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Godogodo le criminel le plus dangereux du Nigeria
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00:02Le 1er août 2013, la police nigériane annonce en fanfare avoir capturé Abiodun Egunjobi,
00:09alias Godogodo, présenté comme l'homme le plus dangereux du Nigeria.
00:14Godogodo, un nom déjà associé à une décennie de violences extrêmes.
00:18Entre 2002 et 2013, son gang multiplie les braquages de banques,
00:23les attaques de bureaux de change et les raids armés sur les autoroutes du sud-ouest du Nigeria.
00:27Le 9 septembre 2012, lors du tristement célèbre Dimanche Noir de Lagos,
00:33Godogodo orchestre plusieurs attaques simultanées à Hageje et Gbagada.
00:38Au moins 10 personnes sont tuées, dont plusieurs policiers, abattus puis dépouillés de leurs armes.
00:45En février 2013 à Aja, il attaque une patrouille Mopole et exécute 4 policiers pour récupérer leurs fusils.
00:52Un mois plus tard, le 13 mars 2013, il frappe un lieu jusque-là intouchable.
00:58L'aéroport international Murtala Mohamed, où policiers et civils sont tués lors d'un braquage qui humilie l'état nigérian.
01:07Après cette escalade sanglante, sa capture à Ibadan est présentée comme une victoire nationale.
01:14Pourtant, une fois arrêté, Godogodo disparaît.
01:18Aucun procès public, aucune condamnation connue, aucune trace officielle claire de détention ou de décès.
01:26Dans cette vidéo, on revient sur les crimes précis qui ont fait de Godogodo l'ennemi public numéro 1
01:32et sur ce qui s'est passé après son arrestation,
01:36quand le criminel, le plus traqué du pays, est devenu un fantôme.
01:44Le bidonville de Gatankowa, situé aux abords de Lagos,
01:48est dans les années 1990 un repère de ferrailleurs et terrain fertile pour la criminalité.
01:55C'est dans cet environnement social que s'inscrit l'histoire d'Abiodoun et Gunjobi,
02:00né en 1977 à Atan, dans l'état d'Ogun.
02:05Issu d'une famille modeste, le jeune Abiodoun grandit sans faire de vagues particulières durant son enfance.
02:11Mais à l'adolescence, il s'échappe du giron familial et gagne Lagos,
02:16la métropole tentaculaire, en quête de moyens de survie faciles.
02:20Il s'installe dans le quartier miséreux de Gatankowa,
02:24connu pour ses récupérateurs de métaux et ses trafics en tout genre.
02:28Dans ce labyrinthe de tôles et d'épaves,
02:30le jeune homme vit de petits boulots,
02:32revente de pièces détachées, d'alcool, de cigarettes.
02:36Bref, c'est un ferrailleur parmi tant d'autres,
02:39naviguant dans la précarité urbaine.
02:42Rien ne le prédestine alors à la violence ou à la célébrité criminelle.
02:46Mais cette existence banale bascule lors d'une altercation qui va sceller son destin.
02:52En 1995, il est impliqué dans une rixe sur son lieu de travail de ferrailleur.
02:58L'altercation tourne mal et la police l'arrête pour troubles à l'ordre public.
03:03Un incident mineur à première vue.
03:06Abiodoun, à à peine 18 ans passés,
03:08se retrouve pris dans l'engrenage judiciaire d'un système saturé.
03:12Sans argent, ni relation pour payer une caution,
03:15il est maintenu en détention provisoire, puis envoyé en prison.
03:20Le jeune homme clame que sa peine est disproportionnée,
03:23mais personne ne l'écoute.
03:25Il croupira 6 à 7 ans derrière les barreaux pour cette bagarre,
03:29une punition qu'il juge profondément injuste.
03:32Durant ses longues années de détention,
03:35il survit dans la promiscuité carcérale nigériane
03:37et surtout, il y fait des rencontres décisives.
03:42Il côtoie des braqueurs chevronnés,
03:44des figures du grand banditisme
03:46qui purgent leur peine ou attendent leur procès.
03:50Fasciné, le jeune détenu s'imprègne de leurs récits et de leurs conseils.
03:55Chaque jour passé dans la jôle
03:57renforce sa rancœur contre la police et le système judiciaire.
04:01Il est convaincu d'avoir été victime d'une injustice,
04:04de l'avoir payée trop cher
04:06et se forge la conviction qu'à sa sortie,
04:08il fera payer ce qu'il considère comme un abus.
04:11C'est dans cette cellule surpeuplée et violente
04:14que naît Godogodo,
04:15le pseudonyme qui deviendra synonyme de terreur.
04:19Un surnom issu de sa langue natale,
04:21le Yoruba qui signifie « homme costaud » ou « massif ».
04:25Lorsqu'il recouvre la liberté vers 2002,
04:28après environ sept années de détention,
04:31Abiodun a 25 ans.
04:33Le jeune homme ordinaire est devenu un homme au cœur dur,
04:36bien décidé à entrer dans la cour des grands bandits.
04:43Libre, Abiodun retourne à Lagos
04:46avec un mélange d'amertume et d'ambition noire.
04:48Il retrouve le bidonville qu'il avait vu partir menotté.
04:52Mais le ferrailleur humilié est devenu un homme prêt à tout.
04:56Très vite, il remet en pratique les leçons apprises en prison.
05:00D'abord, Abiodun reste prudent.
05:03Il cache soigneusement son jeu.
05:06À Gatankowa,
05:07il se rend utile auprès d'une petite bande de voleurs
05:10en cachant leur sac d'armes chez lui.
05:13Quand un membre du gang est tué lors d'un coup,
05:15les autres proposent à Abiodun de prendre sa place.
05:18Il accepte, c'est l'opportunité qu'il attendait.
05:21Les premiers braquages auxquels il participe
05:23lui rapportent un peu d'argent,
05:25mais pas autant qu'il l'espérait.
05:27Godogodo voit plus grand,
05:29frustré par le partage inégal du butin,
05:31il quitte ce groupe pour en rejoindre un autre plus actif.
05:35Il navigue ainsi de gang en gang,
05:37apprenant au passage les méthodes de chacun,
05:40étoffant son réseau dans le milieu interlope de Lagos.
05:42Au fil des opérations,
05:44Abiodun se construit une réputation.
05:46C'est un homme de main efficace,
05:49discret et sans pitié quand il le faut.
05:52Il comprend aussi que pour prospérer,
05:54il lui faut sa propre équipe.
05:56Godogodo forme donc son propre gang de braqueurs d'élite,
05:59recrute des complices dignes de confiance,
06:02parfois d'anciens co-détenus.
06:04Dès le milieu des années 2000,
06:06son gang commence à se distinguer
06:08par l'audace et la violence de ses braquages.
06:11Aucune cible n'est trop ambitieuse.
