00:00Bonjour Arthur Banga. Bonjour.
00:02La CDAO annonce une nouvelle fois la mise en place de la fameuse force en attente.
00:07Les annonces de ce genre se sont succédées au fil des années.
00:10Arthur Banga, cette fois-ci, selon vous, est-ce que ce sera la bonne ?
00:13Déjà, c'est vrai que la CDAO l'a annoncé plusieurs fois son véritable succès.
00:17Mais n'oublions pas que la CDAO est quand même la seule communauté économique régionale
00:21à avoir implémenté réellement cet exercice de force multinationale à travers l'Ecomo,
00:27qui a eu quand même des succès au Libéria, en Guinée-Bissau, même en Sierra Leone.
00:32Aujourd'hui, il s'agit maintenant de passer un nouveau cap.
00:35Il faut bien avouer que depuis la volonté de passer ce cap-là, les annonces de succès sont succès.
00:42Mais on peut espérer aujourd'hui parce qu'il y a une véritable prise de conscience.
00:46Il y a aussi la pression des populations, il y a surtout la pression des groupes terroristes
00:50qui commencent à taper fort dans les pays côtiers, notamment Nigeria, Benin, Togo.
00:55Et ça, ça impose que les présidents de la CDAO et que la communauté réagissent énergiquement.
01:02Alors, hormis le contexte actuel et la prise de conscience, comme vous dites,
01:05est-ce que vous notez des nouveautés dans cette annonce par rapport aux précédentes ?
01:08Pariellement, peut-être qu'on est plus concret sur le nombre d'hommes qu'on veut mobiliser.
01:13On est plus concret sur la volonté et sur le fait d'inscrire dans les doctrines militaires nationales
01:19la nécessité de participer à des opérations internationales.
01:21Mais la vraie bonne raison d'espérer, c'est le fait que certains pays intègrent désormais
01:28la capacité de participer à des opérations extérieures dans leur composition.
01:33C'est le gars de la Côte d'Ivoire, du Sénégal, même du Ghana,
01:36qui sont des pays qui avouent et qui montrent qu'ils ont la volonté aujourd'hui
01:41de participer à des opérations menées par la CDAO.
01:44Ce n'est plus la seule affaire des pays comme le Nigeria qui prenait en général le leadership.
01:48Et dans le contexte aussi, il ne faut pas oublier l'échec de l'intervention militaire au Niger
01:54qui a renforcé l'AES et fragilisé la CDAO.
01:57Ça aussi, c'est un élément de contexte qui fait qu'on peut espérer que les choses soient plus concrètes
02:02cette fois-ci.
02:02Alors, on s'attend à un contingent de 2000 éléments.
02:05Quand on sait que la force française Barkhane en comptait plus du double
02:09et qu'elle n'a pas pu enrayer les groupes armés et terroristes en 8 ans de mission dans le
02:12Sahel,
02:13vous croyez que ces 2000 éléments issus de différentes armées de la région peuvent faire la différence ?
02:19Ce chiffre de 2000 est révélateur à la fois des difficultés qu'on peut avoir à mettre ce genre de
02:23force en position,
02:25c'est-à-dire déjà avoir des armées nationales qui sont prêtes,
02:28qui ont pour l'habitude de s'entraîner,
02:29et des armées nationales qui sont en partie taillées pour opérer en contexte international.
02:34Ce n'est pas trop le cas aujourd'hui dans les différentes armées ouest-africaines.
02:37Donc, il vaut mieux commencer, je veux dire, avec des ambitions réalistes et réalisables.
02:42Ça peut expliquer le chiffre relativement bas.
02:44Maintenant qu'on a un chiffre aussi bas que celui-là,
02:47donc 2000 environ, deux bataillons,
02:49il s'agira de voir maintenant quelles missions on donne à ces deux bataillons pour être plus efficaces.
02:54Je pense que des missions de renseignement, de coopération, de formation,
02:59et puis aussi des missions d'intervention sur des espaces précis.
03:03C'est quand même difficile de ramener 2000 hommes supplémentaires au Nigeria.
03:06Ça ne sert pas à grande chose.
03:08Mais sur des espaces comme le nord du Togo, du nord du Bénin,
03:112000 hommes appuyés par une escadrille internationale,
03:15ça peut avoir son taisan d'or opérationnel.
03:19Il y a une question qui est primordiale.
03:20Comment la CEDEAO peut rendre cette force efficace
03:23sans la participation des pays de l'AES,
03:26que sont le Mali, le Burkina Faso et le Niger, qui ont fait ces sessions ?
03:29Aujourd'hui, la CEDEAO est obligée de passer cette sécession-là,
03:34d'avancer sans ces pays-là.
03:35Sinon, elle ne va pas avancer sur certaines questions.
03:38Maintenant, naturellement, sur des questions comme le terrorisme,
03:41sur des questions aussi transnationales,
03:43à défaut d'opérance, il faudrait que la CEDEAO et l'AES
03:47trouvent des mécanismes pour coopérer,
03:50ne serait-ce qu'en échange de renseignements,
03:51pour faire naître un minimum d'efficacité.
03:54Parce que si vous prenez en chasse des terroristes,
03:57par exemple en Côte d'Ivoire,
03:58qui traversent la frontière du Burkinau et du Mali,
04:00si vous n'avez pas la capacité de la poursuiviser les territoires,
04:04ou ne serait-ce que d'échanger le renseignement avec les armées
04:07maliennes ou burkinabées,
04:08vous voyez que tout le travail que vous faites en Côte d'Ivoire,
04:10il est quasiment nul.
04:11C'est la même chose en termes de renseignements.
04:14Donc oui, c'est une difficulté,
04:16mais elle n'est pas insurmontable.
04:17Il faut maintenant qu'on ait un minimum de coopération
04:20pour pouvoir accroître l'efficacité du projet de la CEDEAO.
04:24Merci pour les éclairages, Arthur Banga.
04:26C'est moi qui vous remercie.
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