- il y a 4 mois
Gilles Kepel, professeur émérite des universités, spécialiste du Moyen-Orient, était l'invité du Face-à-Face sur RMC et BFMTV ce mardi 31 mars 2026.
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00:00Il est 8h29 et vous êtes bien sur RMC et BFM TV. Bonjour Gilles Kepel.
00:03Bonjour.
00:04Merci d'avoir accepté de répondre à mes questions ce matin.
00:06Vous êtes professeur émérite des universités, spécialiste du Moyen-Orient.
00:09Votre dernier livre, Antiterrorisme, la traque des djihadistes, c'est aux éditions Plon.
00:13Un mois de guerre. Un mois de guerre, où est-ce qu'on en est ?
00:16Quels sont les scénarios sur la table ? L'Iran est-il finalement invincible ?
00:20Peut-il tenir ce régime ? Où en est-il ?
00:23Les outils en mer rouge, le détroit d'Hormuz, les véritables décisions de Donald Trump
00:29ou d'Israël, la situation du Liban ?
00:31Je voudrais d'abord comprendre avec vous, au bout d'un mois de guerre,
00:35où est l'avantage ? Y en a-t-il un véritablement ?
00:38Non, il est toujours nulle part.
00:40Le régime iranien s'est bunkérisé et essaye de tenir le plus longtemps possible
00:45pour infliger le maximum de dommages à l'économie mondiale
00:49pour faire plier Donald Trump.
00:51Et Donald Trump s'efforce de taper le plus possible sur l'Iran
00:55en espérant que l'Iran va craquer
00:57et que le premier qui va abandonner dans cette affaire,
01:01qui va dire pousse, a perdu d'une certaine manière.
01:04Les deux se livrant à une sorte de poker menteur
01:06avec surtout l'élément qui me semble important aujourd'hui,
01:09c'est que plus personne n'accorde la moindre crédibilité
01:13aux déclarations de Donald Trump qui changent en permanence.
01:16Y compris parfois dans la même phrase quasiment.
01:18Voilà, exactement.
01:19Et autrefois, quand il disait « c'est fini »,
01:24on voyait tout d'un coup le prix du pétrole qui baissait de 10%,
01:28aujourd'hui, quoi qu'il dise, ça n'a plus aucune importance.
01:31Et ça, c'est extrêmement préoccupant pour lui
01:33parce que la crédibilité du dirigeant de la plus grande puissance de la planète
01:38aujourd'hui est à peu près nulle,
01:40en dépit du fait que son site s'appelle « Truth Social »,
01:44la vérité des réseaux sociaux,
01:45mais qu'on pourrait appeler aussi le mensonge des réseaux sociaux.
01:48La question, au fond, c'est que ça veut dire
01:50qu'on est dans une sorte de guerre d'usure.
01:52Le premier qui lâche, le premier qui craque, aura perdu.
01:56Le Wall Street Journal croit savoir que Donald Trump envisage
01:59d'arrêter presque d'un coup, tout d'un coup,
02:02sans qu'il n'y ait plus ni de but de guerre,
02:05ni d'objectifs remplis, ni de missions qui seraient plus ou moins accomplies.
02:10À tout moment, ça peut s'arrêter, un peu en cours de route.
02:13Est-ce que c'est possible ça et quelles seraient les conséquences ?
02:16Dans l'esprit de Trump, oui, il suffit qu'il dise « j'ai gagné ».
02:18Mais simplement, si les marchés disent le contraire
02:21et si les soldats continuent de mourir,
02:24ça ne sera pas le cas.
02:25Parce qu'on voit bien que la guerre s'étend
02:27et j'attire votre attention sur le fait que la situation du Liban
02:32est chaque jour plus catastrophique.
02:34Avec cette décision incroyable,
02:37l'autorité libanaise ont ordonné à l'ambassadeur iranien
02:43déclaré « persona non grata » de quitter le pays.
02:46Le président du Parlement, Nabi Berri,
02:49a dit non, il reste et il est toujours là.