06:13Banque, bureaux de change, dépôts de fonds,
06:16riches commerçants, rien n'est épargné.
06:20Godogodo applique méthodiquement les stratégies
06:22qu'il a mûries en prison.
06:24Il a étudié la psychologie du policier moyen,
06:27comme il dira plus tard aux enquêteurs.
06:30Il sait que la corruption et les manques de coordination
06:33de la police jouent en sa faveur.
06:36Extrêmement prudent, il cloisonne ses activités,
06:38et évite toute ostentation susceptible
06:41d'attirer l'attention sur lui.
06:43Contrairement à d'autres truands de Lagos,
06:45on ne le voit pas flamber en voiture de luxe
06:48ni en virée nocturne.
06:49Il ne boit pas, ne fume pas,
06:52ne fréquente pas les boîtes de nuit.
06:54Il mène extérieurement une vie modeste et rangée,
06:57se faisant passer pour un paisible homme d'affaires.
07:00Cette double vie est facilitée par des revenus colossaux
07:03qu'il commence à accumuler.
07:06Godogodo ne laisse aucune trace financière.
07:08Il refuse les comptes bancaires
07:10et transforme immédiatement son argent volé
07:12en bien concret.
07:14Dès qu'un braquage est terminé,
07:16sa part du butin sert à acheter des terrains,
07:19des maisons,
07:19ou est investi dans des activités légales
07:22pour blanchir l'argent.
07:23Il acquiert ainsi progressivement
07:25plusieurs propriétés sous de faux noms.
07:28Au vu et au su de tous dans son quartier,
07:30il devient un propriétaire prospère,
07:32voire un éleveur de poissons respectés,
07:34grâce à la création de vastes fermes piscicoles.
07:38Car oui, avec le temps,
07:40Godogodo investit dans plus de 52 étangs à poissons
07:43qu'il fait construire dans la région de Lagos et Dogoun.
07:46Ces fermes emploient des dizaines de personnes
07:49et fournissent une couverture idéale à ses revenus.
07:52Aux yeux du voisinage,
07:54M. Abiodun est un entrepreneur avisé
07:56qui a réussi dans l'élevage de poissons,
07:58pas un braqueur.
08:00Personne,
08:01pas même ses parents ou ses trois épouses,
08:03ne se doute de ses activités criminelles.
08:06Vers la fin des années 2000,
08:08le gang de Godogodo
08:09étend son règne de terreur
08:11sur le sud-ouest du Nigeria.
08:13Là où des célèbres bandits des décennies passées,
08:16comme Anini dans les années 1980,
08:19n'opéraient que cinq ans avant d'être stoppés,
08:22Godogodo, lui,
08:23dure une décennie entière sans être attrapé.
08:26Il écume les six états du sud-ouest,
08:28Lagos,
08:29Ogoun,
08:30Oyo,
08:31Ondo,
08:31Ekiti,
08:32Osun,
08:33et même jusqu'aux états du Kuara et du Kogi,
08:36un peu plus au nord,
08:37n'hésitant pas à franchir les frontières régionales
08:40pour brouiller les pistes.
08:42Partout où il passe,
08:44il laisse une trace sanglante.
08:46Selon la police,
08:47pas une semaine ne s'écoule
08:49sans qu'un braquage majeur
08:50porte la marque de Godogodo
08:52ou de l'un de ses hommes.
08:54Il attaque des bus sur les autoroutes,
08:57des banques en plein jour,
08:58des convoyeurs de fonds,
08:59des cambistes au marché.
09:01Les forces de l'ordre constatent,
09:03impuissantes,
09:04chaque casse audacieux
09:06semble relier de près ou de loin
09:07à ce mystérieux borgne insaisissable.
09:11Godogodo est particulièrement craint
09:13pour sa brutalité froide.
09:14S'il privilégie le vol d'argent,
09:16il n'hésite jamais à faire feu
09:18sur quiconque se met en travers de sa route.
09:20Très vite,
09:21les braqueurs sous ses ordres
09:23adoptent sa philosophie.
09:25On ne part pas en opération pour tuer,
09:27mais on tue s'il n'y a pas d'autre option,
09:30expliquera-t-il cyniquement.
09:32Des dizaines de victimes,
09:34policiers et civils,
09:36tomberont ainsi sous les balles
09:37de son gang au fil des ans.
09:39Certaines estimations lui attribuent
09:41au plus d'une centaine de meurtres
09:42rien qu'à Lagos,
09:43dont une large part de membres
09:45des forces de l'ordre.
09:46Lui-même admettra en garde à vue
09:48avoir tué au moins 50 policiers
09:51pendant sa carrière.
09:53Ce chiffre terrifiant,
09:55jamais vérifié de façon indépendante,
09:57illustre l'effroi qu'il inspire
09:59même aux plus aguerris des agents de police.
10:05Vers 2007 et 2008,
10:08la légende de Godogodo
10:09est solidement établie
10:11dans le milieu du crime.
10:13Son nom circule à voix basse
10:15dans les commissariats de Lagos.
10:17On le surnomme
10:18« L'assassin au seul œil ».
10:20Il devient l'ennemi public numéro 1
10:22dans le sud-ouest.
10:24Plusieurs commissaires de police successifs
10:26font de sa capture
10:27une priorité absolue,
10:28mobilisant leurs meilleurs éléments
10:30pour tenter de le localiser.
10:32Mais Godogodo
10:33est passé maître
10:34dans l'art de disparaître.
10:36Il ne reste jamais plus d'un mois
10:38au même endroit.
10:39Il possède au moins
10:41six maisons
10:41dans différentes villes
10:43Lagos,
10:44Ifo et Hilaro
10:45dans l'état d'Ogun,
10:46Ibadan
10:47dans l'état d'Oyo,
10:48etc.
10:50Et circule de l'une à l'autre
10:51dès qu'il sent le danger
10:52se rapprocher.
10:54Ses planques
10:55sont équipées
10:55d'arsenaux clandestins.
10:57Il y dissimule
10:58des fusils d'assaut
10:59dans la cuisine.
11:00Sous le lit,
11:01même aux toilettes.
11:03Lorsqu'il sera
11:03finalement arrêté,
11:05les policiers
11:05mettront la main
11:06sur six AK-47
11:07chargés jusqu'à la gueule
11:09cachée un peu partout
11:10dans sa maison,
11:11chacun équipé
11:12de double chargeur
11:13de 60 balles.
11:14Preuve qu'il se préparait
11:16à un siège sanglant
11:17s'il était un jour
11:18acculé.
11:19Godogodo
11:19se méfie de tout
11:20et de tout le monde.
11:22Paranoiaque
11:23mais intelligent,
11:24il a prévenu ses hommes.
11:26Je ne me laisserai
11:27jamais arrêter vivant.
11:29Si un jour
11:30je suis coincé,
11:31j'emporterai autant
11:32de policiers
11:33que possible
11:33avec moi.
