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00:00Bonjour Robert Mallet. Bonjour.
00:02Merci d'être avec nous depuis les Etats-Unis sur RFI.
00:05Américains et Iraniens se retrouvent donc une nouvelle fois à Genève en Suisse.
00:09Troisième rencontre en un petit peu moins d'un mois pour tenter de faire avancer les négociations sur le nucléaire
00:14iranien.
00:16Téhéran estime qu'il y a de bonnes chances de parvenir à un accord. Et vous, qu'est-ce que
00:21vous en pensez ?
00:22Écoutez, je pense que nous sommes dans une situation qui est marquée à la fois par une certaine illégalité, par
00:27une opacité et par un danger.
00:29Je dis illégalité parce que la menace d'une guerre contre l'Iran n'a pas de fondement légal ni
00:34dans le droit américain ni dans le droit international.
00:36Mais passons, parce que c'est certainement pas ça qui préoccupe le président Trump.
00:40On est dans l'imprévisible parce que franchement tout dépend aujourd'hui de ce qui se passe dans la tête,
00:45dans les instincts, dans les envies, les impulsions du président Trump.
00:49Parce qu'on connaît plus ou moins la position iranienne, mais on ne sait pas ce que veut le président
00:54Trump.
00:55Il semble changer d'avis quasiment de façon quotidienne. Un jour, son objectif, c'est simplement de s'assurer que
01:02l'Iran ne puisse pas obtenir une bombe atomique.
01:05Puis son secrétaire d'État parle des missiles. Une autre fois, il parle des morts, du massacre qui a été
01:11commis par les autorités iraniennes contre ses propres citoyens.
01:15Donc on ne sait pas très bien ce qu'ils cherchent. Et puis je dis que c'est dangereux parce
01:18qu'évidemment, une guerre, ça peut très bien commencer et puis ça peut très mal se terminer.
01:22Donc c'est vrai que le son de cloche qu'on entend de la part de Téhéran est plutôt optimiste.
01:27Je ne dirais pas que c'est le cas de ce que j'entends de Washington.
01:31Vous qui avez conseillé plusieurs présidents américains sur ce dossier, que diriez-vous justement à Donald Trump aujourd'hui ?
01:37Est-ce qu'il faut aller en guerre ou non ? Que doit-il faire ?
01:40Non, il ne faut certainement pas. Enfin, il n'y a pas de justification. Aujourd'hui, encore une fois, il
01:44n'y a pas de fondement légal.
01:45Il n'y a pas non plus de justification. L'Iran ne présente pas un danger imminent, immédiat pour les
01:50États-Unis.
01:51Aucun expert ne pourrait prétendre le contraire.
01:53Maintenant, ce que je crois, c'est qu'à entendre, à écouter ce que disent les responsables iraniens,
01:58il semblerait que si l'objectif, c'est réellement de se concentrer sur le programme nucléaire iranien,
02:04il pourrait y avoir un accord à portée de main qui serait, je dois le dire, supérieur à celui qui
02:11a été négocié par le président Obama,
02:14au moment où je le conseillais. Il serait supérieur, ne serait-ce que parce que le programme nucléaire iranien,
02:19aujourd'hui, a été endommagé de façon extrêmement sévère par les frappes israéliennes et américaines.
02:25Et donc, aujourd'hui, il n'y a pas d'enrichissement iranien.
02:27Il semblerait que les autorités iraniennes soient prêts à accepter au moins une suspension prolongée de tout enrichissement,
02:36ce qui, déjà, est un plus par rapport à ce qui avait été obtenu dans l'accord nucléaire de 2015.
02:41Donc, je pense que si ce que veut vraiment l'administration américaine,
02:44c'est certaines assurances contre la possible acquisition développée par le gouvernement iranien,
02:51par le régime iranien du bombe atomique, je pense qu'il y a une possibilité d'accord.
02:56Mais on ne sait pas.
02:57Une possibilité d'accord. Rapidement, parce que vous, justement, vous avez négocié l'ancien accord sur le nucléaire iranien en
03:042015.
03:04Vous avez vu que ça avait pris beaucoup de temps, plusieurs années.
