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Le 30 novembre, Joséphine Baker doit entrer au Panthéon, plus de 40 ans après son décès. Code source retrace la vie extraordinaire de cette danseuse américaine née dans la pauvreté et devenue une icône en Europe.

Dans ce podcast : Le 30 novembre 2021 Joséphine Baker entre au Panthéon, ce monument de style néoclassique au cœur de Paris où sont inhumés depuis la révolution française les grandes figures de la nation. Danseuse, chanteuse, mais aussi résistante, Joséphine Baker et la sixième femme à avoir cet honneur et la première femme noire. Code source retrace sa vie aujourd'hui.
Freda Joséphine McDonald's née le 3 juin 1906 dans le sud des Etats-Unis à Saint Louis dans le Missouri. Flle grandit dans un milieu pauvre son père et blanc d'origine espagnole sa mère est métisse noir indienne et ils sont tous les deux artistes. Ils ont un petit numéro de chant de danse mais très vite ses parents se séparent. Elle grandit dans la pauvreté avec sa mère qui se remarie, qui a d'autres enfants. Souvent elle fait les poubelles pour trouver de quoi manger, elle vit dans ce qui ressemble à un bidonville. Sa mère à 7 ans la place dans des familles de blancs pour travailler pour ramener de l'argent à la maison…

Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Clara Garnier-Amouroux, Marion Bothorel, Thibault Lambert et Sarah Hamny - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network, Epidemic Sound - Identité graphique : Upian

Archives : INA.

#josephinebaker #panthéon #revuenegre

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Transcription
00:02Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12Le 30 novembre 2021, Joséphine Baker entre au Panthéon, ce monument de style néoclassique au cœur de Paris,
00:19où sont inhumés depuis la Révolution française les grandes figures de la nation.
00:24Danseuse, chanteuse, mais aussi résistante, Joséphine Baker est la sixième femme à avoir cet honneur et la première femme noire.
00:32Codesources retrace sa vie aujourd'hui avec deux journalistes du service culture du Parisien, Emeline Collet et Pauline Conradson.
00:47Emeline Collet, au mois d'août, vous vous êtes rendu au château des Milan dans le sud-ouest de la
00:51France, en Dordogne,
00:53château où Joséphine Baker a vécu pendant plusieurs décennies. A quoi est-ce qu'il ressemble ?
00:58Le château des Milan, c'est un château médiéval qui est perché au sommet d'une colline au milieu du
01:04Périgord noir.
01:05Donc il y a des forêts de chênes partout autour. Il y a la Dordogne qui coule en contrebas.
01:08C'est un très beau bâtiment, très grand aussi, puisqu'il y a sept chambres, autant de salles de bain,
01:12qui sont décorées avec beaucoup d'excentricité. C'est quelqu'un de très fantasque, Joséphine Baker, très excentrique.
01:18Je pense notamment à une salle de bain noire et or qui donne une ambiance très musicale.
01:22Le carrelage est en porcelaine noire. Il y a de la pâte de verre de Murano dorée.
01:28La robinetterie est plaquée or. Ça donne une ambiance vraiment très particulière.
01:32Et il y a une salle des robes.
01:34C'est une des plus belles du château, une des premières qu'on visite,
01:37dans laquelle on voit une douzaine de tenues de scènes de Joséphine Baker,
01:40complètement ébouriffantes, avec des plumes, des froufrous, des perles,
01:43et notamment la fameuse ceinture de banane qu'elle portait au Faux-les-Bergères.
01:51Dans ce podcast, on va retracer le parcours hors normes de Joséphine Baker.
01:56Pauline Conradson, Freda Joséphine McDonald,
02:00née le 3 juin 1906 dans le sud des États-Unis, à Saint-Louis, dans le Missouri.
02:05Dans quel milieu est-ce qu'elle grandit ?
02:07Elle grandit dans un milieu pauvre. Son père est blanc, d'origine espagnole.
02:13Sa mère est métisse, noire, indienne.
02:17Et ils sont tous les deux artistes. Ils ont un petit numéro de chant, de danse.
