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FRnOG 43 - Florian Du Boys (Impala Avenir) & Sami Slim (TeleHouse) : Féminiser nos métiers

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Technologie
Transcription
00:00Donc, nous allons nous permettre de vous parler d'un truc avec Samy, qui est effectivement le sujet de la
00:07féminisation dans le monde des data centers, et pas que.
00:13Pour faire rapide, ce n'est peut-être pas la peine de trop se présenter.
00:16Alors moi, je représente les plombiers du numérique, qui est une association qui forme des techniciens data centers.
00:24On a commencé sur des métiers de la fibre, on a accompagné un millier de jeunes à l'emploi.
00:27Aujourd'hui, on fait des formations sur le métier de technicien data center.
00:31Ça marche essentiellement en Ile-de-France, à peu près, pas loin de 600 personnes que nous avons accompagnées à
00:37l'emploi,
00:37sur des choses extrêmement simples, du geste de proximité, rackage, câblage, brassage, urbanisation de salles informatiques,
00:44changer des composants, parce que fut une époque lointaine, j'avais une société qui s'appelait Néo Télécom,
00:52et c'était des gens qui étaient extrêmement intelligents, comme des Raphaël Monnier ou des Pierre-Yves Monnier,
00:59je pense à eux, parce que je sais qu'ils sont dans la salle, qu'ils ne savaient absolument pas
01:03faire de câblage,
01:04et donc c'était tellement dégueulasse dans les baies, que...
01:08Je suis témoin de ça.
01:11Excusez-moi, c'était des ingénieurs, donc quand on leur demande de faire des choses propres et précises sur des
01:17infrastructures,
01:19sur les infrastructures de Néo Télécom, qu'on avait payées extrêmement cher,
01:23eh bien c'était une véritable catastrophe.
01:24Et donc est venue cette idée de se dire, eh bien ce serait bien de professionnaliser cette fonction-là,
01:31et donc j'ai eu beaucoup de chance parce qu'on a actuellement quatre écoles en Ile-de-France,
01:37une portée par Téléhouse, une avec... voilà, il y en a un peu partout en Ile-de-France,
01:43donc l'idée c'est de former au sud, au nord et à l'ouest et à l'est de
01:47l'Ile-de-France,
01:48à proximité des data centers, pour que, pas nécessairement les data centers,
01:54mais les clients des data centers, parce que c'est vous qui nous intéressez le plus,
01:59messieurs les clients, et nous vous aimons énormément,
02:01les sous-traitants des data centers, qui ont besoin de professionnels sur du geste de proximité,
02:08eh bien puissent recruter des compétences chez nous.
02:12Et alors, pourquoi Téléhouse est à côté de moi et Samy est à côté de moi ?
02:17Parce que Samy a accepté d'héberger une de nos écoles, je le fais très rapide,
02:22mais Samy, dis-nous deux mots peut-être, parce qu'à Manil-Lermont, on a installé effectivement un plateau.
02:28Bonjour à toutes et à tous, alors effectivement, moi je vais faire un témoignage en tant qu'employeur,
02:32au-delà d'héberger une des sessions de formation de ces stagiaires-là,
02:39je vais témoigner auprès de vous, en tant que chef d'entreprise,
02:41qu'est-ce que ça apporte finalement, cette initiative lancée par Impala à venir,
02:45et pourquoi je pense que c'est extrêmement important pour l'avenir de notre secteur,
02:50donc pour tous ceux qui sont ici.
02:51Et ne vous attendez pas de moi à ce que je vous serve un bullshit marketing,
02:58du type c'est chouette d'afficher des filles sur une plaquette en disant on embauche des femmes.
03:04Ce n'est vraiment pas du tout l'esprit, en tout cas, avec lequel Téléhouse a abordé cette initiative.
03:12Nous, on pense qu'effectivement, ce vivier d'emploi, qui on le voit dans d'autres pays,
03:18va être carencé, il est déjà et le sera encore plus demain,
03:24gagne à rajouter 50% effectivement sur ce marché-là, pour ne pas qu'il soit en carence.
03:33Et donc, c'est des considérations extrêmement business que je vais partager avec vous aujourd'hui,
03:37loin des affichages et des plaquettes.
03:40Soit dit en passant, je peux vous donner quelques chiffres sur la féminisation de nos métiers.
03:44Dans les data centers, je parle, le taux de féminisation des métiers de data centers dans le monde,
03:51aujourd'hui en tout cas, c'est environ 10% en moyenne, pour tous les exploitants de data centers.
03:56Chez Téléhouse aujourd'hui, c'est 30%.
03:59En France, c'est légèrement plus.
