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00:00Pour les Libanais, ces nouvelles attaques israéliennes sont un choc.
00:03Ils sont des dizaines de milliers déjà à avoir fui leur foyer,
00:06ce qui fait craindre une crise humanitaire d'ampleur.
00:09Certains habitants, malgré tout, décidaient de résister aux ordres d'évacuation.
00:13Axel Simon.
00:16Les cloches de l'église du village ont sonné en milieu d'après-midi
00:20comme un appel à se rassembler.
00:22Sous le regard de quelques membres des forces de sécurité intérieure libanaise,
00:25les habitants de cette communauté chrétienne de Marjayoun,
00:28dans le sud du pays, se sont réunis.
00:31Ils ont décidé de ne pas quitter leur village,
00:33malgré les ordres d'évacuation de la zone transmis par Israël.
00:39Nous sommes contraints de rester malgré le danger.
00:42Lorsque nous défendons notre terre, nous le faisons pacifiquement.
00:45Aucun d'entre nous ne porte d'armes.
00:47Nous ne portons que la paix, la bonté et l'amour.
00:51Nous n'avons d'autre choix que de rester résilients et déterminés ici à Marjayoun.
00:57Les frappes israéliennes se poursuivent samedi sur la banlieue sud de Beyrouth.
01:02L'armée indique viser les infrastructures du Hezbollah,
01:05le mouvement islamiste libanais pro-iranien.
01:08Vendredi, plusieurs zones du sud et de l'est du Liban,
01:11notamment Saïda et Tir, ont été aussi visées
01:13et d'autres localités proches de la frontière avec Israël.
01:17Selon l'armée israélienne, le Hezbollah a tiré vendredi
01:20un total de 70 roquettes vers son territoire.
01:23Le mouvement islamiste a appelé vendredi les habitants du nord d'Israël
01:26à évacuer les localités situées à moins de 5 km de la frontière libanaise.
01:31Lundi, deux jours après le début des frappes américano-israéliennes sur Téhéran,
01:36le Hezbollah a lancé une attaque contre Israël.
01:38L'État hébreu a riposté en lançant une vaste campagne de frappes aériennes sur le Liban.
01:43Ces derniers jours, l'armée israélienne est également entrée
01:46dans plusieurs localités du sud du pays.
01:48Sur ces images datant de vendredi,
01:50on distingue deux chars traversant le village de Riyam.
01:54Israël affirme vouloir établir ce qu'elle qualifie de zone tampon
01:58pour protéger sa population contre les attaques
02:00sur les localités israéliennes frontalières.
02:03Place à notre interview long format avec Karim Emile Bitta.
02:07Bonjour.
02:08Bonjour.
02:08Vous êtes professeur de relations internationales à Sciences Po Paris.
02:11On a beaucoup de choses à aborder avec vous.
02:13un temps, évidemment, cette guerre entamée il y a une semaine
02:17est en train de bouleverser le paysage du Moyen-Orient,
02:20les rapports de force, les alliances que l'on croyait définitives.
02:24Le régime est loin, en tous les cas, c'est ce que l'on voit aujourd'hui,
02:28une semaine après, est loin d'avoir dit son dernier mot.
02:30Il continue de riposter un peu partout.
02:33C'est ça.
02:34Il s'accroche, même si le nombre de missiles qui sont envoyés
02:38déclinent de jour en jour.
02:40Donc, il y a des questions qui se posent sur l'équipement qui leur reste.
02:44Le régime est certainement considérablement affaibli.
02:47Cela ne signifie pas qu'il ne va pas jeter toutes les forces
02:51qui lui restent dans la bataille au risque de déstabiliser
02:54tous les pays voisins et l'économie mondiale.
02:57Ce qui était significatif hier, c'était les excuses présentées
03:00par le président iranien au pays du Golfe voisin
03:03qui avait été frappé par l'Iran.
03:07Donc, il s'agit en quelque sorte d'éviter que ses alliés
03:11ne se retournent totalement contre Téhéran
03:13et incitent Trump à aller au bout.
03:15Parce qu'avant la guerre, il faut rappeler que l'Arabie saoudite
03:18et la plupart des pays du Golfe, conscients des risques sécuritaires
03:21et économiques, avaient tenté de tempérer l'ardeur guerrière
03:24de Donald Trump, mais sans succès.