02:22Mais très vite, ses parents se séparent.
02:24Elle grandit dans la pauvreté, avec sa mère, qui se remarie, qui a d'autres enfants après elle.
02:29Souvent, elle fait les poubelles pour trouver de quoi manger.
02:32Elle vit dans ce qui ressemble à un bidonville, très clairement.
02:35Et très vite, sa mère a 7 ans la place dans des familles de blancs pour travailler,
02:40pour ramener de l'argent à la maison.
02:42Et là, il y a un événement traumatisant qui se passe dans une des familles chez qui elle travaille.
02:46C'est qu'elle casse quelques assiettes.
02:48Et la patronne, pour la punir, lui plonge les mains dans l'eau bouillante.
02:51Quand elle est enfant, elle adore danser.
02:53Et un jour, elle participe à un concours de danse organisé dans une rue de Saint-Louis.
02:57Elle remporte ce concours et elle gagne un prix de 1 dollar.
03:01Pour elle, c'est un déclic.
03:02A l'âge de 13 ans, elle est mariée de force.
03:05Oui, alors elle est mariée par sa mère, qui fait tout pour que ses enfants quittent le domicile,
03:09pour avoir moins de charges.
03:10Et c'est un homme violent qu'elle épouse.
03:13Et au cours d'une énième dispute, une énième bagarre,
03:17elle décide de quitter le domicile conjugal.
03:19Deux ans plus tard, en 1921, quand elle a 15 ans,
03:21elle rencontre un certain Willy Baker.
03:23Il se marie et elle gardera son nom de famille.
03:26Mais très vite, elle le quitte.
03:28Elle s'installe alors à Harlem, un quartier de New York,
03:31pour intégrer une troupe de danseuses qui se produit à Broadway.
03:35Alors dans cette troupe, Joséphine, elle est assez discrète.
03:39Mais elle est à la fois régisseuse, habilleuse, maquilleuse.
03:43Elle essaye de tout savoir faire pour qu'on pense à elle, pour trouver sa place.
03:48Et surtout, elle apprend tous les rôles des danseuses par cœur,
03:51au cas où, un jour, une danseuse fasse défaut.
03:54Et c'est ce qui arrive un jour.
03:55Donc elle monte sur scène pour la première fois.
03:58Les lumières sont braquées sur elle.
03:59Et elle a ce côté à la fois très érotique et très comique.
04:03Elle danse dans tous les sens.
04:04Elle roule des yeux, elle gonfle les joues,
04:06tout en prenant des poses assez suggestives.
04:09C'est un vrai clown qui est à la fois dans la séduction sur scène.
04:13En 1925, une productrice la voit danser.
04:15Et elle lui propose de venir à Paris pour se produire dans un spectacle
04:19qui se prépare au Théâtre des Champs-Elysées.
04:21Le 15 septembre, elle embarque sur le paquebot Berengaria
04:25avec une dizaine de danseurs et de musiciens, tous afro-américains.
04:29Direction Cherbourg.
04:31Elle a 19 ans à ce moment-là.
04:33Sur ce bateau, Joséphine est un petit peu inquiète.
04:36Elle n'a jamais quitté son pays.
04:37Elle est habituée à la ségrégation.
04:40Chez elle, les Blancs et les Noirs vivent complètement séparés.
04:43Elle ne sait pas trop ce qu'elle va trouver à Paris.
04:45Et c'est Sidney Béchette, le célèbre clarinettiste, qui va la rassurer.
04:50Qui va lui dire, écoute, Joséphine, en France, on ne fait pas attention à notre couleur de peau.
04:56Alors, ce n'est pas totalement vrai, mais ça la rassure quelque peu.
04:59Et elle trouvera à Paris immédiatement un vent de liberté.
05:02Qu'est-ce qu'elle dit quand elle arrive à Paris ?
05:04Elle dit, and so this is Paris.
05:06Alors, c'est ça, Paris.
05:08Les premières répétitions de ce spectacle ne se passent pas très bien.
