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Devenue monnaie courante chez les nouvelles stars de la télé-réalité, la médecine esthétique séduit la nouvelle génération. Une tendance qui a vu l’arrivée de professionnels peu scrupuleux aux pratiques clandestines. Ariane Riou, journaliste à la cellule récit du Parisien et Elsa Mari, spécialiste santé au service société, racontent dans Code source comment ces actes illégaux ont pris de l’ampleur.

Dans ce podcast : La chirurgie esthétique n'est plus réservée aux seniors, elle se banalise chez les plus jeunes notamment avec le succès des réseaux sociaux de l'image comme Instagram. Parfois cela mène à des dérives comme les injections clandestines pour gonfler les lèvres ou les fesses, injections effectuées illégalement par des personnes non qualifiées, Code source fait le point aujourd'hui sur la banalisation de la médecine esthétique et ses dérives.
Les 18 34 ans font plus de chirurgies que les personnes de 50 ans ce n’est plus une simple tendance c'est vraiment un phénomène qui est en train d'émerger. Il s'explique de deux façons : la première c'est par le développement de la médecine esthétique qui contrairement à la chirurgie esthétique n'est pas un acte chirurgical : c'est par exemple des injections pour gonfler des lèvres ou combler des rides et ça se fait entre midi et deux ça prend 10 à 20 minutes donc c'est assez facile. La deuxième explication c’est l’influence des stars de télé-réalité qui font beaucoup de chirurgie et qui postent sans arrêt des photos d'elle avec des visages parfaits, des corps galbés…

Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Sarah Hamny, Thibault Lambert, Raphaël Pueyo et Thomas Valognes - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network, Epidemic Sound - Identité graphique : Upian

Archives : Sam Zirah, Sananas, Luna Skye, Siham TV, HouseOfRbb.

En savoir plus : https://www.leparisien.fr/podcasts/code-source/chirurgie-esthetique-chez-les-jeunes-enquete-sur-une-dangereuse-banalisation-07-02-2022-YJXIOW25NBC6HMJEUJXTG2GJV4.php

#injections #esthetique #chirurgie

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Transcription
00:03Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12La chirurgie esthétique n'est plus réservée aux seniors.
00:15Elle se banalise chez les plus jeunes,
00:17notamment avec le succès des réseaux sociaux de l'image comme Instagram.
00:20Parfois cela mène à des dérives comme les injections clandestines pour gonfler les lèvres ou les fesses,
00:25injections effectuées illégalement par des personnes non qualifiées.
00:29Codesources fait le point aujourd'hui sur la banalisation de la médecine esthétique et ses dérives
00:34avec deux journalistes du Parisien qui travaillent en ce moment sur le sujet,
00:39Ariane Rioux de notre cellule Récit et Elsa Marie, spécialiste santé au sein du service Société.
00:51Ariane Rioux, en février 2021, vous êtes partie en reportage aux Émirats Arabes Unis à Dubaï pour le Parisien,
00:58reportage sur les influenceurs français qui vivent là-bas et vous avez été marquée par l'importance pour beaucoup d
01:04'entre eux de la chirurgie esthétique.
01:05Oui, j'y suis allée pour rencontrer des influenceurs un peu particuliers, ceux issus de la télé-réalité.
01:10Et c'est vrai que dans ce milieu, la chirurgie esthétique s'est complètement assumée.
01:15Ils en parlent à la télé, sur leurs réseaux sociaux, ils vont même un peu plus loin en faisant de
01:20la pub parfois
01:20pour des cabinets de chirurgie esthétique ou des chirurgiens esthétiques.
01:24Et c'est le cas de beaucoup d'influenceurs et d'influenceuses, qu'ils soient à Dubaï ou restés en
01:29France.
01:29Alors, le prix de mon intervention, il est de 2500 euros, c'est-à-dire à peu près 250 euros
01:34par seringue.
01:35En fait, je me retrouvais, j'ai retrouvé mon visage, je me reconnaissais.
01:38Je trouvais mon nez beaucoup plus joli, mais je me reconnaissais, c'est ça que je voulais.
