- il y a 7 heures
Des archives historiques et personnelles, des témoignages et des reportages rendent hommage aux femmes du monde agricole, trop longtemps considérées comme "des invisibles", afin de leur redonner enfin la place qu'elles méritent. Les "femmes de la terre" dirigent aujourd'hui plus d'un quart des exploitations agricoles, conduisent des organisations syndicales, des coopératives ou encore des chambres d'agriculture. Le réalisateur Edouard Bergeon livre les souvenirs qu'il a de sa mère, ses grands-mères, ses arrière-grands-mères, toutes agricultrices. Pour ce documentaire, il fait le tour de France afin de recueillir les confidences et les coups de gueule de Marie-Claude, Lucie, Anne-Cécile, Claire, Estelle, Jeannette, et ainsi retracer la longue et remarquable histoire de ces femmes, de l'après-guerre à l'époque actuelle.
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00:00:16La soirée sera longue ici.
00:00:18Sur les barrages d'agriculteurs, leurs visages m'ont interpellé.
00:00:22Comme vous sans doute.
00:00:24Des visages de femmes en première ligne qui partagent les luttes et les mots d'ordre.
00:00:29De crise en crise, de manif en manif, elles ont toujours été là, mais on ne les voyait pas.
00:00:36De génération en génération, elles ont trimé à la ferme.
00:00:39Mais pour la société, elles étaient invisibles.
00:00:45J'ai grandi dans une ferme dans le Poitou.
00:00:48Dans mon film, Au nom de la terre, j'ai raconté l'histoire de mon père agriculteur,
00:00:53qui a mis fin à ses jours quand j'étais adolescent.
00:00:59Celle qui a tout porté dans ses épreuves, c'est ma mère, Marilène.
00:01:04Une femme forte, comme sa mère avant elle, Suzanne.
00:01:09Et ma grand-mère paternelle, Gisèle.
00:01:13Une lignée de paysannes.
00:01:15En 50 ans, elles ont mené un double combat.
00:01:19Faire reconnaître leurs droits et moderniser l'agriculture.
00:01:23Alors que le monde rural s'est métamorphosé.
00:01:262 millions et demi de fermes après guerre.
00:01:28Moins de 400 000 aujourd'hui.
00:01:33Raconter leur histoire, c'est ouvrir le grand album des Français.
00:01:36L'histoire d'une société, autrefois rurale, qui peu à peu a tourné le dos à ses paysans.
00:01:44L'histoire de ces combattantes, qui ont dû s'imposer dans un monde dominé par les hommes.
00:01:49Les femmes, elles, restent chez elles, comme c'est leur...
00:01:52L'histoire de millions de familles françaises.
00:01:55C'est leur destinée...
00:01:56D'être disponible, s'oublier soi-même.
00:02:05Les femmes, elles faisaient tout, quoi.
00:02:07La femme, c'est comme ça.
00:02:09C'était l'éducation qu'on a reçue.
00:02:13On se sentait toujours à côté de la société.
00:02:20Tout le monde trouvait ça normal.
00:02:22T'imagines ?
00:02:23On ne pouvait plus continuer à sacrifier.
00:02:25On ne pouvait plus continuer.
00:02:39Je suis parti à la rencontre des paysannes d'aujourd'hui.
00:02:47Et de celles d'hier, qu'on n'appelait pas encore agricultrices.
00:02:51C'est à une immense entreprise que maintenant la France se consacre.
00:03:00À nous, la modernisation.
00:03:01À nous, le formica qui arrive.
00:03:03Je ne suis pas sûre qu'elles ont gagné au change tout le temps.
00:03:13Speed, speed, speed.
00:03:14J'adore conduire le tracteur, donc c'est vraiment un plaisir.
00:03:17Une femme heureuse.
00:03:20J'ai rencontré la nouvelle génération,
00:03:23prête à changer le monde agricole.
00:03:28Et les pionnières,
00:03:29celles qui depuis 50 ans ont renversé la table.
00:03:32On s'était dit, à telle heure, on se trouve devant le conseil général.
00:03:39Je lui écoute, il me faut du poté.
00:03:42Elles ont forcé le destin dans un monde où les hommes prenaient toute la place.
00:03:49Chance inouïe, ils marquent les deux lancers francs.
00:03:53Ces nouvelles guerrières veulent aussi gagner la bataille de l'image et de la communication.
00:04:07Je peux me dire que c'est peut-être possible que j'en reprenne, quoi.
00:04:11Je peux y arriver, quoi, s'ils y arrivent.
00:04:14Elles sont les femmes de la Terre.
00:04:27Ma mère m'avait souvent parlé d'elle comme un modèle.
00:04:29Tu les as goûtées ?
00:04:30Une femme à la révolte intacte et au verbe fleurit.
00:04:33Regarde-moi ça.
00:04:35Elles sont solidement attachées.
00:04:38Et tu vois, le vent n'a pas tout abattu.
00:04:47Tu vois, c'est ça, les mecs, ils laissent travailler leurs femmes.
00:04:53Mais il faut qu'on en laisse pour les oiseaux.
00:04:56Ils passeront pas l'hiver autrement.
00:04:57À ses côtés, Joseph, 65 ans de mariage.
00:05:01L'histoire d'Anne-Marie commence comme celle de beaucoup d'autres filles de la campagne,
00:05:05dans les années 60.
00:05:07J'avais 18 ans et demi.
00:05:13Le 17 octobre 1970, on se marie à la mairie d'Erki et à l'église d'Erki.
00:05:20J'avais pas 21 ans, donc il fallait le consensement à la mairie de papa et de maman.
00:05:26Et donc, monsieur le maire, il dit,
00:05:31Anne-Marie l'abbé, fille d'Henri l'abbé, de Francine Boulin, épouse l'abbé.
00:05:38Henri l'abbé, cultivateur.
00:05:40Francine Boulin, épouse l'abbé, sans profession.
00:05:43Elle dit quoi ?
00:05:46Devant le maire.
00:05:47Moi, sans profession ?
00:05:49Fous rigoler.
00:05:50T'as pas regardé ton papier.
00:05:52Tu dois avoir une case quand même pour les agricultrices.
00:05:55Ben, il regardait.
00:05:56Et puis, il était génie.
00:05:57Il regardait, il n'y avait pas de case.
00:05:59Aucune case.
00:06:11Maman portait lourd sur ses épaules.
00:06:13Elle a porté sa famille, elle a porté sa ferme.
00:06:17Elle avait quelques vaches qui fallait les traire à la main dans ce temps-là.
00:06:20Rien du tout.
00:06:21Quelques cochons.