02:52J'allais y venir, arrêtons-nous un instant là-dessus.
02:54On va prendre effectivement morceau par morceau,
02:56si je puis dire, la question des pays du Golfe.
02:59On a appris ce matin d'ailleurs qu'un navire koweïtien
03:04aurait été touché par l'Iran,
03:07ce qu'il se joue bien sûr dans le détroit d'Hormuz.
03:09Mais puisque vous évoquez le Liban,
03:11on a effectivement cet épisode qui cristallise au fond la situation du Liban.
03:16Le ministre des Affaires étrangères libanais,
03:18il y a une semaine, exigeait le départ de l'ambassadeur iranien
03:23du sol libanais, considérant qu'au fond,
03:26les Iraniens étaient ceux qui tiraient les ficelles du Hezbollah.
03:29Sauf que cet ordre d'expulsion des autorités libanaises
03:33n'a pas été respecté.
03:35Il avait jusqu'à dimanche soir pour quitter le pays
03:37et l'ambassadeur iranien affirme qu'il ne quittera pas le pays
03:41et il s'appuie en effet non plus sur le gouvernement
03:45mais sur le patron du Parlement libanais.
03:49Ça veut dire qu'au sein du Liban,
03:50il y a un bras de fer qui est en train de se jouer.
03:53Tout à fait.
03:54Pour ceux qui ne suivent pas toute l'actualité libanais
03:56c'est pourquoi je voulais rappeler ces épisodes
03:58parce que c'est vraiment une sorte de bras de fer
04:00qui s'est joué tout au long de la semaine.
04:02Le président de la République est chrétien maronite.
04:05Le premier ministre, c'est le général Joseph Raoult.
04:08Le premier ministre, lui, est musulman sunnite
04:12et le président du Parlement est musulman shéite.
04:16Et c'est donc ce troisième personnage de l'État,
04:18Nabi Berri, qui s'est opposé à ce que les institutions font,
04:22que la décision prise par le gouvernement soit mise en œuvre.
04:25Les ministres Hezbollah, il y en a deux, ne siègent plus.
04:28Mais tout ça, c'est la suite de quelque chose
04:30qui a beaucoup surpris, y compris beaucoup de Libanais.
04:34C'est qu'après la destruction du Hezbollah par Israël
04:39en septembre 2024,
04:41la fameuse affaire des bipers piégés, vous vous souvenez,
04:43puis la mort de Hassan Nasrallah.
04:46En réalité, depuis plusieurs mois,
04:48des centaines d'officiers iraniens des gardiens de la révolution,
04:51des Pazdaran, sont entrés au Liban avec des vrais faux passeports.
04:55Et ce sont eux qui ont rétabli la capacité de feu
04:58des chiites libanais,
05:00avec surtout des officiers iraniens aujourd'hui,
05:03présents toujours aujourd'hui sur le territoire libanais.
05:06Et s'il y a eu des vrais faux passeports,
05:08ça veut dire qu'il y a une partie de l'administration...
05:11C'est-à-dire qu'il y a une complicité de la part
05:12d'une partie de l'administration libanaise.
05:15Ce qui est un vrai problème,
05:16puisque ça veut dire que l'État libanais aujourd'hui est régul.
05:20Mais qu'est-ce qui va se passer maintenant ?
05:21C'est-à-dire qu'il y a cet ordre d'expulsion
05:23de l'ambassadeur iranien,
05:25qui n'est donc pas respecté,
05:28qui ne sera pas exécuté.
05:29Ça veut donc dire que désormais,
05:30il y a eu un bras de fer,
05:31et que ce bras de fer, au moment où on en se parle,
05:33il est gagné par le Hezbollah,
05:35contre le reste des autorités libanaises.
05:36Pour l'instant, mais maintenant,
05:38il y a un autre acteur qui est présent sur le sol libanais,
05:40qui est Israël.
05:41Évidemment.
05:42Et donc l'armée israélienne arrive aujourd'hui
05:46jusqu'au fleuve Litanie.