05:11Les commanditaires du spectacle trouvent la revue trop rude, trop américaine,
05:18alors qu'eux voulaient quelque chose de plus tribal, de plus exotique.
05:21C'est l'époque de l'Empire colonial.
05:23On a plein d'idées préconçues sur ce que sont l'homme et la femme noire venus de cet Empire
05:29colonial.
05:30Et donc, au début, le spectacle risque d'être annulé.
05:34Et que se passe-t-il ensuite ?
05:36Les commanditaires font venir un metteur en scène du Moulin Rouge,
05:40qui est habitué aux revues du Moulin Rouge,
05:42et qui va demander à Joséphine de se dévêtir,
05:46et notamment de danser seins nus.
05:48Au début, elle est outrée, elle menace de quitter la troupe.
05:51Et finalement, elle se ravise et elle accepte.
05:54Quand ce spectacle intitulé « La revue nègre »
05:58est joué pour la première fois au Théâtre des Champs-Elysées à Paris,
06:01donc, Joséphine Baker se fait remarquer.
06:03Déjà parce qu'elle a ce style très particulier,
06:06complètement déluré, complètement déjanté.
06:08Dans ce contexte des années folles,
06:10où les gens font tout pour oublier les traumatismes de la Première Guerre mondiale,
06:14elle insuffle vraiment en quelque chose de très nouveau, de fou.
06:18Et donc, dans sa danse, où elle danse seins nus,
06:20avec une ceinture de plume,
06:22oui, elle se fait remarquer.
06:23Mais les réactions du public sont divisées.
06:25Alors, il y a deux camps très tranchés dès le départ.
06:28Il y a les pros et les contres Joséphine Baker.
06:30Soit on l'adore, soit on la déteste.
06:33En 1926, à l'âge de 20 ans,
06:35Joséphine Baker se lance seule sur scène aux Folies Bergères à Paris.
06:39C'est là qu'elle marque les esprits,
06:41en se produisant très légèrement vêtue,
06:43avec une ceinture de banane autour de la taille.
06:46Joséphine Baker devient une icône.
06:48On peut la voir se promener dans la rue avec un léopard,
06:51Chiquita.
06:52Et la danseuse développe aussi sa propre marque de produits de beauté.
06:56Toutes les femmes veulent lui ressembler.
06:58C'est vraiment elle qui donne le ton dans la mode.
07:00Elle devient la muse des peintres, des photographes,
07:03de Picabia à Picasso, en passant par Man Ray.
07:06Et elle lance notamment deux produits phares,
07:09une gomina pour les cheveux,
07:10qui s'appelle Baker Fix,
07:11qui permet de plaquer les cheveux sur la tête.
07:14Toutes les femmes adoptent la coupe à la garçonne.
07:16Elle a les cheveux très courts.
07:17Il y a même une lotion pour se brunir la peau.
07:21En 1931, Joséphine Baker se met au chant
07:24et sa première chanson va devenir emblématique.
07:26Sa première chanson, donc au Casino de Paris.
07:29Dans cette revue-là, on est en pleine exposition coloniale de 1931.
07:33Et sa chanson, c'est « J'ai deux amours, mon pays et Paris ».
07:55Emeline Collet, à cette période, au niveau personnel,
07:58elle a beaucoup d'amants.
08:00Oui, on lui prête énormément de relations.
08:02Elle en a eu beaucoup.
08:03Des aventures avec Simonon, avec Hemingway,
08:06avec l'écrivaine Collette.
08:07C'est une femme très libérée.
08:09Dans les années 1930,
08:10Joséphine Baker se lance dans une tournée européenne.
08:13Globalement, c'est un succès,
08:14sauf en Allemagne et en Autriche,
08:16où on voit d'un très mauvais œil
08:17cette artiste afro-américaine.
08:19En 1936, elle part pour les États-Unis,
08:22où elle a hâte de danser
08:24avec son nouveau statut de star européenne.
08:27Comment ça se passe ?
08:28Ça ne se passe pas très bien, malheureusement.
