00:00Marie d'Orsay, le second tour des élections municipales a eu lieu hier.
00:04Dans le Loiret, il restait 15 communes qui n'avaient pas tranché au premier tour, dont Orléans et Montargis.
00:10La sous-préfecture du Loiret qui bascule à l'extrême droite, tout comme à Milly.
00:14Bonjour Pierre Alorent, politologue orléanais, doyen de la faculté droit d'Orléans.
00:19On peut parler de séisme politique local avec ces deux communes remportées par le Rassemblement National ?
00:24Oui, c'est une avancée importante, en tout cas pour le Rassemblement National.
00:27A Milly, on s'y attendait, on sait que le député Thomas Ménager est très implanté sur place.
00:34C'est son compagnon qui se présentait à Milly, il était sur la liste et il a poussé très fort.
00:40Et malgré l'alliance dès le premier tour d'un ancien horizon, M. Bouquet, Christophe Bouquet, et du Parti Socialiste,
00:47eh bien l'ERN l'emporte. Mais le séisme s'y en a un, c'est Montargis, on ne s
00:51'y attendait pas trop.
00:52On savait que c'était très serré, il y avait vraiment trois tiers, à l'image de ce qui se
00:57passe dans la vie politique française maintenant depuis 2022 ou 2024,
01:01surtout depuis la dissolution. Et à très peu de voix près, à 59 voix, eh bien c'est donc le
01:07Rassemblement National qui emporte Montargis.
01:09Ce qui veut dire avec Montargis et Milly que l'intercommunalité, l'agglomération de Montargis, va probablement basculer au Rassemblement
01:15National.
01:16Comment on explique cette implantation de l'extrême droite dans l'Est du département ? C'est le contexte, on
01:20a beaucoup parlé des émeutes, notamment en 2023 ?
01:22Oui, bien sûr, Montargis, ça a beaucoup marqué. C'est d'abord les gilets jaunes, il y a eu aussi,
01:28il y a quelques années, des inondations qui ont mis en grande difficulté les commerçants,
01:32et puis les émeutes urbaines, vous avez raison. Et puis donc un contexte social de désindustrialisation, de taux de pauvreté,
01:41de taux de chômage, en particulier des jeunes, très fort.
01:43Et puis le contre-coup, en quelque sorte, de la proximité de la région parisienne, donc avec tout un tas
01:49de problèmes sociaux, éducatifs, de violences aussi,
01:53qui impactent la vie et donc qui facilitent l'implantation du Rassemblement National, mais aussi le travail du député Thomas
02:00Ménager. C'est incontestable.
02:02Vous avez parlé des gilets jaunes, on le rappelle que comme du Nice, le nouveau maire RN de Montargis était
02:05une figure des gilets jaunes à l'époque.
02:07À Orléans, par contre, pas de changement. Serge Grouard est élu à 58% des voix, cinquième élection pour le
02:13maire d'hiver droite dans une grande ville comme Orléans.
02:15C'est une longévité inhabituelle ?
02:17Ah oui, alors à Orléans, déjà un maire qui fait trois mandats, ça n'existait pas avant Serge Grouard. Alors
02:23cinq, n'en parlons pas.
02:25Et pour les grandes villes, disons de plus de 100 000 habitants, il y en a 42 en France, c
02:29'est extrêmement rare.
02:31Alors Jean-Luc Moudin qui n'est pas très loin, même s'il avait perdu une fois, mais c'est
02:34vraiment à Toulouse, mais c'est vraiment un record.
02:37Il y a une relation particulière de Serge Grouard avec l'électorat et avec la population orléanaise.
02:43C'est pas qu'Orléans retourne à sa tradition, disons, de droite. On le voit bien aux élections européennes, régionales,
02:50départementales.
02:51D'ailleurs, Baptiste Chapuis est élu départemental. Orléans vote plutôt à gauche.
02:56Mais il y a une fidélité municipale à Serge Grouard qui est invaincue aux municipales.
03:01Il a perdu une élection législative contre Caroline Janvier, mais aux municipales il est imbattable.
03:05Donc ça veut dire qu'il est très très implanté au niveau local ?
03:08Très implanté. Moi j'y vois à la fois la reconnaissance d'un bilan, l'embellissement incontestable du centre-ville
03:14et un sentiment de reconquête d'une fierté d'être orléanais.
03:20C'est très fort, je pense, qui n'existait pas du tout à Orléans avant le XXIe siècle.
