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  • il y a 2 jours
Adoré ou boudé par les clients, le pop-corn est une « cash machine » pour les salles de cinéma. Sans lui, beaucoup risqueraient de mettre la clef sous la porte.

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Transcription
00:00Quand vous entrez dans un cinéma, vous prenez votre billet à la caisse et juste après,
00:05beaucoup d'entre vous passent devant ces fameux comptoirs, puis hésitent, pop-corn ou pas pop-corn ?
00:10Certains spectateurs en raffolent, d'autres n'en achètent jamais.
00:14Dans tous les cas, le pop-corn, c'est la gourmandise culte des cinémas.
00:18Mais pour les cinémas, justement, c'est bien plus que ça.
00:21C'est l'équilibre financier d'un cinéma privé indépendant.
00:27Pour beaucoup de salles, vendre du pop-corn, c'est économiquement vital.
00:32Malheureusement, un billet de cinéma ne sert pas à couvrir toutes les charges fixes qu'a un cinéma.
00:38Où le pop-corn est-il fabriqué ? Est-il trop cher ?
00:41Et comment est-il devenu un pilier du financement des salles obscures ?
00:44Je m'appelle Olivier Armand, je suis journaliste aux Echos,
00:47et après les sièges d'avion, puis les conteneurs,
00:50je vous emmène cette fois-ci en plein cœur du business méconnu du pop-corn.
00:59Pour fabriquer du pop-corn, il faut du maïs.
01:02Et ce maïs, dans la grande majorité des cas, vient du sud-ouest de la France, du Gers, plus précisément.
01:08Et c'est dans le village de Bézérille, au pied des Pyrénées,
01:10que se trouve le premier producteur européen de maïs à pop-corn, Nataïs.
01:15L'entreprise travaille avec plus de 220 agriculteurs situés dans un rayon de 200 kilomètres.
01:20Le pop-corn, c'est des contrats en exclusivité avec Nataïs.
01:23Ils nous fournissent la semence, et on a un cahier des charges à respecter.
01:28En tout, 8 000 hectares de culture sont sous contrat,
01:31et accrochez-vous bien, 50 000 tonnes de maïs à pop-corn sont récoltées chaque année,
01:37généralement entre septembre et novembre.
01:39Une grande partie est exportée à l'international, qui génère 90% du chiffre d'affaires.
01:44L'autre partie, elle, est uniquement dédiée au marché français.
01:47Et ensuite...
01:48On a deux activités commerciales.
01:51La première, c'est la vente de sachets à éclater en micro-ondes.
01:54Et la deuxième, c'est la vente de maïs, soit en sac 25 kilos, soit en big bag,
01:58à destination des industriels qui éclatent et aromatisent, ou des cinémas.
02:02Et ce qui va nous intéresser pour cette vidéo,
02:04ce sont les industriels qui éclatent et aromatisent.
02:07On les appelle les transformateurs.
02:09Comme leur nom l'indique, ils transforment le maïs en pop-corn.
02:13En Europe, il y en a plusieurs, parmi lesquels les hollandais PCO et Jimmy's Popcorn,
02:18ou les français France Popcorn et Benoît Ciné Distribution.
02:21On fabrique environ 40 millions de litres de pop-corn par an.
02:25Charles-Antoine Benoît est directeur général de Benoît Ciné Distribution.
02:29Et quand vous grignotez du pop-corn au cinéma, il vient sûrement de chez lui parce que...
02:33Nous couvrons à peu près 70 à 80% des pop-corns qui sont vendus dans le cinéma en France.
02:38Pour ça, le maïs quitte Bézéryl et rejoint l'usine de Saint-Pierre-de-Chandieu, près de Lyon.
02:44Voici à quoi ça ressemble à l'intérieur.
02:46C'est comme faire du pop-corn à la maison, mais à échelle industrielle.
02:50Sur place, le maïs tombe dans des casseroles, il éclate, puis devient du pop-corn.