08:30Elle pense qu'avec son aura,
08:32avec la notoriété qu'elle a acquise en Europe,
08:34elle reviendra aux États-Unis comme une star.
08:36Ce qui n'est pas du tout le cas.
08:38Les critiques sont acerbes et très méprisantes à son égard.
08:42On lui refuse l'entrée dans les hôtels
08:44du fait de sa couleur de peau.
08:46Donc c'est une grande déception.
08:48Et elle rentrera en France,
08:50après ça, vraiment meurtrie, blessée.
08:52Et on pense que c'est ça qui a développé chez elle,
08:55ce sentiment de patriotisme
08:58et de reconnaissance envers la France.
09:00Après son retour en France, l'année suivante,
09:02elle épouse son troisième mari, Jean Lyon.
09:05Elle obtient alors la nationalité française.
09:07C'est très important pour elle,
09:08parce qu'en France, elle a l'impression d'être traitée d'égal à égal.
09:12Et donc c'est cette possibilité d'être vraiment elle-même,
09:15d'être libre, qui compte par-dessus tout pour elle.
09:17On en arrive à 1939,
09:19la Seconde Guerre mondiale est déclarée.
09:21Et au mois de septembre,
09:23Joséphine Baker rencontre Jacques Abté,
09:25un officier du service de renseignement de l'armée.
09:28Il cherche des volontaires pour travailler dans la clandestinité pour les alliés.
09:33Et elle lui répond que c'est la France qui l'a faite,
09:35qu'elle est prête à mourir pour la France.
09:37Et elle lui dit, vous pouvez disposer de moi comme vous l'entendez.
09:40Le château des Milandes, en Dordogne,
09:41qu'elle loue depuis 1937, lui sert de base arrière.
09:45Elle y cache des armes, notamment pour les résistants.
09:48Elle cache son ancienne belle famille juive.
09:50Ça vient au lieu de la résistance.
09:52Finalement, les maquisards viennent y chercher des armes.
09:54Les forces françaises libres s'y arrêtent
09:56sur la route pour l'Afrique du Nord.
09:57C'est vraiment un endroit capital pour la résistance en Dordogne.
10:00Un jour, des nazis frappent à sa porte.
10:02Des nazis qui viennent chercher justement un résistant,
10:05un de ses voisins,
10:06qui ne se doute pas un seul instant
10:08que Joséphine Baker fait partie du réseau de la résistance finalement.
10:12Et plutôt que de fouiller le château,
10:14il lui demande des autographes.
10:15Le château des Milandes,
10:16devenant un lieu sensible pour la résistance,
10:18il devient trop risqué d'y rester.
10:20L'officier Jacques Aptet conseille à Joséphine Baker
10:24de quitter la Dordogne.
10:25Et à la fin de l'année 1940,
10:27elle part à l'étranger,
10:29officiellement pour une tournée.
10:31Mais secrètement,
10:32elle est en mission pour la France libre.
10:34Elle doit recueillir des informations
10:36sur la position des troupes ennemies,
10:38notamment dans les ambassades où elle est invitée.
10:40Il y a des cocktails notamment à l'ambassade d'Italie
10:42qui adore Joséphine Baker.
10:43Elle joue la mondaine,
10:44elle est invitée en tant qu'artiste,
10:46elle rigole et de ci, de là,
10:49elle tend l'oreille.
10:50Et ces informations,
10:51les informations qu'elle recueille pendant ces cocktails,
10:53elle les note à l'encre invisible
10:56sur ces partitions de musique
10:57qu'elle envoie à des faux impresarios
10:59à Paris, à Londres,
11:01qui sont en réalité des membres des services secrets.
11:07En 1941, à 35 ans,
11:09en raison de différents problèmes de santé,
11:11elle subit plusieurs opérations chirurgicales
11:13et notamment une ablation de l'utérus,
11:16un drame personnel pour elle
11:17qui rêvait d'avoir de nombreux enfants.
11:19À partir de 1943,
11:21elle vit exclusivement à l'étranger.
