de cette école emblématique par le Cheikh Ibn Badis et le Cheikh El-Bachir El-Ibrahimi.
Visite officielle : Le passage du Gouverneur Général Lebrun et l'inauguration d'un stade municipal avec des équipes mixtes figurent parmi les séquences d'actualités de cette année-là.
Atmosphère sociale : Les vidéos montrent une ville carrefour, entre traditions andalouses, influences ottomanes (Kouloughlis) et présence française, le tout dans le décor de la "Grenade africaine".
Inauguration de Dar al-Hadith : Le 27 septembre 1937, une foule immense a assisté à l'ouverture de cette école emblématique par le Cheikh Ibn Badis et le Cheikh El-Bachir El-Ibrahimi.
Visite officielle : Le passage du Gouverneur Général Lebrun et l'inauguration d'un stade municipal avec des équipes mixtes figurent parmi les séquences d'actualités de cette année-là.
Atmosphère sociale : Les vidéos montrent une ville carrefour, entre traditions andalouses, influences ottomanes (Kouloughlis) et présence française, le tout dans le décor de la "Grenade africaine".
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04:29De fait, notre matériel roulant ne valait guère mieux et nous n'allions pas tarder à nous en rendre compte.
15:37Sous-titrage ST' 61
15:41la vie d'un lieutenant de ce pays s'y déroulait selon des règles immuables.
15:47Une belle villa de fonction, des serviteurs,
15:51cadours mon ordonnance toujours prêt à sceller mon cheval,
15:55des obligations mondaines,
15:57où les bonnes manières entre officiers et le bon ton à l'égard de leurs épouses favorisaient les carrières.
16:07Et pourtant, j'étais encore célibataire, et les tentations ne manquaient pas.
16:13Certains de mes camarades s'ennuyaient quand tout m'intéressait.
16:18Ils traînaient dans la ville européenne pour leurs loisirs,
16:22sur le boulevard national ou la rue Eugène-Étienne, comme des orphelins.
16:28Ils allaient au cinéma où l'on projetait des films qui romançaient leur oisiveté
16:34en leur donnant des illusions d'héroïsme exotique qu'ils auraient été bien en peine de vivre.
16:44Et ils se finissaient au bordel, ou au perno du bistrot maltais.
16:51L'alcool, puis sans fond de l'amertume du colonial, sans projet d'avenir.
17:05Un grand moment pour Clemsen et pour nous l'Espahis,
17:08ce fut évidemment la visite officielle du gouverneur général Lebeau.
17:14Républicain solide, maintenu à son poste par le Front populaire,
17:19il naviguait ferme au milieu de l'agitation qui s'était répandue dans toute l'Algérie
17:25à la suite du projet Blum-Violette,
17:28étendant le droit de vote pour les élections à l'Assemblée nationale
17:32à une proportion pourtant modeste des élites musulmanes.
17:38Pour sa visite, exaltation habituelle de l'œuvre française et de la concorde générale,
17:44ce fut comme si la grève des commerçants indigènes n'avait jamais eu lieu.
17:48Le sommet de ce déplacement, ce fut l'inauguration du nouveau stade
17:52où pour la première fois, les équipes étaient mixtes,
17:56arabes et français, sous les mêmes maillots.
18:00Je me demande encore pourquoi il fallut attendre le Front populaire
18:04pour prendre une telle mesure.
18:11Ainsi, tout s'était bien passé
18:13et on a pu tirer la loterie nationale aussi calmement qu'à Marmande ou Périgueux.
18:22Le gouverneur général avait regagné Alger
18:26et j'étais parmi la foule joyeuse, en civil, avec quelques camarades.
18:34C'est à ce moment précis que j'ai remarqué Nicole Laurin,
18:38la jolie jeune femme à l'apparence si douce et discrète,
18:42dont je suis tombé immédiatement amoureux.
18:52J'ai retrouvé le gouverneur général quelques semaines plus tard
18:56à 350 kilomètres au sud de Tlemcen
19:00pour l'inauguration du monument à Lyoté
19:03érigé à Insefra, aux confins du Maroc et de l'Algérie,
19:09où celui qui écrivait « La joie de l'âme est dans l'action »
19:13mena rudement la pacification.
19:16C'est à croire que l'on avait rameuté
19:19toutes les autorités de l'Algérie et du Maroc.