00:06:22Elle avait du mal à faire tout.
00:06:24Du matin au soir, elles étaient occupées.
00:06:32Tout ce linge a raccommodé.
00:06:34La lessive dans la mare.
00:06:35Le bois a coupé.
00:06:37Et toujours la corvée d'eau, ce cauchemar.
00:06:40Elles étaient souvent les premières levées, les dernières couchées,
00:06:44parce qu'elles avaient le souci des gamins.
00:06:46En ville, tu avais déjà les maternelles qui existaient depuis longtemps.
00:06:50Et nous, à la campagne, il n'y avait pas de maternelle.
00:06:52Et on nous disait tout le temps, mais vous êtes quand même culottés de réclamer des maternelles,
00:06:57alors que les gosses sont à l'air, qui sont très bien, qui peuvent aller dehors.
00:07:01Mais les enfants, on ne les garde pas comme des petits veaux dans un champ.
00:07:08Très jeunes, on a eu conscience des difficultés qu'elle avait, du travail qu'elle avait.
00:07:13Chacun a essayé de prendre une petite part de sa misère, si on peut dire.
00:07:20Mais moi, je me souviens d'avoir été avec elle, au lavoir, laver le linge de toute la famille.
00:07:25Et je vous assure que ce n'était pas rigolo.
00:07:28C'était très dur.
00:07:30Maman, je pense qu'elle a beaucoup souffert de ses conditions de vie,
00:07:34mais elle ne se plaignait jamais.
00:07:35Jamais, jamais, jamais.
00:07:37Vous savez pas trop dur, madame, de laver dehors, comme ça, par tout le temps ?
00:07:40Non, pas trop.
00:07:42Vous n'avez pas très envie d'avoir l'eau courante, non ?
00:07:44Oh, si, certainement.
00:07:45Tout le monde trouvait ça normal.
00:07:47Les femmes, c'était leur situation d'être comme ça.
00:07:50D'être au service, de faire ce qu'il y avait à faire.
00:07:54On en avait fait un espèce de statut, la femme, c'est comme ça.
00:07:57Moi, je l'ai vue pleurer, quand même.
00:07:59Pleurer parce que, par la fatigue.
00:08:00Pleurer parce qu'elle n'avait pas le temps d'aller au docteur.
00:08:04S'elle avait une rage dedans, un coup d'alcool, et puis ça passait, a tué le nerf.
00:08:11Je lui ai toujours dit ça à maman.
00:08:13Jamais comme elle.
00:08:14Elle me dit, tu verras bien, tu verras bien.
00:08:16Mais t'es comme moi.
00:08:18Tu seras obligée.
00:08:20Je lui ai dit, maman, je serai agricultrice, mais pas comme toi.
00:08:23J'enchirai pas comme toi.
00:08:35Je me rappellerai toujours à son profession.
00:08:37Ah non, l'eau, c'était trop.
00:08:39Mais elle l'a ressenti comme ça, durement.
00:08:42Quand j'en parle, c'est dur.
00:08:52Et c'était peut-être aussi une insulte au monde paysan, aux femmes paysannes.
00:09:00Et je pense que les gens qui étaient au mariage, qui étaient pas du tout du milieu, ont ressenti ça
00:09:09aussi.
00:09:10Comme une insulte.
00:09:12Ces gens qui nous nourrissent, qui se battent pour essayer de garder leur exploitation agricole, ça a été dur.
00:09:28Alors certaines, comme Jeannette Gros, avaient rêvé de fuir cette vie-là.
00:09:33Mais elle a eu un autre destin.
00:09:36Et quel destin ?
00:09:38C'est ce qu'on appelait le bon vieux temps.
00:09:44Mais j'en connais pas beaucoup qui l'ont regretté, ce bon vieux temps.
00:09:52En tout cas, pour les femmes, il n'y avait rien de bon du tout.
00:09:55Je pense que beaucoup de filles de mon âge devaient être comme ça.
00:09:58On n'avait pas envie de devenir agricultrices, tellement on trouvait le métier pour les femmes très dur.
00:10:08Il y a mes parents, mon père, ma mère, et nous les quatre filles.
00:10:12Alors je devais avoir à peu près un an.
00:10:16Le visage de mes parents, c'était pas des visages détendus.
00:10:22J'ai jamais vu ma mère porter des couleurs.
00:10:26C'est incroyable.
00:10:27Elle avait quand même 44 ans ou 45 ans.
00:10:31Et dans toutes les familles, c'était un peu comme ça.
00:10:41Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, le pays est en lambeaux.
00:10:45Il faut reconstruire les routes, les ponts, toutes les infrastructures.
00:10:50Alors que les femmes avaient souvent géré seules les fermes,
00:10:53les paysans qui rentrent sont épuisés et les cultures sont en sommeil.
00:10:57Les petites exploitations en autosuffisance peinent à nourrir toute la population.
00:11:02Peu après la guerre, les gens avaient faim.
00:11:05On trouvait pas de tout.
00:11:07Et je me rappelle être sur un champ de pommes de terre avec mes parents
00:11:11et il y avait plein de monde qui venait.
00:11:18Je dis à mon père, comment que ça se fait qu'il y a tant de monde ?
00:11:21Ben il me dit, ils viennent pour des pommes de terre pour l'hiver.
00:11:24Ils viennent pour se nourrir, quoi.
00:11:28Trois ans plus tard, l'Amérique débarque au Havre.
00:11:30Avec ses machines, son modèle et ses méthodes.
00:11:33Havre, un cargo américain chargé de matériel agricole et de 209 tracteurs
00:11:38a été accueilli par le ministre de l'Agriculture, M. Psydelin,
00:11:41et l'administrateur du plan Marshall pour la France.
00:11:44Une fois de plus, le plan d'aide à l'Europe contribuera efficacement
00:11:48au programme de relèvement de notre pays.
00:11:52C'est là que le projet « Nourrir les hommes » m'a éveillé déjà à ce moment-là.
00:11:59Attention pour le son.
00:12:02C'est à une immense entreprise
00:12:06que maintenant la France se consacre.
00:12:09« Nous devons faire de notre agriculture
00:12:23un élément moderne et équilibré de l'activité nationale. »
00:12:31On arrache les haies, on fait tomber les arbres.
00:12:34C'est le grand remembrement.
00:12:37Le cadastre est refondu.
00:12:39Les barcelles groupées et redistribuées.
00:12:41Champs plus vastes, plus accessibles.
00:12:43Gains de temps, de qualité, de surface.
00:12:45À tout point de vue, meilleure utilisation du capital terre.
00:12:49Un nouveau dieu est né, la machine agricole.
