00:00Bonjour Christiane, Rafidine arrive.
00:01Bonjour.
00:02Le président de la refondation, Mikael Rajanirin, achève une tournée qu'il a successivement menée à Moscou,
00:08où il a rencontré Vladimir Poutine, puis à Paris, aux côtés d'Emmanuel Macron.
00:12Grand écart diplomatique, numéro d'équilibriste, disent déjà les commentaires.
00:17Est-ce que vous partagez cette analyse ?
00:18Le président de la refondation de la République de Madagascar a toujours affirmé
00:23qu'il voulait mener une ligne diplomatique qui ne discrimine personne
00:28et qui va donc être ouverte à tous ceux qui veulent travailler avec Madagascar.
00:34Donc c'est une nouvelle forme de partenariat qui ne cherche pas à rejeter d'emblée,
00:39par idéologie ou toute autre considération, un partenaire potentiel qui peut apporter,
00:44lui en tout cas selon ses critères, quelque chose pour répondre,
00:49satisfaire les besoins de la population des Malgaches, de la population malgache actuellement,
00:53que l'on sait être dans une situation difficile.
00:55Alors c'est vrai que Madagascar a toujours entretenu une relation privilégiée avec la France,
01:00mais la Russie, c'est aussi un vieux partenaire.
01:03Au final, est-ce que vous voyez vraiment une rupture dans la nouvelle diplomatie malgache ?
01:07En termes de partenariat, non, parce que la France est un partenaire de toujours.
01:12La Russie est un partenaire très ancien.
01:14Il me semble que ce sont les 55 ans qui vont être bientôt commémorés.
01:19Mais ce qui peut être qualifié de rupture, si l'on peut dire,
01:24c'est ce centrement de la diplomatie malgache sur les besoins des Malgaches.
01:28Donc c'est une nouvelle réorientation des priorités de la diplomatie malgache
01:33vers des partenariats très concrets, négociés en France par exemple,
01:37à Paris ces derniers jours, notamment avec le patronat français et le patronat malgache.
01:42Mais il faut remettre tout cela et c'est peut-être là où la nouveauté est vraiment ancrée
01:47dans le nouveau contexte géopolitique très récent.
01:51Et c'est sans doute là que l'on peut mieux comprendre
01:54pourquoi on parle de renouvellement, de partenariat.
01:58D'un côté, Madagascar affirme de nouvelles priorités,
02:02tourner vers sa population.
02:04Et d'un autre côté, tout cela se fait dans un contexte géopolitique
02:07qui a considérablement changé ces cinq dernières années.
02:10Selon vous, qu'est-ce qui va changer concrètement dans cette relation franco-malgache ?
02:14Qu'est-ce qu'on peut entendre dans cette expression de partenariat renouvelé ?
02:18C'est que ce n'est pas le même partenariat que celui qui a été établi
02:21avec le régime précédent, donc dans le Dradzuel.
02:24Et autre chose qui est très précisée aussi,
02:26c'est un partenariat qui a une temporalité différente
02:30puisque les accords aujourd'hui concernent donc ce temps consacré à la refondation
02:35qui a déjà son calendrier à 24 mois depuis le mois d'octobre.
02:39Et dans ce calendrier, il est question d'une grande concertation nationale
02:44qui puisse donc aboutir à une nouvelle constitution
02:48et à des élections crédibles, transparentes et acceptées par tous.
02:52Je mets les guillemets, ce sont les termes sur lesquels s'accordent
02:55et les autorités malgaches et les partenaires diplomatiques et financiers.
03:01On se retrouve donc avec ce qui est pointé par les autorités malgaches en tout cas.
03:07C'est tout ce qui a été dénoncé pendant le mouvement de 2025,
03:11qui n'est pas d'accès à l'électricité et à l'eau, donc aux besoins fondamentaux
03:15et notamment aussi la répression contre les libertés publiques,
03:18était lié au fait qu'il y avait une sorte de « capture d'État »
03:23de très forte collusion, si l'on peut dire, entre l'État, les autorités
03:28et le monde des entreprises et notamment de réseaux très limités, très oligarchiques.
