00:0113h15, vous écoutez Ma France à 10 jours du premier tour des municipales le 15 mars.
00:07On s'intéresse à la place grandissante des réseaux sociaux dans la vie publique, dans la vie des élus
00:12et donc dans les campagnes et de la violence verbale, parfois physique, qui en découle.
00:17Avec cette étude du Cevipof et de l'AMF révélée par votre radio ici,
00:22près d'un maire sur trois a reçu des insultes ou des menaces sur les réseaux sociaux.
00:27Bonjour Martial Foucault.
00:28Bonjour.
00:28Merci d'être avec nous. Vous êtes professeur des universités à Sciences Po Paris,
00:34l'un des auteurs de cette étude AMF Cevipof sur la cybermalveillance, c'est comme ça qu'on dit, contre
00:39les maires.
00:40Alors un maire du Tarn et Garonne insultés, menacés sur les réseaux par un influenceur,
00:44un autre harcelé par un groupe Facebook, il y a des dizaines d'exemples de ce type.
00:49Un autre chiffre, 28% des maires déclarent avoir subi au moins une attaque sur les réseaux sociaux l'année
00:54dernière,
00:54contre 20% en 2020. Et c'est un chiffre un peu sous-estimé en plus, Martial Foucault.
01:01Oui, c'est un phénomène qui est... Alors il n'est pas totalement nouveau, il est lié à l'émergence
01:07des réseaux sociaux dans la vie publique.
01:09On regarde souvent les réseaux sociaux avec le sujet de la désinformation et un peu moins sur la nature des
01:17violences
01:18que les réseaux sociaux peuvent suggérer de la part de citoyens qui ont trouvé là l'occasion et un support
01:26pour partager soit des insatisfactions, ça c'est dans le meilleur des cas, mais il n'y a pas de
01:32règle en quelque sorte.
01:33Donc c'est une sorte de Far West virtuel dans lequel beaucoup de citoyens n'hésitent plus aujourd'hui.
01:40Alors non seulement à harceler, on parlait de cybermalveillance, mais on est proche du cyberharcèlement lorsque l'intention est répétée.
01:50On a aussi surtout, et c'est ça je crois le plus important, ce que révèle l'étude,
01:55c'est-à-dire des élus qui utilisent les réseaux sociaux comme un moyen d'information.
02:00Parce qu'ils ne peuvent pas s'en passer aujourd'hui des réseaux sociaux, c'est ça, ça a des
02:03côtés positifs et négatifs.
02:05Exactement, c'est-à-dire que les réseaux sociaux, et alors le principal réseau social utilisé dans la vie des
02:10municipalités, des communes,
02:12c'est Facebook pour les élus, c'est celui qui domine largement.
02:16Et donc d'une certaine manière, je dirais que c'est presque l'extension virtuelle du bulletin municipal
02:21que les citoyens recevaient avant au format papier.
02:24Parce que les lieux de sociabilité sont aussi un petit peu moins présents,
02:28et du coup on se retrouve sur Facebook pour échanger sur la vie de la commune ?
02:31Alors pour échanger, pour donner de l'information, toutes les activités de la commune.
02:35Et l'étude met en avant, je dirais peut-être, deux phénomènes bien distincts.
02:40Le premier, c'est que tous les élus ne sont pas formés de la même manière à l'usage, aux
02:47pratiques,
02:47aux bons réflexes sur les réseaux sociaux.
02:49Et ça a son importance parce qu'on voit que certaines situations parfois s'enveniment
02:53parce que l'élu ou les élus n'ont pas finalement les bonnes techniques, ça s'apprend.
03:02Et puis il y a aussi, et ça c'est frappant, et surtout dans les petites communes
03:05où l'intention est de bien faire, de pouvoir donner de l'information aux citoyens,
03:09il y a une confusion entre le compte de la commune, le compte institutionnel,
03:13Facebook, et le compte personnel de l'élu.
03:16Et lorsque les deux fusionnent en quelque sorte, ça provoque beaucoup de dégâts
03:21et donc des situations de cyber-malveillance.
03:24Il faut faire attention à avoir deux comptes bien distincts.
03:26On y reviendra sur les conseils pour se prémunir de cette violence, de cette cyber-malveillance.
03:30Pour en parler de manière très concrète, on accueille au téléphone Frédéric Roy.
03:33Bonjour.
03:34Bonjour.
03:35Vous êtes maire de Peguerolle, de l'Escalette, depuis 2001, depuis 25 ans.
03:40C'est dans l'Hérault, président de l'Association des maires de France du département.
03:44Est-ce que vous, très concrètement, vous avez vécu cette évolution ?
03:48Comment votre fonction a changé avec les réseaux sociaux, d'année en année ?
03:52Oui, bonjour.
03:54Donc, évidemment, j'ai été élu en 1995.
03:57Donc, vous imaginez, c'était le début des téléphones portables.
04:00Et donc, j'ai vécu effectivement cette transition.
