00:00Jean-Loup, Samane, merci, spécialiste des questions du Proche et du Moyen-Orient à l'Université de Singapour.
00:06On est une semaine jour pour jour après le déclenchement de ces hostilités.
00:11Quelle est votre analyse ? Quel est votre regard sur les derniers développements ?
00:17Avantage qui, entre guillemets, à ce stade des opérations, à votre avis ?
00:23Alors, je serais très prudent dans, disons, les habits sur la guerre en cours.
00:29Ce que l'on voit et ce qu'on a bien vu dans vos reportages, je pense, c'est plusieurs
00:34choses.
00:35La première, c'est que l'intensité de la campagne aérienne américaine israélienne n'est pas en baisse.
00:41On voit une campagne aérienne de très forte intensité et sans précédent, finalement,
00:46quand on compare aux précédentes guerres, que ce soit au Moyen-Orient ou même dans les guerres de l'OTAN
00:52des 20 dernières années.
00:54Donc ça, c'est le premier point.
00:55Et le deuxième point, c'est que, de l'autre côté, la campagne, disons, d'agression iranienne,
01:02si on regarde les chiffres, après plusieurs jours, au tout début, où elle a été assez spectaculaire,
01:09notamment sur les pays du Golfe, en particulier sur Dubaï, elle tend un petit peu à se réduire.
01:14Il y a toujours des attaques, mais en termes de chiffres, en termes de quantité, on voit quelque chose qui
01:18baisse.
01:19Donc, est-ce que ça signifie peut-être que les capacités iraniennes vont commencer à s'essouffler ?
01:25Ça, je me garderai d'un avis tranché, mais c'est ce qui va se jouer, à mon avis, dans
01:29la semaine, voire les deux semaines à venir.
01:32Jean-Loup Saman, est-ce qu'une semaine après, les buts de guerre israéliens et américains vous paraissent beaucoup plus
01:41clairs ?
01:44Alors, je distinguerais, disons, entre les objectifs israéliens, qui, à mon avis, sont assez clairs,
01:49parce que pour Israël, disons, il y a une sorte de consensus national sur la menace iranienne,
01:56qui est vue comme une menace existentielle, donc les objectifs, ils sont assez clairs depuis longtemps.
02:00C'est plus sur les objectifs américains, où là, je dirais que non, ils ne sont toujours pas très clairs,
02:06parce qu'ils ont changé. Au tout début, dans le premier discours du président Trump,
02:11on était sur un objectif assez maximaliste, qui était un appel au changement de régime,
02:16un appel à la population à se soulever.
02:19Et aujourd'hui, ça semble beaucoup plus oscillant entre réduction des capacités militaires
02:29ou la demande de, comme ça a été formulé hier par Donald Trump,
02:34de soumission aux conditions des États-Unis par le régime.
02:39Donc, il semblerait que Washington se garde une marge de manœuvre
02:44pour accepter le maintien de ce régime, d'une certaine façon.
02:48Dans cette affaire iranienne, israélo-américaine, Jean-Loup, Oussaman,
02:55que dire des alliés traditionnels de l'Iran ?
02:59On pense aux Russes, on pense aux Chinois.
03:02Est-ce que, que vous inspire leur attitude jusqu'ici ?
03:08Alors, la première chose, ce serait déjà de, je dirais,
03:12de distinguer que ce ne sont pas des alliés, mais des partenaires,
03:15dans le sens où les relations que la Russie et la Chine entretiennent avec l'Iran
03:20ne les engagent pas à la moindre clause de solidarité.
03:24Ça, c'est très clair vu de Moscou et de Pékin.
03:27La deuxième chose, c'est que l'on voit une politique assez différente du côté de Moscou, du côté de
03:33Pékin.
03:33Pour l'instant, les Chinois restent très prudents.
03:36Ils ont condamné l'opération américaine,
03:38comme ils le font régulièrement dans ce type de conflit au Moyen-Orient.
03:42Ils maintiennent l'idée qu'ils ne vont pas intervenir.
03:46Donc, ils veulent se maintenir à distance.
