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é, "" : "Complément d'enquête... Bonheur, larme, anti-crise".
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00:00:00Bonsoir, dans l'enquête du bonheur, les hommes que vous allez voir ce soir ont tous un point commun, c
00:00:04'est le dépouillement.
00:00:05Le dépouillement où la sobriété heureuse de Pierre Rabhi, le dépouillement et l'émotion de Yann Arthus Bertrand aux Etats
00:00:10-Unis, on va le voir.
00:00:11Et puis le débrouillement et l'apprentissage de l'humilité de Jean-Christophe Ruffin sur les chemins de Compostelle, c
00:00:17'est leur recette du bonheur.
00:00:19Alors qu'est-ce qu'on attend pour être heureux ? Eh bien c'est le thème de ce 235e
00:00:22numéro de complément d'enquête.
00:00:25J'adore cet endroit. Je pense que là-dedans, il y a beaucoup, beaucoup d'humanité.
00:00:31C'est spontané, c'est nouveau, c'est neuf, c'est quelque chose qui émerge, qui arrive, on a besoin,
00:00:36on sent qu'on en a besoin.
00:00:37Regarde tous ces jeux.
00:00:48Un homme qui pleure.
00:01:11Voilà, Yann Arthus Bertrand, vous venez de le voir, est très ému dans le désert du Nevada.
00:01:15Il nous rejoindra ici.
00:01:16On recevra aussi Pierre Rabhi, Jean-Christophe Ruffin.
00:01:19Tous arrivent à la même conclusion.
00:01:21Le bonheur ne passe pas par l'accumulation de biens, de richesses, par la surconsommation, mais au contraire par une
00:01:26forme d'humilité, de sobriété et de respect.
00:01:29C'est leur cheminement vers le bonheur.
00:01:31Ils viendront nous l'expliquer.
00:01:33Et on le fera ici, dans ce bâtiment assez étonnant, puisqu'il s'appelle la Tour Paris 13.
00:01:39Il est étonnant parce que ce bâtiment va être détruit d'ici quelques jours.
00:01:41Il a été entièrement décoré, tagué par des artistes, du sol au plafond.
00:01:46On le visitera et on se presse pour le visiter et saisir dans sa mémoire un instant de ce bonheur
00:01:53avant qu'il ne disparaisse.
00:01:54Alors on commence par le portrait d'un prophète, un prophète moderne.
00:01:57Il n'aime pas qu'on l'appelle comme ça.
00:01:59C'est bien sûr Pierre Rabhi.
00:02:00Il a passé l'essentiel de sa vie dans les Cévennes Ardéchoises à vivre très durement.
00:02:06Aujourd'hui, il le raconte dans des livres.
00:02:08Et on se presse pour l'écouter, pour écouter sa définition de ce qu'il appelle la sobriété heureuse.
00:02:14Pierre Rabhi, un paysan philosophe, c'est un portrait signé Joën Bussière, Valéry Lucas et Anne Cohen.
00:02:19Et bien sûr, si vous voulez tweeter, le mot-clé, c'est cette enquête.
00:02:30Les terres de l'Ardèche ont la réputation d'être arides, rocailleuses, difficiles.
00:02:36Pierre Rabhi a pourtant choisi de s'y installer il y a plus de 50 ans.
00:02:40Ce pays, il le connaît maintenant par cœur.
00:02:47Cet après-midi d'octobre, il a donné rendez-vous à une vingtaine de personnes, tout en haut de cette
00:02:52colline.
00:02:53C'est là qu'il a installé les locaux de son association, Terre et Humanisme.
00:03:01Le rituel est toujours le même.
00:03:03Ça commence par une prise de contact avec les stagiaires.
00:03:06J'aurais une contravention.
00:03:09Bonjour Pierre.
00:03:12Il y a du monde pour vous accueillir aujourd'hui.
00:03:14Merci.
00:03:16Bonjour.
00:03:17Ils sont venus de France, d'Europe, d'Afrique, pour rencontrer leur maître à penser et apprendre sa discipline, l
00:03:25'agroécologie, ou comment cultiver la terre en la respectant.
00:03:30Mais avant d'attaquer leur stage pratique d'une semaine, les élèves ont droit à une leçon inaugurale.
00:03:36Car à 75 ans, Pierre Rabhi n'est pas seulement un paysan éclairé.
00:03:42Et ça élève sa conscience.
00:03:44C'est aussi un philosophe.
00:03:46C'est pas seulement vous apprendre à cultiver.
00:03:48Si ce n'était que ça, moi ça ne m'intéresse pas.
00:03:50Ce qui m'intéresse, c'est que dans cette action, à la fois, vous apprenez bien sûr des techniques, mais
00:03:56qui sont conformes à une perception qu'on a de la vie.
00:04:00C'est-à-dire une conception de la vie.
00:04:02Et en même temps, une philosophie qui est celle de la modération, c'est-à-dire de comment retrouver l
00:04:07'équilibre
00:04:08pour éviter tout ce qui ruine la planète, dispendieux, les gaspillages monstrueux.
00:04:15Voilà ce que prône Pierre Rabhi.
00:04:18Agir pour rééquilibrer la planète, refuser le superflu, et peut-être ainsi accéder au bonheur.
00:04:26Aujourd'hui, cette exigence sur ce qu'on peut appeler le bonheur, comment construire le bonheur,
00:04:32il y en a qui sont prêts à renoncer à des prérogatives, à une situation sociale enviable,
00:04:39parce qu'ils n'y trouvent pas leur bonheur.
00:04:42Pour la pratique, Pierre Rabhi passe le relais.
00:04:47En fin d'après-midi, c'est cours de potager.
00:04:50Nous allons donc semer des petits pois, à grès lisse, à l'automne.
00:04:54Ici, on parvient même à faire pousser des petits pois en octobre, sans engrais, évidemment.
00:05:00Et on va mettre un grain tous les 2-3 centimètres.
00:05:03A l'école Rabhi, on trouve les solutions directement dans la terre.
00:05:08Oh, voilà des beaux nodules.
00:05:11Vous les voyez, là, les petits nodules ?
00:05:13Et ça, ça va vous servir à quoi, concrètement ?
00:05:15Quand on va couper la plante et qu'elle va mourir, qu'ils vont se décomposer,
00:05:18ça va rendre de l'azote au sol, qui va directement servir à la culture suivante.
00:05:23Pas besoin de... ça remplace quoi ?
00:05:25Ça remplace l'engrais. C'est l'engrais gratuit.
00:05:28Chez toutes ces personnes, l'influence de Pierre Rabhi s'étend bien au-delà de leur jardin.
00:05:33Elle a modifié leur quotidien.
00:05:36Finalement, ne plus consommer dans les supermarchés petit à petit.
00:05:40Plein de petits détails, me déplacer à vélo.
00:05:43Et puis, dans ma manière d'être en relation avec les autres.
00:05:45Je peux dire que c'est mon père spirituel.
00:05:47Ne serait-ce que prôner la sobriété heureuse, déjà, c'est de moi.
00:05:50Je trouve que c'est tellement magique.
00:05:52Pierre Rabhi et sa sobriété heureuse.
00:05:57Cela fait 50 ans que cet homme aux allures de vieux sages prêche le même discours du fin fond de
00:06:02son Ardèche.
00:06:03Aujourd'hui, enfin, le public l'écoute.
00:06:07Depuis quelques années, le paysan philosophe est reçu partout.
00:06:11Sur les plateaux télé à l'étranger.
00:06:13Ça traduit simplement les deux faillances d'un modèle que je ne peux pas tenir.
00:06:17Ou en France, sur les canapés rouges de Michel Drucker, aux côtés de son ami Nicolas Hulot.
00:06:22Je dirais d'abord, d'un point de vue personnel, c'est une de mes plus belles rencontres.
00:06:26Je fais partie des gens qui m'aident à me structurer.
00:06:28Ce mois-ci, Pierre Rabhi publie son 16e livre.
00:06:34Parmi ses lecteurs fidèles, Clémentine Sélarié, la chanteuse Zaz, le philosophe Edgar Morin ou encore Marion Cotillard.
00:06:46Quelles sont ses recettes pour vivre heureux tout en respectant la planète ?
00:06:52Comment ce paysan Ardèchois d'origine algérienne est-il devenu un maître à penser, un guide, en l'espace de
00:06:59quelques années ?
00:07:04Au départ, Pierre Rabhi ne savait pas où s'installer.
00:07:08Alors il écrit un peu partout et c'est un médecin de campagne qui lui parle de cette ferme à
00:07:12Montchamp dans les Cévennes.
00:07:14Pierre Rabhi l'achète en 1961, un pari fou.
00:07:18Voilà, alors on peut dire que cet espace-là, quand nous sommes arrivés, était désert.
00:07:24C'est-à-dire qu'il n'y avait pas un seul arbre, rien, tout dénudé.
00:07:27Le désert, Pierre connaît.
00:07:30Il est né dans le Sahara en 1938.
00:07:33Alors qu'il est encore enfant, son père, Veuf, le confie à une famille française installée à Ouran.
00:07:381954, la guerre d'Algérie éclate.
00:07:41Le petit musulman converti au christianisme est tiraillé.
00:07:45Peur troublée en Algérie ou en plusieurs endroits du territoire, une série d'attentats ont été commis dans la nuit
00:07:51qui précéda la Toussaint.
00:07:53À la maison, une dispute finit par l'opposé à son père adoptif.
00:07:56Il est chassé de chez lui.
00:08:00Arrivé à Paris à 18 ans, sans diplôme, son seul choix, c'est l'usine.
00:08:04Je prenais le métro, ensuite un autobus, j'allais à Putot, à l'entreprise Someca pour travailler à l'intérieur.
00:08:12Et toute la journée, dans le teint amarre, dans le bruit, dans cette espèce d'effervescence, voilà.
00:08:18J'ai troqué ma vie toute entière contre un salaire qu'on me donnait pour pouvoir besogner toute ma vie
00:08:27au produit national brut et puis aller mourir après, quoi.
00:08:33Cette expérience va nourrir sa réflexion et déterminer tout le reste de sa vie.
00:08:39Dans cette usine, il rencontre sa future femme, Michelle.
00:08:42Elle partage le même constat.
00:08:44Le jeune couple décide alors de changer de vie.
00:08:48Voilà, elle a rencontré Michelle et c'est cette période de fiançailles, de rapprochements.
00:08:54Et c'est comme ça qu'on a pris cette décision folle de quitter Paris pour aller, pour devenir des
00:09:01paysans.
00:09:01On a vécu 13 ans sans électricité, on a vécu 7 ans avec peu d'eau.
00:09:06Le Crédit Agricole ne voulait pas nous prêter d'argent en disant on ne peut pas vous aider à vous
00:09:10suicider.
00:09:12Pendant 10 ans, c'est donc la survie.
00:09:15Alors que la France connaît les 30 glorieuses et découvre la grande consommation,
00:09:20Pierre et Michel Rabhi, eux, apprennent la sobriété et le respect de la terre.
00:09:25Ils cultivent bio, sans engrais, une petite révolution à l'époque.
00:09:31C'est bientôt la récolte du maïs.
00:09:34A force de travail, leur terrain devient fertile.
00:09:37Ici, on avait des tomates, ça a donné.
00:09:39Il y a encore un reliquat de tomates, mais on en a ramassé énormément.
00:09:44Vous voyez, là c'est des aubergines.
00:09:47Il n'y a pas longtemps, j'ai reçu une espèce de distinction par les entrepreneurs de Rhône-Alpes.
00:09:54Et j'ai déclaré que j'étais milliardaire.
00:09:58Milliardaire en quoi ?
00:09:59En élément qui ne se négocie pas.
00:10:06C'est-à-dire qu'on peut s'acheter des yachts, des avions privés, etc.
00:10:11Mais on ne peut pas s'acheter la joie de vivre.
00:10:14La joie de vivre.
00:10:16Pierre Rabhi aurait trouvé le secret.
00:10:19Pas étonnant que son discours attire des milliers de personnes.
00:10:26A Liège, en Belgique, le palais des congrès a toujours accueilli des hôtes prestigieux,
00:10:31comme le résistant Stéphane Hesselle.
00:10:33Ce soir, c'est au tour de Pierre Rabhi.
00:10:37Une heure avant le début de la conférence, les spectateurs sont déjà installés.
00:10:41Il ne reste plus une place, les 2000 ont été vendus.
00:10:46A quelques pas de là, Pierre est dans sa chambre d'hôtel.
00:10:51C'est Caro.