03:36Justement, de son côté, la Gen Z, la génération Z de la société civile
03:40qui a principalement contribué à renverser l'ancien président André Radjoel
03:45dénonce une mise en scène diplomatique concernant la rencontre
03:48des présidents français et malgaches à l'Élysée
03:51et cette Gen Z qui s'estime mise de côté.
03:54Est-ce qu'on ne lui a pas volé sa révolution finalement, cette Gen Z,
03:58comme cela s'est vu dans d'autres pays d'Afrique où les militaires ont pris le pouvoir ?
04:02Je ne sais pas ce qu'on entend par voler la révolution,
04:05mais ce que je constate et que j'observe en tant que chercheuse,
04:08c'est que la Gen Z est en dialogue avec le ministère chargé de la Refondation
04:13qui est un ministère d'État, avec le président de la Refondation lui-même,
04:18que certains éléments très connus de la Gen Z sont dans les cabinets ministériels
04:24et que la Gen Z continue effectivement à avoir une participation politique
04:29très intéressante dans l'espace public, notamment en termes de communiqués officiels,
04:33mais plus que cela encore en termes de structuration de son propre mouvement
04:37de façon à avoir une forme de politisation qui puisse lui permettre
04:41de participer à la concertation nationale qui est en cours, certes,
04:47mais plus que cela au débat dans l'espace public de façon constructive
04:52et c'est ce qu'elle fait.
04:53Ce qui est très nouveau, c'est les libertés d'expression, d'opinion,
04:58de manifestations et donc il y a un renouveau de la participation démocratique
05:04à Madagascar et c'est vraiment ça qui est intéressant à la veille
05:08donc de la concrétisation de la concertation nationale qui doit aboutir
05:12à une constituante.
05:13Pour la première fois de son histoire, Madagascar, si cela se concrétise,
05:17aura une constitution qui n'aura pas été parachutée par les experts extérieurs
05:21et avec une poignée de malgaches.
05:23Ça, c'est vraiment intéressant de voir comment ça va être concrétisé.
05:26Est-ce que ce sera une vraie coopération ou est-ce que c'est un rapport de force masqué
05:31auquel cas il y aurait une forme de démocratie de façade ?
05:35Alors dans ce partenariat renouvelé avec la France, il y a au moins deux contentieux
05:38à évacuer, un ancien, celui de la souveraineté des îles Éparses
05:43et puis un tout récent qui est l'exfiltration du président déchu André Radjoel
05:46par un avion militaire français, lui évitant ainsi de faire face à la justice malgache.
05:52La rencontre entre les présidents malgaches et français n'a pas permis en tout cas
05:56de faire référence au cas de l'ancien président Radjoel et son exfiltration par l'armée française.
06:01Je ne suis pas sûre que cette exfiltration soit un contentieux.
06:05Quand le président de la refondation a été interviewé et il a ajouté,
06:10mais disait-il donc en faisant une hypothèse,
06:13si l'ancien président André Radjoel n'avait pas quitté le territoire,
06:18dans quelle situation serait Madagascar ?
06:20Il fait l'hypothèse d'un chaos dans le contexte du mouvement de 2025
06:24et des répressions qui ont sévi dans ce mouvement.
06:28Maintenant, du point de vue de l'opinion malgache,
06:31il est évident que c'est souvent perçu comme une forme d'ingérence.
06:35Mais je ne pense pas pouvoir parler de contentieux sur ce point précis
06:39de l'exfiltration du président.
06:41Ceci dit, les malgaches souhaitent qu'il y ait donc des enquêtes,
06:46que ce soit en termes de délits ou crimes financiers,
06:50mais d'un autre côté aussi, tout ce qui pouvait être lié aux répressions
06:55et aux morts qui s'en sont suivis notamment, et qu'il y ait enquête.
06:59Sur la coopération avec Moscou,
07:01plusieurs dizaines d'instructeurs russes ont débarqué à Madagascar
07:04ces dernières semaines.
07:05Des armes ont également été livrées sur l'île.
07:08Alors, quel est vraiment le rôle à ces instructeurs russes sur l'île ?
07:11Pour l'instant, ceux que l'on sait des instructeurs russes
07:14qui débarquent sur le continent africain,
07:16il y a beaucoup le cas sahélien.
07:18Quel est le rôle de ces instructeurs russes à Madagascar ?
07:21Il y a toujours eu des instructeurs russes dans le cadre de la coopération.