05:48Donc c'est 30 kilomètres au nord de la frontière israélo-libanaise.
05:53Il y a des incidents récurrents
05:55avec les forces de la Finule,
05:57avec les Français, pas uniquement d'ailleurs.
05:59Il y a eu des soldats qui sont morts,
06:01il y a eu des gardiens de la paix qui sont morts.
06:03Et il n'est pas impossible
06:06qu'Israël décide d'intervenir.
06:09Par exemple, pour forcer
06:13l'ambassadeur iranien à partir,
06:16fusse par une action offensive.
06:19Tout est...
06:20C'est vraiment important de s'arrêter un instant là-dessus,
06:22parce que ça cristallise aussi cette question-là.
06:24Est-ce que ça veut dire aussi que lorsqu'on entendait
06:26le premier ministre libanais,
06:27il y a encore huit jours,
06:29dire qu'il voulait désarmer le Hezbollah,
06:32s'il n'est pas même capable de faire respecter
06:34son autorité sur le départ de l'ambassadeur,
06:38alors on se dit qu'il n'a pas les moyens de désarmer le Hezbollah ?
06:41Non seulement lui, mais que l'Occident qui le soutient est impuissant.
06:45Et c'est une provocation calculée, évidemment,
06:48du pouvoir iranien,
06:49qui veut montrer qu'il est irrésistible dans la région.
06:53C'est dans le jeu des signes du rapport de force, c'est ça.
06:56Et c'est le champ ouvert, évidemment,
06:59à l'option israélienne,
07:01pour une intervention qui s'obligerait...
07:05C'est-à-dire que ça donnerait un prétexte, en quelque sorte,
07:07pour vous, à Israël, pour continuer.
07:10Que se passe-t-il dans le sud du Liban ?
07:12Est-ce qu'on peut parler d'invasion d'Israël ?
07:14Est-ce qu'on peut parler d'offensive ?
07:16Cette zone tampon,
07:18est-ce que ça a vocation à devenir la prolongation de son territoire ?
07:21Ce qui serait évidemment en violation avec tout ce qui s'est fait jusqu'alors.
07:24Où est-ce qu'on en est ?
07:25Ça, c'est l'ambition de M. Smotrich,
07:27l'un des ministres colons les plus importants,
07:30qui dit qu'il faut annexer le sud Liban.
07:33Le Litani doit être la frontière nord d'Israël.
07:36Dans les faits, aujourd'hui, l'armée israélienne est présente.
07:39La zone a été vidée de ses habitants,
07:41mais pas de ses combattants.
07:42Et il y a eu quatre soldats israéliens
07:46qui sont morts, justement, dans cette zone.
07:48Enfin, on a annoncé leur mort ce matin.
07:50Donc, les combats continuent.
07:51La finule est présente toujours à Nakoura,
07:53qui est la ville côtière libanaise,
07:56à la frontière libanaise,
07:58libano-israélienne.
07:59Mais, pour l'instant, effectivement,
08:01c'est une zone qui est un peu un no-man's land,
08:04avec, en contrepartie,
08:05il y a surtout des chiites,
08:07il y a également des chrétiens,
08:08surtout des chiites,
08:08qui ont été poussés vers le nord
08:11par les ordres d'expulsion.
08:12Ce qui fait que le Liban, aujourd'hui,
08:14est un pays dans lequel les tensions communautaires
08:17sont de plus en plus importantes,
08:18puisque vous avez des réfugiés
08:20qui sont massivement chiites,
08:22qui sont installés dans des zones
08:23qui sont massivement chrétiennes et sunnites,
08:26avec des tensions qui sont en train de monter.
08:27D'autant plus que, chaque fois que des chiites
08:30sont réfugiés dans des appartements
08:32où il y a des populations mixtes,
08:34et que l'Israël soupçonne ceci d'être lié au Hezbollah,
08:38il y a des frappes.
