00:00Que signifient ces sanctions ? Vont-elles faire avancer la paix ? Qu'en est-il des différents processus de
00:06paix ?
00:06Autant de questions que nous poserons à notre invité, Léon Arche Oketundu, ancien ministre des Affaires étrangères et des droits
00:13de l'homme,
00:13mais également député, vice-président de la Commission des relations extérieures au Parlement.
00:19Merci beaucoup d'être avec nous ce soir.
00:21Alors tout d'abord, votre réaction sur ces sanctions contre les forces armées rwandaises.
00:25Pourquoi, à votre avis, cela est intervenu hier ?
00:30C'est très important ces sanctions, parce que comme vous savez, après une offensive diplomatique extraordinaire menée par le président
00:41de la République,
00:42Félix Tsekedi, une offensive tous azimuts, pour faire reconnaître l'agression dont nous sommes victimes de la part du Rwanda,
00:50une résolution a été adoptée par le Conseil de sécurité des Nations Unies.
00:53Et cette résolution a été adoptée à l'unanimité, en vertu du chapitre 7 de la Charte des Nations Unies.
01:01Donc c'est une décision qui est contraignante.
01:04Et la résolution sommée Kigali a retiré immédiatement ce trouble du territoire de la République démocratique du Congo,
01:12et en même temps, sans conditions préalables.
01:16Et c'est tout appui au M23.
01:19Mais comme vous voyez, le Conseil de sécurité, malgré que ce soit les cinq permanents qui se sont impliqués dans
01:27cette résolution,
01:28le Conseil ne dispose pas d'un organe chargé de l'exécution de ces décisions.
01:32C'est tout le problème.
01:33C'est pour cette raison que, finalement, le Président de la République a pris cette initiative aussi de chercher des
01:40États qui ont de bonnes relations avec Kigali
01:42pour amener ce pays à retirer ce trouble de la République de Bourgogne en exécution de la résolution.
01:49C'est ça le processus de Doha et enfin du Qatar.
01:54Pourquoi ça intervient maintenant alors que les États-Unis sont occupés sur un autre front au Moyen-Orient avec ses
01:59attaques sur l'Iran ?
02:01Pourquoi maintenant alors que ça fait des mois que la RDC demande des sanctions ?
02:06Mais tout à fait.
02:06C'est parce que, comme vous l'avez remarqué, vous avez rappelé l'accord de Washington
02:12qui a été parrainé par le Président Trump.
02:15Et une semaine après la signature de cet accord,
02:18Kigali a équipé encore une fois le M23 et ce mouvement a occupé Ouvira,
02:24qui est une ville à la frontière avec le Burundi.
02:28Et c'est là justement que, effectivement, ça a provoqué l'ire du Président Trump.
02:36Et déjà, nous savions que des mesures étaient en train d'être préparées
02:42pour finalement prendre cette décision des sanctions.
02:45C'est pour vraiment un avertissement solennel, maintenant, qui est adressé à Kigali.
02:50J'espère qu'ils en tiendront compte, parce qu'il y a eu des gradations dans ces sanctions.
02:55Aujourd'hui, c'est encore des sanctions au niveau bilatéral entre les États-Unis et le Rwanda.
03:00Mais je pense que le comité de sanctions au sein des Nations Unies
03:04va prévoir d'autres sanctions qui sont beaucoup plus dissuasives et coercitives.
03:08Alors justement, est-ce que cette pression diplomatique suffira à convaincre le Rwanda
03:12à cesser son soutien au M23 ?
03:14À notre avis, oui.
03:15Mais c'est pour cette raison que, là, c'est encore des sanctions ciblées,
03:19adressées à des personnalités.
03:21Mais cette fois-ci, il faut qu'il y ait des sanctions
03:25qui impactent le fonctionnement même de l'État rwandais.
03:30C'est à partir de ce moment-là que Kigali sentira qu'effectivement...
03:33Ça a quand même un impact, puisque les troupes rwandaises, par exemple,
03:36ne pourront plus être mandatées par l'ONU ?
03:40Effectivement.
03:40Par exemple, au Mozambique, où elles sont présentes ?
03:43Par exemple. Effectivement.
03:44Parce que là, c'est vraiment une incohérence incroyable.
03:47C'est-à-dire que, d'un côté, le pays est agresseur,
03:51mais de l'autre côté, il participe à des opérations de maintien de la paix,
03:55ce qui est complètement contradictoire.