19:21Les Spahis étaient à l'honneur,
19:23avec la Légion et des détachements d'infanterie,
19:26d'innombrables notables Algériens aussi,
19:29Kaïds et Bachaga,
19:32arborant les décorations plus largement distribuées
19:35pour le centenaire de l'Algérie française
19:37que les subventions qui auraient pu adoucir le sort des miséreux.
19:48Le monument est situé sur le bord de l'oued tumultueux
19:55et face à la grande dune
19:58où prolifèrent les vipères à cornes.
20:05Propos solennels du gouverneur général,
20:08raisonnablement convenus,
20:10avec de belles références aux écrits du maréchal,
20:13dans cette citation inscrite sur le socle du monument.
20:17Mon commandement 1903-1906 à Insefra
20:22est celui où je goûtais les plus belles joies de ma carrière.
20:26Le gouverneur général et d'autres orateurs après lui
20:30ont aussi évoqué le rôle social de l'officier,
20:34le livre qui contribua tant à la renommée de l'auté.
20:41Mais au fond,
20:43qui l'avait vraiment lu dans l'assistance ?
20:50Notre résident général au Maroc,
20:53le général d'armée Nogues, sans doute,
20:56qui fut l'un de ses meilleurs lieutenants
20:59et qui a déclaré qu'il s'en inspirerait
21:02lorsqu'il a pris ses fonctions à Rabat,
21:05il y a quelques mois.
21:09Mais le Maroc n'est pas la France
21:11et le protectorat diffère de l'administration directe.
21:29Le défilé était certainement destiné à impressionner les notables
21:33en ces temps incertains et à raffermir notre autorité.
21:41En voyant défiler les légionnaires et caracoler mes spahis,
21:47je repensais à toutes leurs nobles devises.
21:51Jamais ici, partout ce pays,
21:54honneur et fierté,
21:56ni peur ni regret,
21:58pour une dent toute la gueule,
22:01ne crains que Dieu.
22:03Quant aux chevaux,
22:04toujours beaucoup de nerfs,
22:06de légèreté et d'haleine.
22:10Je suis fait pour les charges
22:12avec mes camarades algériens,
22:14en musique,
22:16drapeaux au vent,
22:17qui peut le comprendre
22:18dans notre république avachie
22:20des combines de la pétanque et de l'apéro.
22:29Après l'inauguration,
22:30un de nos détachements
22:31vint chercher les autorités
22:33pour les conduire au grand méchoui
22:35qui devait se tenir dans l'oasis.
22:39Le gouverneur s'entretint longuement
22:42avec les Bachagas,
22:43où j'ai reconnu mon ami le Chirbentoukouk,
22:46un allié résolu de la France,
22:49et tous les caïds de la région du Figuig,
22:51qui fut longtemps hostile
22:53jusqu'à l'arrivée de Lyoté.
22:56Les extrémistes communisants
22:58et les oulémas les détestent
23:01et les traitent de collaborateurs des Français.
23:04Moi, je ne sais pas ce que valent
23:06les marques de respect qu'on leur témoigne.
23:11Enfin, nous avons eu droit
23:13à tout le folklore habituel,
23:15avec les danses,
23:16les rafales de tir au fusil,
23:18les femmes rassemblées
23:20qui observaient du haut de la colline.
23:25À Nsefra,
23:27la source jaune
23:28à cause de la grande dune
23:31bénéficie d'eau abondante
23:33et d'une fraîcheur bienfaisante
23:35dans la palmerie.
23:38Tout le monde
23:38paraissait enchanté
23:40de pouvoir se restaurer
23:41dans une atmosphère cordiale,
23:44d'où l'anisette traditionnelle
23:47était prohibée
23:48par égard pour les notables.
23:53Ceux qui n'ont pas connu
23:55des moments comme celui-là,
23:57je les plains.
24:12Puis l'arrivée
24:14des blocs
24:15de l'ingénieur d'assaut
24:16ont signalé
24:18l'heure du départ.
24:22Nogues
24:23devait regagner Rabat
24:25et le gouverneur général
24:28Alger.
24:31Les blocs
24:32de l'ingénieur d'assaut
24:34sont des avions remarquables
24:35qui se sont imposés
24:37après l'invraisemblable
24:39scandale
24:40des avions militaires coloniaux
24:41où plusieurs constructeurs
24:44ont multiplié
24:45les prévarications.