03:26Il y avait une sorte de rivalité négative par rapport à Tours.
03:31Désormais, les orléanais sont fiers de leur ville.
03:33Serge Grouard qui a annoncé qu'il allait briguer la présidence de la métropole d'Orléans.
03:38La métropole où il n'y a pas eu trop de changements au niveau des maires.
03:41Il n'y a pas eu trop de changements, mais quand même, ça va plutôt dans le sens de Serge
03:43Grouard.
03:43Effectivement, grande différence d'attitude, vous avez raison, puisque la dernière fois, en 2020,
03:49il n'avait pas revendiqué immédiatement la présidence de la métropole.
03:53Là, il le fait. Pourquoi ? Il y a Saint-Jean-de-Bray, qui est quand même la troisième ville
03:56du Loiret maintenant,
03:57qui a basculé à droite avec M. Gourin.
04:01Donc là, c'est une des surprises, pas par rapport au premier tour, mais par rapport à avant les élections.
04:06Il y a Saint-Néanval qui bascule dans l'autre sens, au profit de la gauche,
04:10mais globalement, Serge Grouard est renforcé au détriment de la gauche et du centre.
04:16Donc il y a des chances pour qu'il remporte la métropole d'Orléans ?
04:17Oui, il y a de bonnes chances, effectivement.
04:19Et puis sur le projet, le programme aussi, les Halle-Châtelet, la Place d'Arc,
04:24tout ce qu'il y avait dans le programme de Serge Grouard.
04:26Il reste quelques bastions de gauche dans le Loiret, Chalette-sur-Loin notamment, Fleury-les-Aubrées, Sarran.
04:31Mais les partis historiques comme l'EPS doivent se questionner sur leur stratégie pour l'avenir,
04:36notamment avec la présidentielle qui arrive dans un an ?
04:38C'est sûr. Alors, les scrutins sont évidemment très très différents.
04:41Entre un scrutin où c'est la personne, l'homme ou la femme, qui compte, comme à la présidentielle,
04:47il n'y a pas de fusion de listes, etc. Ça n'existe pas.
04:49Mais bien sûr, la question des alliances ou des désistements va jouer.
04:53On sait déjà que le ou la candidate du Rassemblement national,
04:56on le saura bientôt avec le procès en appel de Marine Le Pen,
04:59donc soit Marine Le Pen, soit Jordan Bardella,
05:01est pratiquement sûr d'être déjà qualifié au second tour des présidentielles.
05:05Qui sera le deuxième homme ou la deuxième femme ?
05:07Jean-Luc Mélenchon est déjà en campagne.
05:09Et donc, pour la droite classique, le centre, et pour la gauche non-mélenchoniste,
05:14eh bien, il y a un défi très fort de ne pas avoir une pluralité de candidatures,
05:18sinon ils seront éliminés.
05:19Rapidement, Pierre Alleron, on avait l'habitude de dire que les élections municipales
05:22étaient celles qui intéressaient le plus les Français.
05:24L'abstention d'hier, très importante, 51% dans le Loiret.
05:28Est-ce que c'est inquiétant ?
05:29Ben oui, c'est inquiétant, donc réponse à votre question,
05:32ça n'est plus le cas, c'est plus l'élection préférée des Français.
05:35Il y a une sorte d'extension finalement d'une forme d'indifférence
05:38ou d'érosion démocratique, qui est quand même grave,
05:40qui est paradoxale avec la demande par ailleurs existante
05:44de plus participer entre les scrutins,
05:46on parle beaucoup de démocratie participative,
05:49de référendum, d'initiative citoyenne ou locale, etc.
05:53Donc il y a un paradoxe, je pense que la Commune n'est plus adaptée
05:59en termes de ressorts, de circonscriptions, de territoires,
06:02à ce que vivent la plupart des gens.
06:04La métropole, oui, et puis pour, disons, les moins de 35 ans,
06:08il y a une mobilité beaucoup plus forte,
06:11on ne passe plus toute sa vie au même endroit,
06:13et donc il y a un lien qui s'est distendu avec la Commune,
06:16contrairement, disons, aux générations les plus âgées.
06:19Merci Pierre-Alorent, politologue orléanais,
06:21d'être venu analyser ces résultats du second tour
06:23des élections municipales dans le Loiré.
06:25Bonne journée.
06:26Bonne journée à vous.
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