01:41Si par exemple, t'as un garçon, et que t'as 25 ans, et que t'as la calvitie, et
01:45que t'es super complexée,
01:47vraiment, n'hésite pas, il faut passer à l'action, fais-toi des implants de cheveux.
01:52Elsa-Marie, en tant que spécialiste santé, vous faites des sujets dans le Parisien sur la chirurgie esthétique depuis 5
01:59ans.
01:59Et au printemps 2017, quand vous aviez 28 ans, vous avez fait une sorte de testing à Paris.
02:04Racontez-nous ça.
02:05Oui, l'idée de départ, c'est que je voulais savoir si les chirurgiens allaient accepter de m'injecter du
02:09Botox alors que j'avais que 28 ans.
02:10Et l'idée, c'était de leur montrer mes soi-disant rides au coin des yeux, et de leur demander
02:15s'ils étaient d'accord pour me faire une injection.
02:17Ce qui m'a frappée, c'est vraiment la différence des avis.
02:21Le premier me dit qu'il n'y a pas de problème, que je n'ai pas de rides.
02:24Après, si vraiment c'est un souci pour moi, il peut me faire une injection.
02:27La deuxième, elle, elle me dit « je ne touche rien, revenez dans 5 ans, vous n'avez pas de
02:31rides, donc c'est inutile ».
02:33Et le troisième, lui, me dit carrément « moi, je peux vous mettre du Botox un peu partout, dans le
02:37front, sous les yeux, avec une formule 3 en 1 ».
02:40Et vous aviez aussi demandé une augmentation mammaire.
02:43Du coup, ce troisième chirurgien plastique, il vous demande combien pour tout ça ?
02:47Le Botox plus l'augmentation de la poitrine, j'avais un devis de 11 000 euros.
02:54Le 1er février 2019, à l'occasion d'un grand congrès à Paris de chirurgie plastique, vous signez un dossier
03:01dans Le Parisien, Elsa Marie,
03:02sur le fait que les jeunes, les 18-34 ans, sont maintenant plus nombreux que les plus de 50 ans
03:08à faire appel à ces pratiques.
03:09Oui, c'est un véritable tournant. On se rend compte que les 18-34 ans font plus de chirurgie que
03:13les personnes de 50 ans.
03:15Ce n'est plus une simple tendance. C'est vraiment un phénomène qui est en train d'émerger.
03:18Il s'explique de deux façons. La première, c'est par le développement de la médecine esthétique,
03:24qui contrairement à la chirurgie esthétique, n'est pas un acte chirurgical.
03:27C'est par exemple des injections pour gonfler des lèvres ou combler des rides.
03:31Et ça se fait entre midi et deux, ça prend 10 à 20 minutes, donc c'est assez facile.
03:35La deuxième explication, c'est l'influence par exemple des stars de télé-réalité,
03:39qui font beaucoup de chirurgie et qui postent sans arrêt des photos d'elles,
03:43avec des visages parfaits, des corps galbés.
03:45Les fans vont avoir envie de leur ressembler.
03:48A quel type d'opération ou de gestes de chirurgie esthétique les jeunes ont souvent recours ?
03:53Au niveau du visage, c'est un gonflement des lèvres, donc des lèvres plus pulpeuses.
03:58Ensuite, ils peuvent faire aussi des injections dans le nez pour avoir un nez plus droit.
04:02Et des injections parfois au niveau des yeux pour estomper les rides.
04:06Ariane Rioux, quel est le corps à la mode aujourd'hui ?
04:09Le corps à la mode, c'est un corps en forme de bouteille d'orangina, avec des fesses rebondies,
04:15une poitrine volumineuse, une taille très fine.
04:18C'est en fait un corps à la Kim Kardashian.
04:20Aujourd'hui, elle est l'inspiration de beaucoup de jeunes et d'influenceurs.
04:24Elle la marie.
04:25On est loin de la mode des mannequins extrêmement maigres dans les années 80.
04:28Oui, dans les années 80, elle avait un corps filiforme, une sorte de brindille.
04:33Elle devait disparaître sous le vêtement durant les défilés.
04:35Aujourd'hui, il faut toujours être mince parce qu'on aime cette taille comme ça, très fine.
