Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 2 jours
C’est l’un des plus grands scandales sanitaires français. Le Mediator est accusé d’avoir fait des centaines de morts et d’avoir fragilisé la santé de milliers d’autres victimes. Médicament vendu entre 1976 et 2009, le Mediator a été consommé par 5 millions de français. Le fabricant, le laboratoire Servier, va être jugé ce lundi 23 septembre à Paris. C’est un procès hors norme : il va durer 6 mois, avec des centaines d’avocats et des milliers de parties civiles. A travers le regard de Michel, un retraité victime de ce médicament, et de Marc Payet, journaliste spécialiste santé au Parisien, Code source vous raconte aujourd’hui l’affaire du Mediator. Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Clawdia Prolongeau - Conception et préparation : Clara Garnier-Amouroux - Production : Jeanne Boezec - Réalisation et mixage : Benoît Gillon - Musiques : François Clos - Identité graphique : Upian.

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:00Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11C'est l'un des plus grands scandales sanitaires français.
00:15Un médicament est accusé d'avoir fait des centaines de morts
00:18et d'avoir fragilisé la santé de milliers d'autres victimes.
00:21Médicament vendu entre 1976 et 2009, consommé par 5 millions de Français
00:27et dont le fabricant, le laboratoire Servier, va être jugé.
00:31Des centaines d'avocats, des milliers de partis civils, 6 mois d'audience,
00:35c'est un procès hors norme qui doit s'ouvrir ce lundi 23 septembre à Paris.
00:40A travers le regard de Michel, un retraité victime de ce médicament,
00:43et de Marc Payet, journaliste au Parisien, spécialiste santé,
00:47Codesources vous raconte aujourd'hui l'affaire du Mediator.
01:01Michel a 76 ans. Il est diabétique depuis 2002, un diabète de type 2,
01:05celui qui touche surtout les adultes.
01:07En 2003, son médecin lui prescrit le Mediator,
01:11et quelques années plus tard, dans son cabinet, il se montre inquiétant.
01:14Il m'a dit, écoutez, vous allez voir la cardiologue.
01:17Alors j'ai demandé pourquoi, il me dit, vous avez une petite fuite au cœur.
01:20Je vois ma cardiologue, elle me fait les congrès, elle me dit, oui, ça c'est grave.
01:24Oui, il faut aller à l'hôpital, passer des examens, des radios, des échographies.
01:31C'était un vendredi, j'ai venu avec mes résultats le samedi matin à ma prix.
01:36Elle me dit, écoutez, on va prendre rendez-vous pour vous au CCN,
01:39donc au Centre cardiologique du Nord à Paris, pour vous opérer.
01:42Je dis, pourquoi ? Elle me dit, c'est grave, vous avez vu une balle en l'air.
01:45Deux mois après, j'ai été opéré, en urgence.
01:48Il me restait deux mois à vivre.
01:52Marc Payet, vous avez suivi l'évolution de ce scandale depuis le tout début.
01:56C'est quoi d'abord le Mediator ?
01:58Le Mediator, c'est un médicament vendu au départ contre le diabète,
02:02mais en fait, c'est un coupe-fin qui provoque de graves soucis de santé
02:06et qui abîme les valves du cœur.
02:08Trois cachets par jour, donc 150 grammes par cachet.
02:11C'était à peu près grand comme ça, comme un doliprane.
02:14La boîte était bleue et blanche.
02:17Je ne me rappelle pas si c'était ovale ou ronde, je ne me rappelle plus très bien,
02:20mais en tout cas, je me rappelle.
02:22Et croyez-moi que je n'ai oublié jamais, jamais, jamais un café.
02:26Le Mediator arrive dans les années 1970,
02:29et justement, les années 70, c'est la grande période des coupes fins.
02:32Voilà l'été et tous ces vilain kilos qui ne veulent pas fondre vous dépriment.
02:36Pour perdre du poids, il y a beaucoup de solutions.
02:38Mieux manger, bouger ou dévaliser votre pharmacien.
02:41Les laboratoires Servier ont vu, avant les autres d'ailleurs,
02:44qu'il y avait une mode de l'amaigrissement, notamment aux Etats-Unis,
02:47que les femmes et les hommes voulaient maigrir,
02:49et ils se sont mis sur ce marché, en créant aussi d'autres médicaments.