03:26Oui, on va y venir effectivement sur ce rapport
03:29avec les pays du Golfe, mais je voulais rester avant cela
03:31sur le régime.
03:33C'est vrai qu'on se doute que ça fait au moins 20 ans
03:35qu'il se prépare à ce cas de figure, à ce rapport de force.
03:37Il l'a anticipé, il l'a prévu.
03:39Et effectivement, il a vu qu'elle pouvait être son axe de défense,
03:44notamment avec cette guerre économique
03:45qui est peut-être en train de s'initier.
03:47Est-ce que vous pensez qu'il est capable, pour l'instant,
03:50de se maintenir en place ?
03:51Est-ce que la théocratie iranienne va rester en place ?
03:54Alors, comme vous l'avez dit, depuis sa naissance,
03:58depuis plus que 20 ans, même depuis 47 ans,
04:00ce régime s'est construit sur cette idée qu'il fallait une économie de guerre,
04:04une société mobilisée, les Pazdaran, les gardiens de la révolution,
04:08les milices Masidji, etc.
04:11La question de savoir si ce régime va rester en place,
04:14ça va être en grande partie également une décision américaine.
04:17Israël souhaite aller au bout et faire tomber le régime iranien.
04:20Par contre, Trump a dit très ouvertement que son scénario idéal
04:24serait un scénario à la vénézuélienne,
04:27c'est-à-dire une figure qui serait issue du régime,
04:30un nouvel homme fort qui ferait des concessions aux États-Unis
04:33sur les enjeux énergétiques,
04:34qui cesserait le programme balistique,
04:36qui cesserait de soutenir les proxys.
04:40Mais c'est un changement de comportement qu'on cherche,
04:43et non pas un changement de régime.
04:44Donc, pour la population iranienne, cela est inquiétant,
04:47parce que cela voudrait dire qu'ils pourraient perdre à la fois
04:50leurs ressources énergétiques sans gagner la moindre liberté,
04:53parce que ce régime restera autoritaire.
04:55Au Venezuela, on n'a pas vu toujours la libération des prisonniers politiques
04:59plus d'un mois après ce supposé changement à la tête de l'État.
05:03En tous les cas, de manière très partielle, effectivement.
05:06Mais ça, c'est un scénario idéalisé pour Donald Trump,
05:08parce qu'il n'a pas du tout les mêmes entrées dans le régime iranien
05:11qu'il n'avait au Venezuela.
05:13Tout à fait.
05:14Il n'y en a aucune, il est complètement hermétique.
05:15C'est une théocratie qui est absolument hermétique.
05:18On n'imagine pas quelqu'un de l'intérieur acceptant en coulisses
05:21de passer un accord avec les États-Unis.
05:22C'est vrai que ce régime est une boîte noire,
05:25mais c'est vrai qu'il y a quand même une exaspération croissante
05:28de la population.
05:29La crise économique perdure depuis déjà un certain temps.
05:32Il y a eu une inflation, une dévaluation du Rial.
05:34La colère populaire grondait.
05:3785% des Iraniens sont radicalement hostiles à ce régime.
05:42Reste à savoir si la terreur ne va pas continuer à s'abattre.
05:49Aujourd'hui, les Iraniens ne sont pas encore en train de descendre dans la rue,
05:53de prendre le relais.
05:54Autant Trump les a appelés il y a un mois à prendre d'assaut
05:58les institutions à poursuivre de l'intérieur ce combat,
06:03autant ils réalisent eux-mêmes que ce n'est pas aussi simple que cela.
06:07Donc il n'y a pas historiquement d'exemple où on puisse mener un changement de régime
06:11sans avoir de troupes au sol.
06:13C'est pour cela qu'on commence à imaginer des scénarios un peu alambiqués
06:17qui consisteraient à armer des milices kurdes
06:21ou à faire des opérations secrètes à travers les services de renseignement
06:24pour déstabiliser le régime encore plus.
06:26Il n'est pas exclu que ce régime finisse par être déstabilisé
06:29et qu'une nouvelle figure puisse finir par négocier avec les Américains.
06:33car la priorité absolue pour ce régime, c'est sa survie.
06:36Il est prêt à faire énormément de concessions,
06:38y compris sur le nucléaire, le balistique
06:40et bien évidemment sur l'énergie.