04:03Et comme l'étude de Sémipov le traduit parfaitement bien,
04:07aujourd'hui, il est difficile d'échanger autre qu'au travers des réseaux.
04:14Des réseaux sociaux et notamment du réseau Facebook pour un élu,
04:20quelle que soit la taille de sa commune.
04:22Et donc, ça n'enlève pas, fort heureusement, la relation directe avec les gens.
04:28Mais les gens communiquent aujourd'hui entre eux,
04:31quelles que soient les catégories socioprofessionnelles et les âges.
04:34Et donc, à ce moment où les citoyens sont tout le temps là-dessus,
04:37il est bien évident qu'on ne peut pas se passer de ce mode de communication.
04:43Est-ce que vous avez subi, vous, des violences, des menaces personnellement
04:46durant votre carrière, Frédéric Roy ?
04:49Oui, à des échelles plus ou moins importantes.
04:51Mais moi, j'appelle ça les courageux anonymes.
04:54Vous savez, c'est tellement très simple d'être dans l'anonymat
04:57et de déverser du fiel contre l'action publique.
05:03Mais ces gens-là, on ne les voit pas souvent
05:05quand il faut venir se confronter à la réalité de la gestion communale.
05:10Vous diriez quand même que c'est une minorité, ces gens-là ?
05:13Il y a quand même plus de positifs que de négatifs ?
05:16Oui, je crois quand même que le point positif,
05:20c'est qu'en échange, il y a de l'interaction.
05:23Mais malheureusement, par moment, vous essayez de défendre un point de vue
05:28et vous avez des gens de tout ailleurs qui vont venir vous attaquer.
05:34Par exemple, pour des raisons de sécurité, depuis quelques années,
05:38on a un échangeur routier et l'été, avec les bouchons,
05:41c'est une fille incessante de véhicules qui met en danger la vie des gens.
05:45Et donc, j'ai obtenu que quelques heures dans la journée
05:50et uniquement le samedi, ces échangeurs sont fermés.
05:55Les rêves fréquemment, au mois de juillet et au mois d'août,
05:58je me fais insulter sur les réseaux parce que les gens trouvent inadmissible
06:02que les échangeurs sont fermés, alors que 100% de la population est favorable à ça
06:07puisque ça protège les habitants.
06:09Et donc, je ne sais pas qui.
06:12Mais est-ce que se faire insulter sur Internet,
06:15ça a le prix de la vie d'un enfant ou d'une personne ?
06:18Je considère que non.
06:20Vous êtes blindé par rapport à ça, on va dire.
06:23Non, on n'est pas blindé.
06:25Parce qu'on ne peut pas être insensible quand on se fait attaquer par des gens qu'on connaît.
06:31Eh bien, il y a un débat, on échange.
06:33Et comme le disait tout à l'heure votre interlocuteur,
06:36c'est vrai qu'effectivement, il faut se former, il faut se préparer,
06:39il faut être très vigilant, il faut distinguer les comptes personnels
06:43des comptes de la commune sur ces réseaux et être très vigilant.
06:49Moi, j'utilise cela avec parcimonie, quand il y a des intempéries, par exemple,
06:54quand il y a des informations générales à faire passer.
06:57Mais je ne suis pas quelqu'un qui va abuser des réseaux.
07:02Merci beaucoup Frédéric Croix pour ce témoignage éclairant.
07:05Je rappelle que vous êtes maire de Peguerolle de l'Escalette
07:07et président de l'association des maires de France de l'Hérault.
07:11Merci Martial Foucault, évidemment, ce témoignage, il vous fait réagir.
07:14Ce qu'on retient aussi, c'est la violence de l'anonymat sur les réseaux sociaux.
07:18Oui, je crois que c'était très bien résumé.
07:21Et moi, j'ai eu à l'occasion de différents entretiens.
07:24J'ai en mémoire comme ça le témoignage d'un maire qui me disait
07:27« Si je suis interpellé dans la rue de ma commune par un citoyen mécontent. »
07:34Bon, c'est une discussion entre quatre yeux.
07:38Le même mécontentement, s'il est diffusé sur un réseau social, Facebook ou d'autres,
07:44eh bien, il y a deux phénomènes qui se produisent.
07:47Le premier, il y a un côté viral de la contestation.
07:53Et il y a aussi la dimension de l'anonymat qui a rappelé Frédéric Roy à l'instant,
07:58qui est importante parce que viennent se greffer à des conversations
08:01des gens qui n'habitent pas nécessairement dans la commune
08:04et qui vont créer une véritable tension.
08:07Et je pense que pour les élus, parfois on se trompe en disant
08:11« Ils ont le cuir assez épais pour pouvoir absorber, digérer. »
08:15dans ce que nous a dit Frédéric Roy, c'est pas facile, il n'est pas blindé du tout.
08:18Non, parce que c'est à la fois les élus.