11:34Ce serment terrible
11:35n'est pas que du bluff.
11:37À chaque confrontation armée,
11:39Godogodo
11:40se bat jusqu'au bout.
11:41Il circule
11:42lourdement armé,
11:43transportant souvent
11:44avec lui
11:45un sac rempli
11:45d'une dizaine
11:46de fusil AK-47
11:48prête à l'emploi,
11:49tous approvisionnés
11:50en chargeur garni.
11:52Cette puissance de feu
11:53lui permet de tenir tête
11:54à n'importe quelle patrouille.
11:56Au-delà de la force brute,
11:58il cultive aussi
11:59le mystère
11:59autour de sa personne.
12:01Personne n'a
12:02de photo claire
12:02de lui
12:03pendant des années.
12:04Les rares témoins
12:05survivants
12:05parlent d'un homme
12:06au visage
12:07partiellement dissimulé,
12:09parfois affublé
12:10d'un bandeau
12:10sur l'œil gauche.
12:12Parmi ses complices,
12:13certains murmurent
12:14qu'il aurait des pouvoirs mystiques,
12:17on le dit capable
12:18de se volatiliser
12:19pour échapper
12:20aux arrestations
12:21in extremis.
12:22Ses rumeurs
12:23de gris-gris
12:24le servent bien,
12:25renforçant son aura
12:26d'invincibilité.
12:28En réalité,
12:29Godogodo
12:30doit moins à la magie
12:31qu'à sa ruse
12:32et à sa mobilité.
12:33Il a toujours
12:34un plan de fuite
12:35et bénéficie,
12:36il est vrai,
12:36de quelques complicités
12:37bien placées.
12:39Des policiers corrompus
12:40lui auraient vendu
12:41des informations
12:42sur les dispositifs
12:43de sécurité
12:43ou les patrouilles
12:44à éviter,
12:45bien que ces complicités
12:46n'aient jamais été
12:47formellement prouvées.
12:49En 2009,
12:51Godogodo
12:51connaît pourtant
12:52un coup dur
12:53qui aurait pu marquer
12:54la fin de son épopée.
12:56Lors d'un braquage nocturne
12:57à Hijoko,
12:58dans l'état d'Ogun,
13:00son gang tombe
13:00par surprise
13:01sur un groupe
13:02d'autodéfense local,
13:03les O'odoua
13:04People's Congress,
13:06OPC,
13:07des vigilantes
13:08déterminées
13:08à protéger
13:09leur communauté.
13:09Une violente fusillade
13:11éclate,
13:12mais Godogodo
13:13et ses hommes
13:13parviennent
13:14à s'exfiltrer
13:15non sans avoir été blessés.
13:18Une balle
13:19de gros calibre
13:19frappe Abiodun
13:20en plein visage,
13:21il est touché
13:22à l'œil.
13:23Grièvement blessé,
13:25il échappe de peu
13:25à la mort,
13:26mais perd l'usage
13:27de son œil gauche.
13:29Désormais,
13:30le caillis
13:30des borgnes
13:31pour de bon,
13:32son sobriquet
13:33de One-Eyed Bandit
13:34devient littéral.
13:36Cette blessure
13:37aurait pu entraîner
13:38son arrestation
13:38s'il s'était rendu
13:40dans un hôpital nigérien.
13:42Mais fidèle
13:43à sa prudence légendaire,
13:44Godogodo
13:45ne cherche pas
13:45de soins officiels.
13:47Au lieu de cela,
13:48il profite
13:49de l'une de ses relations
13:50personnelles
13:50pour se faire soigner
13:51discrètement
13:52à l'étranger.
13:53L'une de ses épouses
13:55étant originaire
13:55de la République
13:56du Bénin voisine,
13:57il s'y rend clandestinement
13:59afin d'y être opéré
14:00à l'abri
14:01des regards indiscrets.
14:03Même diminué
14:04physiquement,
14:04Godogodo
14:05revient très vite
14:07aux affaires.
14:08La perte d'un œil
14:09ne fait qu'ajouter
14:10à son personnage
14:11une touche
14:11encore plus sinistre
14:13sans altérer
14:13sa détermination.
14:15Il continue
14:16d'accumuler
14:16les braquages violents,
14:18désormais avec un bandeau
14:19ou une paire
14:19de lunettes teintées
14:20pour masquer
14:21son infirmité.
14:22Vers 2010,
14:24après une série
14:25ininterrompue
14:25de casse réussie,
14:27Godogodo
14:27est riche à millions.
14:29Il possède
14:30plusieurs maisons
14:31cossues.
14:32Sa ferme
14:32de poissons
14:33prospère,
14:34lui rapportant
14:35légalement
14:35de confortables revenus.
14:37Il vend
14:38chaque étang
14:38jusqu'à 600 000
14:40nerfs à pièce,
14:41soit plusieurs
14:41milliers d'euros
14:42et récolte
14:43tous les quatre mois.
14:45Âgé d'une trentaine
14:46d'années,
14:47père de famille,
14:48il commence
14:48à envisager
14:49une autre vie.
14:51Pour la première fois,
14:52l'idée de raccrocher
14:53les armes
14:53le tente.
14:54En 2011,
14:56Godogodo
14:56décide de faire
14:57profil bas
14:58et d'essayer
14:58de se retirer
14:59du grand banditisme
15:00sans finir au cimetière
15:02ni en prison.
15:03Il a amassé
15:04suffisamment d'argent
15:05pour vivre confortablement.
15:07Selon ses confidences
15:08ultérieures,
15:09il aurait tenté
15:10de prendre sa retraite
15:11cette année-là.
15:13Il confie alors
15:14ses neuf fusils
15:15d'assaut restant
15:16à l'un de ses lieutenants,
15:17un certain
15:18tozine basé
15:19à Hadja,
15:20à Lagos,
15:21en lui disant
15:22de continuer
15:22les opérations
15:23sans lui
15:23et de simplement
15:24lui verser
15:25une part des butins
15:26en tant que
15:26prêteur d'armes.
15:29Godogodo,
15:29de son côté,
15:30se lance dans
15:30un commerce légitime.
15:32Il voyage à Dubaï
15:33aux Émirats Arabes Unis,
15:35achète des vêtements
15:36et des marchandises
15:37en gros
15:37qu'il prévoit
15:38de revendre
15:38au Nigeria.
15:40L'idée
15:40est de devenir
15:41importateur de textiles
15:42et de se consacrer
15:43à ses élevages
15:44de poissons
15:45tirant un trait
15:46sur la violence.
15:47Mais ce rêve
15:48de reconversion
15:49sera de courte durée.
15:50La police
15:51ne l'a pas oublié,
15:52elle,
15:52et resserre doucement
15:53l'étau.
