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  • il y a 16 minutes
Philippe Germanier et son fils font partie des rescapés du tragique incendie du bar Le Constellation à Crans-Montana. Il nous livre son témoignage sur cette nuit dramatique et cette nouvelle vie.
Regardez L'invité de Vincent Parizot du 27 février 2026.

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Transcription
00:01RTL Soir, Vincent Parizeau.
00:04Bonsoir Philippe Germanier.
00:06Bonsoir Monsieur Parizeau.
00:07Vous êtes de nationalité suisse, comme votre fils de 15 ans.
00:12Vous êtes sorti vivant de ce bar, lui très grièvement blessé et brûlé avec tout ce que ça implique évidemment
00:18pour sa vie future.
00:20Vous allez tout nous raconter, de ce que vous avez vu, vécu dans ce bar le soir de la Saint
00:26-Sylvestre.
00:26Avant cela, parce qu'évidemment votre témoignage est exceptionnel, dites-nous pourquoi vous avez décidé de prendre la parole ?
00:33Alors tout d'abord, nous arrivons aux deux mois de la commémoration de cette tragédie.
00:38Finalement témoigner de ce qui s'est passé, pour la mémoire, aux 41 victimes décédées lors de cette tragédie.
00:46Victimes certes suisses, mais également françaises et italiennes.
00:50Donc avec les 41 victimes, bien évidemment aux 41 familles qui attendent aujourd'hui encore des réponses.
00:56Et sur ce qui s'est passé ce soir-là.
00:58Donc revenons sur les faits.
00:59Je vais juste dresser le tableau.
01:02Votre fils est aux Constellations avec des copains.
01:04Et vous, après avoir dîné, vous décidez, c'est ça, d'aller voir si tout se passe bien pour lui.
01:09Et vous décidez donc d'aller dans ce bar.
01:10Oui, exactement.
01:12À environ 1h10, 1h15 du matin, je décide de me rendre aux Constellations
01:17afin de voir effectivement comment se passe la soirée.
01:20Donc j'y arrive à environ 1h20 du matin.
01:24Aujourd'hui, on sait que l'incendie a démarré à 1h26.
01:27Donc environ 6 minutes avant les faits.
01:29Je descends les escaliers.
01:31Je m'accoude au bar.
01:33Étant donné que c'était une soirée de jeûne et moi, adulte,
01:35je ne voulais pas interférer avec la soirée de mon fils.
01:39Vous l'avez vu, votre fils, et vous décidez de ne pas aller l'embêter, c'est ça ?
01:43Exactement.
01:43Et c'est à ce moment-là que ce fameux plateau passe devant moi avec ces feux de mangales.
01:50Et bien évidemment, moi, comme tout le monde, on suit l'animation.
01:54C'est peut-être moins d'une minute après que je sens de la chaleur dans mon dos.
01:59Je me retourne et j'aperçois à ce moment-là les flammes qui dévorent le plafond en-dessus du bar
02:05et qui commencent gentiment à s'engouffrer dans les escaliers.
02:09Je crie immédiatement à mon fils et à ses amis de fuir.
02:12Mais à ce moment-là, c'était déjà trop tard et tout le monde, pris de panique, a voulu fuir.
02:18Ce que vous nous racontez là, M. Germainier, je m'excuse,
02:21c'est l'extrême, même l'incroyable rapidité avec laquelle tout s'est embrasé
02:28entre le moment où ce faux plafond en mousse a commencé à prendre feu
02:33et le moment où il était quasiment impossible de sortir.
02:35Il s'est passé, d'après vous, combien de secondes ?
02:37Moins d'une minute.
02:38Alors, si on pouvait encore intervenir au moment où le plafond s'est embrasé,
02:42quelqu'un aurait pu aussi nous avertir qu'il existait une sortie au même niveau sur l'arrière
02:48et peut-être un certain nombre de victimes auraient pu être évitées, bien sûr.
02:53Ça, vous ne l'avez pas vu, cette porte, cette issue de secours ?
02:55Non, cette issue de secours était à l'arrière, mais personne ne nous a avertis à ce moment-là.
03:00Donc, tout le monde, par réflexe, étant descendu par les escaliers, voulait bien évidemment remonter les escaliers.
03:07Et sous l'effet de la panique, ça a créé un énorme bouchon à ce niveau-là
03:11et les conséquences que l'on connaît aujourd'hui.
03:13Moi-même, j'étais quasiment devant cet escalier.