00:10:53Caroline, sa collaboratrice, a prié le philosophe de se reposer un peu avant sa performance.
00:10:59Tu es prêt ?
00:11:00Ah, c'est l'heure.
00:11:01C'est l'heure.
00:11:03Le conférencier achève de se préparer pour son auditoire.
00:11:07Pas de nœud papillon, juste son éternel pantalon à bretelles.
00:11:14C'est un peu oublié.
00:11:16Vous n'avez jamais le trac ?
00:11:17Si, j'ai toujours le trac.
00:11:22Ça fait partie des choses que...
00:11:26Surtout quand on a affaire à des salles, on ne sait pas trop ce qu'on va dire exactement.
00:11:33En réalité, le discours du paysan est bien rodé.
00:11:37Il a déjà donné des dizaines de conférences, et chaque année on lui en propose plus de 300.
00:11:44Le public le sait, c'est un compteur né.
00:11:49Le thème des conférences peut varier, mais il y a toujours une petite histoire fondamentale que Pierre raconte chaque fois.
00:11:56La légende amérindienne du colibri.
00:11:59Un jour, il y a eu un grand incendie de forêt.
00:12:04Tous les animaux étaient atterrés, découragés, face au désastre.
00:12:10Et par contre, le petit colibri, un tout petit oiseau insignifiant, va prendre quelques gouttes d'eau dans son bec,
00:12:19les jette sur le feu et s'active tout le temps.
00:12:23Il va chercher les gouttes d'eau, il la jette sur le feu, il s'active, il s'active.
00:12:27Et le tatou qui est en train de l'observer depuis un bon moment s'énerve un peu, il lui
00:12:31dit
00:12:32« Mais colibri, tu ne penses quand même pas que c'est avec ces gouttes d'eau que tu vas
00:12:36éteindre le feu ? »
00:12:38Et le colibri le regarde droit dans les yeux et lui dit « Je le sais, mais je fais ma
00:12:42part. »
00:12:43Silence religieux.
00:12:45Comme chez La Fontaine, chaque fable a sa morale.
00:12:47Et là, c'est Pierre Rabhi en personne qui donne les sous-titres.
00:12:51« Plutôt que de toujours gindre, ça ne va pas, les politiques, les multinationales, les machins, les trucs, faisons quelque
00:13:00chose. »
00:13:02Après deux heures de discours, le marathon continue.
00:13:05« Merci vraiment de vous. »
00:13:10Un bain de foule, puis des autographes par centaines, pour des spectateurs transcendés par son discours.
00:13:18« Je voulais juste vous dire que malgré vos 52 kilos, pour moi, vous êtes un policier. »
00:13:22« Je remercie beaucoup. »
00:13:23« Merci. »
00:13:24« Je vous invite, monsieur Pierre Rabhi, est-ce qu'un jour, vous pouvez venir vous voir chez vous ?
00:13:26»
00:13:27« Ah ben oui, vous arrangez avec eux. »
00:13:30« Est-ce que je peux passer dans votre fer ? »
00:13:31« Pourquoi pas. »
00:13:32« C'est super gentil. »
00:13:34« Mais quel est ton prénom ? »
00:13:36« Huysselle. »
00:13:36« Pour moi, c'est un peu une idole. »
00:13:38« Et je pense que pour beaucoup de jeunes, ça peut représenter énormément de choses. »
00:13:42« Au niveau de plein de sujets dans la société, parce que tout ce qu'il a expliqué aujourd'hui,
00:13:45c'est vraiment génial. »
00:13:47« Madame, qu'est-ce que vous venez chercher auprès de Pierre Rabhi ? »
00:13:52« Ressence à la vie. »
00:13:54« Carrément ? »
00:13:54« Carrément, oui. »
00:13:55« Vous êtes une rockstar, un gourou ? Vous êtes quoi, en fait ? »
00:13:59« Bah, Dieu me garde, j'espère que non. »
00:14:02« Je n'ai ni rockstar, ni gourou, ni quoi que ce soit. »
00:14:04« Non, non, non, je refuse totalement ce genre de choses. »
00:14:08« Merci beaucoup. »
00:14:10« Ni gourou, ni prophète, mais mentor. »
00:14:13« De sa légende, Pierre Rabhi a créé le mouvement Colibri. »
00:14:18« Sur Internet, les citoyens sont appelés à agir ensemble,
00:14:21autour de thématiques variées comme l'éducation ou la finance. »
00:14:25« De petits groupes de Colibris se sont créés partout en France. »
00:14:28« Et il n'est pas nécessaire habiter en race campagne pour appliquer les principes de Rabhi. »
00:14:34« En banlieue parisienne, à Nogent-sur-Marne, Anne-Marie a décidé de faire sa part elle aussi. »
00:14:39« Comme tous les autres Colibris en France ce jour-là, elle doit demander aux citoyens ce dont ils rêvent
00:14:44comme école pour leurs enfants. »
00:14:48« Une école réhumanisée qui prend en compte les enfants et qui est centrée sur les enfants. »
00:14:55« Magnifique. Merci beaucoup. »
00:14:58S'emparer des problèmes, proposer des solutions au lieu de se plaindre, c'est l'esprit Colibri à l'œuvre.
00:15:05« Il y aura une collection de milliers de témoignages de personnes. »
00:15:08« Plus on aura de témoignages, plus justement notre message aura du poids. »
00:15:11Cet esprit, Anne-Marie l'a aussi appliqué à sa vie professionnelle.
00:15:15Après des années dans un grand groupe de cosmétiques, elle a tout quitté pour lancer sa propre marque de crème.
00:15:20Des crèmes bio, c'est sa façon à elle de faire changer les choses.
00:15:24Pour le moment, Anne-Marie ne se verse aucun salaire.
00:15:28Demain, elle espère en vivre. Elle espère surtout que son action sera bénéfique pour la planète.
00:15:33« Je me suis dit, tiens, au lieu de peut-être aller partir au Darfour dans une ONG,
00:15:37ta part, peut-être, modestement, c'est ce que toi tu sais faire,
00:15:40essaye de le faire avec ce souci de l'autre, ce souci de l'humain. »
00:15:44Parce que c'est ça l'écolibri, c'est qu'on veut des gens plus heureux sur une terre qui
00:15:47soit plus belle et en meilleure santé, si je puis dire.
00:15:51À sa petite échelle, Anne-Marie a enfin le sentiment d'agir en accord avec ses valeurs, et ça fait
00:15:56son bonheur.
00:15:58En 50 ans de combat, Pierre Rabhi a fait de nombreux émules.
00:16:02Il croit qu'une autre société, plus juste et plus équilibrée, est possible.
00:16:07Il croit surtout qu'elle est nécessaire.
00:16:11« De toute façon, on n'aura pas le choix.
00:16:13On va arriver dans un chaos épouvantable, dans la peur, dans la désorganisation,
00:16:18dans le chacun pour soi, dans le sauf qui peut,
00:16:22et ça risque de, ce qui n'est pas du tout exclu,
00:16:26que ça risque de tomber dans une espèce de chaos général.
00:16:32Donc il faut éviter ça. »
00:16:35Sa mise en garde est prise de plus en plus au sérieux.
00:16:38Après l'Europe et l'Afrique, son discours sera bientôt entendu en Asie.
00:16:43La Corée du Sud s'apprête à traduire les livres du petit paysan philosophe de l'Ardèche.
00:16:52Voilà, et après ce reportage de Joanne Bussière et Valérie Lucas,
00:16:56bienvenue dans la Tour 13.
00:16:58Nous sommes dans ce bâtiment complètement incroyable, hallucinant.
00:17:01Vous savez qu'il y a des gens qui font la queue depuis le matin, 6h le matin,
00:17:05pour visiter cet endroit qui va être détruit.
00:17:07C'est un endroit surréaliste.
00:17:09Il était habité, si je puis dire, par les plus grands taggers,
00:17:13les plus grands rois du street art du monde entier,
00:17:15qui sont venus ici, comme cet artiste qui s'appelle Dabro.
00:17:18On a sa tenue de travail, si je puis dire, après avoir peint cette pièce.
00:17:22Ils sont venus à la demande d'un galeriste qui s'appelle Mehdi Bussière,
00:17:25qui a eu l'idée de complètement habiller, décorer, repeindre, graver cette tour
00:17:31avant qu'elle ne soit détruite.
00:17:33C'est un spectacle et une œuvre éphémère.
00:17:35Elle va être détruite le 30 octobre.
00:17:37Et donc les gens sont amenés à la visiter, si je puis dire, gratuitement,
00:17:42avant qu'il n'en reste plus rien, si ce n'est un film,
00:17:44puisqu'il va y avoir un film, il y a un film qui se fait sur cette aventure depuis le
00:17:48début.
00:17:49Pierre Rabhi, bonjour.
00:17:51Bonjour.
00:17:52Merci de nous avoir rejoints dans cette fameuse Tour 13.
00:17:55On vient de voir ce reportage, vous avez 75 ans.
00:17:57Vous décrivez donc dans votre livre qui s'appelle
00:18:00« Sommeur d'espoir, la sobriété heureuse ».
00:18:03C'est votre grand combat, si je puis dire.
00:18:06On vous voit là, avec tous les gens qui se précipitent dans vos conférences, etc.
00:18:11Ça fait quoi d'être une sorte de prophète aujourd'hui ?
00:18:13Prophète dans son pays ?
00:18:15C'est-à-dire que moi, je n'ai rien fait pour devenir ce que je suis devenu.
00:18:19J'ai simplement choisi mon propre chemin, ma propre philosophie,
00:18:24concrète évidemment, parce que je ne suis pas dans les proclamations théoriques des choses.
00:18:29Et à partir de là, on ne sait pas ce que réserve en quelque sorte cet itinéraire.
00:18:33Il m'a réservé quoi ?
00:18:35C'est-à-dire qu'il y a une écoute aujourd'hui.
00:18:37Ça ne l'a pas toujours été.
00:18:38Ah oui, vous dites au début, ça ne s'intéressait pas trop à moi.
00:18:41Je passais même par un doudin, mais enfin un original, on va dire.
00:18:45Et là maintenant, je suis le messie, ou presque.
00:18:47Enfin, ce n'est pas vous qui le dites, c'est moi.
00:18:48Non, je pense que la conjoncture nous amène quand même, disons, au plan humain,
00:18:54c'est-à-dire qu'au plan général, planétaire, on peut dire, savoir est-ce que l'humanité est sur
00:18:59le chemin juste ?
00:19:00Est-ce que l'humanité est sur un chemin pérenne, ou est-ce qu'elle est en train de mettre
00:19:05en route un processus de sa propre élimination ?
00:19:08Et par moments, on a l'impression qu'effectivement, elle met en route globalement un processus d'élimination.
00:19:14C'est quoi la sobriété heureuse ?
00:19:17Pour moi, la sobriété heureuse, c'est-à-dire que c'est un peu...
00:19:20Vous savez, en 2002, je me suis présenté aux élections présidentielles,
00:19:24et le slogan, c'était appel à l'insurrection des consciences,
00:19:27quelle planète laisserons-nous à nos enfants, quels enfants laisserons-nous à la planète ?
00:19:31Et puis le grand blasphème, la décroissance, ça c'est le grand blasphème, aujourd'hui.
00:19:36On ne jure que par la croissance, c'est illusoire.
00:19:37Déjà en 2002, vous annonciez la décroissance ?
00:19:40Oui.
00:19:41Encore aujourd'hui ?
00:19:42Ben disons, j'ai modifié les choses en disant, en parlant plutôt de la sobriété heureuse,
00:19:49ou de la puissance de la modération, partant sur l'idée que la planète est limitée,
00:19:53et qu'il faut ajuster l'histoire de l'humanité à la réalité planétaire.
00:19:58Enfin, vous en prenez un tabou, qui est celui de la croissance.
00:20:01La croissance, on nous la vante, et on nous la vend tous les jours,
00:20:03à la télévision, dans les journaux, tous les hommes politiques.
00:20:06C'est la reine de toutes les... la mère de toutes les vertus, et de l'emploi.
00:20:11C'est pour la croissance qu'on détruit les forêts.
00:20:14C'est pour la croissance qu'on écume les mers.
00:20:16C'est pour la croissance qu'on alienne l'individu.
00:20:20Toute la croissance économique, c'est-à-dire cette boulimie insatiable
00:20:26aboutit finalement, au contraire de ce qu'elle a à produire,
00:20:29c'est-à-dire qu'elle produit de la justice,
00:20:31elle produit la dégradation généralisée de notre système.
00:20:34Mais c'est la croissance aussi qui gère le monde.