15:54A force d'enquête,
15:55un officier
15:56du Special Anti-Robery Squad
15:57de Lagos
15:58finit par remonter
16:00la piste
16:00d'une des maisons
16:01de Godogodo,
16:02située dans la zone
16:03d'Icorodou,
16:04à Lagos.
16:06En son absence,
16:07l'officier infiltre
16:08le quartier
16:09et approche
16:09un jeune homme
16:10de la famille
16:10propriétaire du terrain
16:11pour obtenir
16:12des informations
16:13sur la résidence
16:14du suspect.
16:15Il va jusqu'à faire
16:16prêter serment
16:17de discrétion
16:18à cet informateur
16:19en lui faisant avaler
16:20une balle
16:21dans un verre de jean.
16:22Un rituel d'intimidation.
16:25L'informateur,
16:26effrayé,
16:27accepte dans un premier temps
16:28de collaborer
16:29avec la police.
16:30Cependant,
16:31l'astuce tourne court.
16:32Par loyauté
16:33ou par cupidité,
16:35ce jeune homme
16:36prévient Godogodo
16:37qu'un agent
16:37sous couverture
16:38le cherche activement
16:39dans le secteur.
16:40Nous sommes
16:41mi-2011.
16:43Godogodo
16:43qui goûtait
16:44à peine
16:45aux joies
16:45d'une vie posée
16:46sans le vent
16:47du boulet.
16:48Sa couverture
16:49est compromise.
16:50Un policier
16:50connaît maintenant
16:51l'emplacement
16:51de l'une
16:52de ses maisons
16:52et a peut-être
16:53son signalement.
16:55Sans demander
16:55son reste,
16:56le braqueur
16:57reprend la cavale.
16:58Il quitte
16:59précipitamment
16:59Ikorodou
17:00avec sa famille,
17:01ne prend même pas
17:02le temps
17:02de récupérer
17:03ses biens.
17:04Il se réfugie
17:05quelque temps
17:06dans un hôtel
17:06discret
17:07du côté d'Aja
17:07à l'extrémité
17:09de Lagos
17:09pour réfléchir
17:10à la suite.
17:12Retranché,
17:13Godogodo
17:14réalise que
17:14sa tentative
17:15de réinsertion
17:16est vouée
17:17à l'échec
17:17tant que la police
17:18le traquera.
17:19De plus,
17:21ses finances
17:21commencent à souffrir.
17:23Ses employés
17:24de la ferme
17:24Piscicole
17:25ont entendu dire
17:26que la police
17:26s'intéressait à lui.
17:28Ils ont pris peur
17:29et cessé
17:29de lui remettre
17:30les recettes
17:30des ventes.
17:31L'argent frais
17:32se fait rare.
17:33Le choix s'impose,
17:35reprendre les braquages
17:36pour renflouer
17:37les caisses
17:37et asseoir
17:38de nouveau
17:39son autorité.
17:40La trêve
17:41aura été brève.
17:43Dès fin 2011,
17:45Godogodo
17:46renoue
17:46avec le crime,
17:47plus déterminé
17:48et amer
17:49que jamais.
17:51Il recontacte
17:52ses anciens complices
17:53et reprend
17:54la tête
17:54de son gang,
17:55avec dans un coin
17:56de la tête
17:57l'idée que cette fois
17:58ce sera
17:58eux ou moi,
18:00la police
18:00ou lui.
18:01A partir de là,
18:03il n'a plus rien
18:03d'un voleur prudent
18:04visant à faire fortune
18:05tranquillement.
18:06Il devient
18:07un véritable
18:08seigneur de guerre
18:09du crime,
18:10prêt à semer
18:10le chaos
18:11pour assurer
18:11sa liberté.
18:16Le 9 septembre 2012
18:18est un jour
18:18qui restera gravé
18:20comme l'apogée
18:21sanglante
18:21du règne
18:21de Godogodo.
18:22Ce jour-là,
18:24un dimanche,
18:25Lagos va connaître
18:26plusieurs heures
18:27de terreur
18:27coordonnées
18:28sans précédent.
18:29Dès l'aube,
18:30Godogodo
18:31et une douzaine
18:32de ses hommes
18:32convergent en armes
18:33vers plusieurs points
18:34stratégiques
18:35de la ville.
18:36Le plan qu'ils ont monté
18:37est audacieux.
18:38Réaliser plusieurs
18:39braquages simultanés
18:40et semer la confusion
18:42totale parmi
18:42les forces de l'ordre.
18:44Parmi les cibles
18:45identifiées,
18:46ce jour-là,
18:46figurent des opérateurs
18:47de bureaux de change
18:48dans le quartier populaire
18:49d'Agege
18:50et un autre
18:51à Gbagada,
18:51ainsi que des points
18:52de contrôle de police
18:53sur leur chemin.
18:54En fin de matinée,
18:56la bande entre en action
18:57à Agege.
18:59Dispersés
18:59en deux véhicules,
19:01armés jusqu'aux dents,
19:02on comptera plus de neuf
19:03fusils AK-47
19:04déployés.
19:05Les assaillants surgissent
19:07devant une rangée
19:07d'échoppes
19:08de changeurs de devise.
19:09Déguisés en clients
19:10venus changer de l'argent,
19:12ils ne laissent apparaître
19:12leurs armes
19:13qu'au tout dernier moment.
19:14Soudain,
19:15des rafales claquent
19:16dans la rue bondée.
19:17Les braqueurs
19:18ouvrent le feu
19:19sans sommation
19:20sur les cambistes
19:20qui n'avaient pas
19:21compris le piège.
19:22Des commerçants
19:24et passants
19:24s'effondrent
19:25touchés par les balles.
19:27Profitant
19:27de la stupeur générale,
19:29les bandits
19:30se ruent
19:30dans les boutiques.
19:31Ils pillent
19:32méthodiquement
19:32les coffres
19:33et tiroirs
19:34remplissant sacs
19:35et valises
19:36de liasses
19:36de Naira
19:37et de dollars.
19:38Ils vont boutique
19:39après boutique,
19:40brisant les vitrines,
19:41faisant main basse
19:42sur tout l'argent
19:43disponible.
19:44En quelques minutes,
19:46à Gagé
19:46résonnent
19:47des hurlements
19:47des blessés
19:48et du crépitement
19:48des armes automatiques.
19:50Plusieurs conducteurs
19:51affolés
19:52qui se trouvent
19:52sur la route
19:53tentent de s'échapper
19:54en voiture,
19:55causant des embouteillages
19:56monstres.
19:58Godogodo
19:58surveille l'opération
19:59d'un œil froid.
20:01Chaque fois
20:01que des témoins
20:02ou des automobilistes
20:03tentent de bloquer
20:04leur fuite,
20:05ces hommes tirent
20:06pour ouvrir la route.
20:07Le bilan
20:08est effroyable.
20:09Au moins
20:09trois policiers
20:10et sept civils
20:11sont abattus
20:12ce jour-là
20:13et des dizaines
20:14d'autres blessés.