03:48Il faut se souvenir que la Chine a des bonnes relations commerciales avec l'Iran,
03:52mais aussi de très bonnes relations, des relations encore plus importantes avec les pays du Golfe,
03:55l'Arabie Saoudite ou encore les Émirats.
03:58En ce qui concerne la Russie, ce que l'on semble deviner des quelques révélations dans la presse américaine,
04:04il y aurait une coopération militaire en cours avec la Russie, entre la Russie et l'Iran,
04:10notamment sur le partage d'images satellitaires russes vers l'Iran
04:14pour aider les Iraniens au ciblage des bases américaines.
04:18Si ça se confirme, c'est quelque chose qui est assez important,
04:21mais ça ne veut pas non plus signifier une aide, on va dire, logistique.
04:25On n'a pas la fourniture de matériel de guerre pour l'instant qui semblerait se dessiner.
04:30Les Iraniens espéraient, depuis un certain temps, du soutien russe en matière de défense aérienne.
04:36Ils ne semblent pas avoir obtenu cela au cours des douze derniers mois.
04:40L'aide au renseignement de la part des Russes, information rapportée par CNN,
04:45à prendre évidemment avec beaucoup de précautions.
04:48Jean-Luc Saman, on va parler, si vous le voulez bien, du Liban, plus précisément l'autre front israélien.
04:54La banlieue sud de Beyrouth va ressembler à Khan Younes, menace de Bezalel Smotrich, le ministre israélien des Finances.
05:04Les Israéliens aujourd'hui, après ce qu'il s'est passé à Gaza, seraient capables d'aller jusque-là ?
05:09Il faut croire sur parole, Bezalel Smotrich ?
05:14Il y a plusieurs choses dans votre question.
05:17Si la question est de savoir si les Israéliens ont les capacités d'un point de vue militaire,
05:23oui, ça c'est quelque chose qu'on ne peut que constater.
05:29Après, les propos de M. Smotrich, d'une certaine façon, on engage que lui,
05:33dans le sens où il n'est pas dans la chaîne de commandement de l'armée israélienne,
05:38il n'est pas en charge du ministère de la Défense, il n'est pas en charge des opérations.
05:42Donc, ça participe malheureusement à cette rhétorite d'extrême droite du côté israélien,
05:48qui est une surenchère continue depuis trois ans.
05:51Ça ne veut pas pour autant dire que la conduite de la guerre israélienne au Liban,
05:57pour l'instant, s'apparente à ce propos.
05:59Mais ce qui est certain, et ce qu'on ne va pas nier,
06:02c'est qu'on a une intensité qui est montée très fort et très vite du côté des opérations israéliennes
06:08au Liban.
06:09C'est la reprise, finalement, d'une guerre qui s'était achevée l'année dernière
06:14et qui s'était achevée sur un mauvais cessez-le-feu,
06:17dans le sens où le désarmement du Hezbollah n'avait pas réussi à être mis en place.
06:21On a une sorte de course contre la montre aujourd'hui,
06:24où le gouvernement libanais essaie d'imposer ce désarmement pour empêcher cette escalade.
06:31Le gouvernement français espère montrer qu'il est capable d'aider les Libanais sur ce dossier.
06:39Reste à savoir s'ils auront le temps et les moyens de montrer que l'escalade à l'Israël n
06:45'est pas nécessaire.
06:45C'est la question que j'allais vous poser.
06:47On a entendu Emmanuel Macron toute la semaine.
06:49On a entendu également Jean-Noël Baot, le ministre français des Affaires étrangères.
06:53La France dit tout faire pour que le Liban ne bascule pas dans la guerre.
06:59De facto, le pays est déjà, on le rappelle.
07:01Quels sont très concrètement, très sérieusement, Jean-Lou Saman, à votre avis toujours, les leviers d'action de la France
07:08?
07:10Je vais sembler pessimiste, mais je pense que ces leviers sont assez faibles
07:15parce qu'on est dans une séquence où on est déjà dans le temps de la guerre.
07:21D'une certaine façon, on n'est pas dans le temps de la coopération diplomatique entre la France et le
07:27Liban.
07:28D'une certaine façon, cette aide française aurait dû arriver il y a six mois,
07:34lorsque l'on avait une vraie séquence qui s'était déroulée à l'été dernier,
07:38où le gouvernement libanais poussait pour le désarmement du Hezbollah.