03:16Je n'ai même pas eu le temps, vu la rapidité des événements,
03:20c'est-à-dire que les flammes ont dévoré littéralement le plafond,
03:24se sont gentiment engouffrées dans l'escalier.
03:27Je me suis dit que je ne pourrais pas sortir
03:29et que finalement, étant un adulte, je n'avais aucun droit de bousculer les gens pour sortir en priorité.
03:36Donc, j'ai préféré à ce moment-là me retirer.
03:39J'ai fait quelques pas en arrière.
03:41J'ai pensé appeler mon fils, mais j'ai cru que peut-être il aurait, lui, pu passer.
03:46Et en l'appelant, il serait revenu en arrière.
03:48Donc, je ne voulais pas que cela arrive.
03:51À ce moment-là, aussi très rapidement, la fumée est montée.
03:55Les lumières se sont éteintes avec une fumée très âcre.
03:58On sait aujourd'hui qu'il s'agit du cyanure d'hydrogène,
04:01donc une fumée extrêmement toxique.
04:02J'ai respiré une fois, deux fois.
04:05Je me suis rendu compte que je n'arrivais pas à continuer à respirer.
04:08Donc, je me suis arrêté et j'ai pris finalement la décision de m'asseoir
04:13et d'une certaine façon, de dire que c'était mon dernier moment
04:18et que je ne reverrai pas le jour.
04:20Et surtout, que je ne reverrai pas mon fils et ma famille.
04:23Je me suis très rapidement évanoui.
04:25Heureusement, et je crois que c'est la seule chose aujourd'hui
04:28qu'on ne peut pas qu'on puisse retenir,
04:30mais c'est un point important, c'est que beaucoup d'entre nous,
04:33beaucoup de victimes se sont évanouies sous l'effet des gaz extrêmement toxiques.
04:37Ça, c'est un message effectivement important pour les familles,
04:41à savoir que ces malheureuses victimes ont sans doute perdu connaissance
04:46avant de mourir éventuellement brûlée.
04:50Là, vous voulez parler de la souffrance.
04:52Il n'y a peut-être pas eu d'énormes souffrances.
04:54Alors, je l'espère, je le crois.
04:57En tout cas, en ce qui me concerne et qui concerne mon fils,
05:00on a eu le même épisode où on s'est évanoui
05:02parce que mon fils, finalement, n'a pas pu s'échapper.
05:04Donc, nous sommes restés au sous-sol pendant tout l'incendie du Constellation.
05:09Combien de temps êtes-vous resté inanimé, M. Germagné ?
05:13Alors, après environ, j'estime, peut-être 40 minutes,
05:17on sait aujourd'hui que l'incendie a duré environ ce temps,
05:21je me suis réveillé au milieu, malheureusement, de beaucoup d'autres personnes.
05:25À ce moment-là, j'ai eu le réflexe, bien sûr paternel, d'appeler mon fils
05:29et de crier son nom, et lui-même, qui était finalement à quelques mètres de moi,
05:34sans que je le sache, a levé la tête et m'a dit « je suis la papa ».
05:39Après ça, on s'est à nouveau évanoui et on s'est, moi-même,
05:43je me suis réveillé à l'extérieur du bâtiment.
05:45Donc, vous avez été sorti par des secouristes ?
05:48Voilà, on a été sorti par les pompiers.
05:50Ensuite, bien évidemment, ils ont transféré les blessés
05:55dans les différents centres hospitaliers en Suisse
05:59et on le sait aussi à l'étranger.
06:00J'ai une question sur les amis de votre fils
06:04avec lesquels il fêtait cette fin d'année.
06:07Qu'est-ce qui leur est arrivé ?
06:08Alors, malheureusement, le sort a voulu, ou la fatalité,
06:12ou on peut l'appeler comme on veut, a voulu que les huit de ses amis décèdent.
06:16C'est-à-dire, mon fils est quasiment l'unique rescapé
06:20des personnes qui étaient attablées avec lui.
06:24On imagine, on imagine ce que vous...
06:26On essaye, on essaye, parce que c'est évidemment très difficile d'imaginer
06:30et de se mettre à votre place, M. Germainier.
06:32Mais parlons maintenant du parcours de soins,
06:34pour vous et votre fils.
06:36Vous, comment allez-vous physiquement ?
06:38Alors, si on peut définir notre parcours de soins,
06:41pas seulement de moi,
06:42mais on parle aussi des 115 autres victimes blessées,
06:46il s'agit de ce qu'on peut aujourd'hui qualifier d'un calvaire,
06:50qu'on ne peut imaginer.