02:54Et s'il vous plaît, il y a pop-corn et pop-corn.
02:58Souvent, on utilise un mélange de maïs mushroom qui éclate en pop-corn arrondi
03:02et de maïs butterfly qui éclate en papillon.
03:05Et ils sont cuits avec une méthode bien particulière, la méthode wet.
03:09Notre méthode de fabrication veut que le pop-corn est sucré et mariné dans le casserole.
03:16C'est-à-dire que le maïs tombe, l'huile tombe, il y a un film très fin qui se
03:21fait autour du maïs.
03:22Ensuite, le sucre tombe avant que le maïs éclate,
03:25ce qui permet de retrouver du sucre au cœur du grain de maïs et donc du pop-corn.
03:30Alors, entre le moment où le pop-corn est fabriqué dans l'usine, expédié, puis consommé dans les cinémas,
03:36généralement, il s'écoule moins d'un mois.
03:38Ça nous permet d'avoir un pop-corn qui est toujours frais et bon et croustillant.
03:421000 palettes de ce fameux pop-corn frais, bon et croustillant
03:45sortent chaque semaine de l'usine, direction les cinémas.
03:52En 2025, 157 millions de billets de cinéma ont été vendus en France.
03:57Certaines années, c'est beaucoup plus, mais passons.
03:59Voilà le marché auquel se destine notre fameux pop-corn.
04:02Pour donner envie aux consommateurs d'en acheter, il est présent dans des comptoirs comme celui-ci,
04:06que l'on appelle des warmers.
04:07Et le plus souvent, le cinéma ne l'achète pas.
04:09C'est le transformateur, donc celui qui fournit le pop-corn,
04:13qui le met gratuitement à disposition du cinéma le temps du contrat.
04:16Un autre facteur joue lui aussi beaucoup sur les ventes, le type de film.
04:20Sans surprise, un blockbuster fait vendre plus de pop-corn qu'un film d'art et d'essai,
04:25mais surtout...
04:26Au-delà du type de film, c'est probablement plutôt la démographie,
04:30le type de public qui va voir ce type de film, qui est plus consommateur.
04:35Gwen Martinez est directrice générale de CinéOuest,
04:38une entreprise familiale qui gère 13 cinémas multiplex, privés et indépendants en France.
04:43Avec 86 écrans, le groupe a vendu 2 300 000 entrées en 2025.
04:47Globalement, ce sont les films pour enfants, les films pour jeunes adultes,
04:51les comédies, donc les grandes comédies, les films d'horreur, les dessins animés,
04:58les films familiaux, parce que la démographie qui consomme du pop-corn,
05:03ce sont les enfants, les jeunes adultes.
05:06A l'inverse, il y a les seniors qui constituent eux aussi un public très important pour les cinémas,
05:11et eux...
05:12Ce sont des spectateurs qui consomment très peu de confiserie au global et encore moins de pop-corn.
05:19Tout ça, c'est pour les ventes.
05:20Et justement, les ventes de pop-corn pour les cinémas privés, c'est crucial, presque indispensable.
05:26Pour le comprendre, il faut regarder ce graphique.
05:29Pour une chaîne de cinéma privée et indépendante,
05:31environ 75% du chiffre d'affaires proviennent de la vente de billets.
05:353% sont des revenus annexes, tirés des publicités ou de la privatisation des salles, par exemple.
05:40Et 22% environ proviennent des ventes de confiserie.
05:44Et parmi ces confiseries, le pop-corn génère à lui seul 40% des achats.
05:49Donc si on revient à notre graphique, ça représente 8,8% du chiffre d'affaires.
05:54Précision importante, c'est une estimation pour un cinéma privé indépendant comme Cine West.
05:59Pour les grandes chaînes de cinéma, ça peut être plus.
06:01Ou à l'inverse, ça peut être moins pour des petits cinémas à réessais ou municipaux.