00:20:36Les pays émergents, l'Inde, la Chine, etc.,
00:20:38ils sont toujours des croissances incroyables.
00:20:40Ils ne vont pas nous attendre.
00:20:42On est cette grande illusion.
00:20:43C'est-à-dire que si chaque Chinois, chaque Pakistanais, chaque etc. vit à l'échelle où nous vivons,
00:20:50nous, c'est-à-dire qu'objectivement, la planète ne peut pas répondre.
00:20:54Ce que je veux dire, c'est mettons en route un ordre différent.
00:20:58Ce n'est pas de dire du jour au lendemain qu'on va raser gratuit
00:21:01et tout va passer d'un système à l'autre.
00:21:04C'est simplement mettre en perspective le fait qu'il est impossible
00:21:07d'entretenir le système dans lequel nous sommes
00:21:11et mettons en route intelligemment un processus
00:21:14qui va nous amener à, justement, cette sobriété heureuse.
00:21:17– Heureuse, donc c'est la clé du bonheur pour vous.
00:21:20Ça passe par là.
00:21:21– Le bonheur, vous savez, c'est beaucoup plus complexe qu'on imagine.
00:21:26C'est très, très complexe.
00:21:27Des gens ont tout, soi-disant, pour être heureux.
00:21:30Ils ne le sont pas.
00:21:31Et puis je vais en Afrique, dans les villages les plus reculés,
00:21:34les gens ne manquent aucune occasion pour chanter
00:21:37et pour être joyeux.
00:21:39Donc le bonheur n'est pas une question, si vous voulez,
00:21:41de quelque chose qu'on peut acheter ou qu'on peut déterminer.
00:21:44C'est quelque chose qui nous...
00:21:46En fait, c'est le bien suprême.
00:21:48C'est le bien suprême après lequel tout le monde court,
00:21:51mais en le repoussant.
00:21:53Alors du coup, on n'y arrive jamais.
00:21:54– Et vous dites que ce n'est pas forcément dans la surconsommation
00:21:56qu'on va le trouver.
00:21:57Alors on va continuer sur le rêve, sur l'utopie.
00:22:00Enfin, je ne dis pas que vous viviez un rêve,
00:22:02mais on est dans cette poursuite-là.
00:22:05Et certains disent aujourd'hui que l'utopie,
00:22:07c'est quelque chose dont il faut s'abreuver,
00:22:09qu'il faut avoir, on en a besoin pour progresser.
00:22:11Donc on va aller aux États-Unis, dans un endroit assez étonnant.
00:22:13Vous allez voir, ça s'appelle Burning Man.
00:22:15C'est un festival un peu déjanté, un peu surréaliste,
00:22:17dans le désert du Nevada.
00:22:18Et au départ, c'est une sorte de feu de la Saint-Jean
00:22:21pour quelques-uns.
00:22:21Et c'est devenu une espèce de fête incroyable
00:22:24qui dure une semaine dans le désert
00:22:25et qui regroupe 60 000 personnes.
00:22:29Reportage donc de Laurent Le Gall,
00:22:31de Marc Aubrienne et de Grégory Martoglio.
00:22:42Ils ont fui la ville par dizaines de milliers.
00:22:45Se sont rués dans ce gigantesque embouteillage
00:22:48en plein désert du Nevada.
00:22:51Ils ont tout accepté.
00:22:53Les privations, le froid la nuit,
00:22:56la chaleur le jour.
00:22:59Ils étaient prêts à tout.
00:23:01Prêts à payer 300 dollars leur ticket d'entrée.
00:23:04Tout le monde au sol, profitez de la playa.
00:23:07Prêts à se rouler par terre dans la poussière.
00:23:10Prêts à tout à condition qu'on les laisse participer
00:23:12pendant une semaine.
00:23:14À Burning Man.
00:23:18Burning Man, l'homme qui brûle.
00:23:21On dirait Woodstock.
00:23:22Nous sommes à Black Rock.
00:23:24Un incroyable rassemblement,
00:23:26l'un des plus fous de la planète.
00:23:28Une semaine d'extravagance,
00:23:30de liberté totale,
00:23:31avec ses rêves parties hallucinantes.
00:23:33Et bien plus encore,
00:23:35une quête presque naïve, absolue,
00:23:37pour ceux qui le vivent.
00:23:40Qu'il s'agisse de Paul,
00:23:42l'ingénieur anglais,
00:23:44de Cathy et Sylvain,
00:23:45les Français venus de Dijon.
00:23:47Ou encore de Yann Arthus Bertrand,
00:23:49le photographe,
00:23:50fasciné par ce concentré d'humanité.
00:23:53Enquête sur une utopie et ses adeptes,
00:23:56qui font le pari de réinventer le monde
00:23:59au milieu du désert.
00:24:05Sylvain et Cathy sont arrivés
00:24:06quelques jours plus tôt.
00:24:08Le temps d'installer leur campement
00:24:09sur la playa, comme on dit.
00:24:11Donc ici, il y a le coin des tentes.
00:24:15Ces bourguignons ont économisé
00:24:17pendant deux ans
00:24:18pour se payer ses dix jours d'inconfort
00:24:20dans le désert.
00:24:20Notre palace est donc ici.
00:24:24C'est pas grave d'avoir une vieille tente
00:24:25à Burning Man,
00:24:26parce que de toute façon,
00:24:27elle est dans un sale état
00:24:28au bout d'une semaine.
00:24:29Le frigo est juste derrière,
00:24:32dans le coffre de la voiture.
00:24:34De quoi tenir tout le séjour
00:24:35sans rien acheter.
00:24:37Au fond, les provisions d'eau,
00:24:39de boissons
00:24:40et les nourritures
00:24:41qui craint pas de la chaleur.
00:24:43Car à Burning Man,
00:24:45l'argent est banni.
00:24:47Tout passe par le don.
00:24:49Voilà.
00:24:50Elle sera ouverte
00:24:51plutôt vers la fin du festival.
00:24:54Des vacances sans eau courante
00:24:56ni électricité
00:24:57qui coûtent quand même
00:24:594000 euros au couple
00:25:00si l'on inclut le voyage,
00:25:02la location de voiture
00:25:03et le matériel.
00:25:06Et à ce tarif en plus,
00:25:08il faut travailler.
00:25:10Ici, chacun doit participer.
00:25:12C'est la règle.
00:25:13Vous jouez dans le civil
00:25:14des venusiers ?
00:25:15Ouais, bien sûr.
00:25:18Non, je travaille
00:25:19dans l'athlétisme, moi.
00:25:20Rien à voir.
00:25:21Et vous, Cathy ?
00:25:22Je suis employée de service
00:25:25en clinique,
00:25:26en cuisine,
00:25:27donc ça n'a rien à voir.
00:25:29Pour l'instant,
00:25:30ça tient plutôt
00:25:31de l'échafaudage.
00:25:33Cette construction
00:25:33a un nom,
00:25:35Stairway to Heaven,
00:25:36l'escalier du paradis.
00:25:38Car c'est bien
00:25:39d'une oeuvre d'art
00:25:39qu'il s'agit.
00:25:41C'est même le cadeau
00:25:42de ces Français
00:25:43aux participants
00:25:44du rassemblement.
00:25:45C'est surtout
00:25:47pour participer activement
00:25:49au festival,
00:25:49à la communauté,
00:25:51pour faire plaisir aux gens.
00:25:52Faire plaisir,
00:25:54donner sans rien
00:25:55attendre en retour,
00:25:56ça aussi,
00:25:57c'est la règle.
00:25:59Paul Walker
00:26:00en est à sa 9e édition,
00:26:02en fauteuil roulant.
00:26:04Il y a 23 ans,
00:26:06une balle perdue
00:26:06dans un règlement de compte
00:26:07lui a brisé
00:26:08la colonne vertébrale.
00:26:10Bienvenue.
00:26:10Je vous souhaite
00:26:11un bon vol.
00:26:12Merci.
00:26:15Ce matin,
00:26:16il a rendez-vous
00:26:16avec Dan,
00:26:17un pilote amateur.
00:26:20Alors comme ça,
00:26:21tu dors ici ?
00:26:22Oui, c'est calme.
00:26:23Il n'est pas trop poussiéreux.
00:26:25Dan,
00:26:26chef d'entreprise
00:26:27dans le Colorado,
00:26:28vient ici chaque année
00:26:29avec son avion privé.
00:26:31Il offre des vols
00:26:32au hasard de ses rencontres.
00:26:35C'est ça,
00:26:36la communauté du don.
00:26:37Ça marche comme ça.
00:26:39Quelqu'un que j'ai croisé
00:26:40complètement par hasard
00:26:41hier m'a proposé
00:26:42de venir voler.
00:26:44C'est vraiment
00:26:44une belle communauté.
00:26:48À 500 mètres d'altitude,
00:26:50Black Rock City,
00:26:51la ville de Burning Man,
00:26:54se dévoile enfin.
00:26:56Oh, bonté divine.
00:26:59C'est tellement beau.
00:27:01Cette ville est une œuvre
00:27:02d'art en elle-même.
00:27:03La façon dont elle est disposée
00:27:05est splendide.
00:27:07et on voit bien
00:27:08la courbe de la ville
00:27:09là-bas.
00:27:14Un camping de 68 000 personnes
00:27:17posées sur le sable
00:27:18comme un cadran solaire.
00:27:27C'est tellement beau.
00:27:29Quel beau cadeau.
00:27:30Et moi, je me suis fait
00:27:31un nouvel ami.
00:27:31Oh, c'est sûr, maintenant,
00:27:33c'est pour la vie,
00:27:34tous les deux.
00:27:36Black Rock City,
00:27:38un laboratoire unique
00:27:39au monde
00:27:39où les gens peuvent
00:27:40expérimenter pendant
00:27:41une semaine
00:27:42la force et la pureté
00:27:44du don désintéressé.
00:27:46C'était vraiment
00:27:47une expérience magnifique.
00:27:48Merci.
00:27:51Le partage
00:27:52est la fête
00:27:53partout,
00:27:54dans toutes les tenues,
00:27:55sur tous les véhicules.
00:27:56C'est le but
00:27:57du festival,
00:27:58aider les gens
00:27:59à tisser des liens
00:28:00en dehors
00:28:00de toute relation marchande.
00:28:04En coulisses,
00:28:06ça demande
00:28:06un minimum
00:28:06d'organisation.
00:28:08Un PC de sécurité,
00:28:10un hôpital de campagne
00:28:12avec 50 médecins
00:28:15et même
00:28:16un service des mines
00:28:18rebaptisé
00:28:19département
00:28:20des véhicules
00:28:20mutants.
00:28:22Il n'y a que cela
00:28:23à Burning Man.
00:28:24Des maisons
00:28:24qui roulent,
00:28:25des radios géantes
00:28:26et des araignées
00:28:27à moteur.
00:28:29Mais aux Etats-Unis,
00:28:30on ne plaisante pas
00:28:31avec la sécurité.
00:28:32Tous ces véhicules
00:28:33doivent être homologués.
00:28:36Tous ces délires
00:28:37se jouent sous l'œil
00:28:38d'une centaine
00:28:39de policiers
00:28:39qui patrouillent
00:28:40en permanence
00:28:41et qui s'ennuieraient
00:28:42presque à les entendre.
00:28:44En une semaine,
00:28:45le shérif nous a dit
00:28:46n'avoir eu à faire
00:28:47que 4 arrestations
00:28:48pour trafic de stupéfiants.
00:28:50Plutôt cool,
00:28:51le shérif.
00:28:52Pas étonnant,
00:28:53il s'appelle
00:28:54Daniel Love.
00:28:55Regardez,
00:28:57amour,
00:28:57danse,
00:28:58Playa,
00:28:59burn.
00:29:00C'est un tatouage
00:29:01temporaire
00:29:02qu'on m'a offert
00:29:02ce matin.
00:29:05Sur la Playa,
00:29:06une énorme tempête
00:29:07de poussière
00:29:08s'est levée.
00:29:09Pas de quoi décourager
00:29:11Sylvain et Cathy.
00:29:12C'est beau comme ça.
00:29:14Entre deux coups
00:29:14de marteau,
00:29:15quelques coups
00:29:16de pédale
00:29:16pour enfin aller découvrir
00:29:18cet homme
00:29:18qui donne son nom
00:29:19au festival.
00:29:20Regarde,
00:29:21c'est magnifique,
00:29:21on va voir
00:29:22la secouche d'humain
00:29:22se découvrir.
00:29:23Juste pour ça,
00:29:24ça va être cool,
00:29:25je veux dire.