04:00Au niveau mondial, chez Téléhouse, c'est 30%.
04:02Et c'est une politique de féminisation qui est pensée pour des raisons de performance.
04:09Vous ne le verrez pas dans nos messages marketing, ça.
04:12Parce qu'on voit que quand les équipes sont paritaires,
04:15surtout sur les métiers du geste, elles sont plus performantes.
04:19Les métiers du geste, c'est des métiers où on prend une procédure, on l'exécute avec rigueur,
04:24avec effectivement un sens du détail et finalement du travail bien fait.
04:32Je ne vais pas tomber dans les généralités type les hommes font mal et les femmes font bien.
04:37Ce n'est pas ça.
04:38Ce qu'on voit empiriquement, c'est quand une équipe est paritaire,
04:42la performance augmente et la capacité à suivre rigoureusement une procédure est plus au rendez-vous.
04:51Encore une fois, je l'ai vécu parce que, pour les plus anciens d'entre vous,
04:56moi je sais que si j'avais plus de femmes dans certaines équipes à un moment,
05:01il y a des vannes qui n'auraient pas été ouvertes dans le data center.
05:05Et pourquoi un technicien ouvre une vanne ?
05:10Parce qu'il improvise, parce qu'il sort de sa procédure, parce qu'il pense bien faire,
05:16parce qu'il pense trouver la solution à l'incident ou à la larme.
05:20Quand on a des équipes paritaires, on voit que ce comportement-là s'estompe, disparaît
05:25et les gens reviennent au vrai métier du geste sur lequel Impala forme de manière admirable.
05:30Et on voit effectivement des bés propres, on voit un travail bien exécuté.
05:35Donc il y a cette raison extrêmement pragmatique pour nous d'un point de vue managérial.
05:40Il y a la raison, encore une fois, de pousser dans le marché de l'emploi plus de personnes sur
05:45ces métiers-là.
05:46Aujourd'hui, au Japon, on a des projets de data center qui sont à l'arrêt,
05:50pas parce qu'il n'y a pas de jus, pas parce qu'il n'y a pas de permis,
05:54parce qu'il n'y a pas de main-d'oeuvre.
05:56Aujourd'hui, c'est la réalité dans un pays qui est effectivement démographiquement dans un état catastrophique.
06:02Mais pardon, mais c'est l'avenir de l'Europe, ça aussi.
06:05Donc si on ne féminise pas ces métiers et qu'on n'ouvre pas le champ des possibles
06:09pour qu'il y ait plus de capacité à absorber les besoins en mégawatts qui vont arriver en Europe,
06:15on aura un vrai problème business.
06:17Donc voilà pourquoi, encore une fois, ce que je souhaitais dire aujourd'hui auprès de Florian,
06:20nous, on soutient de manière très forte l'incroyable initiative qu'ils ont lancée,
06:25mais on a besoin d'aide parce qu'on ne peut pas prendre tout le monde
06:29et on n'a pas envie que ces formations deviennent des usines à créer des chômeurs, chômeuses.
06:34Donc on souhaite que l'ensemble de l'écosystème accepte des stagiaires,
06:40accepte des CDI de ces personnes-là qui sont bien formées,
06:43qui sont en possession de ce que c'est qu'un data center, ce que c'est qu'un RAC,
06:46ce que c'est qu'une procédure et je peux encore une fois en tant qu'employeur témoigner
06:52de la qualité de ce vivier d'emploi.
06:58Alors, de 2001, puisque c'était le début de Néo Télécom,
07:01jusqu'à 2018, mais je pense que c'est toujours un petit peu près la même chose,
07:08j'ai connu une société dans laquelle les femmes se retrouvaient à la comptabilité,
07:14aux services communication, au marketing et parfois au commercial.
07:18Et les hommes se trouvaient dans les services techniques.
07:21Donc peut-être Néo Télécom était une exception
07:24ou peut-être ce que je suis en train de vous décrire,
07:27c'est la réalité de l'entreprise dans laquelle chacun d'entre vous travaillait.
07:30Je pense que le second cas est peut-être le plus probable.
07:35C'est-à-dire qu'en fait, on a des schémas dans la tête
07:38qui est que, de toute manière, sur des fonctions techniques,
07:41les filles n'ont rien à faire.
07:43Alors, nous, au Plombier, on a essayé de commencer à féminiser
07:48ces fonctions techniques, là encore, sur du geste de base,
07:52qui est le racage, câblage, brassage.
07:53Mais vous pouvez regarder aujourd'hui tous les discours
07:55qu'il y a sur l'urgence de faire rentrer des femmes
07:58au niveau d'ingénieurs en France.
07:59C'est dramatique.
