00:00On reçoit ce matin le président du conseil départemental de la Dordogne
00:03qui répond à vos questions, Thibaut Delmarle.
00:05Bonjour Germinal Perrault.
00:06Bonjour.
00:07Lionel Jospin est mort dimanche.
00:09Vous l'a entendu ce matin, son histoire est liée à la Dordogne
00:11avec la tempête de 99.
00:13Il était venu aussi lié à votre histoire, votre histoire de député.
00:18Il est venu ici en Dordogne pendant votre campagne
00:21et ensuite il vous a demandé cette réforme de la retraite agricole.
00:27Exactement. Lionel Jospin est venu suite à la dissolution hasardeuse,
00:32encore une, de 1997 qui avait été inspirée par De Villepin.
00:39Il est venu faire campagne pour le Parti Socialiste.
00:42Il était allé à Bordeaux. Il est venu au centre des expositions de Marsac.
00:46J'avais organisé avec lui une rencontre avec Maurice Bouilloux
00:50qui à l'époque était le leader, un leader très puissant, des retraités agricoles.
00:55À un moment où dans les années 90, un mouvement national est né
01:00et il faisait des réunions à plus de 10 000 ou même 14 000 personnes.
01:04Je lui avais demandé de rencontrer Maurice Bouilloux
01:05qui avait pu expliquer les problèmes et qui réclamait 75% du SMIC
01:09pour les chefs d'exploitation.
01:11Lionel Jospin l'a écouté et il lui a fait un courrier.
01:14Il lui a dit, voilà, si je deviens Premier ministre, j'accorderai,
01:17on ira vers les 75% du SMIC pour les chefs d'exploitation.
01:21Ayant cotisé 40 ans, à l'époque, les agriculteurs cotisaient 37 ans et demi.
01:25Bref, il est devenu Premier ministre.
01:28Moi, il se trouve que je suis devenu député en même temps que Michel Lasseux,
01:32René Dutin et Michel Suchot en juin 1997.
01:36Il m'a demandé un rapport sur les retraites agricoles
01:39et à la première page du rapport, j'ai mis son courrier.
01:42Vous s'étiez engagé.
01:43Oui, oui, je lui ai mis son engagement sous le nez, d'une certaine façon.
01:47Il a tenu bon, il a engagé un plan quinquennal de revalorisation.
01:50Mais on est arrivé, au bout du plan, au 50% qui est la retraite de base des salariés.
01:57Et là, il y avait un problème puisqu'il n'y avait pas de retraite complémentaire dans le régime agricole.
02:01Et il m'a demandé de préparer une proposition de loi
02:04pour créer un régime complémentaire en agriculture.
02:07C'est ce que j'ai fait.
02:08J'en suis très fier.
02:09C'est la loi Perrault de 2002.
02:12Et on est arrivé les derniers
02:14puisque les commerçants l'avaient fait en 1974
02:17et les artisans en 1976.
02:19Quel souvenir vous gardez de Lionel Jospin comme homme que vous avez rencontré,
02:23celui qui vous a soutenu, celui que vous avez peut-être revu récemment ?
02:26Alors, je l'ai connu en tant que militant socialiste.
02:29Il a été premier secrétaire national du PS après 1981.
02:33Il avait donc participé à la victoire de François Mitterrand.
02:36Mais je l'ai surtout connu pendant 5 ans
02:38où j'ai été député.
02:39Mon premier mandat, j'ai fait 4 mandats députés,
02:41mais le premier mandat, de 1997 à 2002,
02:45il était premier ministre.
02:46Donc je le voyais là toutes les semaines.
02:49Ce que je retiendrai surtout, c'est sa rigueur en vérité,
02:52son honnêteté et sa rigueur.
02:55Parce qu'il a voulu faire des avancées sociales pendant son mandat.
03:00On a connu les 35 heures,
03:02on a connu les emplois jeunes,
03:03on a conduit l'aide aux personnes âgées dépendantes.
03:06Il a créé le PAX pendant ses 5 ans.
03:09Il a été rigoureux, surtout sur le plan économique.
03:12On l'oublie, mais on a réduit la dette
03:14pendant les 5 années de Jospin.
03:16Et surtout, le chômage est passé de 3 millions à 2 millions.
03:20Moi, j'étais nouveau député, plus jeune,
03:23et on avait l'impression de marcher sur l'eau.
03:25D'inauguration en inauguration,
03:27les choses s'amélioraient pour notre pays.
03:29Malheureusement, ça s'est mal fini,
03:31puisque en 2002,
03:34il n'a pas été au deuxième tour
03:36du fait de l'éparpillement de la gauche.
03:39Et Jacques Chirac s'est retrouvé face à Jean-Marie Le Pen.
03:43Et brutalement, sa carrière s'arrête le 21 avril.
03:46Vous savez, je crois que c'est à la fois sa rigueur et son honnêteté.
03:49Il a considéré qu'il était désavoué,
03:51et qu'il ne pouvait plus mener le bateau.
03:54Sa femme avait dit, d'ailleurs,
03:55mon mari est conséquent.
03:56Et il en a tiré les conséquences le soir même.