04:40Mais il faut avoir des gros fessiers.
04:41Comment ? C'est impossible naturellement.
04:43On ne peut pas avoir des fesses énormes avec une taille de guêpe.
04:46Ce sont des corps qui sont irréels.
04:49Si on veut les obtenir, il faut passer sur le billard.
04:51Elsa Marie, les influenceuses ont probablement aussi plus d'impact que les mannequins des années 80 ou 90.
04:57Il y avait une sorte de distance avec ces mannequins-là.
05:00On les voyait dans les magazines, sur papier glacé.
05:02Mais là, les jeunes femmes qui regardent les influenceuses sur les réseaux sociaux,
05:07il faut savoir qu'elles passent des heures et des heures sur les réseaux sociaux.
05:10Et donc, finalement, il y a une sorte de matraquage.
05:12Elles n'ont pas forcément la distance qu'elles ont avec ce qu'elles voient dans la rue.
05:16Ariane Rioux, les photos postées sur Instagram par les influenceuses,
05:20elles sont modifiées avant d'être envoyées ?
05:22Oui, la plupart des photos sont modifiées.
05:24Les influenceuses utilisent des applications sur lesquelles elles peuvent très facilement
05:29grossir leurs fessiers, affiner leur taille, gonfler leurs lèvres.
05:32Donc, ça crée des images qui sont fausses.
05:35Elsa Marie, ces filtres ou ces applications pour modifier les photos,
05:38finalement, tout le monde les utilise ?
05:39Oui, tout le monde les utilise.
05:41Les filles vont poster des photos d'elles, avec ces photos qui sont modifiées.
05:46Et ensuite, ça leur crée un complexe, puisqu'elles se voient plus belles qu'en vrai.
05:49Ensuite, elles vont débarquer dans les cabinets des chirurgiens en disant « je veux ressembler à ça »,
05:53qui est finalement un espèce de double numérique, une version d'elle-même améliorée.
05:57Elsa Marie, dans l'un de vos papiers en 2019, vous faites parler à un YouTuber
06:01qui lui-même interroge des personnalités connues de cette plateforme.
06:06Il s'appelle Sam Zira et il dénonce la banalisation de la chirurgie esthétique.
06:11Alors, il dit que c'est devenu de l'industrie, une forme d'abattage,
06:15notamment parce que les candidats de téléréalité sont démarchés par des agences de tourisme
06:20qui travaillent pour des cliniques en Tunisie.
06:22Et elle leur propose des partenariats.
06:23Ce partenariat, c'est « on vous paye l'opération »
06:25et en échange, vous nous faites un coup de publicité sur les réseaux sociaux.
06:29Sam Zira, il est donc YouTuber, il est démarché par ces agences de tourisme
06:33pour filmer les candidats durant leur opération.
06:36Mais qu'est-ce que vous avez toutes aussi aujourd'hui à vouloir vous faire opérer en Tunisie ?
06:40Sam Zira, c'est le moment. Là, on ne peut plus reculer.
06:42Elle a envie, elle a envie.
06:44Oh non, tout ça pour ta graisse.
06:47Tout ça pour une hyposuction.
06:49Tout ça pour un boule.
06:51Et il dit qu'il l'a fait, mais qu'il regrette amèrement.
06:53C'est vraiment une énorme erreur.
06:55Inciter, comme certaines l'ont fait pour ne pas donner de nom,
06:59à aller voir des chirurgiens en bénéficiant de promotions pour faire comme elles, c'est un crime.
07:05Lui, il n'est pas contre la chirurgie esthétique, mais il est contre sa banalisation.
07:07Il dit qu'il faut arrêter de faire de la publicité auprès des jeunes
07:11et que ce n'est pas un acte à nos dans la chirurgie.
07:13Beaucoup plus récemment, en 2021, le Syndicat National de Chirurgie Plastique Reconstructrice et Esthétique
07:20dénonce une dérive, les fake injectors.
07:24De quoi il s'agit en quelques mots ?
07:26Ce sont des femmes qui se présentent comme des expertes en beauté.