06:42Si on lui assure qu'il restera intact,
06:44il s'agit de ne pas perdre la face pour ce régime.
06:47Vous pensez qu'il peut mettre de la modération,
06:50renoncer à ses ambitions expansionnistes,
06:54quitter cette posture de résistance pour plaire ?
06:57Il aurait peut-être pu il y a quelques années,
07:00mais après le discours d'hier de Trump qui exige une capitulation totale,
07:04on les voit mal acceptés.
07:05Il y a une situation d'orgueil, un certain nationalisme en Iran
07:10qu'on retrouve d'ailleurs aussi bien, c'est les partisans de la République islamique
07:15que c'est ses adversaires les plus farouches.
07:17La plupart des Iraniens ne souhaitent pas voir leur pays
07:20devenir une sorte de colonie étrangère,
07:25le chaos et la fragmentation.
07:27Ils ont en souvenir toutes les interférences extérieures
07:30qu'ils ont subies depuis le début du XXe siècle
07:33et notamment le coup d'État de 1953.
07:36Ils craignent la fragmentation,
07:39ils craignent l'après,
07:41mais beaucoup sont soulagés.
07:43Ce qui est paradoxal avec cette guerre,
07:44c'est qu'aux États-Unis, elle est très impopulaire,
07:47mais chez les Iraniens,
07:48qui en ont tellement marre de ce régime tyrannique
07:51qui perdure depuis 47 ans,
07:53elle a été soutenue dans un premier temps
07:56et très largement soutenue dans la diaspora.
07:58Même si aujourd'hui, certains Iraniens,
08:00en voyant par exemple l'attaque contre des écoliers,
08:02en voyant toutes les cibles civiles,
08:04commencent à avoir des sentiments mitigés.
08:06Mais en tout cas, dans les premiers jours de cette guerre,
08:09elle était paradoxalement beaucoup plus populaire
08:11auprès des Iraniens qu'auprès des Américains.
08:13C'est un des rares cas dans l'histoire
08:15où un pays en bombarde un autre
08:17et sa propre opinion publique n'est pas satisfaite,
08:19alors que l'opinion publique du pays bombardé
08:22se réjouit parce qu'ils ont réalisé
08:24au cours des dernières décennies
08:25qu'ils étaient incapables de faire tomber
08:27ce régime tyrannique à main nue.
08:29Mais pour autant, cette forme,
08:31ces frappes extrêmement intenses
08:32ne vont pas forcément permettre aux Iraniens
08:35de se mobiliser comme ils se sont mobilisés
08:38au mois de janvier.
08:38C'est en cela qu'on se dit que ça arrive peut-être trop tard
08:41parce qu'ils ne peuvent pas sortir dans les conditions actuelles,
08:43dans les rues, pour dénoncer le régime.
08:45Exactement.
08:45C'est ce qui s'était passé pendant la guerre des 12 jours.
08:49Les Iraniens, face aux attaques américaines et israéliennes,
08:53avaient quelque peu cessé les manifestations précédentes.
08:56Il y a un réflexe de ralliement,
08:59non pas autour du régime,
09:00mais autour d'une patrie en danger.
09:02D'autant plus que les États-Unis et Israël
09:05ne se cachent pas d'avoir des agents sur le terrain
09:09d'essayer de mobiliser contre le régime.
09:12Donc, une grande partie de l'opinion publique iranienne
09:15est tiraillée entre sa détestation pour ce régime des Mollahs
09:18et son nationalisme qui les fait craindre.
09:22Une intervention qui aurait des conséquences aussi désastreuses
09:25que celles qu'on a vues en Irak ou en Libye
09:27ou en Afghanistan ou ailleurs,
09:29avec un pantin américano-israélien
09:31qui serait imposé à leur tête.
09:33On a entendu dans ce que vous disiez
09:34qu'il y a deux stratégies différentes
09:36selon les États-Unis et Israël.
09:39C'est vrai que là, Israël a une fenêtre historique
09:42pour agir, pour faire tomber ce régime.
09:44C'est son objectif.
09:46Qu'importe le chaos que cela provoquerait dans la région,
09:49jusqu'où peut aller Israël actuellement en Iran ?
