00:00Nous en ligne de Beyrouth, Samin Adair, bonjour, merci d'être sur France 24, vous dirigez l'Institut de sciences
00:08politiques Saint-Joseph de l'Université de Beyrouth.
00:12Première question déjà, comment est-ce que ça va pour vous, comment vous vivez en tant que Libanais cette situation
00:20?
00:24Écoutez, c'est comme si on vivait de nouveau un cauchemar que nous avons vécu déjà il y a moins
00:31de deux ans.
00:32Donc il y a à peine un an que la guerre israélienne contre Liban a été arrêtée, une guerre que
00:41le Hezbollah a provoquée en raison de son soutien pour le Hamas à Gaza.
00:47Et aujourd'hui aussi c'est le même scénario, c'est le Hezbollah qui décide donc d'entraîner tout le
00:54pays dans une guerre.
00:55Et les Libanais ont encore en mémoire les affres de cette guerre, que ce soit ce flot de déplacés qui
01:04remplissent les rues sans toits,
01:09et donc ils sont sur les trottoirs au sein de la cité, cet amas de destruction.
01:16Jusqu'à maintenant, les maisons construites dans les villages du sud n'ont pas été reconstruites.
01:24Sabine Adair, dans ces conditions que vous décrivez, pardonnez-moi, est-ce qu'on arrive, comment est-ce qu'on
01:29arrive à trouver à manger, à boire ?
01:32Il y a de l'eau, de l'électricité, on parle de besoins humains primaires, de base.
01:39Écoutez, les déplacés se sont réfugiés dans des zones qui sont relativement en sécurité,
01:45quoique on ne peut pas parler de sécurité totale, mais ils se sont réfugiés dans les zones dites chrétiennes, dans
01:51les zones dites sunnites.
01:54Le ministère des Affaires sociales essaie de faire ce qu'il peut, avec le peu de moyens qu'il a.
02:02Donc on peut compter sur la solidarité entre l'Ibanais.
02:07Je crois que cette fois-ci, peut-être ce vent de solidarité qu'on a vu dans le passé ne
02:14s'est pas tout à fait traduit,
02:15parce qu'il s'agit d'une rédition, d'une faute répétée, au moins c'est le cas, c'est
02:23comment c'est perçu par l'Ibanais.
02:25Pour en revenir à la résurgence de ce cauchemar, comme vous l'avez appelé, Samin Adair,
02:32vous, vous faites porter, on l'a entendu, clairement la responsabilité de cette situation sur le Hezbollah libanais.
02:41Dans le sens que c'est lui qui a provoqué cette guerre.
02:46C'est-à-dire, il faut rappeler que le 5 août dernier, le gouvernement libanais a pris la décision historique
02:54d'assurer le monopole de la force sur tout le territoire libanais,
03:00donc en application de la Constitution, des accords de TAEF, mais aussi des obligations du Liban
03:05vis-à-vis des résolutions internationales de sécurité, et aussi du cessez-le-feu conclu entre le Liban et l
03:13'Israël.
03:13Le Hezbollah a fait fi de cette décision, il refuse de déposer les armes,
03:19et plus encore, il y a une semaine, il décide, en solidarité avec l'Iran, de lancer des missiles,
03:29donc offrant la justification à Israël d'entamer cette...
03:37C'est bon, je ne justifie pas du tout la violence menée par Israël,
03:42mais aussi je ne peux pas ne pas faire porter la responsabilité totale du Hezbollah à ce qui s'est
03:51passé,
03:51d'autant plus qu'aujourd'hui le Hezbollah est considéré comme un groupe militaire agissant en dehors de la légalité,
04:04surtout après la décision prise il y a quatre jours par le gouvernement libanais,
04:09appelant donc pour la première fois, nommant, désignant le Hezbollah, ça ne s'est jamais vu auparavant,
04:18et donc considérant que toute action militaire menée par lui serait illégale,
04:24il peut certainement conserver ses fonctions.
04:26Samy Nader, on peut aussi rappeler, pour être précis et factuel,
04:32que ce cessez-le-feu que vous avez évoqué tout à l'heure n'a jamais été respecté aussi côté
04:37israélien.
04:40Claire, il n'a jamais été respecté, ni par l'un ni par l'autre.
04:44Israël n'a pas arrêté ses opérations militaires de façon presque quotidienne,
04:51il les a menées, alors que le Hezbollah a refusé d'obtemporer aux décisions prises par le gouvernement libanais.
05:00Est-ce que l'État libanais, aujourd'hui, a les moyens de sa politique ?
05:09Ça, c'est une très bonne question.
05:10Ce qui est demandé à l'État libanais, aux autorités libanaises,
05:16si jamais elles ont besoin d'aide, de le dire au éclair,
05:19ce qui manquait, c'était une décision claire de la part du pouvoir exécutif.
05:24Aujourd'hui, cette décision claire a été prise.
05:27Donc, il s'agit de l'exécuter.
05:29Et tous les libanaises attendent l'exécution de ces décisions.
05:33Les décisions ne sont historiques que si elles sont implémentées.
05:37Autrement, elles sont la preuve de l'incapacité d'un État
05:41à faire respecter son autorité à implémenter ces décisions.
05:47L'exécuter comment ?
05:49L'exécuter comment ?
05:52Est-ce qu'aujourd'hui, par exemple, on peut imaginer
05:55que l'armée libanaise aille désarmer le Hezbollah ?
06:01S'il est besoin, oui.
06:04Alors, il y a maintenant la question du risque de guerre civile.
06:09Moi, je pense que c'est un alibi qui ne tient pas
06:13parce que derrière cet alibi, si on entend l'admettre,
06:20c'est condamner l'État libanais à une sorte d'État failli à perpétuité.
06:27Donc, il faut trancher la question.
06:30Je ne dis pas qu'il faut directement croiser le feu avec le Hezbollah,
06:34mais déjà appeler à l'aide internationale,
06:37parce que le Liban est en situation d'otages,
06:39appelé à l'aide internationale pour en finir avec une milice
06:43qui est aujourd'hui considérée comme agissant pour la loi.
06:48Et puisque vous parlez de l'aide internationale,
06:50ce sera ma dernière question.
06:51Elle concerne la France.
06:52Emmanuel Macron a parlé à Benjamin Netanyahou,
06:56à Joseph Aoun et également à d'autres autorités
07:01pour éviter que le Liban ne bascule de nouveau dans ce cauchemar.
07:06Le mot, je le reprends.
07:08Est-ce que l'action de la France vous paraît efficace à ce stade ?
07:14L'action de la France a agi par solidarité.
07:17Par solidarité historique.
07:19La France a toujours été là au rendez-vous.
07:22Mais aussi, la France n'a plus les moyens qu'elle avait avant.
07:27Aujourd'hui, c'est un conflit avec l'Iran.
07:30Le Hezbollah fait partie intégrante des gardiens de la révolution iranienne.
07:36D'ailleurs, ils ont été les premiers à refuser l'offre française.
07:42Et donc, aujourd'hui, il me semble difficile de pouvoir extirper le Liban
07:49de ce conflit régional.
07:52Parce que depuis un an ou moins, depuis la décapitation du Hezbollah,
07:55c'est les officiers iraniens qui contrôlent le Hezbollah
08:00et un contrôle, je dirais, très strict sur le terrain.
08:06Merci beaucoup.
08:07Merci beaucoup, Samy Nader, pour votre témoignage,
08:11pour vos explications.
08:13Directeur de l'Institut de sciences politiques Saint-Joseph
08:15de l'Université de Beyrouth.
08:17Merci beaucoup.
Comments