03:59Il a dit, j'abandonne la vie politique,
04:01parce que pour lui, c'était un échec terrible.
04:03A titre personnel, mais l'échec, c'était surtout
04:05que Jean-Marie Le Pen soit au deuxième tour de la présidentielle.
04:07Et bien entendu, on a voté Jacques Chirac.
04:09Lionel Jospin qui est mort le jour du deuxième tour
04:11des élections municipales.
04:13Ici, en Dordogne,
04:15notamment à Périgueux,
04:17le Parti Socialiste a perdu.
04:19La mairie, c'était quelque chose
04:21auquel vous vous attendiez ?
04:22Écoutez, on savait que les choses seraient difficiles.
04:25Il faut d'abord rappeler que le Parti Socialiste
04:27avec Delphine Labaisse a gagné
04:29la dernière fois, il y a six ans,
04:31à à peu près 40%.
04:32Il a gagné sur une triangulaire.
04:35Aujourd'hui, cette fois-ci,
04:37il n'y avait pas de triangulaire,
04:38c'était un face-à-face.
04:40Et les électeurs de droite
04:42avaient le choix de rassemblement
04:44entre Antoine Audi et Michel Cadet.
04:46Donc, on n'était pas dans la même configuration.
04:49Ce que je regrette, c'est que,
04:51sincèrement,
04:52ce n'est pas parce que ce sont des amis,
04:53mais je crois que le mandat
04:55de Delphine Labaisse et d'Emeric Lavitola
04:58restera dans l'histoire de Périgueux.
04:59Il suffit de voir la rue Taillefer,
05:01la place de la Côte.
05:02Il suffit de voir le grand sade de Périgueux.
05:05Ce sont des grands projets qui resteront
05:07et qui, je crois, montrent qu'on avait
05:09à la tête de Périgueux
05:10des gens sérieux, appliqués, honnêtes.
05:12Mais la démocratie, c'est ça.
05:14C'est le choix des Périgueux.
05:15Est-ce que, comme de nombreux maires,
05:17Émeric Lavitola a payé ce dégagisme
05:21de fin de mandat,
05:23comme ça a été le cas dans d'autres communes ?
05:25On pense à Trelissac.
05:27Je ne sais pas si on peut comparer les choses,
05:30mais en tout cas, c'est vrai
05:31qu'il y a un mouvement de dégagisme
05:33que l'on a senti,
05:34et on ne le sentait pas aussi fort
05:36au cours des dernières sélections municipales.
05:38Vous savez, on dit toujours
05:39que le maire, c'est l'élu préféré des Français.
05:43Mais là, franchement,
05:44on a attribué aussi au maire
05:46des compétences qui ne sont pas les siennes.
05:48On a beaucoup parlé des déchets, par exemple.
05:50Je regrette, mais le SMD3,
05:52ce n'est pas la ville de Périgueux,
05:54ce n'est pas la ville de Tréhysac.
05:55Il y a des problèmes qui dépassent
05:59les fermetures de classe, par exemple.
06:01Ce n'est pas eux qui les décident.
06:02La vie des hôpitaux, c'est l'État qui le décide.
06:04Ce n'est pas forcément la commune.
06:05Mais je crois qu'il y a une confusion
06:07entre les compétences aujourd'hui.
06:09Et c'est vrai que l'esprit de dégagisme
06:11a joué en Dordogne comme ailleurs.
06:13À Sarla aussi, où Basile Fahni
06:15a très largement gagné
06:17face à celle qui devait succéder,
06:19qui a été désignée en tout cas
06:20pour succéder à Jean-Jacques de Peretti,
06:21maire depuis 37 ans.
06:22Oui, là aussi, il y a une forme
06:24d'injustice, mais il faut l'accepter.
06:27Et Basile Fahni, je crois,
06:29a remporté une victoire tout à fait personnelle.
06:31Il ne faut pas oublier qu'il y a 6 ans,
06:33il était à 130 ou 140 voix
06:34derrière Jean-Jacques de Peretti.
06:36Et il n'a pas lâché le terrain.
06:38Il a fait une campagne de terrain
06:39pendant 6 ans.
06:39Il a un bon contact.
06:40Et donc, cette victoire,
06:42elle est personnelle.
06:42Elle n'est pas forcément politique.
06:45Mais il n'empêche que Fabien de Lagoubi,
06:49par exemple, a payé la suite et le dégagisme,
06:52puisqu'elle est apparue aux yeux de tous,
06:54d'ailleurs,
06:55comme la continuité de Jean-Jacques de Peretti.
06:58Et les gens voulaient tourner la page
07:00et voulaient changer.
07:00Merci d'avoir été avec nous ce matin.
07:02Germinal Perrault,
07:03vous êtes le président
07:04du conseil départemental de la Dordogne
07:06pour revenir sur le décès de Lionel Jospin
07:09et donc le résultat
07:10de ces élections municipales en Dordogne.
07:12Merci d'avoir été avec nous ce matin.
07:12Je vous en prie, avec plaisir.
07:14On vous retrouve cette interview
07:15sur ici.fr.
07:16Il est 7h53.
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