00:00Précisément au moment où on voit que des personnalités racisées, des personnalités noires ou arabes en particulier,
00:10arrivent à des responsabilités importantes.
00:14Leur succès provoque une sorte de panique.
00:17Fin mars 2026, sur CNews, des invités de plateau ont utilisé les termes de « grands singes » et de
00:23« tribus »
00:24pour commenter l'élection des nouveaux maires non-blancs, dont Balibagayoko, élu à Saint-Denis.
00:28C'est une panique raciale de la part de gens qui ont l'impression que ce qui arrive de bien
00:37en termes d'égalité,
00:38c'est mauvais pour eux et mauvais pour les Blancs.
00:42Ces propos racistes ont été condamnés par le Premier ministre et le ministre de l'Intérieur,
00:46mais n'ont pas été sanctionnés par la chaîne.
00:48Et de son côté, Balibagayoko a porté plainte.
00:51Pour Eric Fassin, sociologue et professeur à l'Université Paris 8,
00:55la tenue de tels propos à la télévision est révélatrice d'une évolution de la parole raciste publique.
01:03La différence aujourd'hui, c'est que ce n'est pas simplement un manifestant dans la rue qui va tendre
01:06une banane.
01:07Ce sont des gens qui parlent à la télévision.
01:09Et ce sont des gens qui parlent à la télévision sans qu'il y ait de sanctions prises.
01:14Autrement dit, il y a une tolérance qui est aussi un encouragement pour l'expression raciste.
01:20C'est ça qui a changé. Il y a une panique raciale à l'extrême droite
01:26qui a été permise par l'évolution du discours politique à gauche comme à droite.
01:31Différentes séquences politiques ont participé à la banalisation de ce type de discours.
01:35Par exemple, en 1991, Jacques Chirac disait ça.
01:39Avec un père de famille, trois ou quatre épouses et une vingtaine de gosses,
01:44si vous ajoutez à cela le bruit et l'odeur,
01:51eh bien le travailleur français sur le palier devient fou.
01:55Pour Eric Fassin, une autre séquence politique précise a aussi joué.
01:59Ça s'est joué en particulier autour de la question Rome.
02:02Qu'est-ce qu'on a vu à ce moment-là ?
02:03C'est que l'État lui-même, ça avait été Nicolas Sarkozy, président de la République,
02:08ça avait été Manuel Valls, ministre de l'Intérieur, puis Premier ministre,
02:12eh bien dans les deux cas, il y a eu des propos, on va dire culturalistes,
02:16mais en fait d'un racisme culturel contre les Roms.
02:20Et ça, ça a été accepté.
02:22Les Roms ont vocation à rester dans leur pays et à s'y intégrer là-bas.
02:27Nous ne sommes pas là pour accueillir ces populations, je crois qu'il faut dire les choses.
02:30Si on peut accepter qu'on dise que les Roms n'ont pas vocation à rester en France,
02:37qu'ils ont vocation à retourner en Roumanie ou en Bulgarie,
02:41eh bien ça veut dire qu'on peut le dire de n'importe qui, rentrez chez vous.
02:44Donc le fait qu'on s'habitue à ça, ça a ouvert la porte à toutes sortes de discours politiques.
02:51Et cette mise en scène politique du racisme, elle a préparé le terrain pour ce qui se passe aujourd'hui.
02:56Selon Éric Fassin, les propos tenus sur CNews relèvent d'un certain type de racisme.
03:01On n'en est même plus au racisme culturel, on en est revenu à un racisme biologique.
03:07On compare les gens à des singes.
03:10On revient en arrière.
03:12On revient non seulement aux années 80, mais on revient à la période coloniale,
03:17à la décolonisation, mais aussi à l'avant-guerre.
03:20On revient au fond aux années 30.
03:23Les comparaisons animales, eh bien c'est pour animaliser.
03:26Et quand on veut animaliser, ça veut dire qu'on veut déshumaniser.
03:29Parce qu'on sait très bien que par exemple, ça a été utilisé par les nazis contre les juifs.
03:35En parallèle de ce climat médiatique, le rapport 2025 de la CNCDH sur la lutte contre le racisme,
03:42l'antisémitisme et la xénophobie indiquent une tendance générale
03:45à l'augmentation de la tolérance en France depuis ces 30 dernières années.
03:49Le rapport indique aussi que les comportements discriminatoires liés à l'origine,
03:53aussi appelé racisme ordinaire, restent toutefois ancrés dans la société.
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