08:21Dans l'étude, on a à peu près 10% des maires qui déclarent
08:24que leur entourage familial sont aussi victimes de la même malveillance.
08:30Et parfois, ça débouche sur l'autre forme de violence, beaucoup plus physique.
08:36C'est ça, c'est que la violence numérique peut se concrétiser, on va dire, sur le terrain.
08:40Mais on a heureusement quelques dizaines de cas
08:45dans lesquels on a pu observer que des situations vraiment
08:50qui touchaient à l'intégrité physique des élus
08:53étaient nées de discussions, de contestations et de violences sur les réseaux sociaux.
08:59Donc, il y a un lien qu'il faut établir.
09:02Et donc, la question, comme j'évoquais tout à l'heure, de la formation...
09:05Oui, parce que là, on fait un constat. Est-ce qu'il y a des solutions, des clés ?
09:09Oui, mais alors, je dirais qu'il n'y a pas un mode d'emploi à suivre.
09:13Parce que contre la violence physique, l'AMF dispense des formations.
09:17Après, par exemple, la mort du maire de Signe, on s'en souvient, dans le Var.
09:21Ça avait vraiment choqué l'opinion.
09:24Mais contre la violence sur les réseaux, est-ce qu'il y a des formations qui existent aussi ?
09:28Alors, pour le moment, il n'y a pas de formation de la même nature que celle mise en place,
09:33effectivement, parfois avec la gendarmerie nationale, parfois avec la police nationale.
09:37Et d'ailleurs, les élus, moi, je peux le remarquer, sont très demandeurs de ces ateliers de formation.
09:43Parce qu'en fait, on demande beaucoup quand même aux maires.
09:45On leur demande sur ces situations d'être des médiateurs,
09:51d'avoir les bons mots, les bons réflexes pour qu'une situation ne dégénère pas.
09:57En plus de leur tâche quotidienne.
09:59Parce qu'on sait que la vie d'un élu, surtout dans les petites communes, c'est bien rempli.
10:02C'est bien rempli.
10:03Et donc, oui, il y a un besoin, et je pense surtout en tout début de mandature.
10:07Là, on a les élections dans quelques jours.
10:10Moi, je pense qu'il est important, durant les trois premiers mois de la prise de fonction,
10:13et en particulier des nouveaux maires,
10:15dans un monde dans lequel les réseaux sociaux sont fortement présents,
10:20dans les trois premiers mois, il est indispensable que les maires maîtrisent le B.A.B. de l'usage des
10:26réseaux sociaux.
10:27Comme d'ailleurs, on est en train de l'observer dans le champ de l'éducation nationale,
10:32sur des sujets de désinformation.
10:34Là, je pense que c'est une bonne hygiène qu'il faut inculquer aux maires.
10:38On parlait de ne pas confondre un compte personnel, un compte institutionnel.
10:42Bien veiller à, finalement, ne pas faire ce qui est reproché aux citoyens,
10:48c'est-à-dire employer un ton très offensif, très violent, très blessant.
10:54Le maire ne peut pas se permettre d'être dans ce registre de prise de parole.
10:58Il faut répondre par des faits, par des informations, et ne pas rentrer dans l'émotion.
11:01Ou ne pas répondre.
11:02Ou ne pas répondre.
11:04C'est-à-dire, c'est là un élément...
11:06Moi, j'ai en tête, dans un autre pays, je prends la ville de Montréal,
11:10où il y a eu une décision, il y a quelques années, de la maire de Montréal,
11:14qui avait décidé, très présente lors de sa campagne sur les réseaux sociaux,
11:18elle a été fortement attaquée sur des éléments de tous les registres.
11:23Elle a décidé de suspendre et de fermer tous les volets de modération
11:28sur les comptes institutionnels de la ville de Montréal.
11:33Je ne dis pas que cette décision-là est facile à prendre,
11:37parce que c'est aussi un sujet démocratique.
11:38Si le maire ne répond plus sur un réseau social,
11:42on peut se dire qu'il est en train de se couper de la population.
11:46Donc, il faut choisir le bon ton, et surtout, ne pas prêter,
11:51ou ne pas se mêler de discussions dont on sent que,
11:55évidemment, le maire sera toujours le perdant,
11:58parce qu'on estimera qu'il n'est pas dans son bon droit,
12:01même si les faits sont avec lui.
12:04Il faut savoir vraiment se mettre en retrait de ces sujets,
12:07parce qu'au coin, la violence reste très présente.
12:11Un sujet qui mériterait encore des minutes,
12:13et des minutes, bien sûr, de discussion.
12:16Le temps qui nous est imparti est terminé.
12:18Merci beaucoup, Martial Foucault,
12:20professeur des universités à Sciences Po Paris,
12:22d'avoir été avec nous.
12:23Merci également à Frédéric Croix,
12:25président de l'AMF dans l'Hérault.
12:26Ici Ma France
12:30Maman la France
12:31Maman la France
12:31Maman la France
12:32Maman la France
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