07:29Ce sont des esthéticiennes, des prothésistes angulaires,
07:32qui vont jouer aux apprentis médecins en faisant des injections dans les lèvres ou par exemple dans le nez.
07:38En réalité, elles n'en ont pas le droit, elles ne sont pas compétentes pour le faire, elles n'ont
07:42aucun diplôme.
07:43Quel produit est-ce qu'elles injectent dans les lèvres ou dans les fesses ?
07:46Elles injectent un produit qui s'appelle l'acide hyaluronique,
07:49qui est un produit qui va permettre de combler, par exemple, des lèvres ou de combler des rides,
07:54contrairement au Botox, qui lui va avoir une action neutralisante sur l'action de certains muscles.
07:59Mais les deux donnent un effet rajeunissement.
08:01Vous savez que ce syndicat va organiser une conférence de presse sur ce sujet le jeudi 6 janvier
08:06pour essayer d'alerter les autorités et l'opinion publique.
08:10Et du coup, dès le mois de décembre, vous travaillez toutes les deux sur ce problème.
08:14Comment est-ce que vous cherchez ce type d'injectrice clandestine ?
08:18Alors tout simplement sur Instagram, qui est le réseau social de partage de photos,
08:21on tape dans la barre de recherche « Injection »
08:24et là on tombe sur des dizaines et des dizaines de comptes de « Fake Injector ».
08:28Assez bien travaillé, il y a des photos d'avant-après, avec des petites bouches qui deviennent des grosses bouches.
08:33On lance plusieurs pistes, on envoie des messages un peu hasard en disant « Bonjour »,
08:37c'est possible de se refaire faire les lèvres.
08:39Et en environ une demi-heure, on a quatre réponses.
08:41Certaines nous demandent de nous envoyer une photo de notre bouche et on prend rendez-vous.
08:45Le dimanche, 19 décembre, Elsa Marie, Ariane Rioux, vous allez toutes les deux à deux rendez-vous
08:51pour voir comment ça se passe concrètement dans ces cabinets de « Fake Injectors »
08:55en prétextant vouloir vous faire vous-même gonfler les lèvres.
08:59Le premier rendez-vous est pris en Seine-Saint-Denis, à Montreuil, près de Paris.
09:02Décrivez-nous le tout début de ce rendez-vous quand vous êtes à l'extérieur.
09:05Alors déjà, elle ne nous donne pas d'adresse précise.
09:07Elle nous dit « Rendez-vous sur cette place à Montreuil »
09:09et quand vous serez là, vous m'appelez et je vous dirigerai pour vous faire venir à moi.
09:13Quand on arrive, c'est un dimanche, les rues sont désertes, on est dans un endroit reculé de Montreuil,
09:19une sorte de zone en travaux avec des échafaudages, à côté un supermarché discount.
09:25Et là, je l'appelle pour lui dire qu'on est arrivés.
09:27Et elle me dit « Écoutez, regardez, je suis là sur le pas de la porte, elle est à quelques
09:30mètres,
09:31elle nous fait signe de rentrer dans l'immeuble. »
09:32Ariane Rioux, à quoi ressemblent les lieux ?
09:34L'endroit, c'est un gros immeuble de béton qui ressemble à des bureaux mal entretenus.
09:41On rentre à l'intérieur, on prend la sincère, on arrive au deuxième étage
09:44et là, on débouche sur un couloir avec des portes bleues qui ressemblent à des boxes,
09:50il y a des numéros inscrits au-dessus.
09:52Et Elsa entre dans l'une des pièces.
09:55Je rentre dans un box qui doit faire 5-6 mètres carrés environ.
09:58Il y a une table de massage un peu sommaire.
10:01Franchement, c'est assez triste comme endroit.
10:03Elle a mis un peu de papier peint pour essayer d'égayer les lieux.
10:05Il y a des sacs plastiques, il y a une fausse valise de luxe
10:08et puis un petit escabeau avec les produits anesthésiants et donc la seringue d'acide hyaluronique.
10:13Qui est cette jeune femme en quelques mots ?
10:15C'est compliqué à dire.