06:06Il arrive d'ailleurs que certains cinémas ne vendent pas du tout de pop-corn.
06:09C'est qu'un exemple, mais on vous le donne pour se faire une idée.
06:12Bon, 8,8%, c'est une belle part du gâteau.
06:15Mais croyez-moi, vous n'allez pas être déçus, le grand avantage du pop-corn est ailleurs.
06:23Le plus croustillant dans le pop-corn, eh bien, c'est la marge.
06:26Il semble d'ailleurs que le sujet soit un peu tabou dans le secteur.
06:29Pour tout vous dire, on a essuyé beaucoup de refus à nos demandes d'interview.
06:33Le patron d'une chaîne a même invoqué le secret des affaires.
06:36Mais chez Cine West, ils ont accepté.
06:39Donc la marge, on vous la donne.
06:40Sur la confiserie, on a des marges qui sont plus importantes.
06:44Voilà, notamment sur le pop-corn, entre 70 et 80%.
06:48Donc c'est plus de marge récupérée.
06:51Bon, ne vous scandalisez pas tout de suite.
06:5370 à 80% de marge sur le pop-corn, c'est beaucoup, c'est énorme.
06:58Mais le contexte est très important.
07:00Je vous explique et chacun se fera son opinion.
07:02Pour un cinéma, le pop-corn génère un des seuls revenus qui n'est pas partagé avec d'autres.
07:07Et ça, ce n'est pas le cas du billet d'entrée sur lequel il y a des charges variables.
07:11Quand vous achetez un billet, le cinéma où vous allez voir votre film, lui,
07:15ne perçoit que la moitié du prix que vous avez payé.
07:17En réalité, c'est même un peu moins.
07:19En 2025, le prix moyen d'un ticket de cinéma est de 7,42 euros selon le CNC.
07:25Ce n'est qu'une moyenne nationale qui tient compte des tarifs réduits.
07:28Parfois, c'est beaucoup plus.
07:30À côté de notre journal, par exemple, c'est presque 18 euros.
07:33Mais passons sur ces 7,42 euros.
07:36Le cinéma ne perçoit donc que 3,71 euros.
07:39L'autre moitié du prix du billet est versé à des tiers,
07:42le distributeur du film ou le CNC par exemple.
07:45C'est comme ça qu'en France, on finance en partie les films et la création.
07:48C'est ce que l'on appelle l'exception culturelle française.
07:52Ça, c'est pour les charges variables.
07:54Et ensuite, il y a les charges fixes.
07:56Un cinéma, c'est quand même des charges fixes assez importantes d'électricité
08:01parce que le chauffage en hiver, la clim en été, les assurances, le personnel.
08:08On est des entreprises tout à fait privées, des PME.
08:12Donc, si on veut garder nos cinémas ouverts, il faut qu'ils gagnent quand même suffisamment d'argent
08:19pour pouvoir payer toutes les charges.
08:22Alors du coup, pour couvrir ces charges, s'il n'y avait ni confiserie, ni popcorn et sa super marge,
08:28paierait-on plus cher nos billets de cinéma ?
08:30Tout le monde ne consomme pas de confiserie, mais si on lisse sur le nombre d'entrées,
08:37on arrive entre 80 et 2 euros par personne.
08:40Donc, il faut se dire que si on n'avait pas ces revenus-là,
08:46le prix du billet serait sûrement 2 euros plus cher.
08:50Un professionnel m'expliquait même que sans popcorn,
08:53beaucoup de cinéma privé mettrait la clé sous la porte.
08:55Et sur ce point, la France a plutôt de la chance,
08:58car entre les ouvertures et les fermetures d'établissements,
09:01depuis une dizaine d'années, globalement,
09:03le parc de salles de cinéma est stable,
09:05avec 2053 établissements actifs en 2024 pour 6355 écrans.
09:11Le popcorn est donc un pilier des cinémas,
09:13et le secteur veut en vendre toujours plus.