03:07Là, vous pensez que ça peut se résoudre en quelques semaines ?
03:11Écoutez, les détails, je ne sais pas. Mais en tout cas, les grandes lignes, les grands principes de l'accord,
03:15je pense que oui.
03:16Mais encore une fois, je ne sais pas si c'est ce que recherche le président Trump.
03:19Donc, vraiment, à l'heure où je vous parle, je ne peux parier sur aucune issue plutôt qu'une autre.
03:27Aujourd'hui, je suis plutôt pessimiste. Mais on ne sait jamais.
03:30Un président imprévisible peut nous surprendre.
03:33Et il peut décider du jour au lendemain qu'un accord vaut mieux qu'une guerre.
03:36Option plutôt pessimiste, dites-vous, Robert Mallet.
03:38Parce qu'effectivement, on le voit, les Américains sont en train de déployer actuellement d'importants moyens militaires.
03:44Des forces aériennes et navales essentiellement avec deux porte-avions qui sont désormais dans la région.
03:50On a du mal, effectivement, à imaginer que tout cela ne serait qu'une dissuasion et qu'il n'y
03:55aurait à un moment donné aucune opération militaire sans connaître forcément l'envergure.
04:01Oui, je suis tout à fait d'accord avec ce que vous dites.
04:03C'est non seulement une armada qui est très importante.
04:06C'est l'armada la plus importante qui a été déployée par les États-Unis depuis la guerre d'Irak
04:13en 2003.
04:13Donc, ce sont des forces considérables.
04:16Maintenant, encore une fois, avec le président Trump, il peut, s'il obtient un accord, dire que c'est grâce
04:21justement à cette mobilisation des forces militaires
04:24qu'il a pu obtenir un accord qu'aucun autre président n'en aurait pu obtenir.
04:28Il est possible qu'il dise ça, mais comme vous le dites, il est difficile d'envisager une telle mobilisation
04:34avec un tel coup
04:35sans qu'il y ait une frappe, encore une fois, d'une envergure incertaine.
04:40C'est pour ça que lorsque je parle à ceux qui semblent être au courant plus ou moins de ce
04:44qui se trame à la Maison-Blanche,
04:46l'heure aujourd'hui est plutôt, à mon avis, au pessimisme.
04:50Et il faut le dire que les voix démocrates ici, et même les voix internationales qui s'opposeraient à une
04:55guerre,
04:55donc, je le répète, injustifiées et illégales, eh bien, elles ne se font pas trop entendre.
05:01Et ça, c'est tout de même assez étonnant.
05:02Je pense qu'un précédent qui serait créé, où les États-Unis décident, encore une fois, unilatéralement,
05:09sans justification d'un danger, d'un péril immédiat ou même à moyen terme,
05:14sans, évidemment, l'aval des Nations Unies, sans l'aval, ici, du Congrès américain,
05:18c'est un précédent dangereux.
05:19Et je pense que certains pays alliés des États-Unis, européens en particulier,
05:24ne cèdent pas beaucoup en ne protestant pas et en ne faisant pas porter leur voix,
05:28comme l'avait fait la France en 2003, par exemple, contre la guerre en Irak.
05:32On le disait, Robert Mallet, difficile, donc, effectivement, de prévoir ce que pense Donald Trump
05:37et ce qu'il va faire, mais comment est-ce qu'on peut analyser son discours sur l'état de
05:42l'Union prononcé hier ?
05:43On aurait presque pu s'attendre, finalement, à ce qu'il soit plus virulent vis-à-vis de l'Iran.
05:50Il a tout de même dit qu'il préférait, lui, une solution diplomatique.
05:54Bon, il a aussi accusé Téhéran de vouloir construire des missiles qui pourraient bientôt atteindre les États-Unis.
06:00L'Iran dénonce des gros mensonges. Est-ce qu'on peut, effectivement, croire à cette théorie ?
06:05Comment vous percevez-vous cette phrase ?
06:07Je pense que c'était un discours qui voulait laisser des options ouvertes,
06:11enfin, laisser un peu, justement, ce côté imprévisible.