00:29:26Au centre de la ville,
00:29:27le mannequin culmine
00:29:28à 30 mètres de haut,
00:29:30perché sur une soucoupe
00:29:31de 100 mètres de diamètre,
00:29:33une structure
00:29:33à 250 000 euros.
00:29:35C'est incroyable
00:29:36de faire quelque chose
00:29:37aussi conséquent
00:29:38pour un temps aussi court.
00:29:41Quatre étages
00:29:42pour évoquer
00:29:43des rencontres
00:29:44d'un autre type.
00:29:45Une oeuvre colossale
00:29:46qui va pourtant
00:29:47partir en fumée
00:29:47à la fin du festival.
00:29:51C'est impressionnant.
00:29:53La structure,
00:29:55puis le fait
00:29:55que ça soit brûlé
00:29:56d'ici quelques jours,
00:29:58le côté éphémère,
00:30:00le fait que des gens
00:30:01se soient,
00:30:02les travaillent
00:30:03autant de temps
00:30:04pour la finalité.
00:30:05C'est pas destiné
00:30:06à aller dans un musée
00:30:07ou un truc comme ça.
00:30:09Ça restera
00:30:10dans les souvenirs
00:30:10des gens
00:30:11et ça n'existera plus.
00:30:14De l'art éphémère
00:30:15et monumental
00:30:16à perte de vue.
00:30:22Un peu partout
00:30:23sur la playa,
00:30:24Burning Man
00:30:25a fait des petits.
00:30:28Les oeuvres
00:30:28se sont multipliées.
00:30:31Elles finiront
00:30:32toutes
00:30:32de la même façon
00:30:35dans les flammes.
00:30:37Y compris
00:30:38le stairway
00:30:39to heaven
00:30:39des français.
00:30:41Terminé dans la nuit,
00:30:42il attire
00:30:43déjà les curieux.
00:30:44C'est super là-haut.
00:30:45C'est super point de vue
00:30:46pour les photos.
00:30:47C'est génial.
00:30:49L'esprit
00:30:50de l'escalator.
00:30:51Ça veut dire...
00:30:53L'esprit
00:30:53de l'escalier,
00:30:54non ?
00:30:54L'esprit
00:30:55qui monte en haut.
00:30:57En haut de leur oeuvre,
00:30:58Cathy et Sylvain
00:30:59sont encore
00:31:00toutes étonnées
00:31:00d'être devenues
00:31:01en quelque sorte
00:31:02des artistes
00:31:03malgré eux.
00:31:05De voir les premiers gens
00:31:06regarder,
00:31:08commencer à l'intérieur,
00:31:09remonter,
00:31:09tout ça.
00:31:10Et ouais,
00:31:10c'est super.
00:31:12Je ne pensais pas
00:31:13rendre heureux
00:31:13les gens comme ça.
00:31:14Juste en faisant
00:31:16ce genre de choses.
00:31:17C'est dingue.
00:31:18Vous êtes des artistes
00:31:19le temps.
00:31:20Ouais,
00:31:20si on veut.
00:31:21On a construit, quoi.
00:31:23Une utopie
00:31:24qui se construit
00:31:25depuis 27 ans.
00:31:28Tout a commencé
00:31:29en 1986
00:31:30sur une plage
00:31:31de San Francisco
00:31:32en Californie.
00:31:34Une vingtaine
00:31:35d'artistes
00:31:35décident de réinventer
00:31:36les feux de la Saint-Jean
00:31:37en brûlant
00:31:38un mannequin
00:31:38de 2,50 mètres.
00:31:43Quatre ans plus tard,
00:31:44ils sont un millier
00:31:45autour d'un certain
00:31:46Larry Harvey
00:31:47qui, peu à peu,
00:31:49s'est imposé
00:31:49en leader
00:31:50de ces rassemblements.
00:31:52Mais la ville
00:31:53interdit l'incendie
00:31:54Harvey décide
00:31:55d'aller brûler
00:31:56son mannequin
00:31:56en plein désert
00:31:57à 30 kilomètres
00:31:58de toute habitation.
00:32:02Depuis,
00:32:03l'événement
00:32:03n'a cessé
00:32:04de prendre
00:32:04de l'ampleur
00:32:05et l'homme
00:32:06de la hauteur.
00:32:1127 ans ont passé.
00:32:12Nous avons rendez-vous
00:32:14avec Larry Harvey.
00:32:15Son attaché de presse
00:32:17est un peu tendu.
00:32:18Il est en retard.
00:32:20à 65 ans,
00:32:21le fondateur
00:32:22de Burning Man
00:32:23est devenu
00:32:23PDG
00:32:24de BRC Company
00:32:25qui gère le festival
00:32:26et encaisse
00:32:2722 millions de dollars
00:32:28de chiffre d'affaires.
00:32:30On pensait trouver
00:32:31un gourou.
00:32:32On a rencontré
00:32:33un patron
00:32:34avisé.
00:32:37Je ne suis pas un hippie.
00:32:39Je ne pense pas
00:32:40que l'amour
00:32:40va sauver le monde.
00:32:41Pas du tout.
00:32:42Quand j'étais enfant,
00:32:44j'aimais les choses
00:32:44concrètes.
00:32:46J'organisais des pièces
00:32:46de théâtre,
00:32:47des événements
00:32:48à l'école.
00:32:49Je les rendais possibles
00:32:50en convainquant
00:32:51les adultes,
00:32:51en leur demandant
00:32:52de nous laisser faire.
00:32:54Je consommais
00:32:54les décors
00:32:55et je dirigeais
00:32:56les gens.
00:32:58Et c'est exactement
00:32:59ce que je continue
00:33:00à faire.
00:33:02Gitz a écrit
00:33:03qu'il n'y a pas
00:33:04de bonheur
00:33:04dans la vie
00:33:05en dehors
00:33:06de la réalisation
00:33:07des rêves
00:33:07de l'enfance.
00:33:09En ce sens,
00:33:10je n'ai vraiment
00:33:10aucune excuse
00:33:11de ne pas être heureux.
00:33:14Et plus les années
00:33:15passent,
00:33:15plus ce rassemblement
00:33:17attire des gens
00:33:17du monde entier.
00:33:18Comme le photographe
00:33:19Jan Arthus Bertrand
00:33:20qui veut comprendre
00:33:22ce qui pousse
00:33:22autant de gens
00:33:23à se retrouver
00:33:23chaque année
00:33:24pour brûler
00:33:25cet homme en bois.
00:33:28Jan Arthus Bertrand
00:33:29est venu réaliser
00:33:30ici l'une des séquences
00:33:31de son prochain film
00:33:32Human.
00:33:34Je vous aurais bien
00:33:34embrassé.
00:33:35Mais vous pouvez.
00:33:39C'est bon,
00:33:40ça va d'embrasser
00:33:41un lion le matin.
00:33:42Et ce qui attire
00:33:43le photographe,
00:33:44ce qui le fascine
00:33:45le plus,
00:33:45c'est ce temple.
00:33:47J'adore cet endroit.
00:33:50Il est en train
00:33:51de faire un film
00:33:51en ce moment
00:33:51sur l'humanité.
00:33:53Et je pense
00:33:53que là-dedans,
00:33:54il y a beaucoup,
00:33:56beaucoup d'humanité.
00:33:59Le temple,
00:34:00le cœur de Burning Man,
00:34:02peut être
00:34:02sa véritable raison d'être.
00:34:05Une pyramide de bois
00:34:07comme un mausolée païen
00:34:08où chacun peut venir
00:34:10se recueillir
00:34:11et laisser des messages
00:34:12à ceux qu'il aime.
00:34:14Écrire
00:34:15à ceux qui ont disparu.
00:34:30C'est spontané ici.
00:34:32C'est naturel.
00:34:32Il n'y a pas de règles.
00:34:34Dis ce que tu veux,
00:34:34tu fais ce que tu veux,
00:34:35tu t'habilles comme tu veux.
00:34:38On n'est pas dans une religion
00:34:39avec des règles.
00:34:41Parce que justement,
00:34:42ici, il n'y a plus de règles.
00:34:55C'est drôle d'ailleurs
00:34:56qu'il n'existe pas
00:34:58ailleurs dans le monde
00:34:59des endroits comme ça
00:35:01pour que tu déposes
00:35:02des peines.
00:35:03C'est assez généreux
00:35:06comme idée
00:35:07de l'architecte
00:35:08qui a inventé ça.
00:35:10À la fin de la semaine,
00:35:12le temple brûlera lui aussi.
00:35:15Les souvenirs,
00:35:15les photos,
00:35:16les lettres,
00:35:18tout disparaîtra
00:35:19jusqu'aux petits mots
00:35:20laissés par le photographe.
00:35:21Moi, j'ai laissé
00:35:22un petit mot à ma mère.
00:35:25C'est-à-dire que c'est actuel.
00:35:27Ce n'est pas une chose
00:35:29de religion qui vient longtemps.
00:35:31C'est spontané.
00:35:31C'est nouveau.
00:35:32C'est neuf.
00:35:33C'est quelque chose
00:35:33qui émerge,
00:35:34qui arrive.
00:35:35On a besoin.
00:35:35On sent qu'on en a besoin.
00:35:36Regarde tous ces jeux.
00:35:42Un homme qui pleure une mère
00:35:44disparut un an plus tôt.
00:35:48Un homme qui pleure.
00:35:50Je n'ai pas honte
00:35:51de pleurer.
00:35:52C'est bon de pleurer.
00:35:57Devant cette statue
00:35:58qu'il a en partie réalisée,
00:36:00nous retrouvons Paul,
00:36:01celui qui faisait
00:36:02des tours en avion,
00:36:03en pleine conversation
00:36:04avec une nouvelle amie.
00:36:07J'ai travaillé
00:36:08sur cette statue.
00:36:09Elle est entièrement
00:36:09constituée de polygones
00:36:10de métal reliés entre eux.
00:36:12Tu es allé la voir de près ?
00:36:14Pendant sept mois,
00:36:16cet ingénieur informaticien
00:36:17de 45 ans
00:36:18a consacré un jour
00:36:19par semaine
00:36:19à sa conception
00:36:21avec 50 autres bénévoles.
00:36:25Je ne pouvais pas
00:36:25y donner plus de temps.
00:36:26J'ai le boulot.
00:36:28Mais il y avait
00:36:29toute une équipe
00:36:30qui travaillait dessus.
00:36:32Pourquoi vous êtes investi
00:36:33comme ça ?
00:36:35La raison, c'est ça.
00:36:36Vous l'avez devant les yeux.
00:36:38Si je pouvais,
00:36:39j'y consacrerais
00:36:40tout mon temps
00:36:41pour tout donner
00:36:41à cette communauté.
00:36:45Paul en est convaincu.
00:36:47Burning Man a changé sa vie.
00:36:49Sans ce festival,
00:36:50il ne serait qu'un ingénieur
00:36:52en chaise roulante.
00:36:55Je ne pourrais pas vous dire
00:36:56ce que serait ma vie
00:36:57sans Burning Man.
00:36:58Mais il y aurait
00:36:59un grand vide,
00:37:00c'est sûr.
00:37:01Ou plutôt non.
00:37:02il y aurait une grande
00:37:03quantité de choses en moi
00:37:04que je n'aurais pas pu exprimer.
00:37:06Je suis ingénieur.
00:37:07Et en général,
00:37:09les ingénieurs
00:37:09ne sont pas des artistes.
00:37:11Mais grâce à cette expérience,
00:37:12j'ai pu le devenir
00:37:13et ça m'a fait grandir.
00:37:16Pour Paul,
00:37:17comme pour des dizaines
00:37:17de milliers de Burners,
00:37:19cette semaine dans le désert,
00:37:20c'est le moyen
00:37:20de changer de vie.
00:37:23C'est le cas pour Nick.
00:37:25Mais ici,
00:37:25tout le monde l'appelle
00:37:26Albert.
00:37:27C'est le facteur.
00:37:30C'est la semaine de l'année
00:37:31où on se reconnecte
00:37:32avec soi-même,
00:37:33comme nulle part ailleurs
00:37:34dans le monde réel.
00:37:35Moi, j'attends ce moment
00:37:36toute l'année.
00:37:38Juste venir à Burning Man
00:37:39et distribuer le courrier.
00:37:41C'est simple.
00:37:42Et chaque lettre,
00:37:43chaque carte postale
00:37:44est une aventure incroyable.
00:37:46J'adore.
00:37:48Bureau de poste
00:37:49de Black Rock City.
