Passer au playerPasser au contenu principal
La femme au foyer serait une invention du XIXe siècle

Mail : emmanuelabete@outlook.fr

Emmanuel Abété

#martinique #guadeloupe #guyane #lareunion #tahiti #polynésie #polynesie #haïti #dominique

Catégorie

📚
Éducation
Transcription
00:00Les femmes, qu'ont-elles à voir avec la politique ?
00:04Ne ferait-elle pas mieux de s'occuper de leur mari ou de leurs enfants ?
00:07Elles votent, mais comment votent-elles ?
00:11En connaissance de cause ou selon les opinions de leur entourage ?
00:16Leur place est-elle au Parlement, alors que tant d'autres travaux pourraient mettre en valeur leur qualité naturelle ?
00:24Elles se disent brimées par une législation faite par les hommes,
00:28mais n'est-ce pas abusif ?
00:31Telles sont quelques-unes des questions dont nous allons débattre ce soir.
00:36Cet homme, si sûr de son fait, et ses femmes retenant leur agacement,
00:43submergées avant même que l'émission ne commence par un flot de condescendance.
00:50Contrairement à ce que certains aimeraient croire, les femmes n'ont pas toujours été au foyer.
00:55En fait, elles ont toujours travaillé.
01:00Cueillettes et chasses d'abord, puis agriculture et élevage pendant les siècles qui suivirent.
01:07Car la femme au foyer est une invention du XIXe siècle.
01:13Les hommes des toutes nouvelles classes moyennes trouvent alors le moyen d'afficher leur richesse par rapport aux ouvriers
01:19en se payant le luxe d'une épouse toute dévouée à la maison.
01:29Il n'y a pas de durée limite de travail hebdomadaire pour les femmes au foyer.
01:39Elles ne posent pas non plus de vacances, ni elles prennent leur retraite.
01:46Il n'existe pas de salaire minimum.
01:51Leur travail, comme celui du bénévole ou de l'esclave, n'est pas rémunéré.
02:02Pourtant, il rapporte.
02:05Pas à celles qui l'exécute, mais à son époux.
02:11Les hommes mariés à une femme au foyer progressent
02:14et gagnent plus et plus vite que leurs collègues unis à des femmes qui travaillent.
02:21Jusqu'à 25% de plus.
02:26J'essaie de tenir le cap, mais parfois c'est rude.
02:32Avant de partir au collège, Philippe a fait sa tête dure.
02:36Je me suis emportée.
02:38J'étais à bout de nerfs.
02:42Impression de ressembler à ma mère et ses humeurs en yo-yo.
02:47Mon père lui en faisait tout le temps le reproche.
02:49Il disait que la maison devait être un refuge accueillant et réconfortant
02:54après une journée de travail.
02:57Mais en fait, elle n'est un refuge que pour celui qui en sort et y revient.
03:02Quand on y passe ses journées, comme moi,
03:05le foyer devient une cage.
03:10Certains oiseaux aiment peut-être vivre en cage, mais pas moi.
03:15À la fin des années 60,
03:17l'icône de la femme au foyer,
03:19de l'épouse parfaite avec sourire établié,
03:22que la société avait canonisée depuis le XIXe siècle,
03:26se voit soudain déclassée.
03:29De nouvelles images de femmes font alors leur apparition,
03:33parée de qualité jusque-là interdite.
03:36L'ambition, l'autonomie,
03:39le bonheur en dehors du cadre familial.
03:43C'est un séisme qui bouleverse l'équilibre fragile des foyers.
03:48On s'épanouit davantage dans le travail
03:50qu'en restant à la maison.
03:51Ah, certainement, oui.
03:54Elle s'épanouit davantage dans le travail
03:56parce que c'est son travail.
03:58Elle le choisit.
03:59Celui de la maison, elle ne le choisit jamais.
04:00Mais si ! Absolument si !
04:02Écoute, tu ne peux pas me dire que...
04:06Tu te réalises le lundi en pensant à ta décide