02:52Pourquoi est-ce qu'ils décident de positionner ce médicament
02:54comme un anti-diabétique et pas un coupe-fin ?
02:56Pourquoi faire ce choix ?
02:56Justement, il y a des études internes du groupe Servier,
02:59dans les années 69, auxquelles ont eu accès les enquêteurs,
03:01qui montrent qu'en fait, les gars du marketing chez Servier,
03:04Phosphore, même aussi la femme du patron,
03:07Janine Servier, réfléchit comment on va positionner ce médicament
03:10pour convaincre les médecins, parce que c'est eux qui vont
03:13éventuellement faire que c'est un succès ou pas, commercialement.
03:15Et d'après les premières études,
03:16c'est pas forcément un très bon amaigrissant.
03:18Donc ils se disent, ça marchera pas forcément sur ce marché,
03:20peut-être que ça marche sur le métabolisme.
03:22Donc ils le positionnent sur le métabolisme,
03:24et donc éventuellement sur le diabète,
03:26et dissimulent par la suite,
03:28dans leur dossier d'autorisation de mise sur le marché,
03:31le fait que c'est un coupe-fin,
03:34anorexigène,
03:35dangereux pour la santé.
03:36Ils le dissimulent, donc la tromperie,
03:37elle est là dès 1976.
03:39Et c'est la même molécule qui est utilisée dans les coupe-fin ?
03:42C'est pratiquement la même molécule.
03:44Et donc aussi, ça sera un des enjeux du procès
03:46de voir si c'est exactement la même chose,
03:47ou pas exactement la même chose,
03:48mais enfin c'est très proche.
03:50C'est une molécule qui s'appelle la fenfluramide,
03:52et qui délivre une substance dans le sang
03:55qui s'appelle la norfenfluramine,
03:57et cette norfenfluramine provoque des graves maladies du cœur.
04:01Justement, quels sont les effets indésirables de ce médicament ?
04:04Dès le départ, on sait qu'il est dangereux pour l'animal,
04:07puisque les enquêteurs ont retrouvé les notes
04:09des gens de Servier qui mettaient au point ce produit.
04:12Dans les années donc ?
04:1269, 70, 72.
04:15Dangereux pour l'animal.
04:16Or, ils ont omis de préciser cette dangerosité pour l'animal
04:20dans leur dossier d'autorisation de mise sur le marché.
04:23En revanche, la grande dangerosité pour l'homme
04:25sera connue que plus tard.
04:27Ce qu'on saura par la suite, plus tard, à partir de 1997,
04:31les effets indésirables pour le patient sont gravissimes.
04:35La norfenfluramine abîme considérablement les valves du cœur,
04:40provoque donc des valvulopathies,
04:42et finissent par être potentiellement mortelles.
04:45C'est un empoisonnement.
04:46C'est un poison, ça m'a détruit.
04:48Ça m'a détruit.
04:49Puis bon, sur le coup, mon diabète a descendu,
04:53mais pas tant que ça.
04:53Et puis, après, j'étais fatigué, fatigué, fatigué.
04:57Plus que ça allait, plus j'étais fatigué.
04:59Plus que j'étais fatigué, plus que je ne voulais rien faire.
05:01Et plus que je ne voulais rien faire, plus que j'en avais marre.
05:05Alors, a priori, d'après les retours des médecins qui le prescrivent,
05:08il n'est pas tellement efficace pour le diabète.
05:10Et d'ailleurs, c'est là qu'il y a une deuxième partie de tromperie.
05:13C'est que, finalement, les médecins disent aux visiteurs médicaux,
05:16mais nos patients, ils perdent du poids.
05:18Mais ce ne serait pas, en fait, un anorexigène.
05:20Ce ne serait pas, finalement, un coup de faim.
05:21Et là, il y a des plaquettes et des notes marketing des visiteurs médicaux
05:25rédigées par le groupe qui leur disent ce qu'ils doivent dire aux médecins.
05:28Les visiteurs médicaux sont les commerciaux, les VRP du laboratoire
05:31qui mettent en avant les qualités des médicaments
05:34pour que les médecins les prescrivent aux malades.
05:36Et en fait, ils leur mentent et leur disent
05:38« Mais pas du tout, ce n'est pas un anorexigène, ce n'est pas un coup de faim, continuez.