00:37:51Un courrier,
00:37:52un vrai,
00:37:53car le temps du rassemblement,
00:37:55Black Rock City
00:37:56est une ville
00:37:56comme les autres,
00:37:57avec sa poste.
00:38:00Ici arrive plus
00:38:01d'un millier
00:38:02de lettres par jour.
00:38:04De quoi faire rigoler
00:38:05tout le monde
00:38:06et surtout Aldert,
00:38:07qui adore révéler
00:38:08ce qu'il fait
00:38:09dans la vraie vie.
00:38:13Difficile à croire,
00:38:14mais je suis expert comptable.
00:38:17Mais que restera-t-il
00:38:18de l'aventure
00:38:18une fois la fête terminée ?
00:38:21Le pari du fondateur,
00:38:22c'est de faire en sorte
00:38:23que les gens changent.
00:38:25Il appelle ça
00:38:26l'effet Burning.
00:38:28Ce qui se passe après,
00:38:30c'est vraiment ça
00:38:31le plus intéressant.
00:38:32Et on s'en est rendu compte
00:38:33avec le temps.
00:38:34Les gens rentrent chez eux
00:38:36et ils changent
00:38:36leur manière de vivre.
00:38:38Ils changent
00:38:38leur relation à l'autre.
00:38:40Ils vont parler
00:38:40avec leurs voisins,
00:38:41comme ils n'auraient
00:38:42jamais pu le faire
00:38:42auparavant.
00:38:44Et nous,
00:38:45on pense que
00:38:46quand on atteint
00:38:47une certaine échelle
00:38:48au niveau global,
00:38:49quand ces comportements
00:38:51imprègnent
00:38:51tous les recoins
00:38:52de la société,
00:38:54alors c'est à ce moment-là
00:38:56que vous commencez
00:38:57à changer le monde.
00:39:03Mais avant de changer
00:39:04le monde,
00:39:05il va falloir le brûler.
00:39:08Demain,
00:39:09Black Rock City
00:39:10aura disparu.
00:39:11C'est l'ultime règle
00:39:12de Burning Man.
00:39:14La nuit est tombée,
00:39:16l'escalier des Français
00:39:17n'a plus que quelques minutes
00:39:18à vivre.
00:39:20Regarde,
00:39:21il y a du monde
00:39:21qui arrive de partout
00:39:23pour regarder
00:39:23que ça va brûler.
00:39:24Les gens,
00:39:24ils viennent parce que
00:39:27ça fait partie du spectacle.
00:39:29Ils sont contents
00:39:29de voir ça.
00:39:30Et donc,
00:39:30si les gens sont contents,
00:39:31on est contents.
00:39:42L'escalier du paradis
00:39:44se transforme en enfer.
00:39:46Je ne savais pas vraiment
00:39:47quelle émotion
00:39:48j'allais avoir
00:39:48lors du feu
00:39:49et puis non,
00:39:50je suis heureuse.
00:39:5568 000 personnes
00:39:57autour du feu.
00:39:59Burning Man,
00:40:00c'est un homme
00:40:01qui brûle
00:40:02et une communauté
00:40:03qui, elle,
00:40:04n'est pas près
00:40:05de s'éteindre.
00:40:12Voilà pour ce reportage
00:40:14de Laurent Legale
00:40:14de Marc Aubriand
00:40:15pour Free Run
00:40:16à San Francisco.
00:40:17Et on est ici avec vous,
00:40:19Yann Arthus Bertrand,
00:40:20toujours dans cette
00:40:21Tour Paris 13,
00:40:23œuvre éphémère.
00:40:24Fantastique.
00:40:25C'est une œuvre de quatre.
00:40:27C'est un français.
00:40:27Merci de m'avoir invité ici
00:40:28parce que j'adore
00:40:29cet endroit.
00:40:30Qui va être détruit.
00:40:31Comme on brûle tout
00:40:32à Burning Man.
00:40:32Exactement.
00:40:33On est dans la même notion
00:40:34d'éphémère.
00:40:35C'est bizarre ça quand même,
00:40:37non ?
00:40:37Oui, mais c'est ça qui est beau
00:40:39peut-être.
00:40:40Bon, alors vous,
00:40:42vous nous avez fait voir
00:40:43la France vue du ciel,
00:40:44vous avez réalisé Home,
00:40:46ce film qui était vu
00:40:47par des centaines,
00:40:48des millions de personnes,
00:40:49y compris sur France 2,
00:40:50et vous préparez Human.
00:40:52Et c'est à ce titre-là
00:40:54que vous étiez à Burning Man
00:40:55et que vous vous promenez
00:40:55comme ça dans le monde entier.
00:40:57Pourquoi ?
00:40:58Pour rencontrer les gens.
00:40:59Human, c'est un mélange
00:40:59de beauté du monde
00:41:01et surtout de la beauté
00:41:02des gens,
00:41:03de la beauté de la parole.
00:41:04Parce que cet endroit
00:41:05de Burning Man,
00:41:05on a du mal à le saisir
00:41:06en vue de Paris.
00:41:07On se dit,
00:41:07c'est quoi ce truc ?
00:41:08Une espèce de grande foire hippie,
00:41:10américaine,
00:41:11on arrive avec son camping-car
00:41:13et de quoi vivre une semaine
00:41:15comme ça et de faire la fête.
00:41:16C'est plus que ça.
00:41:17Il y a une dimension spirituelle
00:41:19qui finit par vous gagner.
00:41:20– Oui, mais il y a un côté Woodstock,
00:41:22une liberté.
00:41:26Les gens vont danser,
00:41:27c'est très jeune,
00:41:28quand même l'âge
00:41:29entre 20 et 30 ans,
00:41:30les gens vont se déchaîner
00:41:32pendant une semaine.
00:41:33J'ai l'impression
00:41:33que les gens redeviennent sauvages.
00:41:35Tout est autorisé.
00:41:37Il y a beaucoup de drogue.
00:41:40Il ne faut pas prendre
00:41:41un petit gâteau de chocolat
00:41:42qui passe,
00:41:42parce que j'ai un copain
00:41:43qu'on a pris,
00:41:44il s'est retrouvé une journée
00:41:45à l'hôpital.
00:41:46Il y a beaucoup de danse,
00:41:48il y a forcément du sexe.
00:41:50Mais moi,
00:41:50ce qui m'intéressait,
00:41:51c'est ce côté spirituel,
00:41:53le côté de savoir donner,
00:41:54de partager.
00:41:55C'est le monde idéal,
00:41:56c'est le monde
00:41:57dans lequel on rêve tous.
00:41:58C'est un monde qui n'existe pas.
00:42:01– Mais l'utopie
00:42:01est certainement
00:42:02une vérité prématurée,
00:42:03cher ami.
00:42:04Je pense qu'heureusement
00:42:05qu'il y a des gens
00:42:05qui ont des utopies.
00:42:06Heureusement.
00:42:07Les grands projets
00:42:08se font grâce à l'utopie.
00:42:09– On vous voit dans le film…
00:42:10– Ému, oui.
00:42:11– Ému, vous-même,
00:42:13dans ce temple-là.
00:42:14– J'ai laissé un petit message
00:42:15à ma maman.
00:42:16Je me souviens d'un moment
00:42:17où j'ai…
00:42:18Enfin bon,
00:42:19moi j'ai une histoire
00:42:20avec mes parents compliqués.
00:42:21Je suis parti de chez moi,
00:42:21j'avais 17 ans.
00:42:23Et puis pendant un an,
00:42:24je n'ai pas appelé chez moi
00:42:25à 17 ans.
00:42:26Et un jour,
00:42:26mon père m'a dit,
00:42:27quand j'avais 60 ans,
00:42:28il m'a dit,
00:42:28tu sais,
00:42:29ta mère,
00:42:29elle a pleuré
00:42:30toutes les nuits
00:42:31pendant un an
00:42:32parce que tu ne l'appelais pas.
00:42:33Et j'étais mort de honte
00:42:34de ça.
00:42:34Et un jour,
00:42:35j'étais la voir,
00:42:36elle était malade,
00:42:38j'étais,
00:42:38tu vois,
00:42:38maman,
00:42:38je voudrais m'excuser.
00:42:40Je pleurais.
00:42:40Elle m'a dit,
00:42:41mais longtemps que je t'ai pardonné,
00:42:42on pardonne tout à ses enfants.
00:42:43Et c'était un mot magique
00:42:44qui m'a vraiment soulagé.
00:42:45Et dans ce temps,
00:42:46je lui ai laissé
00:42:46un petit mot d'adieu.
00:42:47Voilà,
00:42:48elle est partie il n'y a pas longtemps.
00:42:49Mais surtout,
00:42:49ce qui m'a ému,
00:42:50c'est quand il y a des gens
00:42:51qui pleurent.
00:42:52Il y avait,
00:42:52à côté de moi,
00:42:53un jeune adolescent
00:42:55qui posait une photo
00:42:56de son grand-père
00:42:57et qui pleurait.
00:42:57Et puis il y a quelqu'un
00:42:58qui arrive,
00:42:58qui l'a embrassé.
00:42:59Et puis après,
00:42:59je lui parlais,
00:43:00j'ai dit,
00:43:00c'est votre fils ?
00:43:00Il dit,
00:43:01non, non,
00:43:01je ne le connaissais pas.
00:43:02C'est-à-dire qu'on partage
00:43:04les peines,
00:43:04il y a quelqu'un qui pleure,
00:43:05on va le consoler.
00:43:06C'est ça qui est magique.
00:43:07C'est le partage.
00:43:08C'est le partage.
00:43:09Et pour vous,
00:43:10la recette du bonheur,
00:43:11le secret du bonheur,
00:43:12c'est peut-être là,
00:43:13non, dans le partage.
00:43:14Plus on donne,
00:43:15plus on reçoit.
00:43:16Et là,
00:43:17les gens se lâchent
00:43:27de devoir faire sa part.
00:43:29Colibri,
00:43:29qui doit faire sa part
00:43:30pour la planète,
00:43:31vous pensez que le partage,
00:43:32c'est aussi ça ?
00:43:33C'est faire sa part ?
00:43:34Moi, je pense
00:43:35qu'agir rend heureux.
00:43:36Et qu'aujourd'hui,
00:43:37on n'est pas assez
00:43:38dans l'action.
00:43:39Avec ce qui se passe
00:43:40dans le monde aujourd'hui,
00:43:41on voit ce qui se passe.
00:43:41On a besoin de gens
00:43:42qui vont partager,
00:43:44qui vont s'investir.
00:43:46Je rêve d'ailleurs
00:43:46de faire de France 2
00:43:47depuis quelques années
00:43:48une émission sur le partage.
00:43:51Surtout ces gens
00:43:51qui s'engagent,
00:43:52sur l'engagement.
00:43:54Alors, l'argent,
00:43:55le rôle de l'argent,
00:43:56parce qu'on dit toujours
00:43:56dans le bonheur,
00:43:57on dit que l'argent,
00:43:58on ne fait pas le bonheur,
00:43:58mais qu'il y contribue.
00:44:00Alors, il y a eu des études
00:44:00qui ont été faites,
00:44:01je vais donner quelques chiffres
00:44:02quand même là-dessus,
00:44:03qui sont, bon,
00:44:04qui tendent à le prouver aussi,
00:44:05puisque 23,4% des personnes
00:44:08les plus riches
00:44:09se disent très satisfaites
00:44:10de leur sort
00:44:10contre 6,7% des plus pauvres.
00:44:13Et à l'inverse,
00:44:141,8% des plus riches
00:44:15se disent malheureux
00:44:16alors que 22,5%
00:44:18des plus pauvres,
00:44:19elles, sont malheureuses.
00:44:21Le bonheur par pays,
00:44:22alors ça, c'est curieux.
00:44:23Il y a un classement aussi
00:44:24de l'ONU qui a été fait
00:44:26sur le bonheur
00:44:28ressenti dans les pays.
00:44:29La France,
00:44:29on n'est pas très bon,
00:44:30on est 25e,
00:44:31loin derrière des pays
00:44:31comme le Danemark
00:44:32qui est premier.
00:44:33Est-ce qu'il y a une sorte de...
00:44:34Comment dire ?
00:44:35On est devant l'Allemagne.
00:44:36Une petite consolation.
00:44:38Je ne dis pas
00:44:38que les jeunes Français
00:44:39sont les plus pessimistes du monde.
00:44:40Tout est bien ça.
00:44:41Pourquoi ?
00:44:42J'en sais rien.
00:44:42Vous savez,
00:44:43il n'y a pas très longtemps...
