00:00Le troisième jour, le conflit en cours s'étend.
00:03Une colonne de fumée au-dessus de l'ambassade américaine au Koweït a été observée selon nos confrères de l
00:08'AFP.
00:09Selon l'ambassade américaine, il s'agit, je cite, d'une menace persistante de tirs de missiles et de drones
00:16au-dessus du Koweït.
00:18Les ressortissants américains sont appelés à rester chez eux à l'écart des fenêtres.
00:25Et on va continuer à parler de ce troisième jour de bombardement en Iran et dans la région avec notre
00:32invité, c'est vous, Michel Duclos.
00:34Bonjour, vous êtes conseiller à l'Institut Montaigne, ancien ambassadeur notamment en Syrie et l'auteur du livre « Diplomatie
00:43française ».
00:44Lorsqu'on voit ce qui se passe actuellement, que ce soit les derniers missiles envoyés par le Hezbollah et aussi
00:52les répliques israéliennes,
00:54est-ce que vous avez peur d'un embrasement régional du conflit ?
00:59C'est clair que c'est la tendance aujourd'hui au troisième jour.
01:04Et pour replacer ça dans le contexte, il me semble que la stratégie que les dirigeants de Téhéran ont adoptée,
01:13c'est celle d'essayer d'avoir une guerre courte, aussi courte que possible,
01:18et pour ça d'impliquer au maximum les acteurs régionaux pour qu'ils fassent pression sur les États-Unis
01:25et que les États-Unis trouvent le moyen de mettre un terme assez rapidement à la guerre.
01:30Alors c'est intéressant ce que vous dites, mais pour autant, quand on regarde ce qui se passe sur le
01:34terrain,
01:35on n'a pas l'impression que les monarchies du Golfe réagissent au fait qu'elles soient,
01:40enfin en tout cas réagissent grandement au fait qu'elles soient prises à partie par le régime iranien aujourd'hui.
01:46Non, c'est même l'inverse, c'est-à-dire qu'au cours des derniers mois, des dernières années même,
01:52petit à petit, ces pays s'étaient rapprochés de l'Iran,
01:55et notamment parce qu'ils considéraient de plus en plus que le véritable danger de la région, c'était devenu
02:02Israël.
02:03Or là, en quelques heures, l'Iran a perdu le bénéfice de ce rapprochement.
02:12Est-ce que c'est un changement de l'alliance en quelque sorte momentanée ou durable ?
02:21C'est une des questions qui se posent.
02:23L'un de nos correspondants, Serge Berberi, correspondant à Beyrouth,
02:27parlait des proxys, donc des soutiens au régime iranien.
02:32Est-ce qu'ils ont les moyens d'agir ?
02:35Alors, on a évoqué le Hezbollah, il y a également les outils.
02:37Est-ce que l'ensemble des proxys ont les moyens de venir en aide au régime iranien aujourd'hui ?
02:42Je crois qu'ils sont quand même très très affaiblis.
02:46Alors, je sais que les Iraniens comptent beaucoup sur la réaction des chiites dans la région,
02:54notamment en Irak, peut-être dans d'autres pays.
02:58Malgré tout, on a du mal à imaginer que ça puisse vraiment faire une très grande différence dans le rapport
03:05des forces.
03:06On voit bien que le Hezbollah fait une sorte de barreau d'honneur,
03:10parce qu'il se croit obligé de marquer sa solidarité.
03:13Israël répond, tout ça au détriment du Liban, naturellement,
03:18ce qui est bien évident pour nous Français, ce qui nous touche.
03:22Mais ce n'est pas certain que ça puisse modifier vraiment la trajectoire du conflit.
03:26Vous avez évoqué un barreau d'honneur du Hezbollah.
03:29Pour vous, l'action menée actuellement par le Hezbollah,
03:32donc ces drones, ces missiles qui ont été envoyés sur Israël,
03:36c'est un acte de soutien ou c'est pour permettre d'aller plus loin ?
03:41Vous avez parlé de barreau d'honneur.
03:42Je ne crois pas que le Hezbollah actuel ait les moyens d'aller très loin,
03:47de faire très mal à Israël.
03:49Non, vous savez, je ne suis pas sur le terrain, je ne suis pas un expert militaire.
03:52Et en plus, évidemment, des acteurs comme le Hezbollah ne mettent pas leurs cartes de façon très ouverte.
04:01Mais apparemment, quand même, ce serait étonnant que ça puisse faire beaucoup de mal à Israël.
04:07On a évoqué, vous avez évoqué précédemment, effectivement, le soutien chiite apporté au régime iranien.
04:14On a pu voir aussi une partie de la population mondiale a pleuré le guide suprême lorsqu'on a annoncé
04:22son décès.
04:23On pense notamment à des deuils, des événements où on a vu des personnes pleurer, que ce soit en Inde
04:29ou au Pakistan.
