00:00Europe 1, Pascal Proévo.
00:03Il est 16h50 et on va être avec Jean-Michel Cohen,
00:08puisque Jean-Michel Cohen, que vous connaissez,
00:10il se trouve à Tel Aviv,
00:12et il est en ligne avec nous par WhatsApp,
00:15pour tout vous dire,
00:16parce que les liaisons ne sont pas extraordinaires autrement.
00:19Bonjour Jean-Michel Cohen.
00:21Bonjour Pascal.
00:22Et merci d'être avec nous.
00:25Comment allez-vous ?
00:26Écoutez, je vais plutôt bien.
00:28Enfin, c'est une ambiance qui semble être stressante au début,
00:33puis après on prend le rythme.
00:35Donc en substance, j'ai l'habitude maintenant d'entendre une alerte
00:40qui me prévient qu'une autre alerte va me dire
00:41qu'il me reste moins de temps pour aller dans un abri.
00:45Les premiers jours, c'était vraiment très très rapproché.
00:48J'ai passé une nuit de samedi à dimanche
00:49qui m'a rappelé mes nuits de garde.
00:52C'était toutes les deux heures.
00:54Et puis ça s'est raccourci de plus en plus.
00:56Aujourd'hui, on a eu trois alertes.
00:58qui se sont dissipées assez rapidement.
01:00Donc on a passé une journée à peu près agréable
01:02puisqu'on a pu sortir,
01:04on a pu aller se promener un peu le long de la mer.
01:07Mais bon, je suis obligé de borner mon chemin.
01:09Ça veut dire que quand je sors,
01:10je ne sais pas où je vais passer
01:12et je repère les parkings, les abris.
01:15Et donc je sais que je calcule à peu près le temps.
01:17Bon, c'est un exercice.
01:18C'est cinq, six minutes.
01:20J'ai six, sept minutes, mettons, pour arriver dans l'abri
01:22avant que de courir un risque
01:24qui, pour le moment, n'a pas existé sur la ville de Tel Aviv
01:27puisque rien n'est tombé ici.
01:29et vous restez dans l'abri un quart d'heure, vingt minutes,
01:32le temps qu'on vous prévienne toujours
01:33par votre smartphone
01:35que vous pouvez sortir sans danger.
01:36Jean-Michel Cohen est avec nous,
01:38c'est le médecin que vous connaissez.
01:40On était ce matin sur les antennes de CNews
01:42avec Thibaut Marcheteau
01:43et on vivait en direct une alerte
01:45et l'abri dans lequel notre confrère Thibaut Marcheteau
01:50est allé avec toutes les équipes de CNews.
01:53Alors, qu'on comprenne bien,
01:55l'alerte, elle arrive sur votre portable
01:57lorsque le missile a été lancé
02:00et qu'il est en destination,
02:02on ne sait où d'ailleurs,
02:03sur le territoire, en l'occurrence israélien
02:06ou de Tel Aviv.
02:07Et évidemment, il y a quand même un danger.
02:08Il peut arriver ce missile
02:10à quelques mètres de là où vous êtes.
02:13Donc, il y a quand même une inquiétude
02:14toujours permanente, Jean-Michel Cohen.
02:16Non, c'est assez précis.
02:18On sait quand même à peu près
02:19la zone de territoire vers laquelle il se dirige.
02:22C'est pour ça que de temps en temps,
02:24l'alerte nous dit
02:26vers quelle zone de territoire il se dirige.
02:29Et dans ce cas-là,
02:29si ce n'est pas votre zone de territoire,
02:31en fait, vous n'êtes pas obligé d'aller dans un abri.
02:33Après, par contre,
02:34quand elle se dirige
02:35vers votre zone de territoire,
02:37la deuxième alerte vous dit
02:39là, vous avez vraiment l'obligation de rentrer.
02:41Vous avez en moyenne 1 minute 30 pour rentrer.
02:44Et vous rentrez dans un abri...
02:46On n'a pas tout proche, 1 minute 30.
02:48On n'a pas forcément un abri
02:50à 1 minute 30 de soi,
02:52si j'ose dire.
02:53Bien, la consigne, c'est de dire
02:55où que vous soyez,
02:57même si vous sortez,
02:58car vous avez le droit de sortir,
03:00vous devez vous situer
03:01à proximité d'un abri.
03:03C'est pour ça que moi,
03:04ce matin,
03:05j'ai été voir un autre de mes confrères.
03:07Eh bien, je savais que sur mon chemin,
03:09s'il m'arrivait,
03:10s'il y avait une alerte,
03:11je pouvais rentrer dans l'abri
03:13d'un des hôtels,
03:13puisqu'il y avait plusieurs hôtels
03:15sur le chemin.
03:15Et donc, j'avais calculé
03:17que de toute façon,
03:18j'aurais le temps de rentrer dans un abri.