08:39Ce qui veut dire que les frappes ne sont plus seulement
08:41en zone chiite,
08:41mais aujourd'hui, dans un quartier comme Hazmeyer,
08:44par exemple,
08:44qui est un quartier chrétien de Beyrouth,
08:46qui est la frontière,
08:47qui a été victime de très nombreux frappes.
08:49Si on commençait cet entretien en évoquant
08:51la difficulté à suivre les décisions de Donald Trump,
08:54si Donald Trump décidait de cesser la guerre
08:57dans quelques jours,
08:58se disant qu'au fond,
08:59il n'arrivera pas à débloquer le détroit d'Hormons,
09:02une forme peut-être même d'impuissance
09:04qu'il maquillerait en victoire,
09:08est-ce qu'Israël, désormais,
09:11pourrait être tenté de continuer sans les Américains ?
09:15Alors Israël peut toujours continuer sans les Américains,
09:18mais pas avec la même capacité,
09:20pas avec la même puissance.
09:22L'enjeu aujourd'hui,
09:24l'enjeu est sur les marchés,
09:27principalement,
09:27et plus que sur le champ de bataille lui-même,
09:29c'est-à-dire,
09:30est-ce qu'il y a capacité
09:32à refaire fonctionner l'économie mondiale ?
09:35Jour après jour,
09:37la situation au Moyen-Orient
09:38impacte la vie quotidienne du monde entier.
09:41On voit ici les grèves des camionneurs,
09:45et les routiers, c'est vrai.
09:46Le prix du gasoil qui n'a jamais été aussi élevé,
09:49on est à 2,20 euros le litre.
09:50Absolument,
09:51donc bien sûr,
09:52on se plaint des populations souffrent.
09:54C'est encore pire,
09:56en Asie par exemple,
09:57où les pêcheurs ne veulent plus prendre la mer,
10:00où il va y avoir parce que c'est trop cher,
10:01et il n'y a pas les filets de sécurité
10:03que nous avons ici.
10:05Gilles Kepel,
10:05vous parliez effectivement du reste de la région.
10:08Après le Koweït et les Émirats,
10:10on a appris que Bahreïn avait annoncé hier
10:12l'arrestation de personnes
10:13qui seraient liées au Hezbollah.
10:15Est-ce que ça veut dire que ces pays-là
10:16sont désormais,
10:18eux aussi,
10:19en quelque sorte en guerre,
10:20au moins avec les proches de l'Iran ?
10:22Oui, mais même avec l'Iran aujourd'hui.
10:25D'autant plus,
10:25le Bahreïn est un pays à majorité chiite.
10:28Le gouvernement est sunnite.
10:29Il y a eu d'ailleurs de nombreuses révoltes.
10:31Des chiites dont beaucoup sont pro-iraniens.
10:34Donc il est dans une situation
10:35de très grande fragilité.
10:36Mais vous savez,
10:37même les pays exportateurs de pétrole
10:39et les consommateurs,
10:41l'Égypte, par exemple la Jordanie,
10:42sont aujourd'hui déjà en situation économique catastrophique.
10:46L'Égypte n'a plus quasiment de revenus
10:48du canal de Suez,
10:49qui sont beaucoup baissés
10:50parce que la mer Rouge
10:52est également en partie bloquée.
10:54Et les commerces égyptiens
10:57ont eu l'ordre de fermer
10:58à 9h du soir
11:00pour éviter qu'il ait de la lumière.
11:02En Jordanie,
11:03on a interdit
11:04la climatisation
11:05et le chauffage,
11:06l'usage des voitures publiques.
11:08Donc si vous voulez,
11:08toute la région
11:09est en train de s'enfoncer
11:10dans un marasme.
11:11La question étant de savoir,
11:13est-ce que les populations concernées
11:14vont dire
11:15c'est la faute des Iraniens
11:17ou bien
11:18c'est la faute des Américains
11:19et des Israéliens
11:20qui ont fait la guerre ?
11:21L'Égypte va retomber
11:21en quelque sorte la pièce
11:22mais aussi le jeu diplomatique.
