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Interview Saskya Vandoorne CNN

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00:00Les hommes levaient le bras de la femme pour montrer qu'elle était vraiment inconsciente, qu'elle était sédatée.
00:05Et le jour et la nuit, ils s'échangeaient des conseils sur comment droguer et violer leur partenaire.
00:11Quand on enquête pendant 7 mois comme ça, je pense qu'on ne sort pas indemne.
00:18Le 26 mars 2026, la chaîne américaine CNN publiait une enquête sur le site pornographique motherless.com.
00:24Elle explorait un réseau d'hommes échangeant des conseils pour droguer, endormir et agresser sexuellement leurs partenaires.
00:31Saskia Von Dorn, chef du bureau parisien de CNN, nous raconte les dessous de cette enquête au retentissement international qui
00:37fait écho à l'affaire Gisèle Pellicot.
00:39Tout a commencé avec le procès des viols de Mazan.
00:43J'étais dans la salle d'audience quand l'avocat de Gisèle Pellicot, Antoine Camus, a parlé de Coco,
00:48qui était le site que Dominique Pellicot a utilisé pour recruter tous ces hommes qui allaient violer sa femme.
00:54Et Antoine Camus a décrit Coco comme étant l'arme du crime.
00:58Et donc, même si Coco avait été fermé, on était très intéressé de savoir est-ce qu'il y avait
01:02des autres plateformes comme Coco,
01:04où les hommes se rassemblaient pour partager des fantasmes.
01:08On a entendu parler très rapidement de Motherless, qui est un site qui existait même avant Coco.
01:13Et donc, on a créé un profil masculin.
01:17Et là, on a commencé à voir des vidéos de femmes inconscientes qui sont abusées par des hommes.
01:22Et là, on a vu qu'il y avait des dizaines de milliers de vues qui avaient aussi des catégories
01:28comme
01:30Chlorogal, Passed Out, Eye Check, ça veut dire vérification des yeux.
01:33Les hommes levaient le bras de la femme pour montrer qu'elle était vraiment inconsciente, qu'elle était sédatée.
01:39Ils allaient après monter les paupières de la femme pour, encore une fois, montrer qu'elle était complètement out.
01:45Et après, ils passaient à l'acte.
01:47L'enquête, en tout, a duré sept mois.
01:50Parce que de Motherless, c'est là où on a trouvé des liens à des groupes Telegram privés.
01:57Le groupe Telegram que nous, on a infiltré, il y avait mille hommes dessus.
02:00Et le jour et la nuit, ils s'échangeaient des conseils sur comment droguer et violer leurs partenaires.
02:06Quand on était dans le groupe Telegram, on consultait nos avocats.
02:11Il y avait un cadre très précis dans lequel on pouvait travailler.
02:15Par exemple, on ne pouvait bien sûr pas partager d'images de nos femmes, entre guillemets.
02:20Les discussions étaient assez difficiles parce que, même si des hommes, au début, voulaient bien échanger avec nous,
02:25très rapidement, ils pensaient qu'on était un peu louche.
02:28Donc, ils quittaient la discussion.
02:31Mais un jour, il y avait cet homme qu'on va appeler Piotr, ce n'est pas son vrai nom,
02:35qui, lui, a écrit dans le groupe, est-ce que quelqu'un est réveillé ?
02:38J'ai répondu. Et de là, on a entamé des échanges qui ont duré pas mal de mois.
02:44Il m'envoyait de plus en plus de photos, de vidéos de sa femme.
02:48Et il m'a dit qu'il l'avait droguée et violée.
02:51C'est là où on s'est dit, il faut absolument qu'on essaye d'identifier cet homme.
02:57Et on s'est retrouvés en Pologne, dans le même restaurant que Piotr.
03:01On a décidé de ne pas le confronter parce qu'on ne savait pas comment il allait réagir,
03:06qu'il aurait pu faire à sa femme, qui était d'ailleurs avec lui dans le restaurant.
03:09Ce qu'on a fait, c'est de partager des éléments de nos enquêtes avec les autorités polonaises.
03:15Peut-être une semaine, même pas, après avoir partagé ces éléments avec la police polonaise,
03:21ils ont arrêté Piotr et appelé des coupables.
03:25On n'a pas réussi à identifier des victimes.
03:27Mais depuis que cette enquête a été publiée, on a été inondés par des messages de femmes
03:33qui veulent savoir si elles sont sur ces sites.
03:37Mais c'est un travail très minutieux, très difficile à faire.
03:41Et je ne pense pas que ce soit un travail de journaliste,
03:45mais je sais qu'il y a beaucoup de femmes qui sont inquiètes
03:48et qui pensent qu'il pourrait exister des vidéos d'elles sur ces plateformes.
03:51Quand on parle avec les victimes de ce type de crime,
03:55on comprend qu'il y a vraiment un avant et un après Gisèle Pellicot.
03:59Les trois femmes que j'ai interviewées ont dit que c'était grâce à Gisèle Pellicot
04:05qu'elles voulaient aujourd'hui partager leur histoire.
04:09Il fallait que la honte change de camp.
04:10Et je pense qu'elle a vraiment libéré la parole de ces femmes.
04:14Donc quand on regarde ce phénomène international aujourd'hui,
04:17est-ce que ces cas sont en train d'augmenter
04:20parce qu'il y a plus de femmes maintenant
04:23qui vont justement alerter les autorités
04:25ou est-ce que c'est vraiment un phénomène qui est en train de monter ?
04:30C'est impossible à savoir,
04:32mais je pense que Gisèle Pellicot a fait beaucoup
04:35pour faire en sorte que ces femmes sentent capables
04:38de pouvoir aller porter plainte.
04:40Quand on enquête pendant sept mois comme ça,
04:44je pense qu'on ne sort pas indemne.
04:47À un moment, c'est vrai que quand je prenais le métro le matin,
04:51j'étais devenue vraiment très parano.
04:54Je pensais que tous les hommes qui étaient sur leur portable
04:56étaient sur Motherless.
04:57Et j'ai vraiment perdu un peu ma foi dans les hommes
05:01et dans l'humanité.
05:02Mais quand je vois les échos que cette affaire a eus
05:05depuis qu'elle a été publiée,
05:07ma foi est un tout petit peu restaurée.
05:09C'est important de dire que Motherless n'est pas juste un site pornographique
05:16où il y a cette espèce de sleep porn, sleep content.
05:21C'est aussi un site où il y a du porno classique.
05:25Donc il y a des hommes qui sont sûrement sur ce site
05:27qui regardent du porno classique,
05:29mais qui peut-être ont vu aussi ces vidéos
05:33et qui se sont dit « Waouh, c'est trash, c'est terrible ».
05:36Mais il faut alerter aussi,
05:38parce que si on ne travaille pas avec les hommes sur ce sujet,
05:41je pense qu'on ne va pas pouvoir s'en sortir.

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