09:52Justement, le Financial Times a cité il y a quelques jours
09:55un membre éminent de think tank israélien
09:58très proche du milieu de la défense.
09:59Il dit que s'il doit y avoir une guerre civile,
10:01un chaos en Iran, c'est peut-être dans notre intérêt.
10:05Pour Israël, la priorité absolue,
10:07c'est d'assurer sa propre sécurité.
10:09On n'est pas dans une logique d'exportation
10:11de la démocratie ou de protection des droits de l'homme
10:14ou des droits de la femme iranienne.
10:16Et Trump non plus.
10:17C'est ça qui me rend quelque peu dubitatif
10:20face à cette guerre.
10:22Parce qu'à l'époque de la guerre d'Irak en 2003,
10:25il y avait au moins, même si c'était très hypocrite,
10:27des prétentions à vouloir exporter la démocratie,
10:30le fameux Freedom Agenda,
10:32protéger les femmes afghanes
10:34lors de l'invasion de l'Afghanistan.
10:36On a vu les résultats.
10:37On a vu que 20 ans après,
10:38après avoir dépensé 3 000 milliards de dollars,
10:41on a dû de nouveau négocier avec les talibans
10:43et que la situation des femmes afghanes
10:45n'a jamais été aussi désastreuse.
10:46Donc il faut espérer que ce scénario
10:48ne se reproduise pas en Iran.
10:50Certes, l'Iran est un cas très différent
10:52de l'Irak et de l'Afghanistan,
10:54mais du côté américain,
10:56on trouve les mêmes erreurs,
10:58le même amateurisme,
10:59les mêmes improvisations
11:00et cela peut conduire à des conséquences
11:02assez désastreuses.
11:02C'est tout le paradoxe, effectivement.
11:04A la fois, c'est une guerre
11:04qui est extrêmement bien préparée
11:06et qui en même temps semble totalement impulsive.
11:09En fait, on se demande si Donald Trump
11:10a pensé aux conséquences,
11:11y compris pour lui-même,
11:12les conséquences économiques pour lui-même
11:14parce que financièrement,
11:15il y a risque d'y perdre
11:16avec ces monarchies du Golfe
11:18qui se trouvent gelées économiquement.
11:20C'est tout à fait ça.
11:22Non seulement cette guerre
11:23est en contradiction
11:24avec toutes les déclarations
11:25qu'il avait faites
11:26pendant sa campagne
11:27et jusqu'à il y a quelques mois,
11:28J.D. Vance était encore plus radicalement hostile
11:30que Trump à des interventions
11:32au Moyen-Orient.
11:32Il était vraiment sur la ligne
11:33America first.
11:35Heureux que Trump soit un homme de paix.
11:37C'était vraiment la ligne de Trump
11:39dans sa campagne.
11:40Alors vous faisiez référence
11:41fort justement à l'économie
11:42parce que le paradoxe
11:44aujourd'hui intéressant,
11:44c'est que le dernier contre-pouvoir
11:46qui reste aux Etats-Unis,
11:47ce sont les marchés financiers.
11:50Préalablement dans l'esprit
11:51des pères fondateurs des Etats-Unis,
11:52il y avait le système judiciaire,
11:54il y avait le Congrès,
11:54il y avait les médias.
11:55On voit aujourd'hui
11:56que tout a été quasiment domestiqué
11:58et mis au pas.
11:59Mais Trump pourrait être sensible
12:00à la pression des marchés financiers.
12:03Hier, le ministre de l'Énergie du Qatar
12:05a été très alarmiste,
12:06a dit que le prix du baril
12:07pourrait atteindre 150 dollars.
12:10Toute l'économie mondiale
12:12pourrait se trouver déstabilisée
12:13par des tensions inflationnistes.
12:15Donc là, Trump risquerait
12:16de voir sa propre base électorale
12:19se retourner contre lui.
12:20Et déjà, chez les démocrates,
12:21il y a près de 80%
12:22qui sont hostiles à cette guerre.
12:24Et ça, on a l'impression
12:25que l'Iran,
12:25le régime iranien,
12:27y avait pensé,
12:28avait anticipé,
12:28avait prévu cette guerre économique.
12:30Quand il touche
12:31au détroit d'Hormuz,
12:32il gèle l'économie
12:34de ces monarchies du Golfe,
12:36à la fois pour les exportations,
12:37mais à la fois aussi
12:37pour les importations.