05:41»
05:41Et puis, un jour, j'étais chez mon fils en Normandie.
05:44Il habitait en HLM et il habitait au troisième étage.
05:46Puis, à chaque demi-étage, il y avait un palier.
05:48Et à chaque fois que je montais les escaliers, je m'arrêtais là.
05:51Je dis « C'est pas poté, bien un problème. »
05:53Et puis, quand j'en ai parlé à mon médecin,
05:55mon médecin, il m'a dit « Ben oui, mais c'est normal,
05:57c'est des soufflements où vous êtes plus jeunes,
05:58où il avait quand même un certain anorex, tout ça. »
06:00Mais je dis « Attendez, dis-moi, sportif que j'étais. »
06:03Je faisais du vélo avec Jacques-Antille, avec Jean Jourdaine.
06:06J'ai fait la natation avec Oulie Caillot au Havre.
06:08J'étais champion de France de natation.
06:11Maintenant, je ne peux plus rien faire.
06:13Marc Payet, on entend Michel, qui a pris du Mediator à partir de 2003,
06:17alors que tous les médicaments coupe-fin ont été interdits en France
06:20six ans plus tôt, en 1997,
06:23après une étude approfondie menée sur ces médicaments,
06:27et notamment deux médicaments stars du laboratoire Servier.
06:30Mais le Mediator, lui, n'est pas inquiété.
06:33Expliquez-nous ça.
06:33En 1997, une équipe de l'hôpital Antoine Becler à Clamart
06:39travaille effectivement sur les dangers de l'isoméride et du pondéral,
06:43les deux coupes-fin de Servier,
06:45et se rend compte qu'il provoque effectivement
06:47hypertension artérielle pulmonaire, problème très grave au cœur.
06:51Première étude française.
06:52Deuxième étude française, ensuite dans les mêmes années,
06:54validée, qui paraît New England Journal of Medicine,
06:57professeur Lucien Abbénaïm,
06:58et qui confirme que ces coupes-fins au niveau mondial sont très dangereux.
07:03Décision de l'Agence du médicament en France de retirer les coupes-fins,
07:07donc isoméride, pondéral, retiré du marché.
07:09Mais le fameux Mediator passe à travers les gouttes.
07:12Il n'est pas retiré parce que, pour l'instant, la tromperie ne s'est pas vue.
07:15On n'a pas vu que c'était un coup-fin en 1997.
07:21Dans l'équipe dont vous parliez en 1997, l'équipe de Clamart,
07:25il y a une certaine Irène Frachon.
07:27Irène Frachon est un médecin qui est alors interne à l'hôpital Antoine Beclerc, à Clamart,
07:33et qui travaille effectivement avec cette équipe qui met à jour les dangers des coupes-fins.
07:37Et elle s'en rappellera plus tard, quand elle sera confrontée à des vrais malades du Mediator.
07:43Est-ce qu'à cette période, à la fin des années 90, dans les années 2000,
07:47des soupçons sur le Mediator commencent à se développer ?
07:50Est-ce que les journalistes spécialisés santé, comme vous, commencez à en entendre parler ?
07:56Les journalistes santé n'entendent pas forcément parler à cette époque-là.
07:59Mais après, quand on regarde ce qui s'est passé, de fait, il y a des alertes sérieuses.
08:03En 1999, il y a un médecin à Marseille, le docteur Chiche,
08:07qui pour la première fois documente que sous Mediator, des patients peuvent faire des valvulopathies.
08:11Ensuite, en 2003, les autorités suisses demandent des comptes au laboratoire Servier.
08:16Est-ce que votre produit n'est pas un coup-fins ?
08:18Les Espagnols, puis les Italiens, retirent le produit du marché.
08:21Donc il est complètement incompréhensible à ce moment-là
08:25que les autorités françaises, au moins à partir de 1999 ou 2000,
08:29ne décident pas de retirer leurs produits,
08:31ou ne demandent pas des comptes forts au laboratoire Servier.
08:34Là, il y a vraiment quelque chose d'anormal qui se passe.
08:36Pourquoi qu'en France, ça a été raté en 2009 ce médicament ?
08:41En Italie, en Espagne, dans le monde entier, c'est arrêté, sauf en France.