06:52C'est-à-dire, après avoir vécu les flammes,
06:55l'expérience des flammes,
06:56eh bien, on s'est retrouvé, bien évidemment,
06:59avec tous les séquelles,
07:01toutes les blessures possibles,
07:02qui ne sont pas uniquement des blessures externes,
07:04mais également des blessures internes.
07:07Pulmonaires, notamment ?
07:08Des voies respiratoires, pulmolaires, larynx,
07:11et même des cordes vocales.
07:12Donc, voilà, les blessures sont nombreuses.
07:15Et, encore une fois, moi, aujourd'hui,
07:17qui ai été brûlé au troisième degré au niveau du crâne,
07:20au niveau du dos, mais surtout au niveau des mains,
07:22et, croyez-moi, voilà, je suis médecin dentiste,
07:24donc c'est bien clair qu'aujourd'hui,
07:26mon travail futur est considérablement remis en question.
07:29C'est vrai que ces séquelles physiques sont très importantes,
07:33et pas seulement aujourd'hui,
07:34mais sur le long, voire le très long terme,
07:37parce que ce sont, certes, encore des séquelles physiques,
07:40mais aussi de gros séquelles psychologiques.
07:42Évidemment, on va y venir sur les séquelles psychologiques.
07:44Je voudrais parler de votre fils, monsieur Germagné,
07:47et de ses blessures.
07:48Alors, mon fils subira lundi prochain la 18e,
07:54entendez bien, la 18e opération.
07:56Et là, on ne parle pas des opérations futures
08:00afin de lui rendre une vie normale.
08:04Mon fils a été brûlé au niveau,
08:08avec de nombreuses greffes,
08:09au niveau du crâne,
08:11au niveau du visage,
08:13au niveau, comme je l'ai dit précédemment,
08:14des voies respiratoires,
08:15mais surtout, il a perdu 8 de ses 10 doigts.
08:19Alors, allez expliquer à un fils,
08:22qui a 15 ans,
08:23qu'il a perdu 8 de ses 10 doigts,
08:25alors qu'il est issu d'une famille de médecins,
08:29allez lui expliquer que tous ses rêves
08:30sont finalement partis en fumée
08:32dans la tragédie de Grand Montana.
08:34Psychologiquement, comment va-t-il aujourd'hui ?
08:36Comment un garçon de 15 ans envisage-t-il l'avenir ?
08:38Comme je le dis aux soignants,
08:40on tourne la page,
08:41et on recommence à moins X.
08:43On ne recommence même pas à zéro.
08:45On doit absolument tout reconsidérer
08:48dans sa propre vie.
08:50On passe par des hauts et par des très bas.
08:53Au point, depuis quelques jours,
08:55il pense vraiment à mettre fin à ses jours.
08:57Tellement la situation est extrême,
09:00tellement il a été broyé par cette tragédie.
09:03Bien sûr.
09:04Et vous souhaitez évidemment que justice soit faite
09:07sur le plan civil,
09:09sur le plan pénal.
09:11Est-ce qu'il y a une colère
09:13qui pourrait alimenter un désir de vengeance
09:16quand vous apprenez par exemple
09:17que les époux Moretti
09:20ont été remis en liberté ?
09:22Provisoirement, évidemment, avant le procès.
09:24En me concernant,
09:25et ça, ça ne concerne que moi,
09:26je n'ai pas d'esprit de vengeance.
09:29La justice doit faire toute la lumière
09:32sur cette affaire.
09:33L'affaire de façon indépendante,
09:35je laisse aussi à mes avocats
09:37ce travail.
09:38Moi, encore une fois, je dois me concentrer
09:40sur mon fils,
09:41sur ma famille,
09:42et aussi, en deuxième lieu,
09:45sur ma situation personnelle.
09:47Merci beaucoup,
09:47M. Germanié,
09:49d'avoir trouvé la force,
09:50le courage de témoigner
09:52ce soir sur RTL.
09:54Évidemment,
09:55nos pensées vont vers vous
09:56et vos proches,
09:58et bien sûr, votre fils.
09:59Trouvez la force.
10:00Merci beaucoup.
10:00Je vous remercie.
10:01On va maintenant marquer une pause
10:03pour reprendre notre souffle
10:04après ce témoignage.
10:05Et puis,
10:06on va se laisser tenter ensuite
10:07par la résurrection de l'OL
10:08et par le festival des Jeux de Cannes
10:11parce que les Jeux de Société
10:12font un carton.
10:12A tout de suite.
10:14RTL Soir
10:15avec Vincent Parézat.
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