03:56Donc, il faut vraiment résoudre ce problème le plus rapidement possible.
04:01Nous pensons que cette année 2026 est une année qui est propice
04:06à l'obligation faite par le Conseil de sécurité au Rwanda
04:10pour qu'il retire ses troupes du territoire congolaire.
04:13Alors, est-ce que cela ne risque pas aussi d'encourager Kinshasa,
04:17les autorités congolaises, à poursuivre leur offensive ?
04:20Bon, comme vous voyez, nous sommes en logistique défense.
04:24Ce n'est pas nous qui avons attaqué Kigali.
04:25Et qui avons attaqué le Rwanda.
04:28C'est le Rwanda qui, non seulement a mené une agression,
04:31mais occupe deux provinces importantes de notre pays.
04:34Donc, nous nous défendons.
04:35Nous ne sommes pas des agresseurs.
04:37Pas conséquent, chaque fois que le Rwanda viole le cessez-le-feu,
04:43inévitablement, la République démocratique du Congo
04:45est dans l'obligation de réagir pour protéger cette population.
04:48Les sanctions sont-elles une solution pour vous au conflit dans l'est de la RDC ?
04:54Est-ce que cela peut vraiment mener à une paix, une paix durable ?
04:58Moi, je pense que la communauté internationale, à travers le Conseil de sécurité,
05:02a les moyens d'imposer la paix par une diplomatie coercitive.
05:07C'est ce que nous réclamons.
05:08Parce que, comme vous l'avez remarqué,
05:10je crois que la solution militaire a été exclue pour la résolution de cette crise.
05:15On nous a forcé à nous asseoir autour de la table pour régler ce problème.
05:20Mais ici, ce qu'il faut vraiment rappeler,
05:23c'est que nous, nous sommes agressés.
05:26Même ces sanctions, c'est une reconnaissance formelle
05:30de l'agression dont nous sommes victimes,
05:33en violation de la Charte des Nations Unies
05:34et de l'acte constitutif de l'Union africaine.
05:36Alors, pour parler des processus de paix,
05:39des initiatives internationales,
05:41celles de Doha, Washington,
05:43ne doivent-elles pas être aussi couplées d'initiatives nationales,
05:46notamment de dialogues politiques,
05:48pour arrêter les conflits ?
05:50Par exemple, l'opposition appelle à la tenue d'un dialogue inclusif.
05:53Est-ce pour vous une solution ?
05:55À mon avis, non.
05:57Et c'est là que nous divergeons.
05:58C'est-à-dire, le principe même du dialogue,
06:01nous ne pouvons pas le contester.
06:05Ça a toujours été un mécanisme important
06:07pour la résolution de certaines crises majeures
06:09dans l'histoire de la République démocratique du Congo.
06:11Mais dans le contexte actuel,
06:13il y a deux provinces importantes du pays
06:15qui sont occupées par l'État agresseur.
06:18Par conséquent, le conflit que nous vivons actuellement à l'Est
06:22n'est pas un conflit interne.
06:23C'est un conflit qui a pour origine
06:27l'agression dont la République démocratique du Congo est victime.
06:30Donc nous nous trouvons là devant deux contradictions.
06:33L'une principale, c'est l'agression dont le pays est victime.
06:37Et puis l'autre secondaire, c'est-à-dire,
06:39il y a des revendications sur le plan interne
06:41qui sont exprimées par certains opposants.
06:44Mais pour l'instant, dès lors que le pays est attaqué,
06:47chaque patriote doit se sentir agressé dans son intégrité
06:52parce qu'il y va de la protection,
06:55de la souveraineté de la République démocratique du Congo
06:56et même de l'intégrité territoriale.
06:59Comparaison n'est pas raison.
07:00Est-ce que vous croyez que vraiment le président Zelensky,
07:04actuellement en Ukraine,
07:06a l'unanimité derrière lui dans la gouvernance ?
07:10Non, pas du tout.
07:11Mais pour l'instant, les opposants estiment que
07:14le gros problème qu'il y a aujourd'hui,
07:16c'est l'agression.
07:17Donc il faut d'abord sauver le pays.
07:19On verra d'autres problèmes par la suite.
07:21Merci beaucoup, Léon Arché Oketundu,
07:24ancien ministre des Affaires étrangères et des droits de l'homme
07:26et vice-président de la Commission des relations extérieures
07:29en République démocratique du Congo.
07:30Merci beaucoup d'avoir répondu à nos questions.
07:32Merci beaucoup, Léon Archéon.
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