12:39Les frappes sur les infrastructures
12:40pétrolières, gazières,
12:41y compris en Azerbaïdjan,
12:42on voit bien qu'il y a là
12:43une stratégie
12:44de créer un chaos économique.
12:45Tout à fait.
12:47Et ça aussi,
12:47ça remonte à très loin.
12:48Depuis 40 ans,
12:49il y a cette arme
12:50du chantage économique.
12:51Pendant la guerre Iran-Irak,
12:52entre 80 et 88,
12:54l'Iran avait miné
12:55le détroit d'Hormuz
12:56pour le rendre
12:58infréquentable,
12:59impraticable.
13:00Aujourd'hui,
13:00on se sert de nouveau
13:01de cette pression
13:03sur les pays voisins,
13:04des risques
13:05que cela peut engendrer.
13:06C'est également
13:07un bras de fer
13:09entre les Etats-Unis
13:10et la Chine
13:10parce que les Etats-Unis
13:12sont devenus
13:12énergétiquement indépendants
13:14par rapport au pétrole
13:15et au gaz du Golfe.
13:16Par contre,
13:17la Chine reste
13:18une importatrice
13:19qui a vraiment besoin.
13:21Et nous vivons
13:22dans un monde
13:22marqué par une interdépendance
13:24stupéfiante.
13:25Donc,
13:26la prospérité des Etats-Unis
13:27ne dépend plus
13:28du gaz
13:29et du pétrole
13:30du Golfe,
13:30mais elle dépend
13:31de la prospérité chinoise
13:32qui, elle,
13:33est toujours dépendante
13:35des ressources énergétiques
13:36du Golfe.
13:36Au point d'envisager
13:37de déployer éventuellement
13:38des navires
13:38pour s'assurer que...
13:40Absolument.
13:40C'est pour cela
13:41que la logique de Trump
13:42est problématique.
13:43Il réfléchit toujours
13:44en termes de gagnant
13:44et de perdant.
13:45On est un winner
13:46ou un loser.
13:47Il ne se rend pas compte
13:48qu'on est dans un monde
13:49où très souvent
13:50ce n'est pas un jeu
13:50à somme nulle
13:51et tout le monde
13:52peut sortir perdant
13:53de cette guerre,
13:54aussi bien le régime iranien
13:55qui sortira exsangue
13:56même s'il survit,
13:57que l'économie américaine
13:59et peut-être
13:59l'économie mondiale
14:00tout entière.
14:01Même en Europe,
14:02nous allons en subir
14:02des conséquences.
14:04Comment est-ce que
14:04ces pays,
14:05ces monarchies du Golfe
14:06peuvent se positionner ?
14:09On voit que les rapports
14:11sont en train
14:11d'être redéfinis.
14:13Il y a une réunion
14:14demain de la Ligue arabe.
14:16On a entendu,
14:16vous l'évoquez,
14:17ces excuses
14:18du président iranien
14:19« je suis désolé,
14:20il faut que je vous frappe,
14:21je suis désolé pour cela »
14:22mais voilà,
14:23qui est assez précautionneux.
14:25Quels peuvent être
14:25ces nouveaux rapports
14:26de force dans la région ?
14:28Alors ces rapports
14:28évoluent énormément.
14:29il y a une dizaine
14:30d'années,
14:31l'Arabie saoudite
14:32incitait ouvertement
14:33les Etats-Unis
14:34à frapper l'Iran.
14:35Dans les câbles Wikileaks,
14:37on avait vu une déclaration
14:38du roi d'Arabie saoudite
14:39disant aux Etats-Unis
14:40« il faut frapper
14:41la tête de l'hydre,
14:42la tête du serpent,
14:43il faut abattre
14:43le régime iranien ».
14:44Mais après octobre 2024,
14:50après la guerre à Gaza,
14:52quand ils ont vu
14:53qu'Israël commençait
14:54à exercer une hégémonie
14:55quasi totale
14:56sur la région,
14:57certaines monarchies du Golfe
14:58ont commencé à se dire
14:59qu'il fallait peut-être
15:00maintenir des relations
15:01un peu moins
15:05conflictuelles
15:05avec Téhéran.