20:15La bande
20:16de Godogodo,
20:17elle,
20:18réussit son coup
20:18magistral.
20:20Ayant rempli
20:21leur sac d'argent,
20:22les braqueurs
20:22repartent en trombe
20:23à bord
20:24de leurs deux véhicules,
20:25semant la mort
20:26derrière eux.
20:28Sur la route,
20:29ils croisent
20:29un véhicule
20:30de la police spéciale
20:31d'intervention rapide
20:32qui arrive en sens inverse,
20:34alerté par les appels
20:35aux secours.
20:36Plutôt que de chercher
20:37à éviter la patrouille,
20:39Godogodo
20:39ordonne l'attaque frontale.
20:41Ces hommes
20:42braquent leur fusil
20:42à travers les fenêtres
20:43et arrosent
20:44le pick-up
20:45de la police.
20:46Pris par surprise,
20:47les policiers
20:47n'ont pas le temps
20:48de réagir.
20:49Le véhicule
20:50finit sa course
20:50dans le décor,
20:51criblé d'impact.
20:53Les braqueurs
20:54descendent
20:54et achèvent
20:55méthodiquement
20:55les policiers blessés,
20:57récupérant au passage
20:58leurs fusils
20:58d'assaut réglementaires
20:59en guise de trophée.
21:01Puis ils disparaissent
21:02à vive allure
21:03par la route
21:03Lagos-Abeokuta,
21:05quittant le carnage
21:06derrière eux.
21:07Mais l'escapade
21:08meurtrière
21:08n'est pas terminée.
21:10Sur le chemin
21:11du retour,
21:12au niveau
21:13du quartier
21:13d'Okohoba,
21:14Godogodo
21:15croise une autre
21:16patrouille de police
21:17stationnée
21:17près d'un petit
21:18poste local.
21:19Pas de témoin,
21:21pas de risque.
21:22Le gang ouvre
21:23le feu à nouveau,
21:24abattant ses agents
21:25qui ne se doutèrent
21:26de rien
21:26et s'emparent
21:27de leurs armes
21:28également.
21:29Pour Godogodo,
21:31ce sont autant
21:31de fusils de plus
21:32à ajouter
21:33à son arsenal.
21:35Lagos entière
21:36est en état de choc
21:37ce soir-là
21:37en apprenant
21:38l'ampleur du massacre.
21:39Jamais un gang
21:40de voleurs
21:41n'avait osé
21:42tué autant de policiers
21:43en une seule journée
21:44et avec une telle impunité.
21:47Les jours suivants,
21:48la presse nigériane
21:49se déchaîne
21:50contre l'inaction
21:50des autorités.
21:51On parle de massacre
21:53et d'humiliation nationale.
21:55Comment un simple gang
21:56a-t-il pu paralyser
21:57la plus grande ville
21:58du pays
21:58en plein jour
21:59et disparaître
22:00sans laisser de traces ?
22:02Le nom de Godogodo
22:04fuit dans les médias
22:05pour la première fois
22:06clairement associé
22:07à cette série
22:08d'attaques simultanées.
22:10Le grand public
22:11découvre effaré
22:12qu'un criminel
22:14aussi dangereux
22:14opère depuis des années.
22:17Ce braquage hyper-violent
22:18du 9 septembre 2012
22:21hisse Godogodo
22:22au rang de cauchemar national.
22:28L'année 2013
22:29s'ouvre dans un climat
22:30de peur
22:31au sein des forces
22:32de l'ordre nigériane.
22:33Humiliée par le
22:34dimanche noir de Lagos,
22:36la police intensifie
22:37encore la traque
22:37de Godogodo
22:38et de ses hommes.
22:40De son côté,
22:40le braqueur Borgne
22:42redouble d'audace
22:43comme s'il se savait
22:44condamné à vivre
22:45dangereusement.
22:46Il n'hésite plus
22:47à attaquer directement
22:48les forces de police
22:49quand cela sert
22:50ses intérêts.
22:52En février 2013,
22:54quelques mois
22:54après le carnage
22:55Godogodo monte une opération
22:57à Aja dans la banlieue
22:59de Lagos
22:59dans un seul but.
23:01Récupérer des armes
23:03confisquées.
23:04En effet,
23:05peu avant,
23:05la brigade spéciale
23:07anti-robery squad
23:07avait réussi à localiser
23:09l'un de ses lieutenants,
23:10Tocine,
23:11et lui avait saisi
23:129 fusils AK-47.
23:14Une perte inacceptable
23:15pour Godogodo.
23:17Frustré d'avoir ainsi
23:18été désarmé en partie,
23:20il planifie une embuscade
23:21pour se rééquiper.
23:23Par une nuit obscure
23:25accompagnée de ses hommes
23:26Odun,
23:27Oluwole,
23:28Yinoussa
23:28et Saïd,
23:30Godogodo
23:30arpente en voiture
23:31les environs d'Aja
23:32après un petit braquage
23:33de quartier.
23:34Il repère une patrouille
23:36de police mobile
23:37en stationnement,
23:38un officier somnol
23:39à l'arrière du pick-up.
23:41Godogodo
23:42voit là
23:42l'occasion rêvée.
23:44Sur son ordre,
23:45le gang fonce
23:46sur la patrouille
23:47et ouvre le feu
23:48à bout portant.
23:49Pris sous une pluie
23:50de balles,
23:51le véhicule de police
23:52versent dans le fossé.
23:54Les braqueurs sortent
23:55et exécutent méthodiquement
23:56les quatre policiers
23:57survivants
23:58s'emparant
23:58de leurs fusils d'assaut.
24:00L'attaque est si soudaine
24:02et violente
24:02qu'aucun renfort
24:03n'arrive à temps.
24:05Le lendemain,
24:05les médias relateront
24:07froidement la mort
24:07de ces agents abattus
24:08par des inconnus
24:10à Aja.
24:10en interne,
24:12la police ne doute pas
24:13qu'il s'agisse encore
24:14du gang Godogodo.
24:15Le mode opératoire,
24:17tué pour voler des armes,
24:19porte sa signature.
24:21Godogodo a désormais
24:22reconstitué son arsenal perdu
24:24et même au-delà.
24:26Fort de cette nouvelle confiance,
24:28il se lance dans un coup d'éclat
24:29encore plus retentissant
24:30quelques semaines plus tard,
24:33attaquer le principal aéroport
24:35du pays.
24:36Le 13 mars 2013,
24:38vers 8h du soir,
24:40la tranquillité du hall
24:41des arrivées du
24:42Murtala-Muhamed
24:43International Airport
24:44de Lagos
24:45est brisée par des coups
24:47de feu et des cris.
24:48Un groupe de braqueurs
24:49vient d'envahir une zone
24:51où opèrent plusieurs bureaux
24:52de change
24:52et transporteurs de fond
24:54à l'aéroport.