11:24Elle est basée en Afrique du Nord.
11:26Elle soutient le moral des troupes en chantant.
11:29Et elle rencontre notamment,
11:30lors de ses tours de chant,
11:32le général de Gaulle à Alger en 1943,
11:34ce qui est pour elle vraiment
11:34quelque chose de très important.
11:36Le général de Gaulle incarne
11:37cette France libre, résistante,
11:39à laquelle elle est si attachée.
11:42Ce soutien qu'elle donne aux armées alliées
11:45sera récompensé par des médailles.
11:47Elle reçoit la Croix de guerre
11:49et la médaille de la Résistance.
11:56Après la guerre, en 1947,
11:58elle épouse son quatrième mari,
11:59Joseph Bouillon,
12:01Joe Bouillon,
12:01un chef d'orchestre
12:02dont elle est folle amoureuse.
12:04Et la même année,
12:05elle rachète le château des Milandes
12:06et s'y installe avec lui
12:07au printemps 1954.
12:10Josephine Baker est au Japon
12:11et elle décide d'adopter deux enfants.
12:13Elle est partie pour en adopter qu'un seul.
12:15Elle cherche à adopter un enfant
12:17d'à peu près deux ans.
12:19Sauf que pendant la visite
12:20à l'orphelinat,
12:20il y a un autre enfant
12:21avec des grands yeux noirs
12:22qui la regarde
12:23et qui la bouleverse complètement,
12:24qui tire sur sa robe
12:25pendant toute la visite.
12:26Lui, c'est un petit Coréen
12:27qui a 18 mois
12:28et elle repart avec les deux.
12:30On est en pleine guerre de Corée.
12:32C'est la naissance
12:33de sa tribu arc-en-ciel
12:35avec Joe Bouillon.
12:36Ils ont l'intention
12:37de créer une grande famille
12:39avec des enfants adoptés
12:40aux quatre coins du monde
12:42de couleurs de peau différentes,
12:43de cultures différentes,
12:44de religions différentes
12:45pour montrer qu'on peut vivre ensemble
12:48dans la fraternité.
12:49Ils adoptent des enfants
12:50dans le monde entier,
12:51en Finlande,
12:52au Venezuela,
12:53en Colombie,
12:53en France
12:54ou encore en Côte d'Ivoire.
12:55Et au bout du compte,
12:57Joséphine Baker
12:57va être la mère
12:58de douze enfants.
13:00Celle qu'Akio,
13:01Marianne et leurs frères
13:02appelle maman,
13:03c'est Joséphine Baker.
13:05Chaque année,
13:05elle a grandi sa famille
13:07d'un ou deux bébés
13:07poursuivant son idée.
13:09J'ai eu cette idée
13:11parce que j'ai vu
13:11tellement d'incompréhension
13:14entre les êtres humains,
13:16les soi-disant adultes.
13:17Et j'étais sûre
13:19qu'avec des tout-petits-enfants
13:21innocents,
13:22ils pouvaient donner
13:22un exemple absolu
13:24de la fraternité mondiale.
13:27Mais ils sont élevés
13:27dans des religions différentes ?
13:29Bien sûr,
13:30autrement,
13:30ça n'aurait pas de...
13:32Alors Akio,
13:33quelle est sa religion,
13:34par exemple ?
13:35Il est sintoïste.
13:36Il est shintoïste ?
13:37Oui.
13:38Et Louis ?
13:39Louis ?
13:40Catholique.
13:41Catholique.
13:42Et Jeannot ?
13:43Jeannot,
13:44bouddhiste.
13:44Bouddhiste.
13:45À quoi ressemble sa vie
13:47au château des Milandes
13:48à ce moment-là ?
13:49Quand elle est au Miland,
13:49elle est vraiment maman.