24:48C'est autre plaie
24:49de notre Algérie
24:50avant que leurs engins de mort
24:52ne finissent à la ferraille.
24:56En voyant comme Nogues
24:57et le beau
24:58avaient l'air
24:58de si bien s'entendre,
25:00j'ai eu le sentiment
25:01que l'Afrique du Nord
25:02française
25:03était une réalité
25:05exaltante
25:06et qu'elle s'en sortirait
25:08mieux
25:08entre les mains
25:09de ces briscards
25:10recrues d'expérience
25:12sur le terrain
25:13que dans les joutes
25:15parlementaires
25:16où les grands intérêts
25:17coloniaux
25:18font la loi.
25:37ensuite je suis allé
25:39à cheval
25:40me recueillir
25:40sur la tombe
25:41d'Isabelle Eberhardt
25:43qui se noya
25:44lors d'une crue soudaine
25:45de Louède
25:46en 1904.
25:50Lyotée l'a protégé
25:51j'ai retrouvé
25:53l'hommage
25:53qu'il lui rendit
25:55elle était
25:56ce qui m'attire
25:56le plus au monde
25:57une réfractaire
26:00trouver quelqu'un
26:01qui est vraiment soi
26:02qui est hors
26:03de tout préjugé
26:04de toute inféodation
26:06de tout cliché
26:07qui passe
26:08à travers la vie
26:09aussi libéré
26:10de tout
26:11que l'oiseau
26:12dans l'espace
26:13qu'elle régale
26:20à la saison
26:22des courses hippiques
26:23j'espérais retrouver
26:24la belle Nicole
26:26perdue de vue
26:27depuis la tombe
26:28volant
26:30le prix
26:31du gouverneur général
26:32c'est la grande affaire
26:34de la vie mondaine
26:35de Clemsen
26:37les dames
26:38qui ont dévalisé
26:39la parisienne
26:40le grand magasin
26:41de couture
26:42de la place
26:42bugeot
26:43et qui ont aussi
26:44passé beaucoup de temps
26:45sur leur singère
26:46portent leur meilleure toilette
27:03l'épouse du sous-préfet
27:05donne le bon ton
27:06mais les demoiselles
27:08Larieux
27:08dont on parle beaucoup
27:09au cercle militaire
27:10où la belle
27:11Marcelle Casadieu
27:13une femme avec un passé
27:15sont au dernier cri
27:16de la mode de Paris
27:19pour quelques heures
27:21les comérages
27:22ce poison de la vie
27:23de province
27:23sont oubliés
27:24même si les batteries
27:26se rechargent
27:26pour plus tard
27:28les messieurs
27:29ne sont pas en reste
27:30de politesse
27:31il ne faut pas
27:32se risquer
27:33à des regards
27:34trop appuyés
27:34qui pourraient passer
27:35pour des aveux
27:36si les arabes
27:38évitent de parier
27:39trop ostensiblement
27:40j'en connais
27:41qui font passer
27:41discrètement
27:42des ordres
27:43par des gamins
27:46les grands colons
27:47font concourir
27:48leurs écuries
27:49des purçons
27:51ont été prélevés
27:52dans leur hara
27:53de la Mauricière
27:54au mal
27:55et pérégo
27:59à la buvette
28:01on sert
28:01du champagne
28:02et ces blancs
28:04de mascara
28:04qui font si vite
28:06tourner les têtes
28:07et animent
28:08encore un peu plus
28:09la société
28:12l'aimable monsieur
28:13l'ancien
28:14qui possède
28:15des champs
28:15d'olivien
28:16en plus finir
28:17vient toujours
28:17accompagner
28:18de son intendant
28:19le très redouté
28:20Siamel Gédoule
28:26hélas
28:27cette fois encore
28:28Nicole n'était pas
28:30parmi toutes
28:31ces jolies femmes
28:34et j'étais tout seul
28:36à dévisager discrètement
28:38les unes et les autres
28:40celles dont je ne savais
28:42rien
28:42et celles dont je connaissais
