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  • il y a 2 semaines
Après un an et demi d’un cessez-le-feu précaire entre Israël et le mouvement chiite Hezbollah, le Liban est à nouveau un théâtre de guerre. Depuis le 2 mars 2026, les bombardements quotidiens de l’État hébreu ont fait au moins 1 000 morts et forcé un million de personnes à quitter leur foyer. Depuis ses bureaux à Beyrouth, Stéphanie Khouri, journaliste pour le quotidien “L’Orient-Le Jour”, témoigne.

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Transcription
00:00C'est sûr qu'il y a un sentiment de déjà-vu de manière générale dans cette guerre,
00:03qu'il y a un certain nombre de réflexes que les Libanais ont de guerre en guerre,
00:08qui sont réactivés dès lors que la guerre reprend.
00:11Et l'autre sentiment qui est extrêmement important, je pense,
00:14est que quelque part la guerre n'a pas vraiment commencé,
00:18que pour l'instant les Israéliens sont occupés sur le front iranien,
00:22mais que la véritable guerre est à venir.
00:26Stéphanie Rouly est journaliste à Lorient Le Jour.
00:28Nous l'avons déjà rencontrée en mai 2025,
00:30et elle nous avait expliqué à cette occasion comment sa rédaction avait tenu
00:34pendant les bombardements israéliens sur le Liban à l'automne 2024,
00:37qui avait fait plus de 500 mois.
00:39On avait peur nous-mêmes pour notre sécurité, pour nos familles.
00:43On était en permanence au courant des frappes qui allaient avoir lieu
00:45via le compte Twitter du porte-parole de l'armée israélienne.
00:49Mais depuis le 2 mars 2026, les frappes israéliennes ont repris.
00:53Cette nouvelle offensive a été déclenchée par des tirs du Hezbollah libanais
00:56sur l'État hébreu en soutien à l'Iran,
00:58cible d'une opération israélo-américaine lancée le 28 février dernier.
01:03En trois semaines, les frappes israéliennes ont déjà fait plus de 1000 morts
01:06et un million de déplacés.
01:08Et la menace d'une offensive terrestre dans le sud du Liban se rapproche.
01:11Depuis Beyrouth, Stéphanie Rouly revient sur ces événements.
01:14Quand on s'était parlé, on était en période d'accalmie.
01:17Le cessez-le-feu n'a jamais vraiment été un cessez-le-feu,
01:20mais malgré tout, c'était une période beaucoup plus calme.
01:22À l'époque, on avait le luxe du temps et du recul.
01:26Aujourd'hui, je vous parle, les circonstances sont complètement différentes.
01:31On est de plein pied dans la guerre, on est dans le feu de l'action,
01:35avec tout ce que ça veut dire comme incertitude.
01:38La plupart d'entre nous n'attendaient pas à ce que le Hezbollah réplique
01:42entre en guerre cette fois-ci.
01:44D'abord parce qu'il était extrêmement affaibli suite à la dernière guerre de 2024.
01:49Et ensuite parce qu'il donnait le sentiment qu'il était prêt à jouer le jeu libanais,
01:54c'est-à-dire à coopérer avec le gouvernement.
01:56Et que cette fois-ci, il n'allait pas ouvrir un nouveau front avec Israël.
02:00Évidemment, on a eu tort.
02:02C'est sûr qu'il y a un sentiment de déjà-vu de manière générale dans cette guerre.
02:05et qu'il y a un certain nombre de réflexes que les Libanais ont de guerre en guerre
02:10qui sont réactivés dès lors que la guerre reprend.
02:13Les mêmes stratégies, les mêmes réflexes, les mêmes lieux de refuge ouvrent leurs portes.
02:20Les mêmes techniques pour faire face ou parfois pour éviter de faire face reviennent.
02:25Donc ça, c'est pour le côté mécanique de cette guerre.
02:28Mais en même temps, il y a le sentiment que tout se passe très vite cette fois-ci.
02:33Déjà en deux semaines, ça a été extrêmement vite.
02:36On a eu une frappe qui a eu lieu à quelques centaines de mètres de nos locaux.