00:44:44Moi, dans mon film,
00:44:46c'est un mélange de...
00:44:47Vous savez,
00:44:477 milliards d'autres
00:44:48vont autour du monde
00:44:48et vont poser à tout le monde
00:44:49les mêmes questions,
00:44:49dont une question
00:44:50qu'est-ce que c'est
00:44:50que le bonheur ?
00:44:51Et puis,
00:44:52on va...
00:44:52La seule personne connue
00:44:53que je vais interroger,
00:44:54c'est Bill Gates.
00:44:55Il est devenu
00:44:56l'homme le plus riche du monde
00:44:57et je lui ai demandé
00:44:58pourquoi il s'est...
00:44:58Il me dit,
00:45:00mais réussir d'être riche,
00:45:02ça sert à quoi ?
00:45:03D'être le plus riche du monde
00:45:04si on ne sert pas
00:45:05à quelque chose.
00:45:06Et moi, il dit,
00:45:06mais réussir ma...
00:45:07Tu pourrasionnel,
00:45:08je l'ai réussi,
00:45:08mais réussir ma vie d'homme,
00:45:09c'est autre chose.
00:45:10C'est ça qu'il a compris.
00:45:11Je trouve ça magnifique,
00:45:12une réponse.
00:45:13Voilà, être l'homme
00:45:14le plus riche du monde
00:45:14et après, on en fait quoi ?
00:45:15Et aujourd'hui,
00:45:1695% de sa fortune
00:45:17est censée en partie
00:45:18pour combattre
00:45:19la malaria en Afrique.
00:45:20Moi, je crois en l'humanité,
00:45:21je crois en l'homme.
00:45:22Plus ça va,
00:45:23plus dans ce monde compliqué,
00:45:24difficile qu'il y a devant nous,
00:45:26c'est par cette spiritualité,
00:45:28ce partage,
00:45:29peut-être qu'on arrivera
00:45:30à vivre ensemble
00:45:31et devenue aujourd'hui
00:45:31mon obsession
00:45:32et c'est ce qu'on essaye
00:45:33de montrer dans Human.
00:45:34Alors, je pense que
00:45:35vous êtes marcheur aussi.
00:45:37On est obligé.
00:45:38On est obligé
00:45:39parce qu'il y a beaucoup de gens
00:45:41pour qui la quête
00:45:42de ce bonheur
00:45:43passe aussi éventuellement
00:45:43par la marche.
00:45:45On les retrouve bien sûr
00:45:46sur les chemins de randonnée
00:45:48mais notamment
00:45:48sur le chemin de Compostelle.
00:45:50C'est un pèlerinage
00:45:51qui était à l'origine chrétien
00:45:53qui est devenu maintenant
00:45:54un pèlerinage de tout le monde.
00:45:55Tout le monde se lance
00:45:56sur ce chemin
00:45:56pour chercher des réponses.
00:45:59Alors, on va en parler
00:45:59avec Jean-Christophe Ruffin
00:46:00dans un instant
00:46:01mais d'abord,
00:46:01le reportage
00:46:02des signés Irène Bénéfice,
00:46:03Mathieu de Rejoux,
00:46:04Xavier, puis Pérou.
00:46:115h du matin,
00:46:12Paris, ligne 1.
00:46:14Luc a rendez-vous
00:46:15gare de Lyon
00:46:16avec son ami Ludovic.
00:46:18Mais pour l'instant,
00:46:19il a plutôt sommeil.
00:46:23Ce rendez-vous,
00:46:24c'est la concrétisation
00:46:25d'un Paris un peu fou.
00:46:33Un projet qui va les occuper
00:46:35pendant 5 ans,
00:46:36aller à pied
00:46:37à Saint-Jacques-de-Compostelle.
00:46:41Pascal, lui,
00:46:41est déjà en route
00:46:42depuis un mois et demi.
00:46:43Il n'est pas croyant,
00:46:44mais il est parti
00:46:45sur un coup de tête
00:46:46avec Martin,
00:46:47son âne.
00:46:52Il s'est donné 3 mois
00:46:53pour atteindre son but.
00:46:56Saint-Jacques-de-Compostelle,
00:46:58la célèbre ville espagnole
00:46:59à la pointe ouest
00:47:00de la Galice.
00:47:02Un pèlerinage
00:47:03de plus en plus tendance.
00:47:04Rendez-vous des marcheurs
00:47:05depuis maintenant 1000 ans.
00:47:06Ils étaient près
00:47:07de 200 000 l'an dernier
00:47:08à se recueillir
00:47:09sur le tombeau
00:47:10de l'apôtre Saint-Jacques.
00:47:12Parmi eux,
00:47:13de plus en plus
00:47:13de personnalités.
00:47:15Jean-Pierre Raffarin,
00:47:16Patrick Poivre d'Arvor,
00:47:17le généticien Axel Kahn,
00:47:19l'écrivain Jean-Christophe Ruffin
00:47:20et même
00:47:21l'actrice américaine
00:47:22Shirley MacLaine.
00:47:24Non seulement ils le font,
00:47:25mais en plus
00:47:25ils le racontent.
00:47:28Stars ou anonymes,
00:47:30que viennent-ils chercher
00:47:31sur ce chemin ?
00:47:32Marcher vers Saint-Jacques
00:47:34serait-il devenu
00:47:35la nouvelle voie
00:47:35vers le bonheur ?
00:47:39Chaque matin,
00:47:40à 7h,
00:47:41dans la cathédrale
00:47:42du Puy-en-Velay.
00:47:43C'est le même rituel.
00:47:45Si vous voulez,
00:47:46nous nous rassemblons
00:47:47tous autour de Saint-Jacques.
00:47:50Avant de se lancer
00:47:51sur la route,
00:47:52la bénédiction
00:47:53pour ceux qui le souhaitent
00:47:54par Mgr Brincard.
00:47:57Souvenez-vous.
00:47:58Je viens du Sud-Est
00:47:59et nous habitons
00:48:00dans le Légers maintenant.
00:48:01Bienvenue.
00:48:03Parmi les pèlerins,
00:48:04Luc et Ludovic.
00:48:06Le Paris aussi.
00:48:07Le Paris aussi.
00:48:08Bienvenue.
00:48:08Perpignan.
00:48:09D'autres sont venus
00:48:10de beaucoup plus loin.
00:48:12Équateur.
00:48:13Équateur.
00:48:15Je vous souhaite
00:48:17de revenir
00:48:18avec un cœur
00:48:19plein d'espérance
00:48:21de telle manière
00:48:22qu'on vous demande
00:48:23mais où as-tu trouvé
00:48:24cette espérance ?
00:48:25sur le chemin
00:48:26de Compostelle.
00:48:32Luc et Ludovic
00:48:33se sont connus
00:48:34en classe prépa
00:48:34d'école de commerce
00:48:35à Versailles.
00:48:36Catholiques pratiquants,
00:48:37ils se sont vite retrouvés
00:48:39sur le projet
00:48:39de partir à Saint-Jacques.
00:48:41Saint-Jacques de Compostelle,
00:48:411522, c'est par là.
00:48:43On n'est pas arrivés.
00:48:47Compostelle,
00:48:47ils n'en verront pas
00:48:48la coquille.
00:48:49Du moins,
00:48:49pas cette fois-ci.
00:48:50Leurs employeurs,
00:48:51des cabinets de conseil,
00:48:53ne leur ont accordé
00:48:54qu'une semaine de congé.
00:48:55De quoi faire
00:48:56les 100 premiers kilomètres
00:48:57du fameux GR65.
00:49:00Qu'est-ce que ça fait ?
00:49:01Est-ce que ça fait ?
00:49:02Qu'est-ce que vous êtes venus
00:49:03chercher sur ce chemin ?
00:49:04Un peu de réflexion
00:49:06sur nos vies
00:49:06pleines de stress
00:49:09et de tumulte.
00:49:11Ce sont des vies
00:49:12très exigeantes.
00:49:13On nous demande
00:49:15d'être très bons
00:49:16tout le temps,
00:49:17de beaucoup réfléchir.
00:49:18Là, on n'est pas là
00:49:21justement à être
00:49:22dans la réflexion
00:49:25économique
00:49:26ou industrielle.
00:49:28L'un et l'autre
00:49:29travaillent depuis un an.
00:49:31Des cadres
00:49:32au salaire confortable,
00:49:344000 euros par mois.
00:49:35Et pourtant,
00:49:36à seulement 25 ans,
00:49:38ils se posent déjà
00:49:39des questions.
00:49:42On a la chance
00:49:43un peu scandaleuse
00:49:44de ne pas avoir
00:49:44à trop regarder
00:49:45nos comptes
00:49:45en fin de semaine
00:49:46ou en fin de mois.
00:49:47on peut faire
00:49:48globalement
00:49:48un peu ce qu'on veut.
00:49:50Et de temps en temps,
00:49:51on peut se retrouver
00:49:52trop facilement
00:49:55à pouvoir
00:49:56en faire un peu trop
00:49:57et à rentrer
00:49:58dans le surconfort.
00:49:59Surconfort,
00:50:00c'est des choses
00:50:01qui finalement
00:50:02n'apportent pas grand-chose.
00:50:04Donc je suis très content
00:50:05de me poser
00:50:06cette semaine
00:50:06et de retrouver
00:50:07les choses simples.
00:50:08Il n'y a rien de plus simple
00:50:09qu'une paire
00:50:10de chaussures de marche
00:50:11et que 30 km
00:50:12devant soi.
00:50:14marcher
00:50:15et rien d'autre.
00:50:16Pour beaucoup de pèlerins,
00:50:18c'est la leçon
00:50:18de Compostelle.
00:50:20Pour Luc et Ludovic,
00:50:21c'est un peu plus que ça.
00:50:23On va faire
00:50:23notre pierre à l'édifice.
00:50:25On l'a fait ?
00:50:27J'en ai une pour toi ?
00:50:29Bah écoute.
00:50:30Ah voilà,
00:50:30tu es là.
00:50:32Ça symbolise quoi ça ?
00:50:34Ah bah c'est
00:50:34qu'on l'a fait,
00:50:35c'est notre passage.
00:50:37Ça symbolise
00:50:37tous les autres gens
00:50:38qui sont passés avant nous.
00:50:41Et voilà.
00:50:43Un parmi les autres,
00:50:44comme les pèlerins.
00:50:46Ça prend l'humilité,
00:50:47la route.
00:50:49On part en se disant
00:50:49qu'on va faire
00:50:50quelque chose d'exceptionnel
00:50:50et en fait...
00:50:52Ah bah non,
00:50:52ils ont tous fait avant.
00:50:541, 2, 3, 4, 5,
00:50:55200.
00:50:57Mais sur la route,
00:50:58on ne croise pas
00:50:59que des pèlerins
00:51:00dans le droit chemin.
00:51:03Il y a aussi
00:51:05quelques oeilles égarées,
00:51:07comme Pascal.
00:51:09Depuis un mois et demi,
00:51:10ce célibataire
00:51:11de 54 ans
00:51:12traîne ses pensées
00:51:13et son âne Martin.
00:51:16Une séparation douloureuse,
00:51:17un père malade,
00:51:19Pascal a eu besoin
00:51:19de mettre les voiles.
00:51:21Ce pèlerin cabossé
00:51:23ne croit pas en Dieu,
00:51:24même s'il ne refuserait
00:51:25pas un petit miracle,
00:51:27renoué avec ses 30 ans.
00:51:29Pourquoi vous êtes lancé
00:51:30dans le chemin de Compostelle ?
00:51:32Il faut retrouver
00:51:33des sensations,
00:51:34me sortir un peu
00:51:35de mon appartement,
00:51:41retrouver des sensations
00:51:42que j'avais eues
00:51:43quand j'avais 30 ans
00:51:44lors d'un voyage à cheval.
00:51:49Ouais,
00:51:50me faire une seconde jeunesse,
00:51:52quitte cour de juvance.
00:51:55Marche, marche.
00:51:56Déjà 350 kilomètres
00:51:58dans les jambes.
00:52:00Sur les routes de Gascogne,
00:52:02Pascal et Martin
00:52:03font leur petit effet.
00:52:05Bonjour.
00:52:09Vas-y, pour vous ?
00:52:11Moi, je marche.
00:52:12Je marche.
00:52:13L'important,
00:52:14c'est de marcher.
00:52:16Allez, hop.
00:52:17Pascal, lui,
00:52:18ne se met pas trop la pression.
00:52:19Il avance à l'instinct
00:52:20et plante sa tente
00:52:22quand l'endroit lui plaît.