04:08parce qu'il faut bien la faire,
04:09le mardi en pensant à...
04:11Le mercredi, c'est le marché.
04:13Le jeudi, c'est le jour des enfants.
04:15Catastrophe.
04:15Il faut les... etc, etc.
04:17Oui, mais alors, écoute,
04:18le jour où tu vas travailler
04:19et si tu te maries,
04:21alors qu'est-ce que tu feras ?
04:22Donc, Marine, tu ne feras pas ta lessive ?
04:24Qu'est-ce que tu feras ?
04:25Tu seras bien obligée de faire marcher de ta maison.
04:34Vous, monsieur,
04:35qu'est-ce que vous attendez d'une femme, vous ?
04:38Je pensais rentrer chez soi
04:39et trouver une femme qui est en pleine forme
04:43ou qui ne tient la maison
04:45parfaitement,
04:46qui n'est pas fatiguée par une journée de travail,
04:49de bureau, de métro, de...
04:52Tout ça, c'est bien incroyable.
04:54Mais tout ça, c'est une question, évidemment,
04:57matérielle.
04:57Tu donnes la définition de la femme par rapport à toi.
04:59C'est-à-dire que tu fais comme si la femme
05:01n'avait aucune essence propre,
05:04mais que sa véritable existence
05:05elle existait par rapport à l'homme,
05:07par rapport à toi, c'est tout.
05:07Comment voyez-vous l'émancipation féminine ?
05:10Écoutez, l'émancipation féminine,
05:12c'est un bien grand mot.
05:14Si on faisait défiler les femmes dans la rue
05:16qui sont contentes de leur sort,
05:17on ne pourrait pas circuler.
05:2220 novembre 1971.
05:25Je dois avouer que je suis ambigu.
05:29Les idées de Véronique me font réfléchir.
05:32Comme je comprends sa révolte
05:34devant le monde des adultes,
05:35son non-conformisme
05:37et sa rude franchise.
05:39Et en même temps, tout cela me gêne.
05:41Cette marche est internationale
05:43puisque des manifestations semblables
05:45se déroulent aujourd'hui
05:47aux Etats-Unis, au Canada,
05:49en Italie et en Allemagne.
05:51C'est tout mon univers,
05:53toute ma vie qui est remise en question.
05:59Quel avenir se prépare-t-elle
06:01avec des idées comme ça ?
06:05Je ne peux m'empêcher de lui expliquer
06:06qu'il faut tôt ou tard
06:07rentrer dans le rang.
06:09Alors que je suis moi-même
06:11en plein questionnement.
06:13Toutes les femmes au foyer
06:15n'ont pas fait une dépression,
06:16mais elles furent nombreuses
06:18à se voir prescrire des antidépresseurs.
06:21Au point qu'aux Etats-Unis,
06:22on se mit à parler de fatigue
06:24de la femme au foyer
06:25et de son remède le plus célèbre,
06:28le Valium.
06:30Les féministes américaines
06:32affirmèrent alors
06:33que ces drogues masquaient la réalité
06:35et médicalisaient souvent un problème
06:37qui n'était pas psychologique.
06:40La norme s'était imposée
06:42comme une évidence
06:43et toutes celles
06:44qui ne s'ajustaient pas
06:45étaient considérées
06:46comme des névrosées.
06:48Nos vies se trouvent souvent
06:50à la croisée de deux vérités.
06:54Celle générale des grands récits
06:55qui décident du monde
06:59et celle plus personnelle,
07:02plus intime
07:03de ce que nous expérimentons
07:04chaque jour
07:05à notre modeste échelle
07:07et qui souvent reste tue.
07:11À la jonction de ces deux vérités
07:13se trouve le destin
07:14de toutes ces femmes,
07:16fait de traditions respectées,
07:19de choix apparemment anodins,
07:21d'événements heureux
07:23et malheureux.
07:28Autant de chaînes invisibles
07:29qui petit à petit
07:31étreignent,
07:32étouffent parfois.
07:38Des chaînes forgées
07:39par la société tout entière,
07:41y compris par celles
07:42qui en souffrent.
07:55Sous-titrage Société Radio-Canada

Recommandations