00:00Bourré Auvergnat, Gwertz-Bretonne ou Comte Morvandio, si nous pouvons apprécier autant de chants, d'histoires et de mélodies anciennes,
00:07c'est grâce à l'art du collectage.
00:10Mais en France, qui collecte ces musiques et ces histoires ?
00:16Ça se passe le plus simplement du monde, il y a des collecteurs qui habitent dans le pays et qui
00:22vont voir leurs voisins, les gens qu'ils connaissent,
00:24et qui leur demandent de bien vouloir leur apprendre des chansons qu'eux-mêmes ont apprises de leurs parents et
00:30grands-parents.
00:40En France, le collectage ne date pas des années 70. Il apparaît bien avant l'invention du phonographe.
00:47Certains situent les débuts officiels de cette pratique en 1805, date de la création de l'Académie celtique à Paris,
00:54académie qui vise entre autres à sauvegarder les langues régionales.
00:57Pour ce qui est de la musique, chaque région, chaque territoire a son grand nom.
01:00Pour la Bretagne, par exemple, on peut citer le Barzas Braze, recueil de chants populaires bretons,
01:05réalisé par le vicomte Théodore Ersard de la Ville Marquée et recueil sorti en 1839.
01:10A noter que la plupart de ce qui est présent dans ce recueil avait dans un temps été collecté par
01:14sa mère.
01:25Dans le Nivernais et le Morvan, pas de musique traditionnelle sans mentionner Achille Millien,
01:30et son immense travail de collectage de contes, de légendes et de musiques, travail qu'il débute en 1877.
01:36Comme il n'est pas musicien, il se fait accompagner par le violoniste Jean-Grégoire Pennavert qui note toutes les
01:41mélodies.
01:42C'est l'un des plus importants collectages écrits en France, mais il y en a eu d'autres au
01:4519ème,
01:46dans le Berry, en Auvergne, en Gascogne, etc.
01:50C'est à cette même époque que le collectage s'institutionnalise.
01:54On doit ce phénomène à Hippolyte Fortoule.
01:57Homme politique et historien, il va mener une vaste opération de collectage des musiques régionales pendant 4 ans.
02:02Un projet abandonné en cours de route vu l'ampleur de la tâche.
02:09L'un des grands virages dans l'art du collectage s'effectue au moment où les plus grandes plumes de
02:14la littérature
02:15s'emparent et racontent les chansons et instruments populaires.
02:18Dans Les Maîtres Sonneurs, publié en 1853, George Sand raconte la vie des cornemuseux entre le Berry et le Bourbonnet.
02:25Dans cet extrait, le narrateur décrit la musique qu'il entend.
02:29J'entendis le son d'une musique qui étant approchant celui d'une cornemuse,
02:33mais qui menait si grand bruit qu'on eût dit d'un tonnerre.
02:35Moquez-vous si vous voulez.
02:37Cette musique, dans un lieu si peu fréquenté, me parut endiablée.
02:42Cet intérêt pour les récits et musiques populaires va également chatouiller les oreilles des compositeurs.
02:46Dans d'autres pays, et pour ne citer qu'eux, Bella Bartók et Zoltan Khodaï
02:50vont effectuer un immense collectage en Hongrie d'abord, puis en Roumanie surtout.
02:57Leur travail commence au début du XXe siècle.
02:59Les pratiques ont évolué et les musiciens utilisent les premiers enregistreurs sur rouleaux de cire.
03:04Ce système leur permet de noter précisément la mélodie, les paroles et de classer par la suite toutes leurs découvertes.
03:14Consécration pour les musiques traditionnelles, en 1937, le Musée des Arts et Traditions Populaires
03:19est créé à Paris avec à sa tête Georges-Henri Rivière.
03:23Faisant un musée d'ethnologie de la France, dont la matière scientifique, c'est la culture opulée, nous devions rendre,
03:31vraiment rendre au peuple ce que nous avons pris par nos études.
03:42C'est grâce à cette institution que deux ethnomusicologues françaises vont de nouveau entreprendre une vaste opération de collectage.
03:49Ce sont des sortes de fouilles, vous savez. Il s'agit d'abord de trouver les musiciens, des gens qui
03:58ont de la mémoire.
04:00Et en fait, on fouille un peu les mémoires, on décrypte un peu les mémoires, si vous voulez, puisque nous
04:06nous adressons uniquement à l'oral, à la transmission orale.
04:09Claudie Marcel Dubois et Marie-Marguerite Pichonné-Andral vont parcourir la France puis les territoires d'Outre-mer pendant 30
04:16ans.
04:16Leur première enquête date de 1946 en Haute-Loire et tout le matériel collecté est disponible en ligne sur le
04:23site Les Réveillés.
04:25Par la suite, il faudra attendre le mouvement revivaliste des années 70 pour que l'on reparle de collectage.
04:31La musique folk américaine inspire une génération de musiciens et de musiciennes à se pencher sur leur propre musique, leur
04:38propre territoire et leurs propres instruments.
04:42Au départ, on a fait beaucoup de collectage parce qu'il fallait trouver de matière, il fallait trouver des airs
04:47à jouer, des chansons.
04:53Aujourd'hui, l'enjeu est surtout de pouvoir rendre accessibles les collectages d'hier et d'aujourd'hui et c
04:59'est notamment le travail de l'association d'Astum en Bretagne depuis plus de 50 ans.
05:03Mais le pays qu'on étudie, c'est celui-ci, celui qui est cerclé par la petite ligne rouge.
05:08Quel pays en l'occurrence ?
05:10Pays-Fanche.
05:11Avec la carte postale, on va voir les gens dans le pays où ça s'est passé, on leur demande
05:18qui est-ce qui sonne ici, ou alors à des anciens sonneurs encore vivants, on dit qui est-ce qui
05:22sonne à cet endroit-là.
05:24Cette tradition du collectage et des archives continue d'inspirer aujourd'hui toute une génération de jeunes artistes.
05:29C'est parti !