10:16Ce qu'elle m'explique, c'est qu'elle fait ça depuis un moment,
10:19mais qu'avant, elle faisait du domicile,
10:20mais qu'avec le Covid, c'est compliqué de se déplacer chez les gens
10:23et qu'elle a trouvé un peu cette solution d'urgence, ce box.
10:27Elle dit que ça marche très bien,
10:29qu'elle a beaucoup de jeunes femmes qui viennent la voir en fait
10:32pour s'offrir en quelque sorte des lèvres pour les fêtes de Noël et du Nouvel An.
10:36Vous prétextez donc vouloir vous-même vous faire gonfler les lèvres.
10:39Elle vous explique comment ça va se passer, c'est ça ?
10:41Oui, alors elle me dit, moi je vais te faire une injection dans les lèvres,
10:44mais toi, pendant 3 mois, 5 minutes par jour,
10:47il va falloir que tu te masses les lèvres pour bien répartir le produit,
10:50sinon tu auras des boules.
10:51Donc elle me dit, est-ce que tu as bien compris ?
10:52Je te fais l'injection, mais c'est toi qui fais le travail.
10:55C'est vrai qu'à ce moment-là, j'ai un peu un mouvement de stupeur
10:57et ça la fait rigoler, elle éclate de rire en voyant que j'ai peur.
11:00Elle dit, t'inquiète pas, tu ne vas pas perdre ta bouche.
11:02Combien vous allez payer ?
11:03170 euros l'injection.
11:04Qu'est-ce que vous faites ensuite ?
11:05J'imagine que vous n'avez pas vraiment envie de vous faire gonfler les lèvres ?
11:08Alors depuis le début, je joue quand même un peu la fille apeurée
11:11en lui disant que je ne suis pas sûre et que je réfléchis.
11:12Et d'ailleurs, elle le voit bien, elle n'insiste pas
11:14parce que je pense qu'elle n'a pas envie que je lui crée des soucis.
11:17Et elle me dit, écoute, réfléchis, aucun souci, t'as mon numéro.
11:21N'hésite pas si t'as besoin d'informations supplémentaires
11:23et elle me raccompagne à la porte.
11:25Ariane Rioux, c'est vous qui avez pris le deuxième rendez-vous,
11:28toujours en Seine-Saint-Denis, cette fois à Aubervilliers.
11:31Le pseudo-cabinet est un peu plus coqué que le précédent.
11:34Est-ce que vous pouvez nous décrire les lieux ?
11:35C'est dans un quartier résidentiel.
11:38Là, c'est une grande barre d'habitation,
11:40donc il y a des gens qui vivent là.
11:41Et à l'intérieur, c'est un appartement.
11:43Alors, il n'y a pas beaucoup de meubles.
11:44Il y a une petite musique quand on arrive.
11:47C'est plutôt décoré joliment.
11:49Dans le salon, il y a juste la table
11:51sur laquelle on est censé se faire injecter les lèvres.
11:53Un canapé, une petite table basse.
11:56Il y a une lumière tamisée.
11:58C'est plutôt sympathique.
12:00Qui est-ce qui vous accueille ?
12:01Alors, c'est une fille qui, je pense, a une trentaine d'années.
12:06Qui a ce corps dont on parlait un peu plus tôt.
12:08Elle a Kim Kardashian, donc des fesses rebondies.
12:11Elle est moulée dans un legging noir, un haut noir.
12:13Je pense qu'elle a le nez refait.
12:15Elle a aussi les lèvres très gonflées.
12:17Et elle est ultra maquillée.
12:18Et elle parle beaucoup, elle.
12:19Elle voit qu'on est stressé par l'injection.
12:23Et elle a envie de nous rassurer.
12:24Donc, elle répond à toutes nos questions sans tabou.
12:27Elle nous montre même la seringue
12:28avec laquelle elle est censée nous injecter les lèvres.
12:31Elle nous explique comment ça va se passer.
12:33Combien de temps ça va durer.
12:35Et puis, elle nous parle même de son activité.
12:37Elle élargit un petit peu la discussion à autre chose.
12:39Est-ce qu'elle vous dit combien elle gagne avec ces injections illégales ?
12:41Oui, elle ne s'en cache pas du tout.