08:46Ils ont pris, nous, en tant que personnes, hommes, femmes ou enfants, pour des cobayes.
08:52Mais avec la vente de ce médicament-là, ils ont gagné de l'argent.
08:55La réputation du laboratoire Servier, du point de vue des journalistes,
08:58et dont je fais partie à cette époque, commence à être assez mauvaise.
09:01Parce que la fameuse histoire de l'isoméride commence à sortir.
09:04C'est-à-dire, on apprend que ces patients ont développé des pathologies graves à cause de l'isoméride,
09:10mais on apprend aussi que le laboratoire fait pression sur les victimes en décrédibilisant leurs témoignages.
09:16Il y a des affaires comme quoi des lanceurs d'alerte, des premiers médecins ou journalistes qui s'intéressent à
09:21ça,
09:21sont poursuivis, menacés, avec des recours tout le temps devant les tribunaux, intimidation, stratégie.
09:27Donc le laboratoire commence à avoir une image assez mauvaise auprès des journalistes d'investigation.
09:32Et en même temps, on se rend compte que c'est un État dans l'État, une puissance forte,
09:36qui règne un peu sur une partie de la cardiologie française,
09:39et qui arrose, à tous les sens du terme, des médecins, des décideurs, les emmène en congrès,
09:44et que finalement, il y a une espèce de système qui est en place, d'influence, qui semble être très
09:50important à l'époque.
09:562009, coup de théâtre, Irène Frachon, la pneumologue qui travaillait avec les médecins de l'étude de 1997 à Clamart,
10:02alerte les autorités sanitaires sur les risques cardiaques liés au médiator.
10:07Irène Frachon, elle est devenue pneumologue à l'hôpital de Brest,
10:10et elle voit arriver en consultation des patientes qui souffrent de problèmes du cœur,
10:16qui rappellent fortement l'affaire de l'isoméride.
10:18Et en fait, elle est en échange avec ses collègues de Clamart et d'autres,
10:23et elle se rend compte qu'effectivement, les mêmes causes produisant les mêmes effets,
10:27elle travaille, elle est aussi en lien avec des gens de l'assurance maladie,
10:30elle n'est pas toute seule, elle est en lien avec des gens du journal Prescrire,
10:34elle est en lien un peu avec quelques journalistes d'investigation,
10:37et elle découvre le poteau rose qu'en fait, effectivement,
10:40le médiator est un coupe-fin, anorexigène, et qu'il est toujours sur le marché,
10:44et que c'est absolument incompréhensible.
10:46Elle fait remonter en interne à l'agence du médicament ses soupçons,
10:49elle est quand même entendue, et en 2009, mais en catimini, en novembre 2009,
10:54le médiator finit par être retiré du marché.
10:56Mais l'affaire n'a pas vraiment encore éclaté.
10:58Elle éclatera plus tard, notamment en 2010, suite à la publication d'un livre sur le médiator,
11:03qui aurait presque pu passer inaperçu.
11:04En 2010, Irène Frachon raconte son histoire,
11:07et elle publie un bouquin qui s'appelle
11:09« Mediator, 125 mg, combien de morts ? » chez un petit éditeur de Brest.
11:14Et effectivement, il aurait pu passer inaperçu,
11:16et finalement, ce qui le rend un peu populaire,
11:17c'est qu'il y a un recours des laboratoires serviers,
11:20qui commence à avoir mauvaise presse auprès d'une partie de l'opinion publique et des journalistes,
11:24et ce recours vise vraiment à le censurer.
11:26Sur la couverture, un titre explicite,
11:29« Mediator, 150 mg, combien de morts ? »
11:32Trop percutant au goût des laboratoires serviers.
11:34Le groupe pharmaceutique souhaite voir disparaître la mention « Combien de morts ? »
11:38jugeant que cela peut porter préjudice au laboratoire.
11:40Et il le censure, et donc elle doit changer son titre,
11:43et dire « Mediator, combien de morts ? »
11:45Elle doit retirer « Combien de morts ? » et mettre « Censurer ».
11:47Ça devient un problème d'intimidation d'une entreprise économique très puissante
11:52contre une entreprise qui est considérablement moins puissante,
11:56un petit éditeur, un petit libraire de province.