00:12:54« Exploitation rentable pour rendre, acheter, conserver, conditionner. »
00:13:05Le poulet se fabrique aujourd'hui à peu près comme une boîte de détergent.
00:13:09On le remplit de farine en 7, 8 ou 9 semaines
00:13:12et lorsqu'il est plein, on la bat.
00:13:14Quant aux poules, ce sont des petites machines-outils à haute performance
00:13:18auxquelles on demande de pondre le plus de possible
00:13:21en mangeant le minimum, bien sûr.
00:13:24« Que nos agriculteurs se consacrent à la qualité. »
00:13:30Avec le plan Marshall, après les tracteurs américains,
00:13:33les nouvelles variétés de semences
00:13:35et les produits phytosanitaires inondent les campagnes.
00:13:54La France voit dans son agriculture
00:13:57une des bases capitales de son avenir économique, social et national.
00:14:10Les rendements et les revenus suivent.
00:14:12On ne dit plus ferme, mais exploitation.
00:14:15On commence à parler d'industrie agricole.
00:14:22Mon grand-père paternel, très vite, a pris le train de la mécanisation.
00:14:26Il a acheté la première moissonneuse batteuse du canton.
00:14:30Les hectares se sont multipliés.
00:14:32De nouveaux bâtiments sont sortis de terre.
00:14:35La ferme est devenue moderne, productive, rentable.
00:14:41Mais comme toutes les agricultrices,
00:14:43mes grands-mères ont dû attendre que la modernité
00:14:45veuille bien passer le seuil de leur maison.
00:15:05La première chose qu'ont essayé d'obtenir les femmes après,
00:15:10c'est un peu plus de confort dans la maison
00:15:13qui a amené un peu plus de facilité
00:15:14pour s'occuper des enfants et s'occuper de la famille.
00:15:18C'est un peu plus compliqué, quoi.
00:15:20Bonjour.
00:15:21Bonne journée.
00:15:22Pas mauvaise.
00:15:24J'ai fini la pièce d'eau.
00:15:26Avec les chevaux, j'en avais au moins pour trois jours.
00:15:29Ça change la vie, un tracteur, tu sais.
00:15:31Et si j'avais l'eau sur les vies, ça changera un peu la mienne.
00:15:34Puisque tu n'es pas fatiguée, tu veux bien aller me chercher un seau d'eau.
00:15:37Je suis allée au pion à dix fois aujourd'hui.
00:15:39Une pompe électrique, ça ne serait pas la vie ?
00:15:42Ah oui, je suis certain que ça serait plus commode.
00:15:43En façon un peu raisonnable.
00:15:45Ça vient peine de finir de payer le tracteur, elle se moit.
00:15:48J'ai un camion d'engrais, j'ai commandé.
00:15:50C'est pas le moment de se lancer dans de nouveaux frais.
00:15:52Enfin, puis il n'y a rien d'urgent.
00:15:53Oui, c'est ça.
00:15:54Il n'y a rien d'urgent quand il s'agit de moi.
00:15:56Jamais rien d'urgent.
00:15:58On voulait une machine à laver.
00:16:00Le linge, c'était énorme quand même avec eux.
00:16:02On était sept enfants.
00:16:05C'était important.
00:16:06Alors, calmez-vous les enfants.
00:16:07Allez, calmez-vous.
00:16:08Allez vous bouger.
00:16:09Quoi ?
00:16:10Non ?
00:16:11Ça, mais qu'est-ce qu'il commande ici ?
00:16:14C'est toi.
00:16:16Papa, sa fierté, c'est d'avoir un beau blé, des belles cultures.
00:16:21Et donc, pour avoir ces belles cultures, il fallait remplacer les chevaux.
00:16:26Par des tracteurs et avoir du matériel.
00:16:30Et c'était toujours une discussion entre le besoin de la famille, au niveau de la machine à laver,
00:16:38tout ce qu'on a besoin, sanitaire, et le besoin de la ferme pour se moderniser.
00:17:03À votre service pour vous aider à réaliser vos rêves.
00:17:07Et je vous apporte la solution à tous vos problèmes.
00:17:13Là, je crois que nos mères ont passé un cap capital.
00:17:18Parce qu'à un moment, on a reconnu que notre travail sur la ferme a permis de développer la ferme.
00:17:26Un groupe électropompe à pression d'air.
00:17:32Elle se rendait compte qu'elle ramenait de l'argent du beurre,
00:17:34que quand le laitier arrivait et prenait le lait,
00:17:37c'est quand même elle qui avétrait les vaches.
00:17:39À la main, mais elle avétrait les vaches.
00:17:40Et quand il y avait la paie de lait, là, on s'est dit, c'est à nous, maintenant.
00:17:45C'est à nous.
00:17:46C'est exactement ce que je voudrais.
00:17:48Vous voyez, il y a une solution à tous vos problèmes.
00:17:52À nous, la modernisation dans nos maisons.
00:17:55À nous, les vieux buffets qui vont disparaître.
00:17:58À nous, le formica qui arrive.
00:18:00Il suffisait d'en parler.
00:18:01À nous, le carrelage.
00:18:03Plus le ciment qui est des durs à nettoyer.
00:18:05J'en voudrais tout autour de ma cuisine.
00:18:11Les filles, elles ont des fois pris ça pour argent comptant.
00:18:19On laisse les gars acheter le tracteur.
00:18:21Et nous, on va avoir un bel évier, une belle cuisine,
00:18:25une maison où on va pouvoir y passer plus de temps.
00:18:29Quand le tracteur est arrivé dans les fermes,
00:18:32elles n'ont pas cherché à s'en emparer.
00:18:34Elles faisaient beaucoup de travail manuel dans les champs.
00:18:37Elles auraient pu profiter de la mécanisation pour dire,
00:18:40moi, je monte sur le tracteur parce que ça va me faire moins de travail manuel à faire.
00:18:44On pense que le matériel, il est réservé à ceux qui sont costauds.
00:18:49Il faut être costaud pour atteler l'outil derrière le tracteur,
00:18:52mais pas forcément tant que ça.
00:18:54Tout ça, c'est des a priori de départ.
00:18:57Et je ne suis pas sûre qu'elles ont gagné au change tout le temps.
00:18:59Disons que bon, c'était bien d'avoir une maison plus confortable,
00:19:01mais le fait d'avoir abandonné la mécanisation aux hommes,
00:19:06moi, je pense que c'était une erreur.
00:19:08Je continue à dire ça.
00:19:13Il n'a pas travaillé, il ne faut pas dire le contraire,
00:19:15mais il avait une vie plus conviviale.
00:19:20Il avait beaucoup de copains.