13:51J'avais discuté
13:52avec Marianne Bouillon-Baker,
13:54qui est l'aînée des filles,
13:55qui parle d'une maman
13:57très attentive,
13:58très tendre,
13:58qui prenait du temps
13:59pour chaque enfant
14:00à ses retours de tournée,
14:01qui était à la fois
14:02quelqu'un de sévère,
14:03parfois très sévère même,
14:04mais aussi de fantasque
14:06qui, quand elle rentrait,
14:07elle enlevait ses chaussures,
14:08elle se mettait pieds nus,
14:09elle disait « Allez,
14:09tout le monde danse ! »
14:10Et tout le monde dansait.
14:11Il y avait quelque chose
14:11de très fou au Miland.
14:14Dans les années 1950,
14:15elle se rapproche
14:16des militants des droits civiques
14:17aux Etats-Unis.
14:18Elle se rend compte
14:19de plus en plus
14:20avec ses allers-retours
14:21entre la France
14:22et les Etats-Unis
14:23que la situation
14:24aux Etats-Unis
14:25ne progresse pas.
14:26Il y a toujours
14:27autant de racisme,
14:28donc elle se met
14:29à dénoncer publiquement
14:30les propos racistes
14:31qu'elle peut entendre.
14:33Elle va aussi offrir
14:34son soutien
14:34à un condamné à mort,
14:36un homme noir accusé
14:37sans preuve
14:38d'avoir violé
14:38une femme blanche.
14:39Toutes ces prises de position
14:40font qu'elle est dans le viseur
14:41du service de police américain
14:43chargé du renseignement intérieur,
14:45le fameux FBI.
14:46Joséphine,
14:46elle dérange de plus en plus
14:47avec ses prises de position
14:48et le FBI
14:50l'accuse même
14:51de sympathie communiste
14:52et ils vont même aller
14:53jusqu'à faire annuler
14:53ses concerts
14:54dans plusieurs pays
14:55d'Amérique latine.
14:56Le 28 août 1963,
14:58elle participe
14:59à la marche sur Washington,
15:00organisée par l'un des leaders
15:02du mouvement des droits civiques
15:03aux Etats-Unis,
15:04le pasteur
15:05Martin Luther King
15:06et Joséphine Baker
15:07est la seule femme
15:09à prendre la parole
15:10ce jour-là.
15:16Elle arrive devant cette tribune
15:18en uniforme militaire
15:20avec ses médailles de guerre,
15:22la Légion d'honneur,
15:23sa médaille de résistante.
15:25Alors elle commence,
15:26elle attaque son discours
15:27en disant
15:27qu'elle est en train de vivre
15:35le plus beau jour de sa vie
15:36et elle poursuit
15:38avec des messages
15:38d'encouragement,
15:39d'espoir très très fort.
15:41Elle agit un peu
15:42comme une ambassadrice
15:43venue de l'étranger
15:44pour mobiliser tout un peuple
15:46pour combattre la ségrégation.
15:49Dans les années 1960,
15:51en France,
15:52elle transforme
15:52le château des Milan
15:54en complexe de loisirs
15:55avec un hôtel de luxe,
15:56un théâtre,
15:57un parc d'attractions.
15:58Elle va avoir
15:59de gros problèmes d'argent.
16:00Elle est à la fois généreuse
16:01et dépensière.
16:02Elle est très très mauvaise gestionnaire.
16:04Il faut savoir
16:04qu'elle emploie
16:05plus de 120 personnes
16:06dans ce complexe touristique.
16:07Elle se fait arnaquer.
16:08Clairement,
16:09les artisans gonflent
16:10les devis,
16:11ils lui font payer
16:12plusieurs fois
16:12les mêmes factures
16:13et ça se sait finalement
16:14tous les artisans
16:15qui y interviennent
16:16à ce moment-là.
16:16L'arnaque est petit à petit.
16:18Elle cumule énormément
16:19de dettes.
16:20On parle au total
16:21de 146 millions de dettes.
16:23En juin 1966,
16:24des célébrités
16:25lancent des appels
16:26à la générosité
16:27pour venir en aide
16:28à l'icône Joséphine Baker
16:29à l'image de Brigitte Bardot
16:31qui intervient
16:32dans un journal
16:33sur la première chaîne
16:34de l'ORTF
16:35qui deviendra TF1
16:36pour demander
16:37à ses amis
16:38d'aider financièrement
16:39Joséphine.