11:59Et finalement, ça attire l'attention des journalistes parisiens.
12:02Donc moi, pour le Parisien, Anne-Jouan, pour le Figaro,
12:05on trouve que l'histoire est incroyable, et effectivement, on sort des papiers.
12:09Michel se souvient très bien avoir découvert l'affaire dans le Parisien en 2009.
12:15Ce jour-là, il était dans son café habituel.
12:17Le mercredi, le vendredi et le dimanche, je bois un café sans sucre et un verre d'eau.
12:23Et je lis le journal pendant ce temps-là,
12:25que ma femme a discuté avec Paul-Pierre-Jacques, a discuté avec le Thierry-Aveux.
12:29Cette journée-là, je vois ce journal, je vois Irène Frachon.
12:33Je lis le journal, je lis le journal, je dis « Mais purée, c'est moi ça ! »
12:37C'est moi qui ai appris ça.
12:38Et puis, je dis « C'est pas possible. »
12:41Quand je suis revenu à la maison, j'ai été voir ma fille chez elle,
12:43comme elle, à un ordinateur.
12:45Et puis, je dis « Patricia, écoute, tu peux me chercher le nom d'Irène Frachon à Brest,
12:49le pneumologue de Brest, tout ça ? »
12:50Elle me dit « Oui, papa, je vais te chercher. »
12:53Elle le cherche à l'hôpital de Brest, Irène Frachon.
12:56Elle me donne son numéro de téléphone à Irène Frachon.
12:59Et je téléphone.
13:00Donc, au début, vous voyez, elle me dit « Qu'est-ce que vous avez ? »
13:03Je dis « Écoutez, j'ai ça, et ça, et ça, et ça. »
13:06Elle me dit « Ça, ça m'intéresse. »
13:07Je lui demande « Pourquoi ? »
13:08Elle me dit « Oui, parce que je cherche justement des gens comme vous,
13:11qu'ils ont été esquintés par le médiateur. »
13:13Je dis « Vous croyez que c'est le médiateur qui me fait ça ? »
13:15Elle me dit « Oui. »
13:17Et là, Marc Payet, on commence à mesurer l'ampleur des dégâts.
13:20Il y a une grande étude, novembre 2010,
13:22faite par une experte qui, pour le coup,
13:25travaille pour l'agence du médicament,
13:27Catherine Hill,
13:28et qui chiffre à 500 morts les décès liés au médiateur.
13:32Bonsoir à tous.
13:33Un nouveau scandale sanitaire confirmé aujourd'hui.
13:36Les comprimés de cette petite boîte bleue
13:38ont provoqué la mort d'au moins 500 personnes en France.
13:40Le médiateur, censé lutter contre le diabète et le surpoids,
13:43a pourtant été autorisé pendant plus de 30 ans.
13:45Les personnes traitées sont invitées à consulter leur médecin.
13:48Le médicament est donc interdit en 2009.
13:51Le procès n'a lieu que cette année, en 2019,
13:55c'est-à-dire 10 ans plus tard.
13:56Comment ça se fait que ça ait pris autant de temps ?
13:58Affaire énorme, une enquête longue,
14:00beaucoup de faits à établir.
14:02Travail difficile pour les enquêteurs,
14:04on travaille sur un très gros laboratoire français,
14:06on doit voir des médecins,
14:08on doit voir des gens de les cabinets ministériels,
14:10on doit voir des gens à l'agence du médicament,
14:12donc une lourde enquête.
14:13Et en même temps, mais après tout,
14:14c'est les droits de la défense, évidemment.
14:16Beaucoup de manœuvres, de procédures de la part du groupe
14:19qui se défend évidemment avec ténacité
14:22pour repousser l'échéance.
14:23Ces derniers mois, Servier a indemnisé des milliers de victimes.
14:26C'est ce que vous avez révélé dans Le Parisien.
14:28Le 9 avril, expliquez-nous ça.
14:29Les montants doivent être d'environ 164 millions d'euros
14:33versés à un peu plus de 3500 victimes du Mediator.
14:36Mais Servier ne le fait pas de lui-même,
14:38c'est parce qu'il a dû signer un contrat avec l'État
14:41sur un fonds d'indemnisation des victimes.
14:43Donc de fait, ils ont déjà indemnisé beaucoup de victimes.