00:52:23Une façon de voyager
00:52:24qui lui va bien.
00:52:26Pas de chichi,
00:52:27un confort très spartiate,
00:52:29le chemin fait son oeuvre.
00:52:33Ça m'isole aussi.
00:52:35Ça me rend plus solitaire.
00:52:37Parce que du coup,
00:52:38les gens se rencontrent
00:52:39beaucoup en gîtes.
00:52:41Ça fait du bien
00:52:41être solitaire aussi un peu ?
00:52:43C'est un peu dans ma nature.
00:52:44Alors, on n'est pas bien là ?
00:52:46Alors, la nature...
00:52:54La nuit est tombée.
00:52:56Au menu de ce soir,
00:52:57comme presque tous les soirs,
00:52:59spaghettis et salade de tomate.
00:53:03Les jambes se reposent.
00:53:05C'est au tour de l'esprit
00:53:06de vagabondé.
00:53:11Je pense qu'on porte un rayonnement
00:53:13dans nous
00:53:14quand on vit des choses comme ça.
00:53:18Il y a une certaine beauté intérieure
00:53:19qui sort.
00:53:21Puis la force de marcher,
00:53:23ça donne une force.
00:53:24Que les gens voient quand même.
00:53:26Je pense que ça donne...
00:53:28Après, je te dis,
00:53:29avec le temps qui passe,
00:53:31qu'est-ce qu'il reste ?
00:53:33Petit à petit,
00:53:34les choses...
00:53:35Tout ce que je t'explique,
00:53:36là, va disparaître
00:53:37parce que je veux retourner
00:53:38dans ma petite vie normale,
00:53:40mon appartement,
00:53:43ma voiture,
00:53:45supermarché.
00:53:46Voilà.
00:53:48En attendant son retour
00:53:49dans le tumulte,
00:53:51Pascal cultive sa solitude.
00:53:53Mais la plupart des marcheurs
00:53:55préfèrent souvent retrouver
00:53:56la communauté des pèlerins.
00:53:58Ce sont pas mes bonnes de légumes, hein ?
00:54:00Non, mais ça, c'est mieux,
00:54:02oui, c'est plus raide.
00:54:03Au soir de leur première étape,
00:54:05après 7 heures de marche,
00:54:07Luc et Ludovic partagent leur repas
00:54:09avec 7 jeunes retraités
00:54:10de la région lyonnaise.
00:54:12Il y a souvent des gens qui disent
00:54:13à la retraite,
00:54:14je ferai Compostelle.
00:54:15Comme notre retraite arrivera
00:54:16bien plus tard.
00:54:18Il vaut mieux commencer maintenant.
00:54:19Parce qu'on n'a pas le temps
00:54:20de tout faire.
00:54:22Faire la descente où on est.
00:54:23La communauté,
00:54:24ça fait partie de l'esprit
00:54:26de Compostelle.
00:54:28On rencontre des gens
00:54:29un peu de partout,
00:54:30de toute l'Europe,
00:54:31de tout ça,
00:54:32discuter.
00:54:34Parce qu'avec la vie qu'on a,
00:54:35on ne prend plus le temps
00:54:36de discuter.
00:54:37Tandis que là,
00:54:37quand on arrive à la retraite,
00:54:39on peut mieux parler,
00:54:41on peut mieux regarder le paysage,
00:54:43on peut apprécier tout.
00:54:45à la fin du repas.
00:54:47le responsable du gîte
00:54:48récupère les créanciales,
00:54:49le passeport des pèlerins.
00:54:52À chaque étape,
00:54:53un coup de tampon
00:54:54valide officiellement
00:54:55le parcours.
00:54:57Merci beaucoup.
00:54:58Merci à vous.
00:55:02Voilà le deuxième.
00:55:05La route de Saint-Jacques
00:55:06est encore longue.
00:55:07Luc et Ludovic espèrent bien
00:55:09aller au bout du chemin
00:55:10et remplir toutes les cases
00:55:11avant d'avoir 30 ans.
00:55:14Cette aventure un peu folle,
00:55:16de plus en plus de célébrités
00:55:18s'y essaient.
00:55:22Cet été,
00:55:22à 69 ans,
00:55:24le généticien Axel Kahn
00:55:26a parcouru
00:55:26près de 700 km du Puy
00:55:28jusqu'à Saint-Jean-Pied-de-Port,
00:55:30dans le Pays-Basque.
00:55:32Lui n'est pas allé
00:55:32jusqu'à Saint-Jacques,
00:55:33mais il raconte
00:55:34avoir vécu
00:55:35une aventure physique
00:55:36et spirituelle,
00:55:38celle d'un agnostique,
00:55:39grand marcheur,
00:55:41parti à la recherche
00:55:42de la beauté.
00:55:45Je regardais les nuages
00:55:47qui s'étiraient,
00:55:47je regardais à un moment
00:55:48donné une éclaircie.
00:55:50Jamais dans ma vie,
00:55:51j'ai eu une vie
00:55:52de responsabilité
00:55:53et quand vous êtes responsable,
00:55:55vous n'êtes pas vraiment libre
00:55:55puisque vous êtes responsable
00:55:56des autres.
00:55:57Donc j'ai été assez peu libre
00:55:58à dire vrai.
00:55:59Là,
00:55:59quand je partais le matin,
00:56:01de ce que je décidais de faire,
00:56:05personne ne pouvait en pâtir.
00:56:07Et cette impression de liberté
00:56:10à ce niveau jamais connu
00:56:12m'a rempli
00:56:13d'une espèce d'extase incroyable.
00:56:14En tout cas,
00:56:15durant cette période
00:56:16de trois mois,
00:56:17oui,
00:56:18j'ai été très,
00:56:18très profondément heureux.
00:56:20Le bonheur en marchant.
00:56:23L'ancien Premier ministre,
00:56:24Jean-Pierre Affarin,
00:56:25l'a expérimenté lui aussi.
00:56:26Mais par petites tranches,
00:56:28il a mis sept ans
00:56:29pour atteindre son but.
00:56:32Quand on est allé à Saint-Jacques,
00:56:34il y a quelque chose en vous
00:56:36qui a changé.
00:56:36On n'est pas après Saint-Jacques
00:56:38comme avant Saint-Jacques.
00:56:39Qu'est-ce qui a changé ?
00:56:41Je pense que c'est
00:56:43cette conscience de l'essentiel,
00:56:45cette conscience
00:56:46de ce qu'il y a
00:56:48d'accessoires dans votre vie.
00:56:50Parce qu'au fond,
00:56:50chacun dans sa vie
00:56:51a une part d'essentiel
00:56:53et une part d'accessoires,
00:56:54une part de frivole,
00:56:55une part de superficiel.
00:56:57Et l'arrivée à Saint-Jacques
00:56:59est profondément émouvante.
00:57:00Parce que là,
00:57:01les larmes vous viennent spontanément
00:57:03et vous avez besoin
00:57:05de vous retrouver
00:57:06avec tous ceux
00:57:07avec qui vous avez marché.
00:57:08Et je me souviens
00:57:10d'avoir posé ma tête
00:57:11sur l'épaule d'un ami
00:57:14qui était là
00:57:14parce que je sentais vraiment
00:57:16quelque chose
00:57:17qui venait d'aboutir.
00:57:19Et au fond,
00:57:20cette forme de sérénité,
00:57:22de caractère paisible,
00:57:24si ce n'est éternelle,
00:57:25en tout cas très profonde.
00:57:29Le chemin de Saint-Jacques,
00:57:30il y a ceux qui en reviennent
00:57:32et ceux qui choisissent
00:57:33d'y rester.
00:57:34Dans la petite commune
00:57:35de Giscarot,
00:57:36dans le Gers,
00:57:37Bonjour !
00:57:38Pèlerin tout bouillé !
00:57:40Aurélie est de ceux-là.
00:57:41Ça va ?
00:57:42Josiane, bonjour !
00:57:44Depuis 4 ans,
00:57:45cette Toulousaine
00:57:45accueille les pèlerins
00:57:46dans cette vieille ferme
00:57:47reconvertie en gîte.
00:57:50Voilà votre chambre,
00:57:51frère !
00:57:52Vous avez l'embarras du choix !
00:57:54Aujourd'hui,
00:57:55ce sont Josiane et Claude
00:57:56qui vont se partager
00:57:57le dortoir de 15 places
00:57:58à l'étage.
00:57:59Tu te fermes le rideau !
00:58:03Il y a quelques années pourtant,
00:58:04Aurélie était loin
00:58:05d'être experte en hôtellerie.
00:58:06Elle était infirmière
00:58:08à Toulouse
00:58:08et célibataire.
00:58:10En 2006,
00:58:11elle décide de faire compostelle.
00:58:14Sur sa route,
00:58:15elle croise Andréas,
00:58:17avec qui elle fait
00:58:18un bout du chemin.
00:58:21Quand on s'est quitté
00:58:22sur le chemin,
00:58:23quelques jours après,
00:58:23je me suis dit
00:58:24« Mache,
00:58:24j'avais rencontré
00:58:25quelqu'un de très chouette ! »
00:58:26Je l'ai laissé partir,
00:58:27donc j'ai commencé
00:58:28à accélérer,
00:58:28à faire des étapes
00:58:29de 40 km
00:58:31pour essayer
00:58:32de le rattraper.
00:58:33Et je n'ai jamais réussi
00:58:34à le rattraper.
00:58:35Mais je l'ai retrouvé
00:58:36à Saint-Jacques-de-Compostelle.
00:58:37Sous la pluie,
00:58:38à un croisement d'une rue
00:58:39avant qu'il aille prendre
00:58:40son avion.
00:58:41Encore un hasard
00:58:42pas croyable
00:58:42parce qu'on aurait vraiment
00:58:43pu se rater
00:58:45à quelques secondes près.
00:58:46Et donc là,
00:58:47moi j'ai fondu en larmes
00:58:49et c'était les retrouvailles.
00:58:50Très vite,
00:58:51l'idée germe
00:58:52de ne pas remettre
00:58:52sa blouse d'infirmière
00:58:53et d'ouvrir un gîte
00:58:55sur le chemin.
00:58:56Mais Andréa,
00:58:57c'est géologue à Hambourg
00:58:58et à 45 ans,
00:58:59sa vie est bien installée.
00:59:04Je me suis demandé
00:59:05si je voulais vraiment
00:59:06venir ici.
00:59:07Si notre amour
00:59:08était assez fort
00:59:09pour que je quitte
00:59:09mon travail,
00:59:11ma vie,
00:59:12sans parler un mot de français.
00:59:15Et puis un jour,
00:59:17Lili m'a appelée
00:59:17au travail
00:59:18et elle m'a dit
00:59:19qu'il y avait
00:59:19ce gîte en vente
00:59:20où on était passés
00:59:21comme pèlerins.
00:59:23Et je me suis dit
00:59:24ok, c'est un signe.
00:59:27Cette maison est pour nous.
00:59:29Et tout s'est fait
00:59:30très naturellement.
00:59:32Je retrouve
00:59:33tout ce qui me manquait
00:59:33dans mon métier d'infirmière.
00:59:35Je me retrouve
00:59:35à accueillir,
00:59:36à prendre soin,
00:59:38à recevoir,
00:59:39à tout le côté humain
00:59:40qui me plaisait
00:59:41dans mon métier
00:59:42et que je ne trouvais plus.
00:59:42qui ne me convenait plus.
00:59:44Donc c'est vrai
00:59:44que là,
00:59:44c'est assez épanouissant
00:59:45parce que j'ai la liberté
00:59:48d'accueillir
00:59:48et de donner
00:59:50comme je veux.
00:59:51Donc du coup,
00:59:52tout est possible.
00:59:55Comme beaucoup d'autres,
00:59:57Aurélie était venue
00:59:58sur le chemin
00:59:58pour soigner
00:59:59quelques blessures.
01:00:01Elle y a trouvé
01:00:02un mari,
01:00:02une famille,
01:00:03un bonheur simple
01:00:05et concret.
01:00:13Et voilà pour ce reportage
01:00:14d'Irène Bénéfice
01:00:15et de Mathieu de Rejoux
01:00:15et on est bien sûr
01:00:16toujours ici
01:00:17dans la Tour 13,
01:00:18dans cette salle décorée
01:00:19par Ethos,
01:00:21un artiste brésilien,
01:00:22avec vous,
01:00:23Jean-Christophe Ruffin.
01:00:24Alors,
01:00:24on vous connaît,
01:00:25on vous connaît
01:00:26comme médecin,
01:00:27vice-président
01:00:28de Médecins sans frontières,
01:00:29président d'Action contre la faim,
01:00:30etc.