24:55C'est Godogodo et sa bande,
24:57visant cette fois
24:57le cœur économique
24:58névralgique du pays.
25:00Au milieu des voyageurs
25:01terrifiés qui se jettent au sol,
25:03les malfaiteurs font feu
25:04sur deux policiers de service
25:06qui tentent une riposte.
25:07Les deux agents
25:08sont tués sur le coup.
25:10Pendant une trentaine
25:11de minutes surréelles,
25:12l'aéroport résonne
25:13des échanges de tirs
25:14entre les braqueurs
25:15et d'autres policiers
25:16accourus en renfort.
25:18Finalement,
25:19la bande parvient
25:20à s'enfuir
25:20par une sortie latérale,
25:22emportant avec elle
25:23des sacs bourrés
25:24de devises étrangères
25:25volées au guichet de change.
25:27On parle de plus
25:28de 100 millions
25:28de NERA dérobés,
25:29plus de 600 000 dollars.
25:32Dans leur fuite,
25:32ils laissent derrière eux
25:34un carnage.
25:35Au moins deux policiers
25:36et cinq civils
25:37sont tués dans cet assaut
25:38osé
25:39et une quinzaine
25:40d'autres personnes blessées.
25:42L'attaque de l'aéroport
25:43international,
25:44symbole de la souveraineté
25:45et vitrine du Nigeria,
25:47fait l'effet
25:47d'une onde de choc
25:48au sommet de l'État.
25:50Cette fois,
25:51les plus hautes autorités
25:52s'en mêlent.
25:53Le président
25:54et l'inspecteur général
25:55de la police
25:55exigent des résultats immédiats.
25:58Le commissaire de police
25:59de Lagos
25:59reçoit l'ordre direct
26:01de mettre fin
26:02au phénomène
26:03Godogodo
26:03à tout prix.
26:04La traque
26:05devient nationale.
26:07Les renseignements
26:08de toutes les unités
26:09sont croisés
26:09pour trouver
26:10la moindre piste
26:11sur ce braqueur
26:11quasi-fantôme.
26:13Jusqu'à présent,
26:14ironiquement,
26:15personne ne savait
26:16exactement
26:17à quoi ressemblait
26:17Godogodo.
26:19Bien qu'il fût
26:20l'ennemi public numéro 1,
26:22il circulait
26:22sans que son visage
26:23soit identifié clairement
26:24par les forces
26:25de l'ordre.
26:26Cette anomalie
26:27va être corrigée
26:28suite à l'aéroport.
26:30Les enquêteurs
26:31de Lagos
26:31trouvent un filon.
26:33Quelques semaines
26:34après l'attaque
26:34de mars 2013,
26:36une autre opération
26:37de vol à main armée
26:38est signalée
26:39dans une banque
26:40nommée First Bank
26:41à Ilorin,
26:42dans l'état
26:43de Quara.
26:44Le braquage
26:45porte la marque
26:46du gang
26:46Godogodo.
26:47La police locale
26:49récupère la vidéo
26:50de surveillance
26:50de la banque
26:51et la transmet
26:52aux autorités
26:52de Lagos.
26:53Pour la première fois,
26:55le visage
26:56de Godogodo
26:56est capturé
26:57sur bande.
26:58Lorsque les complices
26:59déjà arrêtés
27:00de son gang
27:00sont confrontés
27:01aux images,
27:03il confirme
27:03sans hésiter
27:04« L'homme
27:05borgne à l'écran.
27:06C'est bien
27:07leur patron,
27:08Godogodo. »
27:09Enfin,
27:10la police
27:11a un visage
27:11sur son ennemi.
27:12Un portrait
27:13robot précis
27:14peut être diffusé
27:14au poste de contrôle
27:15et aux informateurs.
27:21Conscient
27:21que Lagos
27:22est désormais
27:22une souricière
27:23pour lui,
27:24Godogodo
27:25passe le plus clair
27:25de son temps retranché
27:27dans sa nouvelle base
27:28à Ibadan,
27:29grande ville
27:30située à environ
27:31130 km
27:31au nord de Lagos.
27:33C'est là
27:34qu'il a acquis
27:35un terrain
27:35et fait construire
27:37une maison
27:37cossue
27:38après avoir
27:39dû fuir
27:39Ikorodou
27:40en 2011.
27:42Ibadan
27:42est moins
27:43surveillé
27:43par les forces
27:44spéciales,
27:45pense-t-il,
27:46et il y est
27:47entouré
27:47de connaissances.
27:48Pourtant,
27:49c'est là
27:50que le piège
27:50va se refermer.
27:51Après l'attaque
27:52de l'aéroport
27:53et l'identification
27:54de son visage,
27:55la police
27:55a intensifié
27:56la surveillance
27:56des proches
27:57et des zones
27:58suspectées
27:58d'abriter
27:59le fugitif.
28:00Une information
28:01cruciale
28:02parvient aux enquêteurs
28:03au milieu
28:03de 2013.
28:05L'indication
28:05d'une possible
28:06résidence
28:07de Godogodo
28:07à Ibadan.
28:09Cette fois,
28:10les forces
28:11de l'ordre
28:11décident
28:12de ne prendre
28:12aucun risque
28:13de fuite.
28:14Sous l'autorité
28:15du commissaire
28:16Manco,
28:17c'est le super flic
28:18Abba Kiari,
28:19célèbre pour avoir
28:20fait tomber
28:21plusieurs criminels
28:22notoires
28:22qui est chargé
28:23de l'opération
28:24d'arrestation.
28:25Kiari dirige
28:26une équipe d'élite
28:26de la spéciale
28:27Anti-Robery Squad.
28:28Dès qu'ils obtiennent
28:30l'adresse exacte
28:31dans le quartier
28:31d'Oluyol Estate
28:32à Ibadan,
28:33ils se déploient
28:34en toute discrétion
28:35aux abords.
28:36Pendant 14 jours,
28:38les policiers
28:38mènent une filature
28:39patiente,
28:40surveillant la maison
28:4124 heures
28:42sur 24
28:42sans intervenir.
28:44Le 1er août
28:452013 à l'aube,
28:47l'équipe décide
28:48de passer à l'action.
28:49Ils ont repéré
28:50du mouvement
28:50dans la maison.
28:52Godogodo
28:52semble présent.
28:54Abba Kiari
28:55sait à qui
28:55il a affaire.
28:56Le moindre faux pas
28:58peut tourner
28:58à la fusillade
28:59meurtrière.
29:00La consigne
29:01est claire.
29:02On tente
29:03de le prendre
29:03vivant,
29:04mais s'il résiste,
29:05on n'hésitera pas
29:06à faire feu.
29:07Les hommes
29:08en armes
29:09encerclent
29:09silencieusement
29:10le périmètre.
29:11Un long moment
29:12d'attente
29:13commence.