03:19Quand je suis ici,
03:21dans l'appartement,
03:22j'ai un abri à l'étage.
03:24Certains ont un abri dans l'appartement.
03:26C'est une pièce qui est aménagée,
03:28qui présente les mêmes caractéristiques
03:30qu'un abri,
03:30c'est-à-dire que tous les murs sont blindés,
03:32les portes sont blindées,
03:33la vitre est blindée,
03:34vous avez un système d'aération
03:37qui est organisé.
03:38Quand les gens rentrent,
03:40une fois que tout le monde est rentré
03:41dans mon immeuble,
03:42à ce moment-là,
03:42on ferme la porte,
03:44on la verrouille complètement
03:45et on attend.
03:46Et pendant ce temps-là,
03:48alors on peut papoter
03:49avec les voisins,
03:51s'occuper des enfants
03:52s'il y a des enfants.
03:54Voilà, il n'y a pas de stress.
03:55Je dois vous dire que
03:56c'est très étonnant à voir,
03:58c'est-à-dire le niveau de responsabilité
04:00de la population,
04:01il n'y a pas de stress.
04:03Les gens obéissent aux consignes,
04:05pour la plupart,
04:06je veux dire,
04:07il y a encore quelques égarés
04:08qui font n'importe quoi.
04:10Et une fois dans l'abri,
04:12ils attendent patiemment
04:12avant de ressortir
04:13et ils ressortent.
04:14C'est très gênant
04:15quand c'est la nuit.
04:16La première nuit de samedi,
04:17c'était minuit,
04:18deux heures,
04:19trois heures et demie,
04:20cinq heures,
04:20sept heures et demie.
04:21Donc vous avez un sommeil
04:23qui est haché.
04:25Là, ces temps-ci,
04:25on prend l'habitude de tout.
04:27Je suis rodé maintenant.
04:30Caroline Iturbide
04:30veut vous poser une question
04:31avant la pause.
04:32Oui, Jean-Michel,
04:33en plus,
04:33on se connaît bien.
04:34Mais moi,
04:35ce qui m'étonne,
04:35c'est quand même le contraste
04:37entre le calme,
04:38qui a l'air en plus
04:39d'être très sincère
04:40dans ce que vous dites,
04:42et en même temps,
04:42l'horreur de la situation
04:44que vous décrivez,
04:45où on se croirait
04:46dans un film apocalyptique.
04:48Donc qu'est-ce qui fait
04:48qu'on arrive à garder son calme
04:50alors que, par exemple,
04:51moi, aujourd'hui,
04:53alors qu'on est très très loin
04:54de vivre cette situation,
04:55je suis déjà complètement flippée.
04:57T'as répondu à la question.
04:58On est très très loin
04:58de vivre cette situation.
04:59Alors, il y a plusieurs raisons.
05:01Premièrement,
05:01le sentiment de protection
05:02qu'on a,
05:04non seulement à cause des abris,
05:06mais aussi à cause
05:07de la rapidité des interventions
05:08quand il y a un problème.
05:09Si, par exemple,
05:10par accident,
05:11un débris tombe sur un immeuble,
05:13vous avez,
05:13dans les cinq minutes
05:14qui suivent,
05:15toute une armée de gens
05:17qui viennent,
05:18les uns pour s'occuper
05:19s'il y avait des blessés,
05:20d'autres pour s'inquiéter
05:22de votre situation,
05:22et les troisièmes
05:23pour vous reloger
05:24quasiment immédiatement.
05:25Donc, ça veut dire
05:25que ce sentiment de sécurité
05:26provient des systèmes
05:28d'organisation
05:29qui sont mis en place.
05:30La deuxième chose,
05:31c'est la certitude
05:32qu'ont tous les gens ici
05:33que cette opération
05:34était archi nécessaire.
05:36Aujourd'hui,
05:37ce qui se dit en Israël,
05:38c'est de dire
05:39que c'est peut-être
05:40la dernière guerre.
05:41Parce qu'il fallait le faire
05:43et s'il faut le faire,
05:45on en payera le prix.
05:46Mais si c'est la dernière guerre,
05:48alors à ce moment-là,
05:48ça deviendra un pays de cocagne
05:50parce que le calme sera revenu,
05:52que les gens vont prospérer
05:53comme dans tous les pays du monde
05:54et que la menace
05:56n'existera plus.
05:57Je crois que ça...
05:58Si vous voulez,
05:59je crois qu'il faut être sur place
06:00pour comprendre
06:01cette unanimité globale
06:03qu'on a.
06:04Aucun conflit politique,
06:05aucun conflit entre les gens,
06:07une solidarité à l'extrême.
06:08Je crois que c'est rare
06:10de voir une population
06:11qui a 99-99%
06:13persuadée
06:14que c'était le bon choix
06:15et que c'était la bonne solution.
06:16Je crois que c'était la bonne solution.
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