08:00Il n'y a même pas 25% des effectifs d'ingénieurs
08:03qui sont féminins, et pourtant, elles sont meilleures en maths,
08:07parce que, de toute manière, il y a ces habitudes,
08:11ces archaïsmes dans la société française
08:13qui sont extrêmement forts.
08:15Et donc, on a poussé le bouchon un petit peu loin
08:17et en faisant la dernière session qu'on a faite à Manilé Hamot,
08:22on s'est dit, on va la faire féminine.
08:24Et en plus, on va essayer de la médiatiser.
08:26Donc, on a fait venir Anne Le Hénanf,
08:29la ministre du numérique.
08:32Grâce à elle, on a eu une belle visibilité.
08:34France Data Center était présent,
08:36les industriels étaient présents,
08:37on avait la préfecture, etc.
08:39Bref, ils ont tous joué le jeu.
08:42Des journalistes sont venus.
08:43C'est génial.
08:44On a pris des photos avec des femmes.
08:47Une fois qu'on a dit ça,
08:49une fois qu'on a fait le show pendant trois mois,
08:52nous, au plombier du numérique,
08:53on a le problème de placer ces femmes à l'emploi.
08:56Sauf qu'on l'a fait dans plein d'écoles.
08:58Par exemple, je vous ai dit qu'à peu près,
08:59on forme environ 130 candidats par an.
09:02Sur 130, je pense qu'on doit avoir une trentaine de femmes.
09:05Et ça, c'est parce que, désolé de le dire,
09:07on fait de la discrimination positive.
09:11L'idée, c'est vraiment d'essayer de forcer le trait
09:13parce qu'on a majoritairement des hommes qui viennent à nous.
09:16Et pourtant, la réputation du projet est devenue tellement importante.
09:20On a une école, à Grigny, dans le sud de l'île de France.
09:24Je vous le fais rapide.
09:25On a 12 places.
09:26Il y a 150 jeunes qui viennent.
09:28Donc, pour un projet qui est un projet d'insertion aujourd'hui,
09:31les métiers du data center attirent tellement
09:33qu'on a des gens qui viennent de toute l'île de France,
09:35à Grigny, pour se former à la Grande-Borne.
09:39Bref, une des promos qui est sortie en décembre dernier,
09:42il y avait quatre femmes, il y avait huit hommes.
09:45Eh bien, il y a toujours trois femmes qui cherchent un boulot.
09:49Tous les hommes sont à l'emploi.
09:51Et je peux vous dire, les femmes étaient bilingues,
09:53les hommes ne l'étaient pas.
09:53Elles avaient le permis de conduire.
09:55Il y en a une qui était ukrainienne, une qui était indienne,
09:58une autre...
10:01Mais voilà, des gens qui avaient une vraie culture,
10:05une vraie culture internationale qui correspond bien au monde du data center.
10:09Elles étaient hyper rigoureuses.
10:10Elles cochaient toutes les cases.
10:11Elles avaient juste une caractéristique,
10:13c'est qu'effectivement, c'était des femmes.
10:14Et alors, oui, peut-être il y a des blocages chez elles
10:17parce qu'il y a un plafond de verre et elles se disent
10:19« Ok, c'est compliqué, ce monde, ce n'est pas forcément pour moi. »
10:22Mais je pense que les blocages ne sont pas uniquement au niveau des candidats
10:25parce qu'on entend tout le temps « Oui, on a besoin de recruter,
10:29on a besoin de diversifier nos effectifs,
10:31on a besoin de féminiser. »
10:32Et en fait, on est confronté à cette problématique de plafond de verre
10:37et on voudrait juste en fait faire passer un message
10:42de dire que quand on reviendra avec des cheveux blancs dans 15 ans
10:46dans cette salle ici avec Samy,
10:48on espère que la moitié de la salle seront des femmes
10:51et donc pas uniquement les services marketing et communication
10:54de vos entreprises respectives,
10:56mais que la moitié seront des femmes
10:58et que l'autre moitié seront des hommes
10:59parce qu'on essaiera de tendre vers une forme de parité
11:02qui corresponde aux besoins du métier
11:05et de toute manière, au goulet d'étranglement
11:07dont a parlé Samy à l'instant,
11:09qui est que de toute manière,
11:10si jamais on n'augmente pas les effectifs
11:14de cette formation, de cette promotion,
11:16de ces métiers, de cet écosystème,
11:18il ne pourra pas se développer comme il mérite de le faire.
11:29Merci à vous.
11:35Ah oui, on a oublié de vous demander si vous aviez des questions.
11:42Sur les plombiers du numérique.