00:19:24Que les bonhommes dans le café.
00:19:26Je les vois encore.
00:19:30Les femmes se retrouvaient à discuter au perron de l'église.
00:19:35Je me rappelle le soir, quelquefois en hiver,
00:19:37il y avait 4-5 qui arrivaient et jouaient à la belote.
00:19:40Ils prenaient plus de bon temps que maman en prenait.
00:19:45Lui, il avait le droit de jouer aux cartes,
00:19:47mais nous, il fallait qu'on ait quelque chose dans les mains.
00:19:53Papa ne supportait pas que les femmes puissent s'asseoir en discuter.
00:19:59Mais les filles, vous n'avez rien dans les mains.
00:20:01Vous ne faites rien.
00:20:03Donc, il fallait soit qu'on tricote, soit qu'on répare les chaussettes,
00:20:08soit qu'on répare un bêtement.
00:20:10On devait faire quelque chose, on devait travailler.
00:20:17On était la conjointe de notre mari et c'est tout.
00:20:22Agricultrice dans les années 70,
00:20:24ce n'est toujours pas une profession, mais un statut marital.
00:20:30C'est pour ça que ma mère s'était jurée de ne jamais épouser un agriculteur.
00:20:34Mais voilà, l'amour a fait le reste.
00:20:39Les femmes n'avaient pas le droit d'ouvrir leur compte bancaire
00:20:41Un compte bancaire sans l'accord du mari.
00:20:44Et ce n'est pas si vieux que ça.
00:20:46Ce n'est pas si vieux.
00:20:47Mais la chose qui me choque le plus,
00:20:49c'est quand vous faisiez un emprunt,
00:20:52et Dieu sait si on en a fait, nous,
00:20:54vous arriviez à la banque,
00:20:55on vous disait,
00:20:57« Lui a prouvé, signé en bas à droite. »
00:20:59Pour vous aussi.
00:21:00Ah bah oui.
00:21:01Personne ne nous reconnaissait,
00:21:03mais pour être caution des emprunts de nos maris,
00:21:05on était là.
00:21:13Est-ce que, Claude, vous en avez conscience à l'époque qu'il y a une injustice ?
00:21:16Oui.
00:21:17Oui, sans équivoque, oui.
00:21:19Oui, on se rendait compte que les femmes, elles n'avaient droit à rien, quoi.
00:21:21Parce que moi, aujourd'hui, en retraite, j'ai 328,57 euros par mois.
00:21:27Et vous ?
00:21:28Moi, j'ai un peu plus.
00:21:29J'ai 1300.
00:21:30Pourquoi il y a une différence comme ça ?
00:21:32Parce que j'ai cotisé plus autant qu'elle.
00:21:33Il a cotisé.
00:21:34Et nous, on ne cotisait pas.
00:21:36On ne pouvait pas cotiser.
00:21:38Il n'y avait pas de place pour nous.
00:21:40Le mari est le chef d'exploitation.
00:21:42La femme, une aide familiale sans droit, ni revenu.
00:22:02Je suis invité par les Picards, dans la Meuse, aux 80 ans des grands-parents, Claude et Marie-Claude.
00:22:13Les Picards, c'est l'image de la France agricole.
00:22:17Une famille unie qui a réussi à transmettre la passion du métier, de génération en génération, de père en fils,
00:22:25de mère en fille.
00:22:27Bon, ben, la famille Picard.
00:22:28À la tchine, à la botte.
00:22:31Autour de la table, trois générations de femmes qui n'ont jamais tourné le dos à la terre.
00:22:37On va mettre les légumes.
00:22:40Même si ça n'a pas toujours été facile.
00:22:42Il paraît que c'est comme ça chez les paysans.
00:22:44On a été habitués à servir les hommes.
00:22:47Tu veux emmener ça, s'il te plaît ?
00:22:49Je te mets où ?
00:22:50Où tu veux.
00:22:52Il faut que je fasse la saut.
00:22:53Angéline, c'est la petite dernière de 12 ans.
00:22:56Et elle a de grandes ambitions.
00:22:57Avec des légumes, je ne sais pas d'où ils viennent, mais de la viande de la ferme.
00:23:00Ah ouais ?
00:23:01Tu vas manger du bœuf ou de la blanquette, je ne sais pas quoi, ce qu'elle a mis dedans.
00:23:05À mon avis, c'est du bœuf.
00:23:06C'est plutôt du bœuf.
00:23:07Ou du veau.
00:23:08Comme quoi, Claude, il n'était pas à la cuisine.
00:23:10Jamais.
00:23:11Jamais.
00:23:12Je vais te raconter quelque chose.
00:23:13J'avais une grand-mère.
00:23:14Quand les hommes, ils allaient faire de la couture ou à manger, elle disait vous êtes des poudis.
00:23:20Des hommes ratés.
00:23:21Comment il était Claude quand vous l'avez rencontré ?
00:23:24Nul.
00:23:26Il balayait les dimanches matin.
00:23:28Tous les dimanches matin, il balayait.
00:23:30D'ailleurs, son frère se moquait de lui.
00:23:32Je viens d'apprendre un truc.
00:23:33Le petit coup de balay du dimanche, tu vas plus y louper.
00:23:37Merci.
00:23:38Merci papa.
00:23:53C'est moi qui souffre.
00:23:54J'arriverai pas.
00:23:55Oui, t'arrives.
00:23:57Voilà.
00:23:59On s'est rencontrés, voilà.
00:24:00Et puis voilà.
00:24:01Et puis un jour, il y a un déclic qui se passe.
00:24:05Non mais bon, c'est tout.
00:24:08Qui est-ce qui a fait le premier pas ?
00:24:09C'est madame.
00:24:12Il vient me trouver dans les champs.
00:24:15En deux cheveux.
00:24:16Bon, t'arrêtes un peu.
00:24:18Ça c'est intime ça.
00:24:19Mais il n'est pas que j'avais des grands cheveux.
00:24:23Il était assez humaniste et moi aussi.
00:24:26Donc on avait des points communs tous les deux.
00:24:29Donc c'était facile de s'entendre.
00:24:30Oui ou non ?
00:24:32Papy.
00:24:33Ben oui.
00:24:36Très tôt, Marie-Claude s'engage dans un mouvement progressiste.
00:24:40La jeunesse agricole catholique.
00:24:42On formait des exploitantes en fait.
00:24:47On ramenait pas la femme au niveau du foyer à ranger les placards.
00:24:51Le but c'était de former des exploitantes agricoles.
00:24:55Techniquement, économiquement et socialement.
00:24:58C'était une ouverture complète.