28:44un peu les familles
28:45installées à Tlemcen
28:47depuis si longtemps
28:49notamment
28:49les descendantes
28:50des familles
28:51alsaciennes et lorraine
28:52arrivées
28:53après la catastrophe
28:55de 70
28:58en revanche
28:59j'ai retrouvé
29:00la belle Odile
29:01dont je savais
29:01qu'elle est
29:02une de ses amies
29:03d'enfance
29:03peut-être
29:05lui ferait-elle
29:06passer le message
29:18mon camarade
29:20le lieutenant bordier
29:21est l'un des meilleurs
29:23cavaliers du régiment
29:25il concourait
29:27sur sa jument
29:28Gélinia
29:28et comme il est bel homme
29:31encore célibataire
29:34secrètement
29:35jalousé
29:35par les autres
29:36officiers
29:38bien des coeurs
29:39féminins
29:39ont dû battre
29:41en le voyant
29:42passer la rivière
29:47quant au lieutenant
29:48clapier
29:49le plus joyeux
29:51et le plus charmant
29:52de mes camarades
29:53il était enchanté
29:55d'avoir terminé
29:55troisième
29:58il fut parmi
30:00les premiers
30:00tués
30:01de l'offensive
30:02allemande
30:02en 1940
30:06d'ailleurs
30:07que sont-ils
30:08tous devenus
30:08arrachés
30:09à ces moments
30:10d'insouciance
30:11entre ceux
30:12qui se perdirent
30:13sur de mauvais
30:14chemins
30:14et celles
30:16dont la jeunesse
30:16fanerait
30:17inéluctablement
30:19en tout cas
30:20toujours pas
30:21de Nicole
30:22à l'horizon
30:29chaque année
30:30avec le retour
30:31du printemps
30:32et les amandiers
30:33en fleurs
30:34renaissaient
30:35mes rêves
30:36d'amour
30:36si tentés
30:38qu'ils se fussent
30:39jamais assoupis
30:47ainsi de Khadija
30:49la petite orpheline
30:50qui me cuisine
30:51mon caldéro
30:52et mes bestelles
30:52elle est illettrée
30:54mais elle connaît
30:55quelques-uns
30:55de ses contes arabes
30:57qui font rêver
30:58son âme simple
31:02c'est une pauvre gosse
31:03sortie d'on ne sait tout
31:04et qui ne connaissait
31:06personne
31:07je l'ai ramassée
31:08par hasard
31:09sur le bord
31:09de la route
31:10et je l'ai imposée
31:11à Khadour
31:12qui déteste pourtant
31:13qu'il y ait une femme
31:14à la maison
31:17sans moi
31:17elle aurait certainement
31:19fini dans un de ces
31:20bordels du quartier
31:21réservé de Tlemcen
31:22où les spahis
31:24gaspillent leurs soldes
31:25et attrapent des maladies
31:27qui exaspèrent notre toubib
31:29elle a appris un peu
31:31de français
31:31j'ai écouté
31:33ses histoires
31:34nous en avons fait
31:35un petit film
31:38il était une fois
31:39un jeune émir
31:41célèbre dans tout le doir
31:43pour sa vaillance
31:44à cheval
31:45et la splendeur
31:46des sels
31:47que les artisans
31:48de Tlemcen
31:50confectionnaient
31:50pour sa monture
31:52il était très beau
31:54et s'exprimait
31:55avec une grande douceur
31:57mais il avait l'âme
31:58en peine
31:59et cherchait une épouse
32:04il était aussi une fois
32:06une jeune fille
32:08dont le coeur était rempli d'amour
32:10sans qu'elle sache
32:11pour qui il était destiné
32:13elle revenait chaque matin
32:15de l'Oued
32:16où elle se baignait
32:17dans les bassins
32:18par les chemins
32:19qui embaumaient le teint
32:20c'était très tôt
32:22elle n'y rencontrait
32:23d'ordinaire jamais personne
32:27or
32:27que croyez-vous
32:29qu'il arriva ?