06:15Il n'a pas réellement montré ses cartes.
06:17Ce n'était pas un discours qui annonçait la guerre.
06:20Ce n'était pas non plus un discours qui montrait une quelconque modération.
06:24Tout autant, il a parlé d'un accord strictement nucléaire.
06:28Il a dit qu'il faut que l'accord fasse en sorte que l'Iran ne puisse pas obtenir de
06:31bombes atomiques.
06:32Il veut que l'Iran déclare clairement et que cet accord reflète cette décision.
06:37Et puis, il rajoute les missiles. Et puis, il rajoute les droits de l'homme.
06:41Donc, il sait garder une marge de manœuvre pour qu'il puisse prendre une décision
06:45qui n'a sans doute pas prise lui-même.
06:47C'est-à-dire que je ne suis pas convaincu qu'il sache lui-même ce qu'il va faire.
06:50Il a plusieurs instincts.
06:51D'un côté, il n'aime pas trop les guerres qui peuvent se prolonger,
06:55qui peuvent coûter les vies américaines.
06:56Il n'aime pas ça. Il n'a jamais voulu le faire.
06:58Mais d'un autre côté, il aime les coups d'éclat.
07:00Il aime les coups spectaculaires.
07:02Et je suis persuadé que certains de ses conseillers,
07:04et certainement le Premier ministre israélien, lui disent
07:07« Le régime iranien n'a jamais été plus faible qu'aujourd'hui.
07:10Vous pouvez être le président qui mettait un terme. »
07:13Ça, ça doit le tenter. Après avoir bouleversé ou changé le régime,
07:17ou plus ou moins le président de Venezuela,
07:19s'il pouvait rajouter à ses trophées un changement du régime en Iran demain,
07:24et puis peut-être Cuba le mois d'après,
07:27pour un président qui se voit un peu comme un personnage historique.
07:30Ça doit le tenter.
07:31Mais comme je le dis d'un autre côté,
07:33certains de ses conseillers certainement craignent une guerre prolongée
07:36avec des représailles iraniennes
07:38qui feraient que les États-Unis seraient dans un engrenage
07:41qu'ils ne pourraient pas contrôler.
07:42Est-ce que les négociations qui s'annoncent à Genève aujourd'hui
07:46pourraient lui donner une réponse à Donald Trump ?
07:48C'est possible.
07:49Moi, j'imagine que les États-Unis savent déjà
07:51plus ou moins quelle est la réponse iranienne.
07:53Je ne sais pas si tout va se jouer à Genève,
07:55mais en tout cas, c'est une de ces rencontres un peu décisives dans un sens.
07:59Mais la décision, à mon sens, dépend moins
08:01de ce que les Iraniens vont proposer
08:03et plus de ses intentions du président Trump,
08:06qui reste un mystère.
08:07Quoi qu'il en soit, pour terminer, Robert Malay, vous le disiez,
08:10peut-être que les États-Unis pourraient obtenir
08:12un accord supérieur à celui qui a été conclu en 2015.
08:15De toute façon, Donald Trump, il n'a pas vraiment le choix.
08:18Il est dans une sorte d'impasse.
08:20Oui et non.
08:21Oui, dans un sens, comme vous le dites.
08:23Mais d'un autre côté, c'est un président
08:25qui crée sa propre réalité.
08:27Donc moi, les gens qui me disent
08:28qu'il est coincé, il a le dos au mur,
08:30soit il doit faire la guerre,
08:31soit il doit obtenir la rédition iranienne,
08:34oui et non.
08:34Parce que c'est un président qui peut s'estimer dos au mur
08:37et puis il ne l'est plus.
08:38Parce qu'il crée une réalité,
08:39il crée son propre triomphe.
08:41Combien de succès a-t-il annoncé
08:43qui, objectivement, n'en était pas ?
08:44Donc, quelle que soit l'issue
08:46de son bras de fer avec l'Iran,
08:48il déclarera que c'est un triomphe historique.
08:50Merci beaucoup, Robert Mallet,
08:52d'avoir été avec nous sur RRF.
08:53Merci à vous.
08:53Merci à vous.
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