La commercialisation de Friend.com, ce collier connecté dopé à l’intelligence artificielle, a été repoussée dans l’Union européenne, tant son fonctionnement soulève de nombreuses questions. Car derrière son apparence discrète, l’objet embarque une technologie particulièrement intrusive. Concrètement, le dispositif repose sur un micro actif en permanence, capable de capter les conversations autour de l’utilisateur tout au long de la journée.
Le son est ensuite traité par une intelligence artificielle, soit directement sur l’appareil, soit via une application reliée au smartphone. Une fois les échanges captés, l’IA procède à plusieurs étapes.
D’abord, elle transcrit les conversations en texte, en identifiant les différents interlocuteurs. Ensuite, elle analyse le contenu : mots utilisés, ton de la voix, rythme, hésitations ou silences.
L’objectif est de comprendre non seulement ce qui est dit, mais aussi comment cela est dit.
À partir de ces données, le système est capable de générer différents types de retours. Il peut proposer des résumés automatiques de réunions ou de discussions, mais aussi fournir une analyse comportementale.
Par exemple, l’IA peut indiquer si l’utilisateur a été trop direct, pas assez convaincant ou si son interlocuteur semblait en désaccord.
Certains scénarios vont encore plus loin. Le collier peut, via l’application, suggérer des réponses ou des attitudes à adopter, presque en temps réel, en fonction du contexte détecté. Il devient alors une sorte de coach personnel permanent, capable d’accompagner aussi bien des échanges professionnels que personnels.
Le système s’appuie également sur un historique. Toutes les conversations peuvent être stockées et classées, permettant à l’utilisateur de retrouver un échange précis, une promesse faite ou un détail évoqué plusieurs jours auparavant.
Une fonction qui peut séduire dans un cadre professionnel, mais qui pose aussi la question de la conservation des données. Autre point clé : l’appareil fonctionne de manière quasi autonome.
Une fois porté, il n’y a pas besoin de déclencher l’enregistrement, tout est conçu pour être automatique et continu, ce qui constitue justement le cœur de la polémique. Car cette captation permanente implique que toutes les personnes croisées peuvent être enregistrées à leur insu, sans signal visible ni consentement explicite. C’est précisément ce fonctionnement qui entre en contradiction avec les règles européennes en matière de vie privée.
Avec Friend, la technologie franchit un cap : celui d’une intelligence artificielle capable d’écouter, d’analyser et de juger nos interactions au quotidien.
Une innovation impressionnante, mais qui ouvre aussi la porte à une surveillance inédite des relations humaines.
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