00:25:00Est-ce que je me fais bien comprendre ?
00:25:02Ah oui, très bien.
00:25:05On sent la méditante.
00:25:06Oui.
00:25:07C'est une méditante.
00:25:08J'aurais rêvé à des études agricoles.
00:25:13Formations agricoles.
00:25:14Il n'y avait pas pour les filles.
00:25:22Ça, je l'ai déjà vu.
00:25:23Alors ça, c'est de la photo.
00:25:24Là, il y a quatre générations.
00:25:26Deux mecs.
00:25:27Le mec.
00:25:28Bastien.
00:25:29Guillaume.
00:25:30Papy Claude.
00:25:31Et grand-père Henri.
00:25:32Que les bonhommes, Guillaume ?
00:25:33Que les bonhommes.
00:25:36La génétique des picards.
00:25:38C'est Claire et moi.
00:25:39Contrairement à leur mère, Estelle et Claire ont pu passer un BTS agricole.
00:25:43Mais elles n'ont pas eu les terres de papa.
00:25:46Celle-là, elle est chouette, c'est mon père et moi sur la moissonneuse.
00:25:50J'avais, je vois, six ans, cinq ans.
00:25:52Je ne vais pas dire.
00:25:53Et j'étais sur la moissonneuse en train de conduire comme je pouvais.
00:25:57Et à ce moment-là, c'est quoi tes rêves, Estelle, quand tu es petite fille ?
00:26:01Je pense que je suis dans mon milieu, quoi.
00:26:03Je suis comme un poisson dans l'eau.
00:26:04Là, on voit sur la photo que...
00:26:06À ce moment-là, tu as envie de reprendre la ferme des parents ?
00:26:09Je ne sais pas si je me dis déjà que je reprendrai, mais je me dis que c'est un
00:26:13endroit où je me plais bien.
00:26:15Quand je suis dans les animaux ou dans les champs, c'est vraiment un endroit qui me plaît et qui
00:26:20me passionne.
00:26:21Ça, je le sais déjà, oui.
00:26:23Je pense que à l'âge de quatre ans, je savais déjà que c'était ma passion.
00:26:26Finalement, la ferme, c'est qui qui l'a repris ?
00:26:28Donc, c'est mon frère, c'est Guillaume, qui est né, disons, presque après moi.
00:26:32Et moi, je me suis installée en parallèle à l'ailleurs.
00:26:35C'est le garçon qui a repris la ferme de papa ?
00:26:37Oui, ils sont encore comme ça dans l'huile agricole.
00:26:39Claude, c'est le garçon qui a repris la ferme de papa ?
00:26:42Oui.
00:26:43Et pourquoi ce n'est pas la grande fille ?
00:26:44Parce que c'était parti avant comme ça.
00:26:48Estelle, elle s'est mariée.
00:26:50Et elle est partie vivre à Jarrion.
00:26:53Oui, à Jarrion, enfin, à Andigui.
00:26:57C'est comme ça, ça s'est passé dans l'ordre.
00:26:59On n'a pas choisi, là.
00:27:05Quel est du bol ?
00:27:06Que ses soeurs étaient plus grandes et qu'ils sont barrés ?
00:27:09Non, mais c'est la vie qui ont fait les choses.
00:27:11Ça aurait pu...
00:27:13Bon, après, ils avaient chacune leur ferme.
00:27:16Voilà.
00:27:17En plus, je pense parce que je suis un garçon.
00:27:19J'aurais peut-être été une fille, j'aurais repris aussi la broussée, peut-être.
00:27:22Je ne sais pas.
00:27:25Estelle a dû monter sa propre exploitation à quelques kilomètres de chez ses parents.
00:27:28Tout doucement, tu vas y arriver.
00:27:3020 centimètres.
00:27:31C'est bon, là.
00:27:35Une semaine sur deux, elle peut compter sur l'aide de sa nièce Marion, en première dans un lycée agricole.
00:27:42Il n'y aura pas ton pignotant ?
00:27:44Marion reprendra les terres de ses parents.
00:27:47C'est déjà prévu.
00:27:48Bonjour mon cousin.
00:27:49Comment es-tu ?
00:27:50Ça va ?
00:27:51En forme.
00:27:52Ouais.
00:27:52Je suis avec ma nièce Marion.
00:28:02Marion, elle, veut conduire ça.
00:28:04Une moissonneuse batteuse.
00:28:06Une coupe de 10 mètres de large, 450 chevaux, 300 000 euros.
00:28:11Et même pas peur.
00:28:17C'est compliqué.
00:28:18Il y a plein d'automatismes différents, plein de réglages pour connaître.
00:28:24C'est important pour moi de savoir conduire la moissonneuse,
00:28:26parce que comme ça, si j'ai besoin plus tard pour moi, au moins je suis autonome.
00:28:32Moi, je m'y suis permis, à 53 ans, c'est chaud, mais c'est un petit regret que j
00:28:37'ai, quoi,
00:28:38de ne jamais avoir conduit une moissonneuse.
00:28:41Mais je trouve que c'est chouette, quoi.
00:28:43J'ai des collègues femmes qui ont 25-30 ans qui moissonnent,
00:28:45et je trouve que c'est chouette, quoi.
00:28:50C'est la récolte, c'est la fin de l'année,
00:28:52c'est ce qu'on a fait, un travail toute l'année pour obtenir ça,
00:28:56et c'est l'aboutissement, quoi.
00:28:59Je suis contente quand je vois des jeunes de 16 ans qui ont envie de faire la même chose que
00:29:03nous.
00:29:03C'est dur, mais bon, je vois Marion, c'est une bosseuse, donc j'ai confiance en elle.
00:29:07Je pense que ça va aller.
00:29:09Il ne faut pas avoir peur du boulot, de se mettre des enfants sur le dos,
00:29:12mais c'est un chouette métier, franchement, c'est un beau métier.
00:29:18Tous les soirs après l'école, Marion et sa cousine Angéline enfilent leurs bottes,
00:29:23comme je le faisais moi aussi, dès la sortie des classes.
00:29:27Une ferme, c'est un super terrain de jeu.
00:29:48Elle se débrouille bien, elle se débrouille bien.
00:29:57Du côté picard, c'est les filles qui sont les plus motivées par l'élevage.
00:30:05Ma belle-sœur, ma femme, et puis je vois bien tous les enfants qui viennent,
00:30:10sont plus motivées pour l'élevage que nous, que les garçons.
00:30:13Allez !
00:30:15Tu ne devrais pas faire tes devoirs, là ?
00:30:16Non.
00:30:19Ça passe après, ça, c'est moins important.
00:30:22Tu préfères quoi ?