09:17Malgré tout ce qu'on vient de dire, le popcorn, c'est un petit marché de niche,
09:21et pour agrandir ce marché, il faut vendre plus.
09:23La première stratégie du secteur, c'est donc de jouer sur l'effet de nouveauté.
09:27Le popcorn sucré, c'est 80% des ventes, le reste, c'est du salé,
09:32mais certains cinémas proposent du popcorn caramélisé,
09:34ou même chocolaté, pour Pâques par exemple.
09:37L'autre stratégie, c'est de jouer sur l'événementiel.
09:40Par exemple, pour Avatar, on avait du popcorn bleu, qui colore la langue.
09:46Intéressant, et du coup, ça a marché ?
09:48Ça n'a pas forcément été un immense succès au-delà de ça.
09:52On avait du popcorn rose pour Barbie.
09:55Il y a des petites choses comme ça, un peu événementielles.
09:59Et ces petites choses comme ça, ça ne concerne pas que le popcorn.
10:02Par exemple, un objet collector pourrait ressembler à ça.
10:05On a notre Yoshi, qui est là, et qui pourra contenir son popcorn.
10:09Là par exemple, on a un pot Mufasa.
10:12On a vendu plus de 4000 seaux comme ça en 2025.
10:16La troisième stratégie, c'est le fait maison.
10:18Des cinémas font cuire le popcorn sur place,
10:21plutôt que de se le faire livrer déjà éclaté.
10:23Pour ça, il faut une machine spéciale.
10:25Celle-ci a été installée dans un des établissements de Cinewest,
10:28montant de l'investissement 20 000 euros tout de même.
10:31Ça permet d'ajuster la production à la demande,
10:33de réduire le gaspillage,
10:35et surtout, de faire encore plus de marge.
10:38L'autre avantage, on n'y pense pas, c'est le stockage.
10:40Car lorsque le popcorn arrive déjà éclaté,
10:43il est certes très léger,
10:44mais franchement, il prend beaucoup de place,
10:46à la fois dans les camions et à l'arrière des boutiques de cinéma.
10:49Les grains de maïs, eux, beaucoup moins.
10:51Enfin, le popcorn, c'est la gourmandise star associée au cinéma.
10:55C'est sa force, mais aussi son plus gros problème.
10:57Pourquoi ? Parce qu'en dehors des cinémas, ça se vend pas beaucoup.
11:00Pour chercher de nouveaux leviers de croissance,
11:02plusieurs marques se positionnent dans les supermarchés,
11:05y compris les marques distributeurs.
11:06C'est pas nouveau.
11:07Ce qu'il est un peu plus,
11:09c'est de voir d'autres acteurs, comme Benoît Cine Distribution,
11:12le spécialiste du popcorn de cinéma,
11:14se lancer, lui aussi, à l'assaut des supermarchés.
11:17Regardez bien, ce sont les paquets que Charles-Antoine Benoît
11:20a subtilement placés derrière lui lors de l'interview.
11:23L'idée, c'est de casser les codes avec des popcorns à tous les goûts.
11:26Herbes de Provence, barbecue, pommes d'amour et même myrtilles,
11:29pour l'apéritif, par exemple.
11:31De quoi se poser une question franchement existentielle ?
11:34Avec de tels parfums,
11:35le popcorn est-il sur le point de concurrencer les chips au pastis ?
11:43Dites-nous en commentaire si pour le popcorn,
11:45vous êtes plutôt team sucré ou salé,
11:47ou si comme moi, vous n'en achetez jamais.
11:49Quoique la prochaine fois, je me laisserai peut-être tenter.
11:52Tiens, d'ailleurs, je ne suis pas le seul.
11:54En tout cas, merci d'être toujours plus nombreux
11:56à regarder nos vidéos sur les différentes plateformes.
11:58N'hésitez pas à vous abonner, bien sûr.
12:00A très vite.

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