14:46Et ils vont s'en servir, je pense,
14:47de cet aspect des choses pour mettre en avant qu'ils jouent le jeu.
14:50Le procès qui s'ouvre ce lundi 23 septembre
14:52dans le nouveau palais de justice de Paris
14:54va donc être un procès hors normes.
14:56Alors c'est un procès hors normes.
14:58Il est prévu sur 6 mois,
14:59avec 3 ou 4 demi-journées par semaine.
15:02Il y aura 4000 parties civiles,
15:03400 avocats,
15:05des gens qui vont venir dans des conditions de santé extrêmement difficiles.
15:07Moi, j'ai rencontré beaucoup de patients du Mediator dans ma carrière.
15:11Effectivement, il y a des gens qui sont en insuffisance cardiaque,
15:13il y a des gens qui sont en fauteuil roulant,
15:14il y a des gens qui ont du mal à se déplacer.
15:15C'est une vraie preuve d'être aussi face à ce qu'ils soupçonnent être leur bourreau.
15:20Et à tout niveau, ça va être un procès hors normes.
15:22Sur le banc des accusés, il y aura 25 personnes physiques ou morales,
15:26mais un grand absent.
15:27Jacques Servier, le fondateur de l'entreprise,
15:29mort en 2014 à l'âge de 92 ans,
15:32c'était quel genre de personnalité ?
15:34C'est lui qui a créé les laboratoires Servier, du même nom.
15:36Il a commencé comme simple pharmacien,
15:38on dit même marchand de sirop, à côté d'Orléans.
15:40Et puis, il a prospéré, il a fait une success story
15:43en transformant sa petite pharmacie en galaxie multinationale
15:47vendant ses médicaments aux quatre coins du monde,
15:49surtout en Europe, pas mal en Europe de l'Est, en Russie aussi.
15:51Donc, success story, c'était la 15e fortune de France quand il est décédé.
15:55Et en même temps, des soupçons qui sont arrivés assez tôt,
15:57d'acheter les gens, finalement.
15:59C'est-à-dire d'avoir recruté au sein de son entreprise
16:03des décideurs ou des anciens décideurs
16:06qui venaient soit de l'agence du médicament
16:08et qui avaient eu des responsabilités, justement,
16:10comme par hasard, au moment de la mise sur le marché
16:13ou du suivi du médiator,
16:15et puis qui se retrouvent grassement payés
16:17un peu à rien faire dans les laboratoires Servier.
16:19Ou alors des anciens personnes de cabines ministérielles,
16:21des ministres qui font de l'influence pour Servier,
16:23on ne sait pas trop pourquoi.
16:24Mais finalement, ce système était vraiment dû
16:27à la personnalité de cet homme-là,
16:28mais il l'a poussé à bout.
16:29A quelle grande question ce procès va devoir répondre ?
16:32Ce procès va devoir répondre à plusieurs questions.
16:35Comment un laboratoire a-t-il pu mettre sur le marché
16:37un produit maquillé, dangereux,
16:40et qui est resté, finalement, très longtemps,
16:4233 ans sur le marché ?
16:43Comment est-ce que c'est possible ?
16:44Pourquoi les autorités de santé,
16:46qui ont le droit, mais le devoir,
16:48de retirer un médicament quand il est dangereux,
16:50pourquoi ne l'ont-ils pas fait ?
16:51Et enfin, jusqu'à quel niveau
16:53les responsabilités se situent ?
16:55Est-ce que c'est à des niveaux uniquement du labo ?
16:57Ou est-ce qu'il y aura des condamnations de l'État ?
16:59Effectivement, il y a des enjeux multiples.
17:00Je veux qu'il reconnaisse l'auteur
17:02devant le tribunal, devant les juges,
17:04par écrit, et qu'on ferme le laboratoire
17:06avec une indemnisation pour toutes les personnes,
17:09mais pas 1000 euros, hein !
17:10Et je me bats pour ça.
17:14Si on se résume, en fait,
17:15ce qu'on reproche au laboratoire Servier,
17:17c'est toute une série de tromperies, de mensonges.
17:19Il est reproché au laboratoire Servier
17:21de la tromperie sur la qualité substantielle
17:23de son produit, une escroquerie,
17:25car en fait, il leur est soupçonné
17:27d'avoir arnaqué les caisses de sécurité sociale
17:29et les mutuelles pour des centaines
17:31et des centaines de millions d'euros.