11:25Aujourd'hui,
11:25on entend par exemple
11:26Al-Sisi
11:27qui appelle à l'aide
11:29en quelque sorte
11:30presque Donald Trump.
11:31Est-ce que ça veut dire
11:31qu'aujourd'hui,
11:32leur allié est davantage l'Amérique
11:34effectivement
11:34que les autres pays de la région ?
11:36Alors, ça dépend.
11:38Pourquoi ?
11:38Parce que vous savez,
11:39l'Égypte importait
11:40une grande partie
11:40est productrice de gaz
11:42mais importait
11:42tout le surplus d'Israël.
11:44Israël ne leur vend plus
11:46parce qu'ils en ont besoin aussi
11:47et donc la situation
11:49économique de l'Égypte
11:49qui est structurellement
11:51déficitaire et catastrophique
11:53à cause de l'explosion démographique
11:55aujourd'hui est de plus en plus grave.
11:56Et ça, ça veut dire aussi
11:57que c'est pour tous les dirigeants
12:00de la région,
12:02c'est un risque politique
12:03y compris pour l'Arabie Saoudite
12:05aujourd'hui
12:05qui a 35 millions de Saoudiens.
12:07De quel côté est l'Arabie Saoudite ?
12:09Alors, l'Arabie Saoudite
12:10est clairement engagée
12:12contre l'Iran aujourd'hui
12:14et ses forces
12:15de regrouper autour d'elle
12:18toutes les autres
12:20pétro-monarchies.
12:22Mais elle est aujourd'hui
12:23dans une situation
12:24extrêmement complexe
12:25parce que même si l'Arabie
12:26arrive à exporter
12:28une partie de son pétrole
12:29puisqu'il y a un oléoduc
12:31qui va vers la mer Rouge,
12:33c'est ça,
12:33mais qui est soumis
12:35au bombardement des drones.
12:36Vous savez que
12:37la guerre des drones
12:38a tout changé.
12:39Regardez,
12:40si on fait un tout petit pas de côté,
12:41l'Ukraine aujourd'hui
12:43qui est bombardée
12:44par les drones chaïds
12:45donnés à la Russie
12:46par l'Iran.
12:47aujourd'hui a établi
12:49non seulement
12:49des stratégies anti-drones
12:50qu'il vendent très cher
12:52à tous les pays du Golfe
12:53qui avaient jusqu'alors
12:54des patriotes,
12:55des intercepteurs
12:56à 4 millions de dollars
12:57pour taper sur des drones
12:58qui les rataient
12:59une fois sur deux
12:59à 10 000 dollars,
13:02est aujourd'hui capable
13:04de fabriquer des drones
13:05qui ont cette nuit
13:06attaqué des ports russes
13:09dans la mer Baltique,
13:10des ports d'exportation pétrolière.
13:11Parce que l'augmentation des prix,
13:14ce n'est pas seulement
13:14l'étroit d'Ormuz
13:15qui est bloqué,
13:16mais c'est aussi
13:16le fait que l'Ukraine
13:18est aujourd'hui capable
13:18d'empêcher les plus exportés.
13:19On a l'impression que tout
13:19est désormais effectivement
13:20comme interlié.
13:23Gilles Kepel,
13:24la question qui se pose aussi,
13:25c'est quelle reste l'influence
13:28du régime iranien ?
13:30C'est-à-dire qu'on se dit
13:31que ça fait un mois,
13:32il y a eu quasiment
13:33toute la tête de la pyramide
13:34de la hiérarchie
13:35du régime islamique d'Iran
13:37qui a été décimée
13:39et pourtant l'Iran
13:41a effectivement cette capacité
13:42de résistance,
13:45de bombardement
13:45encore régulier
13:46à la fois sur les pays du Golfe
13:48et sur Israël.
13:50Comment ça tient ?
13:51Est-ce que c'est un canard sans tête
13:52mais qui continue
13:52et qui peut continuer
13:53à marcher encore bien longtemps
13:54ou est-ce qu'à un moment
13:55il va finir par s'effondrer ?