07:44Donc, je crains malheureusement que ce que l'on voit actuellement soit d'une certaine façon inexorable
07:50en termes de conflits entre Israël et le Hezbollah.
07:54À partir de là, ce qui peut être obtenu, c'est plus un cessez-le-feu.
08:01Mais encore une fois, la question va être la même que l'année dernière,
08:05c'est quelles sont les conditions de cessez-le-feu vis-à-vis des capacités du Hezbollah.
08:09Et là, aujourd'hui, je pense encore moins que l'année dernière,
08:13les Israéliens seront prêts à accepter la présence encore du Hezbollah dans le sud du pays.
08:20Dernière question, Jean-Louis Saman.
08:22Au-delà de la France, question sur l'Union européenne,
08:27plus largement par rapport à ce qu'il se passe avec le Liban, mais par rapport à l'Iran, etc.
08:32Est-ce qu'il vous semble que l'Union européenne est à la hauteur des enjeux ?
08:39Alors, c'est dur de dire, dans le sens où l'Union européenne a un rôle marginal dans ce dossier.
08:45Et le dossier en question, je parle vraiment de l'opération militaire,
08:49non pas du dossier des négociations sur le nucléaire précédemment.
08:54Ce que l'on voit à l'heure actuelle, c'est que c'est un conflit où les Européens ne
08:59jouent pas de rôle.
09:00Ce qui n'est pas forcément une mauvaise chose, dans le sens où on a une opération qui a été
09:04menée
09:04par les Américains et les Israéliens, qui ont écarté à la fois les Européens et les principes du droit international.
09:13Donc, encore une fois, comme à Gaza, je pense que l'Union européenne, aujourd'hui, dans ces conflits en cours,
09:19n'a pas de rôle.
09:20Elle ne peut en avoir un, à mon avis, qu'une fois le conflit achevé,
09:25une fois qu'on se tourne vers la reconstruction, vers la restabilisation de la région.
09:32Oui, M. Sowan, j'ai une question pour vous, parce que tout à l'heure, nous avons diffusé un extrait
09:37d'une déclaration du ministre
09:40adjoint des Affaires étrangères iranien, et qui mettait en garde les Européens contre toute émission dans ce conflit, dans ce
09:48dossier.
09:49Est-ce qu'il n'y a pas, à votre avis, une forme de négligence iranienne qui se priverait, en
09:57menaçant les Européens,
09:58qui se priverait, peut-être, d'une médiation, dans le cadre où le régime des Molas, tentant de sauver absolument
10:05sa peau,
10:06pourrait être mieux entendu, ou peut-être plus entendu, par les Européens que par les Américains ou les Israéliens ?
10:15Oui, tout à fait. Et d'une certaine façon, ils ont déjà raté cette occasion en prenant la décision de
10:22frapper Chypre,
10:24ce qui a déclenché l'engagement britannique dans cette affaire. Ils ont aussi, en visant la base française aux Émirats
10:37arabes unis,
10:38forcé la France à rentrer dans ce conflit. Donc, d'une certaine façon, dans les premiers jours de la guerre,
10:45et on verra avec le recul dans quelques années, je pense que c'est le moment où les Iraniens se
10:50sont totalement aliénés le peu de soutien international
10:57qu'ils pouvaient avoir de la part de pays du Golfe qui souhaitaient rester à l'extérieur de ce conflit,
11:03qui ne voulaient rien avoir avec celui-ci,
11:05ou encore de pays européens qui ne souhaitaient pas une résolution du contentieux nucléaire par la force.
11:12Donc, d'une certaine façon, la situation dans laquelle on se trouve aujourd'hui, c'est en grande partie cette
11:21escalade volontaire des Iraniens
11:24vers les pays du Golfe et vers les Européens.
11:28Merci beaucoup, Jean-Lou Saman, pour ses explications, pour ses analyses.
11:34Chercheur senior à l'Institut du Moyen-Orient de l'Université nationale de Singapour,
11:38Merci d'avoir accepté de répondre à nos questions ce matin.
11:42Merci.
11:42Merci.
11:42Merci.
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