16:40Je viens vous parler
16:41de ce qui arrive
16:42en ce moment
16:43à Joséphine Baker.
16:44Je trouve personnellement
16:46que c'est bouleversant
16:47et que nous devons tous
16:48faire quelque chose
16:49pour elle.
16:51Je ne savais pas trop
16:52comment joindre tout le monde
16:54alors j'ai demandé
16:55à la télévision
16:56d'être le porte-parole
16:58des gens
16:59que cette histoire
17:00a touché.
17:01Parce que j'estime
17:03que cette femme
17:03a eu beaucoup de courage
17:04dans sa vie
17:05et a toujours été
17:06très généreuse
17:07et qu'en ce moment
17:08nous ne vont pas
17:09la laisser
17:09dans cette situation.
17:11Ça marche un temps,
17:12ça permet à Joséphine
17:13de gagner du temps
17:14mais le gouffre financier
17:15des Milandes
17:16est tel que ça lui offre
17:18deux ans finalement.
17:18Entre temps,
17:19elle a quand même
17:19décliné une proposition
17:20de rachat du créateur
17:21du Club Med
17:22qui lui propose
17:24de racheter l'ensemble
17:25du complexe touristique
17:26et de lui laisser
17:27l'usufruit du château.
17:28Joséphine Becker
17:29est tellement attachée
17:30aux Milandes
17:30qu'elle décline la proposition.
17:32Le château des Milandes
17:33est vendu aux enchères
17:34deux ans plus tard
17:34en 1968
17:35pour 120 000 francs.
17:37Comment est-ce qu'elle vit ça ?
17:38C'est une catastrophe.
17:39Elle est complètement anéantie.
17:41Elle obtient d'y rester
17:42jusqu'en mars 69
17:44grâce à la trêve hivernale.
17:45En fait,
17:46elle peut rester dans le château
17:47et quand la date fatidique arrive,
17:50elle se barricade
17:50dans la cuisine.
17:51Elle dort sur un lit de camp
17:52pendant trois jours.
17:53Elle ne sort pas
17:54de la cuisine.
17:55quand elle sort
17:56finalement
17:56pour récupérer
17:58les vivres
17:58que les villageois
17:59lui ont apportés
17:59pour qu'elle continue
18:00son siège
18:01finalement de sa cuisine.
18:02Elle est poussée dehors
18:03par les hommes de main
18:03du nouveau propriétaire
18:05et il y a un cliché
18:06qui est assez connu
18:07où on voit
18:08Joséphine Becker
18:09en robe de chambre
18:09avec un bonnet de bain
18:11assise devant son château
18:12qui n'est plus son château.
18:13Un des rares clichés
18:14sur lesquels
18:15elle ne sourit pas.
18:16Complètement ruinée,
18:17elle doit remonter sur scène
18:18pour essayer
18:18de se remettre à flot.
18:19Elle organise une tournée.
18:21Elle refuse de chanter en France
18:22depuis qu'elle a perdu
18:23les Milandes.
18:25Elle chante
18:26dans les pays de naissance
18:27de ses enfants
18:28et à Monaco également
18:29puisque la princesse de Monaco
18:31l'a soutenue
18:32après la perte des Milandes.
18:34C'est là finalement
18:34qu'elle se produit le plus.
18:35Et là-bas,
18:36l'acteur Jean-Claude Brialy
18:37lui tend la main.
18:38Elle a imaginé un spectacle
18:39dans lequel
18:40elle revient sur l'ensemble
18:41de sa carrière.
18:42À Monaco,
18:43elle triomphe.
18:43Elle fait salle comble
18:44et son ami,
18:45effectivement,
18:45l'acteur Jean-Claude Brialy
18:46lui obtient
18:48la salle de spectacle
18:49de Bobineau
18:50et convainc Joséphine
18:51de revenir en France
18:52pour chanter à Bobineau.
18:53Elle fête ses 50 ans
18:54de carrière finalement là-bas.