13:57Alors on n'a aucune image
13:58qui arrive d'Iran.
14:00Même les gens qui nous parlent
14:02d'Iran sont contrôlés.
14:04Les images qu'on voit
14:06de manifestations pro-régime,
14:07on ne sait pas
14:07ce qui se passe
14:08dans la réalité du pays aujourd'hui
14:10puisqu'il n'y a plus
14:11aucune communication,
14:12il n'y a plus de téléphone,
14:13il n'y a plus d'internet,
14:14il n'y a plus rien
14:15sauf ce que contrôlent
14:16les gardiens.
14:16On ne peut pas imaginer
14:18qu'avec la masse
14:19de choses
14:20qui étaient bonnes,
14:21des impacts sur l'Iran,
14:22les États-Unis
14:23ont annoncé
14:24plus de 30 000 frappes
14:25je crois,
14:26donc que le pays
14:27puisse fonctionner
14:29éternellement comme ça.
14:30Je crois que c'est surtout
14:32une sorte de cristallisation
14:34dans cette économie de guerre
14:36le plus longtemps possible,
14:37quel que soit
14:38le sort de la population
14:39avec surtout,
14:40et c'est là
14:41le miracle des drones,
14:43c'est la transformation
14:44de la guerre,
14:45c'est la guerre
14:45faite avec des armes
14:46du pauvre.
14:47On peut tirer des drones
14:49depuis un hangar.
14:50Ça veut dire aussi
14:51que le temps joue
14:52pour l'Iran,
14:53au fond.
14:53Ils savent que Donald Trump,
14:54lui, à un moment,
14:55aura une population impatiente,
14:56aura un congrès impatient
14:57et lui-même peut-être
14:59sera tout simplement impatient.
15:00Une question aussi
15:00sur l'influence iranienne
15:03dans les pays occidentaux
15:04avec notamment
15:06cet attentat déjoué
15:07devant Bank of America
15:09et le risque élevé
15:10d'attentats.
15:11C'est ce que nous dit aussi
15:12le ministre de l'Intérieur.
15:14Où est-ce qu'on en est
15:15aujourd'hui ?
15:15Est-ce que cet attentat déjoué
15:17était une sorte de provocation
15:18pour nous dire
15:20qu'on veut juste vous dire
15:21qu'on est là
15:21et qu'on est capable
15:22à un moment ou à un autre
15:23d'actionner ce qu'on voudra ?
15:24Alors ça rappelle furieusement
15:25les attentats terroristes
15:28qui avaient été fomentés
15:29par le régime iranien
15:30dès le début des années 80
15:32et début des années 90.
15:34On en parle avec justement
15:36Jean-François Ricard
15:37dans notre livre
15:37Antiterrorisme.
15:38Et c'est là,
15:39il y a,
15:40sans savoir exactement
15:41qui est derrière
15:41ce qui s'est passé
15:42à la Bank of America
15:43à Paris,
15:44c'est un peu le même schéma.
15:45C'est-à-dire
15:46ce sont des empilements
15:48de contacts.
15:49On n'est jamais,
15:50on ne peut pas identifier
15:52le donneur d'ordre,
15:53mais ce sont généralement
15:54des délinquants
15:56originaires en l'occurrence
15:57de Montreuil
15:58pour un certain nombre
15:59d'entre eux
15:59qui ont été payés
16:00pour commettre un attentat
16:02par des gens
16:02dont ils ne savent pas
16:04vraiment qui ils étaient,
16:05qui ont été payés
16:05en liquide, etc.
16:06Alors ça,
16:07c'était le mode
16:07de fonctionnement
16:08que privilégiaient déjà
16:10les services iraniens.
16:11Vous, qui êtes un des spécialistes
16:12aussi du terrorisme islamiste,
16:14on n'est pas du tout
16:14sur le même genre
16:15de mode opératoire.