02:41Il y a eu un ordre d'évacuation pour la première fois.
02:44Ça n'avait jamais eu lieu de la très grande majorité des quartiers qui composent la banlieue sud.
02:50Ça a été une journée très particulière de panique pour toute la ville, pour tout Beyrouth,
02:55mais pour nous aussi à la rédaction, puisqu'on doit traverser ces quartiers pour rentrer chez nous.
02:59Et l'autre sentiment qui est extrêmement important, je pense, est que quelque part, la guerre n'a pas vraiment
03:05commencé.
03:06Que pour l'instant, les Israéliens sont occupés sur le front iranien.
03:10Qu'ils sont en quelque sorte en train de préparer le terrain, d'évacuer des pans entiers du territoire.
03:16Mais que la véritable guerre est à venir.
03:20Les Libanais se déchirent quant à quelle réponse à avoir à cette puissance de feu israélienne.
03:26Il y a énormément de déceptions vis-à-vis du gouvernement, vis-à-vis de la présidence, vis-à-vis
03:31de l'armée.
03:31Parfois pour des raisons différentes.
03:33Je pense qu'il y a quelque chose de cassé qui sera extrêmement difficile à reconstruire quand la guerre sera
03:40finie.
03:41Et c'est ça qui est extrêmement douloureux.
03:44Et peut-être encore plus fort cette fois par rapport à la dernière guerre.
03:49À l'Orient le jour, on a un peu le mode guerre qui réactivait.
03:53On a repris le suivi de l'actualité 24h sur 24, jour et nuit.
03:58Beaucoup d'entre nous, on avait Newt, le porte-parole de l'armée israélienne, sur nos téléphones pendant cette année
04:04-là.
04:04Et de nouveau, moi sur mon téléphone, je l'ai remis en notification.
04:08On est beaucoup à suivre les annonces, les avertissements, les demandes d'évacuation, les frappes à venir via ce média.
04:15Pour nos reporters, on a mis en place tout un processus sécuritaire qui juge en permanence la valeur ajoutée éditoriale
04:24des sujets par rapport aux risques que nos journalistes prennent.
04:27Et c'est en permanence un arbitrage entre ne pas prendre de risques pour nos journalistes.
04:32Et en même temps, qu'on ne soit pas empêché par la situation sécuritaire de couvrir la réalité libanaise, y
04:39compris des régions qui sont de plus en plus difficiles d'accès.
04:42Parfois, on se joint à des missions internationales et parfois, quand on ne peut pas envoyer le journaliste, on téléphone
04:49avec nos contacts sur place.
04:50Donc il y a toute cette logistique qui s'est remise en place de manière assez naturelle.
04:56À la fois, on fonctionne normalement et en même temps, rien n'est comme d'habitude.
05:00Ce fameux jeudi où l'armée israélienne, en début d'après-midi, a ordonné l'évacuation de la majorité de
05:07la banlieue sud de Beyrouth,
05:08où on était dans les locaux, il y a eu un mouvement de panique général à l'échelle du pays,
05:14de la ville de Beyrouth.
05:15En une minute, des embouteillages monstres pour quitter la ville.
05:20Au journal, on a dû à la fois gérer nous, en tant que Libanais, qu'est-ce que ça veut
05:25dire pour nous ?
05:26Est-ce que si je reste là, je reste bloquée ? Est-ce que je ne veux pas ?
05:28Et en même temps, il fallait couvrir ça en tant que journaliste.
05:31Couvrir la situation actuelle, les embouteillages, informer les gens.
05:34Et ça, je pense que c'est quelque chose qu'on a appris à faire de manière plus naturelle.
05:40On en sait sûr qu'il y a une fatigue qui s'ajoute, c'est la deuxième guerre,
05:45mais on sent aussi d'années de crise, il y a eu l'explosion au port de Beyrouth.
05:48Cinq, six, sept années qui ont été extrêmement éprouvantes pour les journalistes.
05:53Pour la première fois, on va mettre en place un soutien psychologique pour nos journalistes.
05:58Je pense que c'est un bon message pour signaler ce qui est devenu normal pour nous.
06:04Ne l'ai pas.
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