32:34le jeune émir
32:36accompagné de Célim
32:37son valet fidèle
32:38emprunta un jour
32:40le même chemin
32:40que Khadija
32:42le soleil n'était pas
32:43encore très haut
32:44l'air était cristallin
32:45et la nature
32:46avec ses parfums
32:47et le chant des oiseaux
32:49était en fête
32:50Inch'Allah
32:52le Dieu
32:53qui veille
32:53sur toute chose
32:55voulut qu'il se rencontre
32:58lorsqu'il aperçut Khadija
32:59le jeune émir
33:00ne se sentit plus de joie
33:01et se dressa
33:02sur son cheval
33:03comme pour répondre
33:04à un appel
33:06mais Khadija
33:07n'avait jamais parlé
33:08à un homme
33:08par pudeur
33:10elle voulait se soustraire
33:11à l'attention
33:12du jeune émir
33:13dont les mots
33:14coulaient de sa bouche
33:15comme du miel
33:19elle avait beau lui résister
33:20elle savait
33:21qu'elle n'y parviendrait
33:22pas longtemps
33:23car il ne décérait
33:24pas son étreinte
33:26et lui promettait
33:28de l'emmener
33:28avec lui
33:29pour l'épouser
33:31comment aurait-elle
33:32pu lui échapper
33:34et comment aurait-il
33:36pu la laisser
33:36continuer son chemin
33:38toute seule
33:39il s'était trouvé
33:41voilà tout
33:42et plus rien
33:43ne pourrait
33:43les séparer
33:46Khadija
33:46Khadija était heureuse
33:47quand je lui racontais
33:48cette histoire
33:49mais elle n'y croyait pas
33:51même si tout l'étonnait
33:52dans mon comportement
33:53car je la respectais
33:56au fond
33:56peut-être
33:57y croyait-elle
33:58quand même un peu
33:58puisqu'à ses yeux
33:59j'étais l'émir
34:00venu de loin
34:01qui ne lui ferait
34:02jamais de mal
34:07j'ai finalement
34:08retrouvé Nicole
34:09au bain sportif
34:10où les dames
34:11étaient admises
34:12et nous ne nous sommes
34:14plus quittés
34:16institutrice
34:17au petit collège
34:18franco-arabe
34:19sans attache
34:20à Tlemcen
34:21elle avait
34:22toutes les qualités
34:23d'âme
34:23que son comportement
34:24réservé
34:25laissait deviner
34:27lors d'une excursion
34:29aux cascades
34:29des Lourites
34:30je lui demandais
34:32sa main
34:32qu'elle m'accorda
34:33aussitôt
34:34mais elle avait eu
34:35une peine de coeur
34:36en France
34:37qui l'avait conduite
34:37à s'enfuir jusqu'ici
34:39et sans reprendre
34:40sa parole
34:41elle me demanda
34:42de la laisser partir seule
34:43durant quelques semaines
34:45elle voulait
34:46découvrir le sud
34:47pour mettre
34:48de l'ordre
34:49dans ses sentiments
34:51elle m'écrirait
34:52à chaque étape
35:02lettre de Nicole
35:04mon cher ami
35:08vous souvenez-vous
35:09de l'Atlantide
35:10le film avec
35:11Pierre Blanchard
35:12et Brigitte Helm
35:13d'après le roman
35:15de Pierre Benoît
35:16que nous avons vu
35:18au cinéma Rio
35:21ce voyage
35:22me donne l'impression
35:24d'être une autre
35:26Antinéa
35:27en partance
35:28pour son mystérieux
35:29royaume du désert
35:34mais les conditions
35:35du voyage
35:36sont bien plus confortables
35:37qu'au sein
35:39d'une caravane
35:40les trains
35:41de la PLM
35:42offrent un service
35:44impeccable
35:45et comme il roule
35:47lentement
35:48j'ai tout loisir
35:49de découvrir
35:50les paysages
35:51magnifiques
35:52du Sahara
35:56quelle prouesse
35:58d'avoir pu établir
36:00ainsi
36:00une ligne
36:01de chemin de fer
36:02moderne
36:03qui s'enfonce
36:05bravement
36:06vers Colombéchard
36:18nous avons fait halte
36:20pour recharger
36:21du charbon
36:22à Béniounif
36:25une bourgade
36:26à peu près
36:26abandonnée
36:27depuis l'épuisement
36:28des mines
36:29le contrôleur
36:30m'a dit
36:31qu'on y chassait
36:32les gazelles
36:32des montagnes
36:33dont la chair
36:34est paraît-il
36:35délicieuse
36:37mais elle se méfie
36:38sans doute
36:39car je n'en ai
36:40aperçu aucune
36:45ensuite
36:45ce fut
36:46le Figig
36:47ce district
36:48frontalier
36:49du Maroc