12:42Elle nous dit qu'elle peut se faire jusqu'à 800 euros par jour.
12:46Elle nous dit même une phrase qui m'a marquée.
12:47Que c'est à la mode et qu'elle surf sur la vague.
12:50Et qu'elle le fera tant qu'elle peut le faire.
12:54Est-ce qu'on sait quel âge ont ses clientes ?
12:56On ne sait pas exactement quel âge ont ses clientes.
12:58Mais elles sont plutôt jeunes.
12:59Ce qu'elle m'explique, c'est qu'au tout début, elle a fait ça sur ses copines.
13:02Et puis, qu'elles se sont passées le mot.
13:04Elle nous dit qu'elle ne pique jamais de mineurs.
13:07Mais en même temps, parfois, c'est un peu difficile de savoir quel âge ont les filles
13:09qui viennent la voir parce qu'elles font plus vieilles que leur âge.
13:12Donc, ces filles peuvent être très jeunes, en effet.
13:14Et donc, Damo, passer par ces fake injectors, ces fausses injectrices,
13:18c'est moins cher que passer par la voie normale, on va dire ?
13:21Oui, parce que, par exemple, pour une injection aux lèvres, dans un cabinet classique,
13:25ça peut coûter 300 euros.
13:27Chez les fake injectors, c'est à moitié prix.
13:29Ça peut aller entre 100 et 170 euros.
13:32Ces injections illégales à prix cassé, ça attire forcément des jeunes
13:35qui ont très souvent beaucoup moins d'argent que les plus âgés ?
13:38Oui, en effet, elles regardent plus leur portefeuille.
13:40Et puis, surtout, elles sont un peu moins conscientes des risques que ça peut engendrer.
13:43Donc, elles y vont en pensant que c'est une opération anodine, finalement.
13:47Ariane Rioux, vous avez pu rencontrer une victime de l'une de ces fake injectors,
13:52ces injectrices illégales.
13:54Nous l'appellerons Leila pour respecter son souhait de rester anonyme.
13:58Elle a une petite trentaine d'années.
14:00Quelle est son histoire ?
14:02Leila, elle a un profil un peu particulier parce qu'avant d'aller dans un cabinet de fake injectors,
14:07elle avait déjà pratiqué des opérations de chirurgie esthétique.
14:10Sauf que là, elle m'explique qu'elle a un autre complexe aux fesses.
14:15Elle a un creux qu'elle voudrait combler.
14:16Et ça, ça coûte un peu plus cher.
14:18Ça coûte dans un cabinet de chirurgie esthétique plusieurs milliers d'euros.
14:21Et elle n'a pas l'argent, elle me le dit clairement.
14:24Donc, elle va voir sur Internet ce qu'elle peut trouver.
14:26Elle tombe sur une injectrice qui fait ça en région parisienne.
14:29Donc, pendant plusieurs mois, quand même, elle va réfléchir.
14:30Elle est quand même consciente que c'est illégal ce qu'elle fait.
14:32Mais elle va finir par le faire un jour où cette injectrice propose des promotions.
14:36Elle le fait et ça se passe mal.
14:38Sur le coup, ça se passe plutôt bien.
14:40L'injectrice est sympa.
14:41Mais c'est dans les mois et les semaines qui suivent que ça devient compliqué.
14:46Déjà, au tout début, l'effet est escompté.
14:49Donc, le fait de gonfler les fesses, ça ne fonctionne pas.
14:52Et puis, au bout de quelques semaines, elle s'aperçoit qu'elle a des petites taches rouges.
14:54Ça commence à être douloureux.
14:55Et en fait, elle est victime d'une infection aux fesses.
14:58Leïla, qui a témoigné en vidéo sur leparisien.fr et sur la chaîne YouTube du Parisien,
15:04elle nous décrit notamment les dégâts constatés sur son corps.
15:08J'ai eu l'apparition de boules sur les hanches.
15:11Donc, des boules qui se sont infectées.
15:13Il s'agissait d'abcès très douloureux, donc impossible de m'asseoir.
15:18J'ai eu des arrêts de travail également, parce qu'en termes de douleur, c'était insupportable.