29:14Selon le récit
29:15ultérieur
29:15de Godogodo
29:16lui-même,
29:17une nervosité
29:18inhabituelle
29:19le gagne
29:19ce matin-là.
29:20Il tourne en rond
29:21chez lui,
29:22refuse même
29:23le petit déjeuner
29:24que sa femme
29:24Mary lui a préparé,
29:26sans comprendre
29:27ce qui l'angoisse.
29:28Finalement,
29:29il sort prendre l'air
29:30devant la maison
29:31pour calmer son esprit,
29:33exactement ce qu'espéraient
29:34les policiers
29:34en planque.
29:35Aux aguets,
29:37deux agents
29:37en civil
29:38approchent doucement
29:39dans la rue.
29:41Godogodo
29:42remarque soudain
29:42une voiture suspecte.
29:44Un minivan
29:45Toyota Sienna,
29:46garé un peu plus loin
29:48et deux silhouettes
29:49qui se déplacent
29:50vers lui.
29:51Son instinct
29:51de survie explose.
29:53Ce sont des policiers.
29:54Il bondit
29:55et se met à courir
29:56vers l'arrière
29:57de la maison.
29:58criant à sa femme
29:58de se cacher.
30:00Immédiatement,
30:00les policiers
30:01se dévoilent
30:02et lancent l'assaut.
30:04Godogodo
30:04escalade une barrière
30:05et tente de fuir
30:06par un sentier,
30:07une arme de poing
30:08à la main.
30:09Un officier
30:10le prend en chasse
30:11à travers le terrain vague
30:12derrière la maison.
30:13Des coups de feu
30:14retentissent.
30:15Godogodo
30:16riposte-t-il
30:16ou tire-t-on sur lui ?
30:19Les témoignages diffèrent
30:20mais très vite,
30:21une balle
30:22vient le frapper
30:22dans le dos.
30:24Elle traverse son flanc
30:25et ressort
30:25par la poitrine.
30:26L'homme s'écroule
30:28lourdement au sol,
30:29grièvement touché.
30:30Le policier
30:31qui l'a atteint
30:32s'approche prudemment,
30:33son fusil braqué.
30:35Godogodo,
30:36blessé
30:36et à bout de force,
30:37lève un bras
30:38en signe de reddition.
30:40Lui qui jurait
30:41de ne jamais
30:42se rendre vivant
30:43comprend que
30:43c'est la fin du chemin.
30:45« Ne me tuez pas,
30:46pitié ! »
30:47implore-t-il
30:48dans un souffle
30:48en regardant
30:49le canon braqué
30:50sur lui.
30:51Après plus de 14 ans
30:53de cavale,
30:54Godogodo,
30:55l'ennemi public
30:55numéro 1,
30:56est enfin
30:57capturé vivant.
30:59Lorsqu'il est ramené
31:00quelques heures plus tard
31:01au quartier général
31:02de la police de Lagos
31:03à Ikeja,
31:04la nouvelle s'est déjà répandue.
31:06Des dizaines de policiers
31:07se massent dans la cour,
31:09exultant de joie
31:10à la vue du malfaiteur
31:11notoire
31:12enfin neutralisé.
31:13Certains se souviennent
31:15des collègues
31:15tombés sous ses balles
31:16et ne cachent pas
31:17leur satisfaction
31:18de le voir
31:18ensanglanté
31:19et entravé.
31:21Alignés devant les caméras,
31:23Godogodo
31:23et trois de ses lieutenants
31:24arrêtés dans la foulée,
31:26Leké,
31:27Yinoussa,
31:27Adelao,
31:28sont présentés
31:29en conférence de presse
31:30dès le lendemain.
31:31Le bandit borgne
31:33apparaît agar
31:34sur les photos,
31:34une perfusion au bras.
31:37Les autorités exhibent
31:38l'arsenal
31:39saisi dans sa demeure
31:40d'Ibadane.
31:41Plusieurs fusils
31:42d'assaut AK-47
31:44retrouvés dissimulés
31:45dans la cuisine,
31:46la chambre,
31:47la salle de bain.
31:49tous chargés
31:50à bloc,
31:51confirmant
31:51qu'ils se préparaient
31:52à un baroud d'honneur
31:53meurtrier
31:54s'ils étaient intervenus
31:55quelques minutes plus tard.
31:57Nous avons récupéré
31:58six fusils
31:58AK-47
31:59chez lui,
32:00chacun avec double chargeur
32:02de 60 balles,
32:03précise un responsable,
32:04soulignant
32:05à quel point
32:05l'assaut a été mené
32:06prudemment
32:07pour éviter un carnage.
32:08blessé mais soigné
32:10en détention,
32:11Godot Godot
32:11commence à parler.
32:13En garde à vue,
32:14face aux interrogateurs
32:15de la brigade criminelle,
32:17il se montre d'abord
32:17défiant puis,
32:19sentant la partie finie,
32:20se met à confesser
32:21ses crimes
32:22avec une relative fierté.
32:23Ses aveux sont filmés
32:25par la police
32:25et diffusés en partie
32:27à la télévision,
32:28fascinant le public
32:29qui découvre
32:30ce personnage
32:30hors du commun.
32:32Godot Godot
32:33raconte dans le détail
32:35ses braquages
32:36les plus spectaculaires,
32:37sans sourciller,
32:38expliquant par exemple
32:39comment il a coordonné
32:40l'attaque d'Agege
32:41en 2012
32:42ou comment il a batté
32:43les policiers
32:44pour prendre leurs armes
32:45quand il s'estimait
32:46acculé.
32:47Droit dans ses bottes,
32:49il déclare n'avoir
32:49aucun remords
32:50d'avoir tué des policiers,
32:52affirmant qu'il ne faisait
32:53que se défendre
32:54contre ceux
32:55qu'il aurait de toute façon
32:56abattu.
32:57Ses propos glaçants
32:58feront la une
32:59d'un grand quotidien.
33:01Godot Godot,
33:02le roi du braquage
33:03du sud-ouest arrêté,
33:04dit ne regretter
33:05aucun policier tué.
33:07Le braqueur
33:08décrit également
33:08son mode de vie prudent.
33:10Pas d'alcool,
33:11pas de drogue,
33:12pas de grosses dépenses
33:13ostentatoires.
33:15« Je ne vivais pas
33:16une vie flamboyante
33:17comme les autres braqueurs,
33:18dit-il aux enquêteurs,
33:19expliquant qu'il évitait
33:21ainsi d'attirer
33:21l'attention sur lui.
33:23Il admet avoir investi
33:24dans l'immobilier
33:25et l'agriculture
33:26la majeure partie
33:27de ses butins,
33:28possédant au moins
33:29six maisons
33:29et 52 étangs
33:31piscicoles
33:31au moment de son arrestation.
33:33Il jure que sa dernière épouse
33:35Mary
33:36arrêtait à ses côtés
33:37et ses enfants
33:38ignoraient tout
33:39de sa double vie.