17:32Ils étaient remboursés, leurs médicaments,
17:35et en fait, sur des bases de dossiers
17:37supposément falsifiées.
17:38Donc il y a escroquerie, et enfin,
17:41et ça sera peut-être beaucoup plus difficile à prouver,
17:44blessure et homicide involontaire,
17:45parce qu'il y a des gens qui sont gravement malades,
17:47voire décédés des suites de ce produit.
17:52J'ai plus le même caractère que j'avais avant.
17:54J'ai même plus la joie de vivre que j'avais avant.
17:56Je ne pouvais plus inviter quelqu'un à la maison
17:57parce que j'ai un comportement,
17:59maintenant, il a changé à 80%.
18:03Mon caractère a changé,
18:04même vis-à-vis de la maison, des enfants, tout ça.
18:06Je ne deviens pas méchant, mais je deviens susceptible.
18:10De son côté, le laboratoire Servier
18:12va chercher à charger l'État ?
18:14Le laboratoire Servier va chercher à charger l'État
18:16en disant que les responsabilités sont partagées
18:18et que si l'État a autorisé le médicament aussi longtemps,
18:21il est lui aussi responsable.
18:23Concrètement, que risque le laboratoire Servier
18:26à l'occasion de ce procès ?
18:27Une condamnation pénale,
18:29très mauvaise pour leur image,
18:31et une amende record.
18:32Que nous a appris, finalement, le scandale du Mediator ?
18:34Ce qui est incroyable dans cette affaire du Mediator,
18:36c'est qu'on a vu qu'à une époque
18:38qui a duré longtemps en France,
18:39il y avait visiblement des conflits d'intérêts
18:42entre un laboratoire pharmaceutique Servier,
18:44des experts du médicament
18:46qui siégeaient à l'agence du médicament
18:48et qu'on pensait être des gens
18:50tout à fait sincères,
18:51des braves professeurs de médecine,
18:53mais on s'est rendu compte
18:54qu'en fait, ils étaient achetés par le laboratoire,
18:56et des gens dans les cabinets ministériels
18:58qui regardaient passer les trains
19:00et qui ne faisaient strictement rien,
19:01dans le meilleur des cas.
19:02Qu'est-ce qui a changé
19:03depuis ce scandale sanitaire ?
19:05Il y a une nouvelle loi.
19:06Les conflits d'intérêts des experts
19:08qui siègent à l'agence du médicament
19:09doivent être déclarés.
19:10On ne peut plus travailler pour un laboratoire
19:13et en même temps siéger à l'agence
19:15quand les produits de ce laboratoire
19:17évidemment viennent demander une autorisation.
19:19Et l'opinion publique a changé son regard
19:21sur une partie de l'industrie pharmaceutique
19:24et sur les médecins.
19:25On est beaucoup plus exigeants à leur égard.
19:28On veut être sûr qu'il n'y a pas de conflit d'intérêts
19:30avec les labos
19:31pour être certain de la qualité des produits
19:33qu'ils mettent à notre disposition.
19:34Donc effectivement, les choses ont changé,
19:36mais il faut rester très vigilant
19:38parce que personne n'est à l'abri
19:39d'un nouveau scandale.
19:44Merci à Michel Duh pour son témoignage
19:47et à Marc Payet,
19:48dossier conçu et préparé
19:49par Clara Garnier-Amouroux.
19:59Côte Source est le podcast d'actualité du Parisien.
20:02Production Jeanne Boézek.
20:04Réalisation Benoît Gillon.
20:06Si vous aimez Côte Source,
20:07n'hésitez pas à en parler à vos amis
20:09ou sur les réseaux sociaux
20:10et à vous abonner sur votre application
20:12de podcast préférée.
20:13Nous sommes aussi disponibles sur Deezer et Spotify
20:16et vous pouvez dialoguer avec nous par Twitter
20:19ou en nous écrivant à l'adresse
20:21codesource.fr.
20:34Sous-titrage Société Radio-Canada
20:36Sous-titrage Société Radio-Canada
20:39Sous-titrage Société Radio-Canada
Commentaires

Recommandations