36:50que vous connaissez
36:51si bien
36:51et où le gouverneur
36:53général
36:54Jonard
36:54fut accueilli
36:56à coups de fusil
36:57il n'y a pas si longtemps
37:00mais rassurez-vous
37:01tout est bien calme
37:02et dans l'austère
37:04grandeur
37:04des paysages
37:05on ne voit que
37:06des palmiers
37:07bien entretenus
37:12quoique fort animé
37:14l'arrivée
37:16au terminus
37:17de Colomb-Béchard
37:18s'est aussi passée
37:20bien tranquillement
37:24une femme seule
37:26ne court aucun danger
37:28au milieu
37:29des voyageurs arabes
37:36la petite ville
37:38qui porte les noms
37:39accolés
37:40d'un officier
37:41ayant exploré
37:42la région
37:42et du Xard
37:44tout proche
37:45de Béchard
37:45le saviez-vous
37:47est fort belle
37:48avec ses bâtiments
37:50immaculés
37:51sagement
37:52ordonnancés
37:52elle était prise
37:55par un vent
37:55de sable
37:56violent
37:56lorsque je suis parti
37:58à la recherche
37:59de mon hôtel
38:00les habitants
38:01très aimables
38:02m'ont utilement
38:04renseigné
38:08l'hôtel transatlantique
38:11ressemble à l'une
38:12de ces forteresses
38:13que l'on trouve
38:14dans le sud
38:23quelques touristes
38:24férus d'un climat doux
38:25pour leur hivernage
38:27au restaurant
38:28de l'hôtel
38:29dont la grande attraction
38:30est une malheureuse
38:31panthère de l'atlas
38:32enchaînée
38:34au milieu
38:34des fumées
38:35de bonne cuisine
38:36qui doivent encore
38:37augmenter sa peine
38:49au souk
38:50je n'ai pas trouvé
38:51de souvenirs
38:52à vous rapporter
38:54mais en revanche
38:55je me suis rendu
38:57chez un orfèvre juif
38:59que l'on m'avait indiqué
39:02et entouré
39:03de ces aides
39:04qui travaillaient
39:05le feu
39:06il m'a montré
39:07de belles broches
39:08en argent
39:09comme celles
39:11que portent
39:11les oulèdes naïles
39:13pour prix
39:14de leur séduction
39:16un peu risqué
39:17peut-être
39:17mais je me suis
39:19laissé tenter
39:20en pensant
39:21qu'elle vous fera
39:22honneur
39:22lorsque nous
39:24nous retrouverons
39:28vous êtes très jolie
39:30madame
39:31m'a dit
39:32le petit assistant
39:33le monsieur
39:34sera très content
39:44les soirées
39:45sont d'une douceur
39:46exquise
39:47que je passe
39:48à contempler
39:49l'oasis
39:49depuis la terrasse
39:50de ma chambre
39:51dans une symphonie
39:53de parfums
39:54de couleurs
39:56et d'oiseaux
39:56dont vous m'apprendrez
39:58les noms
40:00je repars bientôt
40:01par le quart
40:02du Touring Club
40:02je vous écrirai
40:04très vite
40:05aussi loin
40:06que j'aille
40:06notre poste
40:08fonctionne toujours
40:08très bien
40:14mon cher ami
40:17dans le quart
40:19j'ai eu une conversation
40:21très intéressante
40:22avec un couple
40:24de jeunes chercheurs
40:25du musée
40:25de l'homme
40:26qui m'ont indiqué
40:27la présence
40:28de nombreuses
40:30inscriptions
40:30rupestres
40:31sur le parcours
40:35cette région
40:36a été largement
40:37habitée
40:38durant la période
40:40préhistorique
40:43mais nous étions
40:44dans un territoire
40:45militaire
40:46et on ne peut faire
40:47de détours
40:48sans autorisation
40:49express
40:51visé
40:52par le bureau
40:53de Colomb-Béchard
41:06de toute façon
41:07le voyage
41:08s'est révélé
41:08assez éprouvant
41:09dans des paysages
41:11désolés
41:11sous une chaleur
41:13accablante
41:14et c'est avec soulagement
41:16que je suis parvenu
41:17à Taguite
41:17où tout n'est que
41:19sable
41:20clair et limpide
41:21sans autre tâche
41:23que celle
41:24de l'oasis
41:28l'hôtel
41:29est à nouveau
41:30installé
41:30dans un borge
41:31d'apparence
41:33militaire
41:34très semblable
41:36au fond
41:36aux qusours
41:38sur un autre
41:39éperon rocheux
41:40qui domine
41:41les habitations
41:44autrefois
41:45l'eau des ouèdes
41:46formait
41:47une sorte
41:48de nil
41:48apportant
41:49la fertilité