07:24Depuis la révision des accords de coopération et la Deuxième République.
07:29Ceci dit, actuellement, il y a de nouveaux instructeurs qui sont arrivés
07:34et ces instructeurs, officiellement en tout cas,
07:38accompagnés des livraisons d'équipements.
07:40Livraison à l'armée, livraison officiellement annoncée
07:44à la présidence de la République, de la refondation elle-même,
07:47et notamment avec des drones.
07:48Ceci dit, il est évident que la question de la formation
07:53est devenue une question vraiment géopolitique depuis quelques décennies
07:57parce que depuis la restriction budgétaire que l'on a connue pendant plusieurs décennies
08:02avant cette période depuis la guerre russo-ukrainienne,
08:06dans presque quasiment toutes les grandes puissances,
08:08les dépenses ont été réduites et ce qui a été augmenté,
08:12ce sont les lignes budgétaires de formation pour éviter d'investir massivement
08:17dans les bases militaires et garder les bases militaires vraiment les plus stratégiques.
08:22Donc la question de la formation est devenue depuis longtemps
08:25une question de concurrence entre les puissances.
08:28Mais il faut savoir que dans la même période,
08:30il y a eu par exemple des éléments de l'armée basée à la Réunion,
08:34où il y a une base de souveraine française,
08:36donc des fazois, qui étaient à Madagascar aussi,
08:39et qui ont formé des militaires malgaches, aux drones aussi,
08:42mais les médias n'en ont pas parlé, ou très peu parlé.
08:46Donc on voit bien que la concurrence existe.
08:49Effectivement, vous l'avez souligné, il y a donc cette ligne diplomatique,
08:53vous avez qualifié cela de grand écart ou d'équilibrisme,
08:56mais cette ligne diplomatique d'être ouvert à tous ceux qui veulent établir un partenariat
09:01et le mettre en œuvre.
09:02La concurrence va aussi exister sur l'économie,
09:04puisque le moratoire sur les permis miniers a été levé.
09:08Désormais, sauf pour l'or,
09:10les entreprises extractives ont désormais le droit
09:13d'exploiter les richesses minières et les recherches du sous-sol malgache.
09:19Alors que dire de cette nouvelle politique industrielle et minière ?
09:21Et puis, est-ce que déjà, vous voyez des nouveaux partenaires
09:25ou des partenaires anciens signer des contrats ?
09:27Il faut d'abord préciser que les permis sont gelés depuis plus de dix ans.
09:32Et pourquoi sont-ils gelés ?
09:34On parle donc de protéger les quelques-uns qui ont déjà le permis.
09:38Est-ce que cela est vrai et justifié à vérifier ?
09:41Mais en tout cas, conséquence, cela reste le précaré, si l'on peut dire,
09:45de quelques opérateurs.
09:47En tout cas, on peut dire au passé, puisque les permis miniers sont maintenant ouverts
09:51et autorisés, les dossiers peuvent être déposés.
09:54Aujourd'hui, donc, ce que les autorités affirment,
09:59c'est l'ouverture à la concurrence.
10:01Ça, c'est une chose, mais plus important encore,
10:04du point de vue des autorités malgaches,
10:05que ce soit un marché ouvert au malgache même,
10:09ce qui n'était pas massivement le cas.
10:12L'or a été mis de côté parce que le président de la refondation
10:16a expliqué, au retour de ses voyages aux Émirats arabes unis notamment,
10:22qu'il souhaitait organiser donc un comptoir de l'or
10:26et avoir une régulation beaucoup plus institutionnalisée de ce secteur.
10:32Surtout pour que les opérateurs malgaches, y compris,
10:36et il a mis l'accent là-dessus,
10:37les petits opérateurs puissent en bénéficier en toute sécurité
10:41et que ce ne soit pas un secteur réservé aux grands acteurs en oligarchie,
10:48comme c'était le cas d'un côté,
10:50et surtout préempté par les trafiquants.
10:52Ce sont des trafics de très grande envergure.
10:55Quand on sait que la Banque centrale malgache
10:58a très, très peu de réserve d'or dans ses coffres, si l'on peut dire,
11:02on comprend à quel point ce pays a été pillé.
11:05Merci beaucoup, Christiane Raffadine Arrive.
11:07Je vous en prie.
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