15:24Il a fallu vite opérer.
15:25Donc, je me suis rendue en clinique aux urgences, où j'ai été prise en charge immédiatement.
15:29Parce qu'il y avait un risque, de par ces injections, que l'infection se répande dans le sang.
15:34Donc, il y avait un risque constant.
15:36Donc, il a fallu opérer très vite.
15:37Inciser ces abcès, donc c'est une opération très douloureuse, qui se fait sans anesthésie.
15:42C'est assez impressionnant, parce qu'on a littéralement des trous au niveau de la peau.
15:47Donc, il y a encore un mois et demi, j'ai été suivie par une infirmière, donc tous les jours.
15:52Donc, oui, c'est très traumatisant.
15:55Elsa-Marie, quels sont les risques pour la santé quand on fait des injections avec des personnes qui n'ont
16:00pas la bonne formation, les bons diplômes ?
16:01Les risques sont très diverses.
16:03Ça va de la plaie, de la rougeur, jusqu'à la nécrose, nécrose du nez par exemple, c'est-à
16:07-dire une mort des tissus.
16:09Et même jusqu'à la cécité.
16:10Donc, les risques sont très importants.
16:12Et ils sont parfois irréversibles.
16:14Et ce qui est compliqué, c'est que quand ces jeunes femmes, elles accourent dans les cabinets des chirurgiens esthétiques,
16:20cette fois-ci des vrais chirurgiens, en leur disant « aidez-moi », ils ne savent pas toujours comment les
16:24aider.
16:24Pourquoi ?
16:25Parce que pour enlever l'acide qu'on leur a injecté, il y a un antidote, mais il faut savoir
16:31ce qui a été injecté.
16:33Souvent, elles ne le savent pas.
16:34Et surtout, parfois, elles sont trompées.
16:36C'est-à-dire qu'on ne leur a pas injecté de l'acide hyaluronique.
16:38On leur a injecté de l'huile de coco, de la paraffine et même des fragments de plexiglas.
16:44Ariane, Laila, a porté plainte. Dans quel état d'esprit elle est aujourd'hui vis-à-vis de cette jeune
16:49femme dont elle a été victime ?
16:51Elle est en colère. Elle s'est retournée contre l'injectrice.
16:54Et aujourd'hui, si elle a porté plainte, c'est aussi parce qu'elle voit qu'elle continue à exercer.
16:59Et donc, elle est inquiète aussi pour les autres filles qui pourraient être victimes de cette injectrice illégale.
17:03Et Laila espère qu'en témoignant, son histoire fera réfléchir celles et ceux qui sont tentés par ces injections illégales.
17:10Je regrette énormément. Je ne le referai plus jamais.
17:14Je mets en garde vraiment toutes les jeunes femmes ou les femmes comme moi parce que moi-même, j'ai
17:19plus de 30 ans et j'ai été dupée.
17:21Je mets vraiment en garde tout le monde contre ces injectrices illégales qui n'ont aucune éthique parce qu'elle
17:26m'a tout simplement ignorée quand j'ai eu mes complications médicales.
17:28Aujourd'hui, j'ai des séquelles physiques, psychologiques, j'ai des cicatrices qui ne partiront pas comme ça.
17:34Il faudra envisager des traitements au laser, etc. Donc oui, je regrette énormément.
17:40Le jeudi 6 janvier, vous publiez toutes les deux votre enquête dans Le Parisien, le jour de la conférence de
17:45presse du Syndicat National de Chirurgie Plastique Reconstructrice et Esthétique.
17:50Quel est le message principal de ce syndicat aujourd'hui, Elsa-Marie ?
17:54L'idée, c'est vraiment de dire aux jeunes filles, oui, c'est vrai que c'est moins cher.
17:56On peut comprendre que vous soyez tenté, mais surtout n'y allez pas, c'est dangereux.
18:00Les dégâts peuvent être irréversibles.
18:02Et puis, il lance aussi un appel à la mobilisation des professionnels de santé pour qu'ils soient conscients de
18:07ce problème.
18:08Et également aux autorités pour qu'ils s'emparent aussi du sujet qui devient un véritable problème de santé publique.