18:58Me revois là Paris
19:02Ça fait longtemps
19:04qu'on ne s'est vu
19:06Me revois là Paris
19:10Dis-moi comment me trouves-tu
19:16Et le 9 avril,
19:17elle est sur scène
19:18à Paris,
19:18à Bobineau donc
19:19et en coulisses.
19:20Elle fait un malaise,
19:21elle est épuisée.
19:23Quelques jours après,
19:24le 12 avril,
19:25elle meurt
19:25d'une hémorragie cérébrale
19:27à l'âge de 68 ans.
19:29L'émotion
19:30est considérable en France.
19:31La France lui offre des obsèques
19:35nationales et militaires
19:36à la Madeleine.
19:37Le cortège funéraire
19:38est suivi par 20 000 personnes
19:40qui passent devant Bobineau
19:41où elle est encore à l'affiche.
19:43Un arrêt symbolique
19:44devant Bobineau
19:44où elle venait de réussir
19:46à 69 ans
19:47une rentrée triomphale.
19:4850 ans après,
19:49elle arrivait à Paris
19:50d'une jeune danseuse noire
19:51à la personnalité étonnante
19:53qui allait devenir
19:53la dernière des grandes stars,
19:55Joséphine.
19:56C'est un moment
19:56très fort finalement
19:58de se dire qu'elle n'est
19:59pas morte sur scène
20:00mais presque.
20:01Paris montrait à son tour
20:02son amour
20:03pour celle
20:03qui a beaucoup donné
20:04à la France.
20:06La France aime Joséphine.
20:07Joséphine aimait la France
20:08mais la France aime Joséphine
20:09et elle lui prouve
20:09pendant ses obsèques.
20:12En 2013,
20:13le président François Hollande
20:14cherche à faire entrer
20:15des femmes au Panthéon.
20:17Le nom de Joséphine Baker
20:18circule
20:19et finalement,
20:20le 22 août 2021,
20:22le Parisien révèle
20:23qu'Emmanuel Macron
20:24va faire entrer
20:25Joséphine Baker
20:26au Panthéon
20:27le 30 novembre.
20:29Pourquoi maintenant
20:29Pauline Conradson ?
20:31C'est une valeur symbolique
20:32très très forte
20:33de panthéoniser
20:34une femme noire.
20:35À une période
20:36où quand même
20:37le racisme,
20:39le communautarisme
20:40sont de plus en plus
20:40traignants.
20:41Donc ce sera
20:42la première femme noire
20:43à entrer au Panthéon
20:43qui incarne
20:45ces valeurs républicaines
20:46très très fortes,
20:47ces valeurs de fraternité.
20:48Emeline Collet,
20:48vous l'avez dit,
20:49vous avez parlé
20:50avec l'une des filles
20:51de Joséphine Baker.
20:52Ça lui fait quoi
20:52de voir sa mère
20:53entrer au Panthéon ?
20:54Elle s'est dit
20:54« Oh mon Dieu,
20:55maman,
20:56est-ce que t'imagines
20:56ce qui t'arrive ? »
20:57En fait,
20:58cette panthéonisation,
20:58elle l'espérait
20:59sans vraiment y croire,
21:01mais pour elle,
21:01c'est justifié.
21:02Joséphine Baker
21:03a surmonté
21:04tous les obstacles
21:04et elle s'est battue
21:05toute sa vie
21:06contre la bêtise
21:07et l'ignorance.
21:19Merci Emeline Collet
21:21et Pauline Conradson.
21:22Je rappelle que vous êtes
21:23journaliste au service
21:24Culture du Parisien.
21:25Cet épisode de Code Source
21:26a été produit par
21:27Marion Bottorel,
21:28Thibaut Lambert,
21:29Sarah Amny
21:30et Clara Garnier-Amourou.
21:32Réalisation,
21:33Julien Moncouquiol.
21:34Code Source,
21:35le podcast d'actu du Parisien
21:36est disponible sur toutes
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21:38Nous publions un nouvel épisode
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