00:30:23La ferme.
00:30:24Tu sortes avec les animaux, tu es dehors.
00:30:29Puis c'est mieux.
00:30:31Les devoirs, c'est chiant.
00:30:42Avec elle, c'est fusionnel.
00:30:46Puisqu'elle est tellement attachée à l'activité que ça se passe tout seul.
00:30:51J'aime bien, oui.
00:30:55Puis voir que ça marche, ça tourne, donc je peux me dire que c'est peut-être possible que je
00:31:02reprenne, quoi.
00:31:04Je peux y arriver, quoi, s'ils y arrivent.
00:31:07Il n'y a pas de raison qu'ils n'y arrivent pas, parce que nous, ils y arrivent.
00:31:18Jusqu'en 1960, les filles n'étaient pas admises dans les lycées agricoles.
00:31:23Alors nous, les garçons, on étudiait entre nous.
00:31:28Mais aujourd'hui, elles représentent la moitié des élèves.
00:31:32Et même les deux tiers en école d'ingénieurs agronomes.
00:31:39Toutes les filles qui n'allaient pas vers le brevet allaient à l'école ménagère.
00:31:44Et il y avait du monde.
00:31:47Cette très belle propriété, l'école ménagère de Montchie-aux-Preux,
00:31:51l'une de celles créée par les caisses de mutualité sociale agricole.
00:31:54Les jeunes filles, issues de familles rurales, reçoivent un enseignement fort complet,
00:31:58les préparant à devenir de parfaites mères de famille et de non moins parfaites maîtresses de maison.
00:32:03J'avais 13 ans et demi.
00:32:06Et donc, les parents m'ont inscrit au cours ménager.
00:32:25Dans ces écoles, on nous appelait à être des bonnes citoyennes, des bonnes agricultrices.
00:32:34C'est-à-dire d'être des bonnes laitières, on nous appelait ça, c'est-à-dire que savoir traire
00:32:40les vaches, faire le beurre, faire la crème.
00:32:43Mais aussi, on nous appelait à coudes, à tricoter, à savoir langer un enfant.
00:32:49Quel mari ne rêverait d'avoir épousé une de ses parfaites ménagères ?
00:32:54Parce que pour eux, les femmes, c'était le rayon.
00:32:58La famille était bien que si la femme rayonnait dans son couple, rayonnait autour de sa famille.
00:33:03Donc, il fallait la former pour qu'elle soit obéissante, qu'elle soit au service.
00:33:10Au service des enfants, au service des beaux-parents, au service de toute la famille, y compris la disposition du
00:33:17mari.
00:33:23Demain, vous allez regagner votre chez-vous, aux quatre coins du département.
00:33:28Vous allez vous remettre aux travaux de votre ferme.
00:33:32Un jour, vous créerez un foyer.
00:33:35Tout reposera sur vos épaules.
00:33:37Tout dépendra de vous.
00:33:40Vous devez parvenir à être ce que toute jeune paysanne rêve d'être.
00:33:47Une femme heureuse.
00:33:51Et moi, j'ai jamais pensé devenir agricultrice, je suis franche.
00:33:55Non, non, jamais. Étant jeune, non.
00:33:58Et puis, l'enseignement me tentait, j'aimais bien.
00:34:03Et puis, je me destinais plutôt à ça.
00:34:07Donc, je suis partie à Dijon.
00:34:15Là, je me suis passionnée pour la philosophie et puis tout ce qui était les études de français.
00:34:21Bon, alors, le premier verbe, nous allons commencer par le verbe usé.
00:34:24Là, on avait des gens remarquables.
00:34:30Français, histoire, géo.
00:34:33J'aimais beaucoup.
00:34:35Je réussis, c'est bien.
00:34:36Je coupe millimètre par millimètre.
00:34:39Puis, même un coup, j'ai fait un remplacement sur sciences naturelles, mais ça s'est bien passé.
00:34:43Enfin bref, je me sentais plus à l'aise dans ce statut qu'à la ferme.
00:34:53Mais, mes parents, en même temps, commençaient à devenir âgés.
00:34:57Il fallait que je m'en occupe.
00:34:59Souvent.
00:35:01Donc, comment on fait pour travailler à l'extérieur, être quand même dans la ferme pour aider.
00:35:08Et puis, il y a un métier à côté, j'ai vu que ce ne serait pas possible.
00:35:11Tout reposera sur vos épaules.
00:35:14Il y avait du travail et bon, c'est comme ça que je m'y suis remis.
00:35:20Une femme heureuse.
00:35:24Jeannette se marie et revient dans le monde rural, encore très patriarcal.
00:35:29Pour les jeunes femmes qui arrivaient et qui cohabitaient dans la maison, c'était très difficile de subir le regard
00:35:36du grand-père ou de la grand-mère qui était toujours là.
00:35:39Il y a peu d'intimité pour les jeunes foyers, en quelque sorte, parce que quand il y a cohabitation,
00:35:44il n'y a pas d'intimité.
00:35:45Ma maman, qui est née en 1934, me racontait qu'elle a cohabité avec sa belle-mère dans la maison,
00:35:51dans la même maison.
00:35:52Et que le soir, c'était toujours la grand-mère qui éteignait la lumière, les deux jeunes époux.
00:35:57Et c'est pas à table à discuter tous les deux, à boire une tisane.
00:36:01Non, il fallait monter dans sa chambre chacun et éteindre la lumière de la pièce principale.
00:36:12Moi, j'étais toute jeunette. J'étais encore dans l'adolescence.
00:36:16Et donc, une adolescente qui quitte une famille nombreuse pour arriver avec des anciennes personnes...
00:36:24Ah, il y a un choc brutal.
00:36:27J'avais pas ma place dans la maison. C'était la maison organisée par la belle-mère.
00:36:33Tout ce qu'on m'avait offert pour mon mariage était dans ma chambre.
00:36:39Donc, je vivais autour des cadeaux de mariage.
00:36:44C'était pas la timidité qu'on aurait essayé de souhaiter.
00:36:47Si on avait besoin de s'embrasser et tout ça, c'était dans les tabac-vaches ou dans les tabac
00:36:51-cochons.
00:36:52Hors de question de se faire des buisous dans le couloir, dans la cuisine.
00:36:59Le beau-père n'aurait jamais supporté.
00:37:01Ma chambre était au fond avec un éclairage sur le couloir.
00:37:05Donc, le beau-père, dès qu'il voyait de la lumière, il va être temps d'éteindre la lumière parce
00:37:09que demain, il y a du boulot.
00:37:11J'avais installé un rideau.
00:37:13Comme ça, il voyait plus.