18:13Ariane Rioux, on parlait tout à l'heure du rôle des personnalités d'Internet ou de la télé-réalité,
18:18qui font la promotion plus ou moins directement de la chirurgie esthétique.
18:22Fin décembre, l'une d'entre elles a créé une polémique en proposant à ses abonnés de participer à un
18:28jeu concours pour gagner des injections.
18:31Oui, il s'agit de Félicia, qui est une candidate de télé-réalité, qu'on a découverte dans Les Princes
18:36de l'amour il y a quelque temps.
18:39Et sur son compte Snapchat, à la fin de l'année, elle a proposé un jeu concours pour gagner des
18:44injections dans les fesses et dans les lèvres.
18:45Et elle a créé un tollé parce que, d'une part, le concours avait l'air bidon et en plus
18:50de ça, l'injectrice qui était censée faire ces injections n'était pas une professionnelle de santé.
18:55Et ces derniers mois, une influenceuse de la télé-réalité a témoigné des dégâts que peut causer la chirurgie esthétique.
19:02C'est Luna Sky qui, l'été dernier, s'est fait injecter de l'acide hyaluronique dans les fesses par
19:07un chirurgien esthétique.
19:08Et depuis, elle souffre énormément. Ses fesses se sont infectées. Elle a été opérée plusieurs fois à l'hôpital. Elle
19:16a passé d'ailleurs plusieurs mois à l'hôpital.
19:18Et ce qui est rare dans ce milieu, c'est qu'elle a utilisé son aura sur les réseaux sociaux
19:23pour dénoncer les risques de la chirurgie esthétique.
19:26Donc moi, ce qui s'est passé après les injections, j'avais forcément des petites ouvertures, des petites coupures.
19:31Et j'ai dû m'asseoir à un moment donné à un endroit un peu sale. Je suis allée à
19:36la plage. Et donc j'ai eu ce staphylocoque.
19:40J'avais des petites douleurs, mais je me disais juste que voilà, c'est normal, on a des bleus, on
19:44vient se faire injecter, il faut attendre un petit peu.
19:47J'appelle mon médecin et je lui envoie une photo. Et là, il me dit, oulala, ça va pas du
19:51tout. Il faut que tu as aux urgences tout de suite.
19:53En gros, son discours, c'est de dire qu'aucune opération n'est anodine. Et elle, elle regrette amèrement de
19:58l'avoir fait.
19:59Mais Elsa Marie, le fait que les influenceuses se mettent maintenant à parler des risques, ça peut faire évoluer les
20:04mentalités chez les plus jeunes ?
20:05Luna, elle a chroniqué en fait son état de santé sur les réseaux sociaux. On l'a vu à l
20:10'hôpital avec des perfusions, blafardes.
20:13Ça a quand même beaucoup choqué sur les réseaux sociaux. Et il y a même plein d'influenceuses qui la
20:17connaissent, qui ont dit que ça allait trop loin,
20:21qu'elles-mêmes avaient eu aussi des problèmes quand elles avaient fait de la chirurgie esthétique, qu'elles allaient freiner,
20:25qu'elles allaient arrêter, se faire retirer par exemple des injections.
20:29Et j'ai quand même un peu le sentiment que pour la première fois, il y a une petite prise
20:32de conscience.
20:41Merci Elsa Marie, Ariane Rioux. Vos articles sur le sujet sont à retrouver sur leparisien.fr.
20:48Leïla, la victime d'une fausse injectrice, était interrogée par Aurélie Ladé.
20:53Cet épisode de Codesources a été produit par Sarah Amny, Thibault Lambert, Raphaël Pueyo et Thomas Vallogne.
20:59Réalisation, Julien Moncouquiol.
21:01Codesources, le podcast d'actualité du Parisien, est disponible sur toutes les plateformes.
21:05Nous publions un nouvel épisode chaque soir de la semaine.
21:08Pour n'en rater aucun, n'oubliez pas de vous abonner.
21:11Si vous aimez Codesources, n'hésitez pas à laisser un commentaire sur votre application audio préférée.
21:15Et vous pouvez aussi nous écrire directement codesourcesatleparisien.fr.
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