15:06La Chine avait sponsorisé
15:07une sorte de modus vivendi
15:09entre l'Arabie saoudite
15:10et Téhéran.
15:11L'Arabie a adopté
15:12une ligne un peu plus
15:13neutre vis-à-vis de l'Iran,
15:14le Qatar aussi.
15:15Il restait
15:16les Émirats Arabes Unis
15:17qui étaient sur la ligne
15:18la plus radicale,
15:19c'était les faucons
15:20de la région,
15:20les plus proches d'Israël.
15:21Et c'est peut-être pour cela
15:23qu'ils sont les plus visés.
15:25L'Iran a lancé plus de missiles
15:27contre les Émirats Arabes Unis
15:29depuis deux semaines
15:29que contre Israël.
15:30Comme si c'était un signal
15:32envoyé au pays
15:34qui était tenté
15:34par une normalisation,
15:36une paix totale
15:37avec Israël.
15:37Il y a un pays
15:38qu'on entend assez peu,
15:39c'est la Russie.
15:41Pourtant, soutien de la Syrie,
15:43on a vu ce que ça a donné.
15:44Pas de soutien du tout
15:45quand Bachar Al-Assad
15:46est tombé.
15:47Qu'est-ce qui se passe actuellement ?
15:48C'est un soutien
15:49qui se fait de manière
15:50silencieuse,
15:50souterraine,
15:51militaire ?
15:53Oui, ça aussi,
15:54c'est assez tristement paradoxal.
15:57Aujourd'hui,
15:57le secrétaire au Trésor américain
15:59a dit qu'on pourrait
15:59enlever les sanctions
16:00sur le pétrole russe
16:01pour éviter justement...
16:03Alors que la Russie,
16:04on le sait par la CIA,
16:05est en train de fournir
16:07aux Iraniens
16:07des informations
16:08sur les cibles américaines
16:09qu'il frapperait.
16:10Donc, on est dans un monde
16:12où tout est en train
16:14de partir en vrille
16:15et Poutine,
16:17avec cette froideur
16:18qui le caractérise,
16:19essaie de se poser
16:20en médiateur.
16:21Il propose ses bons services.
16:23Il est proche
16:23des Iraniens,
16:24d'Erdogan,
16:25mais il sait aussi
16:27qu'il ne doit pas
16:27aller trop loin.
16:28On a vu comment
16:29il avait lâché
16:30Bachar Al-Assad
16:31du jour au lendemain.
16:32Le régime d'Assad
16:32s'est écroulé
16:34sans avoir été soutenu
16:36par l'Iran,
16:36alors que pendant
16:38une dizaine d'années,
16:40Poutine avait dit
16:41que c'était une ligne rouge.
16:42Donc, s'il parvient
16:43à négocier quelque chose
16:44en Ukraine,
16:46M. Poutine
16:47pourrait lâcher
16:47du lest.
16:48Et là aussi,
16:48il y a un autre effet
16:50assez étonnant.
16:51Les États-Unis
16:52demandent l'aide
16:53de l'Ukraine
16:53pour certains types
16:55d'armements
16:55capables de frapper
16:56les drones,
16:57alors qu'en même temps,
16:59ils sont en train
17:00de lâcher progressivement
17:01l'Ukraine
17:01au détriment de Poutine.
17:02Donc, les règles
17:03classiques de la géopolitique
17:05sont en train d'être,
17:06les cartes sont en train
17:07d'être rebattues
17:08de jour en jour.
17:08C'est une guerre
17:10véritablement inédite,
17:11mais parce qu'elle est inédite,
17:12ses conséquences
17:13pourraient être encore
17:13plus dévastatrices
17:14que celles des guerres précédentes
17:15qui ont frappé
17:16le Moyen-Orient.
17:17Le grand vainqueur
17:18actuellement
17:18de cette séquence
17:20vertigineuse,
17:20c'est Benyamin Netanyahou
17:21qui, pour l'instant,
17:22a tout gagné.
17:24Il a certainement
17:25gagné un répit
17:25en politique intérieure.
17:27Trump a même appelé
17:28le président israélien
17:29pour lui demander
17:30de gracier Netanyahou.
17:31Il lui a dit
17:31« Je veux qu'il ne pense
17:32à rien d'autre
17:33qu'à cette guerre ».
17:34Ça, c'était avant-hier.