11:44Non, ben écoutez, n'hésitez pas, en tout cas,
11:46il y a le lien assis là-bas.
11:54Bonjour, Fabien Vincent, I3D.
11:56Je voulais vous poser une question par rapport à ça
11:58parce qu'en fait, vous parlez des plombiers du numérique,
12:02mais en fait, il y a plein d'écoles d'ingés
12:04qui existent en France.
12:06Et moi, ce que je constate aussi,
12:07c'est qu'il n'y a plus personne qui y va
12:08pour donner des cours.
12:10Il n'y a plus personne qui se déplace
12:11dans les écoles d'ingés.
12:12Et en fait, c'est assez dramatique
12:14de voir que les compétences, elles disparaissent
12:15parce que les enseignants-chercheurs
12:17ne sont pas des professionnels.
12:19Donc, ils ont besoin d'aide des professionnels
12:21qui ont besoin d'aller mettre un pied dans l'école.
12:23Et aujourd'hui, c'est bien les initiatives privées,
12:25mais il y a aussi des écoles qui existent.
12:27Et les gens, ils devraient aussi
12:29prendre leur courage à deux mains
12:30et retourner donner des cours
12:32dans les facs et dans les universités.
12:39Merci.
12:40Alors, je vais abonder dans ce sens-là
12:41parce qu'en fait, le projet des plombiers du numérique,
12:44ce n'est absolument pas un projet universitaire,
12:46pédagogique qui vise à former l'élite.
12:48C'est juste un projet à la base
12:50qui est un projet d'insertion
12:51pour des publics qui n'ont pas de compétences particulières,
12:55qui se cherchent un avenir professionnel
12:57et qui ont pu avoir quelques années de dérive
13:01pour se dire, j'ai envie d'essayer
13:03de construire quelque chose dans un secteur intéressant.
13:05Ça, c'était la base.
13:06Et puis, en fait, le dispositif,
13:09pardonnez-moi, s'est professionnalisé
13:11parce qu'on a eu un soutien
13:13extrêmement fort
13:13de beaucoup d'acteurs de la communauté
13:16qui ont accueilli ces candidats à l'emploi.
13:18Ça répond à un besoin.
13:20C'est une réalité.
13:22Mais de la même manière
13:23qu'on a monté ce projet-là,
13:25qui est une formation de trois mois,
13:26qui débouche sur un nouveau projet
13:28qu'on a monté avec Equinix
13:29et qu'on va monter avec d'autres opérateurs,
13:32je ne vous dirai pas qui,
13:33il y en a un qui est à ma droite,
13:34sur métier de technicien de maintenance data center
13:37où on va apprendre à gérer le froid,
13:39l'élec, la clim
13:39et toutes les infrastructures du data center.
13:43Eh bien, c'est des métiers
13:46où vous commencez avec une brique de compétences
13:47et vous continuez.
13:49Et donc, évidemment,
13:50l'objectif, c'est que des gens
13:52puissent repartir dans des universités
13:54et donc, effectivement,
13:55il y ait beaucoup plus de proximité
13:56entre le monde des ingénieurs que vous êtes,
14:00le monde des réseaux, des télécoms
14:01et ces structures universitaires
14:03qui, je dois le dire en passant,
14:06effectivement, sont trop loin
14:07de ce monde du data center
14:09et d'autres réalités du quotidien.
14:11Je souhaite vraiment te remorcer
14:13pour cette question et remarque
14:14parce que, en fait,
14:17c'est trop facile pour nous,
14:19exploitants, industriels,
14:20de venir se plaindre
14:21qu'il n'y ait pas assez de compétences
14:22sans effectivement s'investir
14:24dans la formation.
14:26J'ai beaucoup de chance
14:27d'avoir Florian qui ait fait ça.
14:28S'il ne l'avait pas fait,
14:30et donc, ton point est tout à fait juste.
14:33C'est dans les deux sens, en fait.
14:35Il faut aussi que l'industriel
14:38réinvestisse l'université,
14:40l'école, la formation
14:42et n'attende pas que ça vienne
14:44tout près pour faire entrer
14:46dans les effectifs
14:47et attendre des gains de productivité
14:49tout de suite.
14:50Donc, je pense effectivement
14:51et je prends le point,
14:53en tout cas pour moi,
14:54qu'on a une responsabilité
14:55et on a une implication
14:56qui est insuffisante aujourd'hui
14:58en tant que patron d'industrie
14:59et il va falloir
15:00qu'on rapproche beaucoup plus
15:01notre monde
15:02de celui de la formation.
15:03Donc, je te remercie
15:03pour ta question.
15:05Merci.
15:07Vous avez le droit d'applaudir.
15:11Et alors ?
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