01:00:30Comme diplomate,
01:00:32notamment au Sénégal
01:00:33et puis comme académicien,
01:00:35vous êtes le plus jeune
01:00:36élu à l'Académie française
01:00:37pour votre œuvre d'écrivain,
01:00:39Rouge Brésil,
01:00:40pris au cours 2001.
01:00:41Alors,
01:00:41on va apprendre à vous connaître
01:00:42comme marcheur.
01:00:43Vous avez écrit ce livre
01:00:45à la suite de votre pèlerinage
01:00:47à Saint-Gerain-de-Compostelle,
01:00:48ça s'appelle
01:00:49Immortelle Randonnée,
01:00:51ça fait un tabac.
01:00:52Là,
01:00:52ça,
01:00:52c'est une nouvelle édition
01:00:53qui va sortir la semaine prochaine.
01:00:54Elle est illustrée
01:00:55parce que vous avez déjà vendu
01:00:56300 000 exemplaires
01:00:57de la précédente.
01:00:58Et vous écrivez
01:01:00Immortelle Randonnée
01:01:01Compostelle malgré moi.
01:01:02On vous a poussé aux fesses
01:01:04pour y aller ?
01:01:04Vous n'oubliez pas y aller ?
01:01:06Non,
01:01:06mais vous dites
01:01:06que c'était un pèlerinage.
01:01:07Pour moi,
01:01:07ce n'était pas vraiment
01:01:08un pèlerinage,
01:01:08c'était une marche.
01:01:09Je voulais faire une longue marche.
01:01:11Et puis,
01:01:11parmi les hypothèses possibles...
01:01:12Ce n'est pas une action chrétienne.
01:01:14Non,
01:01:14il n'y avait pas
01:01:15une motivation religieuse du tout.
01:01:16Et j'avais envisagé
01:01:17plusieurs possibilités,
01:01:18des marches dans les Pyrénées,
01:01:20etc.
01:01:20Puis bon,
01:01:21parmi les possibilités,
01:01:22il y avait Compostelle.
01:01:22Et quand on touche ça,
01:01:24quand on touche Compostelle,
01:01:25on finit par y aller.
01:01:26Parce qu'il y a un tel poids
01:01:28d'histoire,
01:01:29de tradition,
01:01:30de spiritualité
01:01:31que finalement,
01:01:32ce chemin vous attire.
01:01:33Pourquoi malgré moi ?
01:01:34Malgré moi,
01:01:35parce que j'y suis allé
01:01:36un peu,
01:01:37j'allais dire,
01:01:37par hasard.
01:01:38En tout cas,
01:01:38c'est là que je suis allé par hasard.
01:01:39Et puis alors après,
01:01:40sur le chemin,
01:01:42sur le chemin,
01:01:42finalement,
01:01:43il y a des tas de moments
01:01:44où on a envie d'arrêter.
01:01:45On se dit,
01:01:46bon,
01:01:46ça suffit.
01:01:46Et le chemin,
01:01:48plus on marche,
01:01:48plus on le personnalise,
01:01:50il vous parle.
01:01:50Il vous dit,
01:01:51non,
01:01:51tu n'es pas arrivé,
01:01:52tu continues.
01:01:53C'est-à-dire que je suis allé
01:01:54jusqu'au bout,
01:01:55presque malgré moi,
01:01:56si vous voulez.
01:01:56C'est le chemin
01:01:56qui n'en fait qu'à sa tête.
01:01:57C'est le chemin qui prend...
01:01:59Oui,
01:01:59alors c'est très curieux,
01:02:00les pèlerins vous disent ça.
01:02:01Alors quand on n'a pas fait,
01:02:02évidemment,
01:02:03on n'y croit pas,
01:02:03mais quand on l'a fait,
01:02:04on se rend bien compte,
01:02:05le chemin vous commande
01:02:07d'une certaine manière.
01:02:08Alors,
01:02:09autre chose,
01:02:09vous dites qu'en partant
01:02:12à Saint-Jacques,
01:02:12ou pour Saint-Jacques,
01:02:13vous ne cherchiez rien,
01:02:15et vous ajoutez,
01:02:16je l'ai trouvé.
01:02:17Oui,
01:02:18je ne cherchais rien
01:02:19parce que c'est vrai
01:02:19que je n'avais pas
01:02:20d'idée préconçue
01:02:20sur ce chemin,
01:02:21et je l'ai trouvé
01:02:22parce que ce n'est pas
01:02:23le même rien.
01:02:23J'ai trouvé un rien
01:02:24un peu bouddhiste,
01:02:26j'ai trouvé un rien intérieur,
01:02:28c'est-à-dire
01:02:28une sorte de vide intérieur,
01:02:30voilà,
01:02:30qui ne s'atteint pas
01:02:31tout de suite.
01:02:32Encore une fois,
01:02:32il faut dépasser,
01:02:33c'est une question du corps,
01:02:35de...
01:02:36Et c'est vrai
01:02:36qu'au bout d'un moment,
01:02:37le pèlerin
01:02:38qui a beaucoup marché,
01:02:40il est zen,
01:02:42comme on dirait,
01:02:43si vous voulez,
01:02:43comme on peut dire.
01:02:43C'est un peu bonnet même,
01:02:46d'ailleurs.
01:02:46Il est un peu...
01:02:47Un peu ravi de la crèche.
01:02:48Voilà,
01:02:49il est un peu...
01:02:50Tout va bien,
01:02:50vous voyez,
01:02:51vous voyez,
01:02:51et donc vous voyez quelqu'un,
01:02:53bonjour,
01:02:53comment tu vas,
01:02:54voilà, pof,
01:02:55et alors,
01:02:55c'est pour ça d'ailleurs
01:02:56que les gens se rencontrent,
01:02:57il y a aussi des couples
01:02:58qui se forment,
01:02:59on l'a vu dans votre reportage,
01:03:00il y a quand même
01:03:01une dimension comme ça
01:03:02parce que,
01:03:03ben voilà,
01:03:04bonjour,
01:03:04comment tu vas,
01:03:05il n'y a pas de barrière,
01:03:06vous voyez,
01:03:06c'est...
01:03:07Mais on est hors du temps,
01:03:08hors de la réalité du monde,
01:03:09il y a un peu hors de soi aussi.
01:03:11Il y a un peu hors de soi
01:03:11et c'est un état comme ça
01:03:13qui dure au retour.
01:03:14On le conserve, ça ?
01:03:15Vous défoncez,
01:03:16tout ce qui vous fait un peu,
01:03:19voilà,
01:03:19vous barricadez dans la vie,
01:03:21les murs,
01:03:21tous les murs intérieurs
01:03:23ou les murs physiques même,
01:03:24d'ailleurs,
01:03:24tout ça,
01:03:24ça a disparu.
01:03:25Vous avez l'habitude
01:03:26de coucher par terre,
01:03:27d'être un peu dégalade,
01:03:28bon, c'est vrai,
01:03:28que vous allez voir la barre,
01:03:29machin,
01:03:30et tout le monde,
01:03:30on s'en fout.
01:03:31Et vous rencontrez quelqu'un,
01:03:33ben voilà,
01:03:34c'est super.
01:03:35Vous avez un beau paysage,
01:03:36magnifique.
01:03:36Il n'y a pas que les beaux paysages,
01:03:38c'est souvent les autoroutes,
01:03:39les trucs,
01:03:39c'est pas beau, hein.
01:03:40Alors, ben c'est pas grave.
01:03:42Tout paraît plus beau.
01:03:43Oui.
01:03:43Est-ce qu'on est heureux
01:03:44à ce moment-là ?
01:03:44Oui, on est heureux,
01:03:45c'est-à-dire que,
01:03:46mais c'est un bonheur,
01:03:48comment dirais-je,
01:03:48c'est plutôt une disposition au bonheur,
01:03:50c'est une disposition
01:03:52à l'émotion spirituelle,
01:03:54c'est à ce que le monde vous apporte.
01:03:56Et le chemin,
01:03:56vous ne savez jamais
01:03:57ce qu'il va vous apporter.
01:03:58Demain,
01:03:58est-ce que je vais traverser
01:04:00une banlieue industrielle
01:04:02moche,
01:04:02ou est-ce que je vais être
01:04:03sur une côte magnifique ?
01:04:05Vous ne savez pas.
01:04:05Ben, c'est pas grave.
01:04:06Non, c'est très bouddhiste.
01:04:06On se soumet au chemin.
01:04:08Exactement.
01:04:09On se soumet,
01:04:09parce que le chemin,
01:04:10c'est la vie.
01:04:10Le chemin, c'est la vie.
01:04:11Et il vous donne la possibilité,
01:04:12en tout cas,
01:04:13de vous faire une idée
01:04:14sur ce qui est essentiel pour vous.
01:04:16Et je pense que l'enseignement principal
01:04:18de ce chemin,
01:04:19c'est le dépouillement.
01:04:20Alors, le dépouillement,
01:04:21vous l'exprimez comme vous voulez.
01:04:22Vous pouvez l'exprimer
01:04:23sur un mode politique,
01:04:23en disant la décroissance,
01:04:25etc.
01:04:25Très bien.
01:04:25Mais vous l'exprimez d'abord
01:04:27sur un mode personnel.
01:04:28C'est-à-dire qu'en rentrant,
01:04:30vous allez retirer des choses
01:04:32de votre vie,
01:04:32de votre maison peut-être même.
01:04:34Vous allez retirer des projets.
01:04:35Il n'y a pas une expression
01:04:38commune à tous les pèlerins.
01:04:39Non.
01:04:40Ils ont tous cette démarche
01:04:42vraiment de dépouillement maximum
01:04:44et de centrage sur l'essentiel.
01:04:46Et après,
01:04:47ça s'exprime différemment.
01:04:48Merci beaucoup.
01:04:49Merci, Jean-Christophe Ruffin.
01:04:51Alors, ça s'appelle
01:04:51Immortel Randonnée,
01:04:53donc version un peu lourde
01:04:54si on veut l'emmener sur le chemin.
01:04:55Oui, ça, c'est vrai.
01:04:56Il y a la version initiale
01:04:57qui est plus dense,
01:04:58si je puis dire.
01:04:58Et puis, je signale
01:05:00ce numéro hors série
01:05:00de Pèleras Magazine.
01:05:01Ça s'appelle
01:05:02Compostelle,
01:05:02l'appel du chemin.
01:05:03Et c'est un guide aussi,
01:05:04assez pratique
01:05:05sur la façon de s'y rendre,
01:05:07comment l'organiser,
01:05:08son chemin.
01:05:08Merci beaucoup.
01:05:09Voilà, on arrive
01:05:10au terme de l'émission.
01:05:11J'espère qu'elle vous aura amené
01:05:12un petit peu de bonheur
01:05:13parce qu'on parle du bonheur
01:05:15à travers tout ça.
01:05:16Merci beaucoup
01:05:17à la Tour 13
01:05:18qui nous a accueillis ici
01:05:19et à Mehdi Bencher
01:05:22et à sa galerie Itinérance.
01:05:23Merci à ceux
01:05:24qui m'ont aidé
01:05:24à préparer cette émission,
01:05:25que ce soit Joël Bruandé,
01:05:26Thomas Auro
01:05:27ou Jean-Carles Lambert
01:05:28à l'art des champs-chefs,
01:05:29Lorraine Servan
01:05:29à la préparation des plateaux,
01:05:31Philippe Lallement
01:05:31à leur réalisation.
01:05:32Je vous rappelle
01:05:33les réseaux sociaux
01:05:34si vous voulez nous parler.
01:05:35Et puis la semaine prochaine,
01:05:36on vous propose
01:05:37un document d'en complément,
01:05:39un document exceptionnel.
01:05:40Vous savez,
01:05:40on le fait de temps en temps
01:05:41et là, il s'agit d'un document
01:05:42sur le destin incroyable
01:05:44de Liliane Bettencourt,
01:05:45la femme la plus riche au monde,
01:05:48plongée dans l'affaire d'État
01:05:49que vous savez.
01:05:50Voilà.
01:05:50Liliane Bettencourt,
01:05:51c'est donc la semaine prochaine.
01:05:53Ne le manquez pas.
01:05:53La soirée n'est pas finie
01:05:54sur France 2.
01:05:55Je vous laisse avec Alcaline.
01:05:59Dès maintenant,
01:06:00pour plus d'infos
01:06:01sur les reportages
01:06:02et réagir sur notre forum,
01:06:03rendez-vous sur France2.fr.
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