17:36Netanyahou mène une guerre
17:38qui est populaire
17:39dans son pays.
17:40Même les attaques
17:40contre le Liban
17:41font quasiment l'unanimité
17:43de l'opinion publique
17:44israélienne,
17:44autant sur Gaza
17:45et avec quelques réserves
17:46en raison des otages.
17:48Quand il s'agit
17:49de frapper l'Iran
17:49et le Liban,
17:50la société israélienne
17:52est assez soudée.
17:53Cela dit,
17:54M. Netanyahou
17:55ne devrait pas avoir
17:55les yeux plus gros
17:56que le ventre.
17:57Il faut qu'il se rappelle
17:58que c'est le même
17:59M. Netanyahou
18:00qu'on se rappelle
18:01que ce qui avait vendu
18:01la guerre d'Irak
18:02en 2003
18:03en nous disant
18:03que ça allait ouvrir
18:04une page de prospérité
18:06dans la région,
18:06qu'il suffisait
18:07de faire tomber
18:07Saddam Hussein
18:08pour que la région
18:09toute entière
18:10se démocratise.
18:11On a eu les effets
18:13radicalement contraires.
18:13Donc s'il continue
18:14dans cette ligne maximaliste,
18:16il gagnera peut-être
18:16un répit en politique intérieure,
18:18mais ça ne sera pas forcément
18:19dans l'intérêt
18:19à long terme d'Israël.
18:21Karim Emile Bitter,
18:22c'est passionnant.
18:23Du coup,
18:23j'aurais aimé parler
18:24davantage du Liban.
18:25Je voudrais quand même
18:25vous poser une question
18:26à ce sujet
18:27parce que c'est vrai
18:27qu'évidemment,
18:28on comprend que
18:29Benemit Netanyahou
18:29voit une fenêtre
18:30là aussi
18:30pour éradiquer
18:32complètement l'U.S. Bola.
18:34C'est vrai que
18:34les derniers événements
18:35de développement
18:36font craindre le pire.
18:38On s'attend
18:39à ce qu'une partie
18:39de Beyrouth
18:40soit complètement rasée
18:42pour éradiquer
18:42l'U.S. Bola,
18:43voire même
18:43une occupation
18:44du territoire libanais,
18:45même si pour l'instant,
18:50le Liban était déjà
18:51un pays
18:52au bord
18:53de l'effondrement.
18:55Il commençait
18:55à reconstruire
18:56ses institutions étatiques
18:57et là,
18:58on a M. Smotrich
18:59qui menace
19:00de raser
19:01des quartiers entiers
19:02de Beyrouth
19:03comme à Gaza.
19:04700 000 personnes
19:06qui doivent quitter
19:07leur domicile.
19:08Des menaces
19:09de créer
19:09une zone tampon
19:10qui irait très très loin
19:11en territoire libanais.
19:14On est donc
19:14toujours dans une logique
19:15où on pense pouvoir
19:16remodeler le Moyen-Orient.
19:18On n'a vraiment pas
19:19tiré les leçons
19:20de l'histoire.
19:20On pense qu'on peut
19:21transformer le réel
19:22par la violence.
19:23Et c'est cette idée
19:24profondément antilibérale
19:26de vouloir refaçonner
19:28le monde
19:28par la force brute
19:30qui nous mène
19:30à ces impasses.
19:31Napoléon disait
19:32on peut tout faire
19:33avec des baïonnettes
19:34sauf s'asseoir dessus.
19:35On peut détruire
19:36ses ennemis
19:36mais on ne pourra pas
19:37construire un ordre stable
19:39et cette guerre
19:40va créer probablement
19:41autant d'instabilité
19:42que le régime
19:43qu'elle a fait tomber
19:43n'en avait créé
19:44parce que ce régime
19:45avait aussi exporté
19:46l'instabilité
19:47pendant 40 ans.
19:47Donc nous sommes
19:48dans une situation
19:50inextricable
19:50où le maintien
19:51du régime
19:51est très problématique
19:52mais sa chute
19:53risquerait d'être
19:54tout aussi problématique.
19:56Karimile Bittar
19:57je vous remercie
19:57beaucoup d'être venu
19:58jusqu'à nous sur ce plateau
19:59pour nous en parler.
20:00Merci à vous.
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