04:30Est-ce que ça, c'est important pour le régime iranien aujourd'hui, ces soutiens-là ?
04:36Je ne suis pas sûr que ça puisse faire une grande différence.
04:38C'est certainement important sur un plan symbolique, un plan sentimental.
04:44Est-ce que les forces en question peuvent encore une fois modifier le rapport des forces ?
04:51C'est peu probable, quand même.
04:52Le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, promet d'intensifier les frappes israéliennes sur Téhéran.
04:59Quel regard vous portez sur le discours du Premier ministre israélien aujourd'hui ?
05:06Évidemment, plus personne ne s'intéresse aux droits internationaux.
05:11Même les gouvernements européens n'ont peu mentionné cela.
05:15Mais vous savez, la tradition française, la tradition gaulliste, c'était Israël en 1967 et c'était l'Irak en
05:282003.
05:29On condamne celui qui prend l'offensive le premier.
05:34Donc il n'y a pas de légitime défense quand vous déclenchez vous-même la guerre.
05:41On est dans ce cas de situation et quand Netanyahou puis Trump invoquent une guerre préemptive ou préventive,
05:52ils n'avancent aucune espèce de preuve.
05:55Il y a des doutes quand même sur le fait que l'Iran était vraiment sur le point d'attaquer
06:00Israël.
06:02Évidemment, en contrepoint de cela ou dans l'autre plateau de la balance,
06:07c'est vrai que ça fait 40 ans que l'Iran est un acteur agressif pour tous ses voisins
06:14et qu'en particulier il n'a cessé de vouer Israël aux hégémonies.
06:20Donc de ce point de vue-là, Israël et d'autres ont des raisons de vouloir la fin de ce
06:27régime.
06:28Mais malgré tout, pour un diplomate classique,
06:32on ne peut pas dire que la légalité internationale sorte grandie de cette affaire.
06:37Et vous connaissez bien la région pour avoir exercé, notamment en Syrie.
06:42Vous évoquez finalement en filigrane le droit international.
06:46Plusieurs chenchèneries se sont émues de la violation du droit international
06:50avec cette opération menée par Israël et l'armée américaine.
06:55Est-ce à dire que Donald Trump s'est assis sur le droit international ?
06:59Sans aucun doute. Je crois qu'il ne sait pas vraiment ce que c'est, à vrai dire.
07:03Pour lui, ce n'est pas un critère.
07:06Mais ça renvoie, si vous me permettez, à une question plus générale,
07:11qui est l'éternel, enfin l'éternel, la question quand même maintenant plus en plus importante
07:17du clivage entre le sud global et l'ouest, l'occident, ce qui reste de l'occident.
07:26Je pense que dans beaucoup de pays du sud global, ce sera perçu quand même
07:30comme une fois de plus les Américains qui en prennent à leurs aises
07:36avec toutes sortes d'engagements de droit et qui ne font jouer que la loi du plus fort.
07:44Et jusqu'ici, au début, en tous les cas, l'Europe n'était pas appliquée,
07:47puisque comme l'a dit le président Macron, non sans une forme de candeur,
07:53la France n'a même pas été consultée, encore moins associée.
07:57Mais les Iraniens sont en train de faire en sorte que malgré tout,
08:02les grandes puissances européennes sont plus ou moins obligées quand même
08:06de contribuer à la lutte, à la guerre contre l'Iran.
08:12Oui, puisqu'elles prennent part, la France prend part,
08:14a dit qu'elle serait aux côtés de ses alliés dans ce conflit.
08:18Et on ne voit pas comment elle pourrait faire autrement, bien entendu.
08:21Et donc, il y a ce risque qu'une fois de plus, le clivage nord-sud s'aggrave
08:28et qu'en particulier, même si l'Occident est fracturé,
08:32il n'y a plus vraiment d'Occident.
08:34Malgré tout, on s'aperçoit que le Royaume-Uni d'abord,
08:39puis ensuite la France sont plus ou moins quand même entraînés
08:43à rejoindre le camp occidental.
08:45Et en tous les cas, ce sera perçu comme ça dans le sud global.
08:48Ça veut dire possible engrenage, si on vous écoute ?
08:50C'est comme ça que vous le décryptez potentiellement ?
08:53Non, je n'irai pas jusque-là.
08:56Je pense que c'est sur un plan politique, psychologique que ça va jouer.
09:00Oui, alors maintenant, on n'a pas du tout abordé aussi un autre aspect essentiel de la situation,
09:06qui est l'aspect économique.
09:08Et là, si ça dure trop longtemps, si le 2-3 d'Hurmouz est durablement entravé,
09:19c'est clair qu'il y aura un effet négatif sur le marché de l'énergie,
09:24puis sur l'inflation.
09:26Et de proche en proche aussi sur les chaînes de valeur dans le monde.
09:31Donc l'impact économique n'est pas encore extraordinairement visible pour l'instant,
09:35mais ça peut venir.
09:36Merci.
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