00:37:15Si on était à faire ce qu'on avait à faire...
00:37:19Ça a duré 4-5 ans comme ça.
00:37:21Jusqu'au jour où j'ai dit, j'en peux plus.
00:37:23J'ai explosé. J'ai dit, c'est plus possible. C'est terminé, ça.
00:37:28J'avais deux choix.
00:37:30Soit de m'éteindre complètement, comme beaucoup de femmes d'agriculteurs, éteintes.
00:37:35Ou prendre le tonneau par les cornes, mais je pouvais pas continuer comme ça.
00:37:38C'est l'affrontement.
00:37:44Boulevard Saint-Germain, les pavés de l'émeute volent.
00:37:4710 000 étudiants sont dans les rues, engagés dans une lutte acharnée avec les policiers.
00:37:52J'ai vécu mai 68 la première année. J'avais passé mon bac en 67.
00:37:56Donc, première année de fac, mai 68, ça, ça a été formidable.
00:38:04Je n'ai pas toujours décidé d'être agricultrice. Je ne voulais même pas faire ça au départ.
00:38:08Je me suis dit, bon, allez, moi, je vais à l'école. Ce sera une façon comme une autre d
00:38:12'échapper à ce milieu.
00:38:15Quand j'ai dit à mon père, je veux aller à la fac, il m'a dit, mais ça va
00:38:18pas, non ?
00:38:19La fac, c'est fait pour les fils de bourgeois, c'est pas fait pour les filles de paysans.
00:38:23Mais j'ai dit, t'inquiète pas, je te demanderai rien. Maintenant, à partir de maintenant, je me débrouille.
00:38:29Et donc, le 8 mai, manif des paysans à Nantes.
00:38:38Et là, forcément, tout le monde était là, tout le monde s'y est joint, y compris les étudiants.
00:38:46Ce jour-là, ils sont allés rebaptiser la place royale. C'est une place centrale de Nantes qui avait été
00:38:52rebaptisée place au peuple.
00:38:54Alors, il y a une grande banderole non-capitaliste.
00:39:03Mai 68 n'a pas atteint dans un premier temps la campagne.
00:39:06C'était... On se demandait un petit peu qu'est-ce que c'était que ces gars-là qui voulaient
00:39:11tout casser, tout boucverser.
00:39:12Et à la campagne, je crois qu'on est resté un peu en retrait. C'est pas je crois, on
00:39:15est resté en retrait.
00:39:18Le plus grand rassemblement de femmes jamais organisé en France, selon les organisatrices.
00:39:23Notre corps ne sera plus...
00:39:25Elles étaient venues manifester très nombreuses, réclamant le droit à l'avortement.
00:39:30Pour les femmes, il s'agit de la libre disposition d'elles-mêmes.
00:39:33Les mouvements féministes, vous en entendez parler ?
00:39:38Oui, mais...
00:39:40Non, ça ne nous a pas beaucoup marqués.
00:39:43On était encore ceux-là un peu la domination des curés.
00:39:46Là, on passait plus que la ligne rouge, quoi.
00:39:50C'est-à-dire ?
00:39:51Eh bien, l'avortement, c'était totalement interdit par l'Église.
00:39:54Jusqu'à aller en enfer, quoi.
00:39:57Je voyais les manifs d'étudiants, et puis je voyais les filles quand même à Paris.
00:40:02Donc moi, je voulais aller aussi en action syndicale.
00:40:04Parce que j'ai aidé à faire des pancartes.
00:40:06Alors non, c'est pas votre place.
00:40:08Votre place, c'est à la maison, à l'élevage, voilà.
00:40:12Le milieu paysan, le machisme ambiant fait qu'il n'y a pas beaucoup de femmes qui vont participer au
00:40:20MLF ou à des groupes de réflexion comme ça pour...
00:40:23Bon, je pense que la pilule, quand même, elle arrive petit à petit.
00:40:28On n'en parle pas trop, mais elle arrive quand même dans les campagnes.
00:40:36La contraception, la pilule...
00:40:38En campagne, c'est arrivé progressivement.
00:40:40Et les médecins n'étaient pas favorables à la pilule.
00:40:42Je me rappelle d'un médecin de commerci.
00:40:44Ah, prenez la pilule !
00:40:47Nous, quand on est jeunes mariés, on utilisait déjà le préservatif.
00:40:51Je le dis comme ça, c'est pas honteux.
00:40:53Non, mais tu rigoles, mec.
00:40:55Les paysans, ils savent bien comment on fait la reproduction, quand même.
00:40:58Ils sont autour de...
00:40:59Donc ils savent bien qu'il y a un moment, si on va pêcher...
00:41:02La première cartouche de préservatif, tu vas chez le pharmacien, t'es un peu peinot, le mec, il demande.
00:41:08Et puis le pharmacien, ben, il comprend.
00:41:10Il te file une boîte et dans la boîte, il y a un petit carton.
00:41:13La fois d'après, t'as pas besoin de donner ton nom devant tout le monde.
00:41:15Tu lui donnes le carton et il te donne...
00:41:18Vous avez vécu ça ?
00:41:19Ben oui, j'ai vécu ça.
00:41:20On n'osait pas la campagne, hein.
00:41:24Pourquoi on n'osait pas ? Le curé et les familles ?
00:41:26Oui, oui, le curé et les familles.
00:41:28Le curé et les familles.
00:41:28L'ambiance, le...
00:41:33Attention, là...
00:41:34Bien, ne bouge plus.
00:41:36Bien souriant.
00:41:37Pas trop en avant.
00:41:38Tu me regardes ?
00:41:4467, 68...
00:41:45Quand on voyait les hippies, nous, on voyait les jupes.
00:41:47Qu'est-ce que là ?
00:41:49Attention les yeux !
00:42:01Nous, il fallait qu'on ne monte pas nos genoux.
00:42:03Il fallait le foulard, les jupes, en dessous des joues.
00:42:06Quand on lui demandait à papa, ça se fait pas.
00:42:08Non, t'es vergondé.
00:42:10La débauche, t'es pas bien.
00:42:11La débauche, t'es pas bien.
00:42:30Quand j'y repense, je me dis quel décalage qu'il y avait entre la vie qu'on voyait au
00:42:38travers de la télévision et nous.
00:42:41C'était un autre monde.
00:42:50Ce monde-là, il nous a attirés.
00:42:53Parce qu'on voulait aller vers la lumière, vers la vie plus de la ville.
00:43:02Et dans ce temps-là, moi, j'en avais qu'une envie.
00:43:05C'était de foutre le camp.
00:43:13Mais Anne-Marie décide tout de même de rester.