16:16Est-ce qu'on a ici
16:17sur le sol occidental,
16:19j'allais dire,
16:20des gens qui,
16:21comme pour les attentats
16:22d'il y a 10 ans,
16:23seraient prêts à mourir
16:24en martyr pour l'Iran ?
16:25Non.
16:26Alors, c'est en train
16:27de bouger
16:28parce qu'on voit bien
16:29que d'abord,
16:30il y a eu toute la solidarité
16:32avec Gaza,
16:33qu'on peut apprécier
16:34ou qu'on ne peut pas apprécier.
16:36Je ne suis pas en train
16:36de porter un jugement de valeur,
16:37mais qui a beaucoup
16:38mobilisé les choses.
16:39Et on voit maintenant
16:39de plus en plus
16:40une solidarité avec l'Iran.
16:43Un sondage paru
16:44il y a deux jours
16:46en Grande-Bretagne
16:47a montré que 39%
16:49des musulmans britanniques
16:51stood with Iran,
16:52c'était se tenait aux côtés...
16:53Avec le régime iranien ?
16:54Non, avec l'Iran en général.
16:56Parce qu'on ne fait pas
16:57la différence.
16:57On considère que
16:59c'est l'Iran,
17:00peuple musulman,
17:01qui est injustement agressé
17:03par la puissance
17:05impérialiste et sioniste,
17:06si vous voulez,
17:07dans ce langage.
17:08Or ça,
17:09on voit bien
17:10que ce genre de choses
17:11est en train
17:11de prendre.
17:13qu'au fond,
17:14avec une guerre
17:15dont les objectifs
17:16ne sont pas clairs,
17:17avec un président américain
17:19qui dit
17:19qu'il dit tous les jours
17:20la vérité,
17:21mais dont on sait
17:23que c'est une vérité
17:23temporaire,
17:24fluctuante
17:25et qui contredit
17:25ce qui vient d'être dit.
17:27Vous voyez...
17:28Cette menace-là,
17:29ça voudrait dire
17:29que ce ne serait pas
17:30forcément seulement
17:31des attentats
17:31qui puissent être commandités
17:32avec des donneurs d'ordre,
17:34avec effectivement
17:35des missions,
17:36de l'argent,
17:36mais qui pourraient
17:37en quelque sorte
17:38réveiller des volontés
17:40terroristes,
17:41presque j'allais dire,
17:42depuis le sol occidental ?
17:45Écoutez,
17:45ça n'est pas impossible.
17:46En tout cas,
17:47c'est l'un des risques
17:49induits
17:49par la poursuite
17:51de la guerre
17:51et surtout
17:52par la confusion totale.
17:53Vous avez remarqué
17:54que le gouvernement français
17:56et les gouvernements européens
17:57ont été soucieux
17:58de se différencier,
18:00de dire
18:00ça n'est pas notre guerre,
18:02elle a été menée
18:03sur décision américaine
18:05et israélienne
18:05en dehors
18:06de l'ordre international,
18:07l'ONU n'est pas impliquée,
18:09Emmanuel Macron
18:10n'a pas voulu envoyer
18:10le porte-avions,
18:11bien lui en a pris,
18:12parce que dans des toits dormus
18:13il aurait été coulé
18:14sans doute rapidement
18:15par des drones,
18:16il faut le laisser très loin
18:17dans la mer,
18:18mais néanmoins,
18:19dans la confusion générale
18:21qui est en train
18:21de se mettre
18:22dans l'esprit public
18:23international,
18:25tout aujourd'hui
18:26est possible.
18:26Il y a une sorte d'association.
18:27Merci Gilles Kepel
18:28d'avoir fait le point
18:29avec nous,
18:30un mois de guerre
18:31donc on entre
18:32dans le deuxième mois.
18:33Gilles Kepel,
18:33professeur émérite
18:34des universités,
18:35je cite votre dernier livre
18:36Antiterrorisme,
18:37La traque des djihadistes,
18:37c'est aux éditions Plon.
18:38Il est 8h47
18:39sur AMC BFM TV.
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