41:50et mes nouveaux amis
41:52m'ont montré
41:53une collection
41:53de silex taillés
41:55attestant
41:56ce peuplement
41:57préhistorique
41:57beaucoup plus dense
41:59qu'aujourd'hui
42:01mais ils sont repartis
42:02à l'aube
42:03pour leurs recherches
42:04et je suis resté
42:05tout à fait seul
42:07avec l'intention
42:08de retrouver
42:09des touaregs
42:10que le directeur
42:12de l'hôtel
42:12m'avait recommandé
42:18ils accepteraient
42:19de m'emmener
42:20faire un grand tour
42:21à dos de chameaux
42:23contre une modeste
42:24récompense
42:43je suis parti
42:44à leur rencontre
42:45à l'aube
42:50il ne faisait pas
42:51encore trop chaud
42:58des enfants
42:59m'ont indiqué
43:01où je pourrais
43:02les rencontrer
43:11j'ai eu
43:13durant quelques heures
43:14l'impression
43:16de revivre
43:17un épisode
43:19de Morocco
43:21cet autre film
43:24que vous n'avez pas vu
43:25je crois
43:27avec Marlène Dietrich
43:30sauf que dans le film
43:31elle suit la caravane
43:33à pied
43:34pour retrouver
43:35Gary Cooper
43:38et vous n'étiez pas là
43:40pour que je puisse
43:41vous suivre
43:46à l'heure
43:48à l'heure
43:50à l'heure
43:54à l'heure
44:24Mon cher ami,
44:26« Me voici à Béniabès, ultime oasis avant le grand ergue occidental, où toute vie semble avoir déserté. »
44:39C'est de là que partit le commandant Ogirras il y a 25 ans pour établir la première liaison automobile
44:47entre le Grand Sud algérien et la Mauritanie,
44:52afin de rejoindre ensuite Saint-Louis du Sénégal.
44:56Il reste de cette expédition héroïque une caserne qui domine la ville et fait face à une forteresse berbère en
45:04partie ruinée.
45:09Cette fois encore, j'ai pu descendre dans l'un de ces magnifiques hôtels de la chaîne transatlantique,
45:16que l'on retrouve décidément jusque dans les endroits les plus reculés de toute l'Afrique du Nord.
45:27J'y dispose d'une chambre très agréable et de toutes les attentions d'un service qui n'a rien
45:36à envier avec de bons établissements de la métropole.
45:44Mais enfin, la solitude commence à me peser, et je pense beaucoup à vous.
45:59C'est toujours avec une impression de miracle que je constate à quel point l'eau si précieuse s'avère
46:07abondante,
46:08grâce au génie que déploient les Arabes pour la recueillir et la canaliser.
46:15Ce miracle s'est doublé d'une surprise extraordinaire.
46:21Nos connaissances de Tlemcen sont descendues à leur tour jusqu'à Béniabès, et j'ai bien compris qu'ils venaient
46:29de votre part.
46:31Nous avons passé de longues heures dans la piscine de l'hôtel, sous l'œil vigilant d'un chaouche indigène
46:38qui ne disait mot devant cette activité incongrue et sans doute impudique à ses yeux d'une baignade en plein
46:48désert.
46:53La belle Odile, dont je sais qu'elle ne vous laisse pas indifférent, était là avec ses soupirants, et avec
47:02d'autres amis et leurs enfants.
47:06L'un des jeunes gens m'a dit, nous sommes des enfants de la chance, comme notre vie serait triste
47:13et ennuyeuse en France, quand on compare.
47:22Il m'a semblé tout à coup qu'on emporte toujours avec soi ce qui vous est le plus précieux,
47:28jusque dans des voyages lointains.
47:32Et j'ai eu alors très envie de vous retrouver et de mettre fin à cette belle équipée, désormais sans
47:40objet.
47:52Mais je ne voulais pas quitter Béniabès sans me rendre à l'ermitage de Charles de Foucault avec le père
47:58blanc René Bompard,
48:00qui a connu le saint homme dans sa jeunesse et revient régulièrement pour veiller sur ce lieu désolé où souffle
48:07l'esprit.
48:10Cet ermitage n'est pas celui où Charles de Foucault a été assassiné par des nomades qu'il protégeait,
48:17mais il y passait quelques mois chaque année, et dans sa désolation et son austérité, on y sent encore sa
48:23présence.