33:41Son stratagème
33:42pour éviter
33:42d'être localisé
33:43surprend également
33:44les policiers.
33:45Godot Godot raconte
33:46qu'il avait pour habitude
33:47de faire des dons généreux
33:48dans une église
33:49qu'il visitait
33:50une seule fois,
33:51puis n'y revenait jamais.
33:53Il finançait ainsi
33:54l'achat d'un orgue
33:55ou la rénovation
33:56d'une paroisse,
33:57pensant qu'ainsi,
33:58Dieu le protégerait
34:00et que la communauté
34:01religieuse
34:01n'imaginerait pas
34:02qu'un bienfaiteur
34:03de passage
34:04puisse être
34:04un braqueur
34:05en cavale.
34:07Ces révélations
34:07spectaculaires
34:08font de Godot Godot
34:09une sorte de célébrité
34:11criminelle
34:11malgré lui.
34:12Le public nigérian,
34:14médusé,
34:15suit l'affaire
34:16comme on suivrait
34:16un thriller.
34:17Les plus jeunes
34:18comparent Godot Godot
34:19au grand bandit
34:20des légendes urbaines.
34:25Après cette capture
34:26retentissante,
34:27on s'attendait
34:28à un procès
34:29exemplaire,
34:30transparent
34:31et très médiatisé
34:32de Godot Godot
34:33à l'image
34:33des procès publics
34:34des célèbres criminels
34:35des années 1980.
34:38Pourtant,
34:39la suite des événements
34:41va plonger
34:41cette histoire
34:42dans l'ombre
34:43la plus totale.
34:45Dès fin 2013,
34:46l'affaire Godot Godot
34:47disparaît
34:48des radars.
34:49Aucune date
34:50de procès
34:50n'est annoncée,
34:51aucune communication
34:53officielle
34:53sur son sort.
34:55Le braqueur
34:56est détenu
34:56dans les locaux
34:57du spécial
34:57Anti-Robery Squad
34:58à Lagos
34:59en attente
35:00de mise en accusation
35:01formelle.
35:03Mais les années
35:04passent
35:04et rien ne filtre.
35:07Des journalistes
35:08et des ONG
35:08commencent à s'inquiéter
35:10de ce silence.
35:11En 2019,
35:13six ans après
35:14l'arrestation,
35:15Abba Kiari,
35:16le policier
35:16qu'il avait fait tomber,
35:18entre temps promu,
35:19publie sur sa page
35:20Facebook
35:20une liste
35:21de ces faits d'armes
35:22où figure
35:22l'arrestation
35:23de Godot Godot
35:24en précisant
35:25laconiquement
35:25que le dossier
35:26est « toujours
35:27en cours
35:27de poursuite judiciaire ».
35:29Pourtant,
35:30aucune trace
35:30d'un tel procès
35:31n'existe
35:32dans les dossiers
35:32publics
35:33de la justice
35:33nigériane.
35:34Interpellé,
35:35le porte-parole
35:36de la police
35:37de Lagos
35:37élude les questions
35:38ou ne répond
35:39carrément pas
35:39aux demandes
35:40de renseignements
35:40de la presse.
35:41En 2020,
35:43une enquête
35:44du site
35:44Newsroom
35:45tente de lever
35:45le voile.
35:46Les journalistes
35:47écrivent
35:48aux autorités
35:48pénitentiaires
35:49au ministère
35:50de la justice
35:51de l'état
35:51de Lagos
35:52en 20.
35:54Le nom
35:54d'Abiodoun
35:55et Gunjobi
35:55n'apparaît
35:56dans aucune base
35:57de données
35:57de procès criminels
35:58entre 2013
35:59et 2020.
36:01Autrement dit,
36:02la police
36:02n'a jamais déféré
36:03Godot Godot
36:04devant la justice
36:04depuis son arrestation.
36:06Ce constat
36:07ahurissant
36:07soulève
36:08une question
36:08dérangeante.
36:09Qu'est-il
36:10advenu
36:10de Godot Godot
36:11après son arrestation ?
36:12Face à ce vide,
36:14les spéculations
36:15vont bon train.
36:16La plus répandue,
36:17c'est que
36:18Godot Godot
36:18aurait été exécuté
36:19secrètement
36:20par la police
36:21peu après
36:21son arrestation
36:22sans procès.
36:24Cette théorie
36:25s'appuie
36:25sur la réputation
36:26du spécial
36:27anti-roberie squad.
36:28Cette unité
36:29spéciale
36:30anti-braquage
36:30a été souvent accusée
36:31par le passé
36:32de bavure,
36:33de torture
36:33et d'exécution
36:35extrajudiciaire.
36:36Un personnage
36:37aussi emblématique
36:38que Godot Godot
36:39aurait très bien pu,
36:40selon ses sources,
36:41être passé par les armes
36:42en toute discrétion
36:44pour venger
36:44les policiers tués
36:46et éviter
36:47un procès médiatique
36:48risqué.
36:49D'autres évoquent
36:50la possibilité
36:51qu'il soit mort
36:52des suites
36:52de ses blessures
36:53ou de mauvais
36:54traitements
36:55en détention
36:55et que les autorités
36:57préférées taire
36:58son décès
36:58pour éviter
36:59d'avoir à expliquer
37:00un tel échec
37:01de procédure.
37:02Enfin,
37:03certains optimistes
37:04imaginent
37:05qu'il croupit encore
37:05dans quelques prisons
37:06secrètes,
37:07détenus sans jugement,
37:09son cas étant
37:09trop sensible
37:10pour être révélé.
37:12Officiellement,
37:13rien ne permet
37:13de trancher.
37:15Godot Godot
37:15est devenu
37:16un fantôme
37:17administratif.
37:18ni la police,
37:19ni la justice,
37:20ni l'administration
37:21pénitentiaire
37:22ne communiquent
37:23que sur lui.
37:24En 2021,
37:25près de huit ans
37:26après,
37:27un porte-parole
37:28de la prison
37:28de Lagos
37:29a éludé
37:29les questions
37:30d'un journaliste
37:30en prétendant
37:31avoir oublié
37:32son téléphone
37:33à la maison
37:33pour ne pas avoir
37:35à répondre
37:35aux appels
37:36insistants.
37:37Le mystère
37:38reste entier.
37:39Cette opacité
37:40nourrit la légende.
37:41L'absence
37:42de conclusion
37:42officielle
37:43laisse un goût
37:44amer.
37:46Pour les familles
37:46des victimes
37:47de ces braquages,
37:48cette situation
37:49est profondément
37:50frustrante.
37:51Elles craignent
37:51que justice
37:52ne soit jamais rendue
37:53ou peut-être
37:54l'a-t-elle été
37:54d'une manière
37:55officieuse
37:56qui les prive
37:57de la vérité.
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