48:24Le père Bompard m'a dit, il y fut heureux, très heureux, inconnu de tous,
48:30Jouissant de l'obscurité, du silence, de la pauvreté à l'imitation de Jésus.
48:38Un ancien esclave qu'il avait racheté, fait au fils de gardien.
48:48En reprenant l'autocar qui allait me ramener vers vous,
48:56j'ai compris que je ne vous quitterai plus.
49:11Nous nous sommes mariés très vite après le retour de Nicole.
49:15Bref permission, voyage de noces à la villa Riveau.
49:20De chers petits, issus de notre amour,
49:23ne tardèrent pas à bénir une union encore plus heureuse que je ne l'avais espérée.
49:29Kadija prit soin d'eux,
49:31et leur âge tendre se déroula au contact de la vie arabe.
49:36La cuisine, les saisons et les jeux,
49:40les promenades,
49:41la langue aussi,
49:43qu'ils entendaient fort bien.
49:49Nos familles venaient de France pour nous rendre visite.
49:54Elles oubliaient dans la chaleur des retrouvailles
49:57les nuages noirs qui s'accumulaient sur l'Europe
50:00et qui inquiétaient tant Nicole.
50:04Elles veillaient pourtant à ne pas laisser paraître
50:06l'angoisse des séparations et des arrachements
50:10qu'une aggravation de la situation pourrait soudainement entraîner.
50:20Et puis il fallait protéger les enfants de toute anxiété.
50:30Nicole les élevait avec cette bienveillance attentive
50:35dont elle entourait tous les êtres.
50:45Durant la fête annuelle des cerises,
50:48nous sortions avec nos amis dans la ville européenne
50:51à l'heure de l'anisette
50:52et des joyeux défilés
50:54qui rassemblaient les familles françaises et indigènes.
50:57On parlait beaucoup entre nous
51:00de ce pharmacien de Sétif, Ferrat Abbas,
51:03qui venait d'écrire
51:05« Nous avons écarté une fois pour toutes les chimères
51:08pour lier définitivement notre avenir
51:11à celui de l'œuvre française. »
51:15Ah, si nos autorités pouvaient enfin s'en inspirer.
51:25Les dimanches, nous allions tous ensemble
51:27à la plage de Bénissaëf,
51:30à une heure de route de Tlemcen.
51:34Falaise au Hocre,
51:37l'îlot d'orage-goun au large
51:39pour les nageurs intrépides.
51:41Petit restaurant fréquenté par les ingénieurs
51:45de la mine de fer toute proche.
51:48C'était isolé, sauvage et tranquille,
51:52et en dehors de nous,
51:54il n'y avait jamais grand monde.
51:57L'eau était chaude
51:59et d'une propreté merveilleuse.
52:09On pouvait aussi en profiter
52:11pour aller au calamar
52:13avec les pêcheurs arabes.
52:15Des gamins en recevaient leur part.
52:19Ils nous aidaient
52:20à faire remonter les canaux.
52:38Nous faisions de longues balades
52:41le long de la mer.
52:43Et même lorsqu'il arrivait
52:44que le ciel fut couvert,
52:46il fallait prendre garde
52:48au coup de soleil
52:49et avoir l'œil sur les enfants
52:51à cause des vagues et des courants.
53:07La belle Odile
53:08s'était aussi mariée
53:10avec l'un de mes camarades.
53:13Plaisir des yeux,
53:14mais rien de plus,
53:16disait-il
53:17à ceux de ses soupirants
53:19qui espéraient encore.
53:24Elle en souriait doucement
53:26avec l'abandon des amoureuses.
53:38Son mari n'avait pas d'inquiétude
53:40à se faire.
53:45Je ne pensais qu'à Nicole
53:47et à la joie constante
53:49de partager sa vie,
53:51la lumière qu'elle apportait
53:52à notre foyer,
53:54notre famille.
54:04Oui, nous étions si heureux
54:06dans ce pays
54:07qui était devenu le nôtre.
54:09Et ce n'était pas
54:11l'écho assourdi
54:12par la mer
54:13de certaines nouvelles
54:15qui auraient pu me faire douter
54:17un seul instant
54:18du bonheur
54:20de vivre en Algérie
54:23qu'elle incarnait pour moi.
54:54Le mouah
54:58Le mouah
54:59Le mouah
54:59Le mouah
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