00:43:16Elle va se battre pour elle et pour toutes les femmes de la Terre.
00:43:3050 ans plus tard, les agricultrices sont devenues des femmes comme les autres.
00:43:37On va ensuite poser les avant-bras au sol.
00:43:41Les fesses derrière, en arrière des genoux pour bien protéger le périnée.
00:43:46Claire a 28 ans.
00:43:47Elle est enceinte de son troisième enfant.
00:43:49Elle a sa propre exploitation, associée avec ses parents et son frère.
00:43:53On accueille les sensations.
00:43:55J'ai voulu me laisser le temps de la réflexion, de savoir si je voulais faire ce métier-là ou
00:43:58pas.
00:43:59Je savais ce que ça impliquait, le temps que ça prenait.
00:44:03Et voilà, il y a des avantages.
00:44:05C'est super beau comme métier, mais il y a aussi des inconvénients.
00:44:08Donc voilà, j'avais envie que ce soit mûrement réfléchi, que c'était par choix et pas parce que j
00:44:13'ai des parents agriculteurs.
00:44:14Donc forcément, je devais être agricultrice.
00:44:16C'est vraiment un métier que j'ai choisi.
00:44:22Je retrouve Claire à la tête d'un troupeau de 220 vaches laitières.
00:44:33Ce métier, elle en a toujours rêvé, à condition de garder son indépendance.
00:44:42Aller, on y va ?
00:44:59Aller, la jongleuse.
00:45:00Elle vieillie, c'est bientôt la retraite.
00:45:03Jongleuse.
00:45:04Pour maître de ça, je m'avais offerte à mes 20 ans.
00:45:06Et il y a Jacobine qui est dans le champ, offerte par mes amis.
00:45:10Mes préférées, les petites vaches qui vont aller en retraite avec mes poneys.
00:45:15Déprimée du gil.
00:45:17Non, ma miche.
00:45:19Allez, go !
00:45:22Mon mari est agriculteur aussi de son côté, depuis pas mal d'années.
00:45:26Ça fait 10 ans qu'il est installé à essayer.
00:45:30De son côté ?
00:45:31Oui, de son côté.
00:45:33Ça veut dire quoi ?
00:45:34Il a sa propre ferme, sa propre exploitation avec son frère.
00:45:39Et moi, j'avais mon troupeau que je m'occupais.
00:45:42Je ne me voyais pas partir ailleurs parce que c'est mon mari, donc je dois aller chez lui.
00:45:47Et puis j'aime bien avoir ma forme d'indépendance aussi, chacun de son côté, que ce soit pour lui
00:45:52comme moi.
00:45:53Et puis c'est très bien, il y a des avantages aussi à ça, d'avoir chacun sa ferme et
00:45:57on n'est pas liés professionnellement.
00:45:59On s'est mariés, mais pas nos fermes.
00:46:13Le bébé !
00:46:14Il est où, bébé ?
00:46:16Il est là, bébé ?
00:46:17Il est pressé d'être grand-frère, tu vas être grand-frère ?
00:46:20Bébé, il est là.
00:46:21Il est dans maman, mais il est là, dans le ventre, là, juste ici.
00:46:27Elles sont un peu propres quand même, les chaussures, pour mettre à la ferme.
00:46:35Là, je n'ai pas l'impression de travailler, on va dire.
00:46:38C'est plus un plaisir que du travail vraiment en soi.
00:46:43Moi, j'adore, c'est la journée que j'adore.
00:46:47J'adore, c'est tellement il faut être speed, speed, speed, courir, courir.
00:46:51Moi, j'aime bien quand ça court.
00:46:54J'adore conduire le tracteur, donc c'est vraiment un plaisir.
00:47:05Enceinte de 5 mois, Claire tient à participer à l'un des moments les plus importants de l'année pour
00:47:10les éleveurs laitiers.
00:47:11L'ensilage de maïs.
00:47:15L'ensilage de maïs, c'est une récolte qu'on fait sur une ou deux journées.
00:47:22On va récolter une bonne partie de ce qui va être consommé dans l'année pour les vaches.
00:47:38L'ensilage, c'est un peu comme la moisson.
00:47:42Un jour où les voisins viennent donner un coup de main.
00:47:45Un des derniers moments de solidarité dans les campagnes.
00:47:50Les temps ont bien changé.
00:47:52Claire, attablée comme les bonhommes.
00:47:56Pour qu'elle puisse en arriver là, il a fallu un coup de pouce du destin
00:47:59qui a fait sortir les paysannes de leur cuisine.
00:48:03Un impôt, nommé TVA.
00:48:07À partir d'aujourd'hui, tous les commerçants, tous les artisans...
00:48:11Tout commence le 1er janvier 1968.
00:48:14Certains exploitants agricoles vont payer un nouvel impôt, la taxe à la valeur ajoutée.
00:48:19La loi est arrivée en 68 de la TVA.
00:48:22Il a bien fallu l'appliquer.
00:48:24Mais comme les mecs n'aimaient pas trop les papiers,
00:48:28donc c'est les agricultrices qui ont été en formation à la TVA.
00:48:32On entrait dans une ère où les papiers devenaient de plus en plus importants dans une exploitation.
00:48:37Et les femmes, là, ont été des aides précieuses pour l'aide à la gestion au quotidien.
00:48:44Pouvoir dire, voilà, la paie, elle est de temps, on peut faire ça avec, mais pas plus.
00:48:48Et je pense que ça, ça a permis aussi de prendre un peu de pouvoir par rapport à l'exploitation
00:48:54agricole.
00:48:54Parce que l'agriculteur était obligé d'aller voir sa femme s'il voulait avoir des explications au niveau de
00:49:02la comptabilité.
00:49:03Et le pauvre, il se trouvait désarmé.
00:49:07Jeannette, t'es où ?
00:49:13Et ça donnait un rôle plus important à la femme.
00:49:17Ça a été une révolution.
00:49:21Anne-Marie passe le permis de conduire pour se rendre à la ville afin de suivre des heures de formation.
00:49:27C'est la route de la liberté.
00:49:33La formation qui était donnée par les 200 heures ou plus a fait qu'on s'est rencontrées entre femmes
00:49:41d'une façon régulière grâce à ça.
00:49:44Quand on vient ici, nos maris ne nous critiquent pas, je pense.
00:49:47Non, non, non.
00:49:48Elles se sont, entre elles, aidées.
00:49:51On se soutenait dans ces formations.
00:49:53On se dit, c'est pas possible, on peut pas continuer comme ça.
00:49:55On a travaillé là-dessus à la vulgarisation pour travailler sur le statut de l'agricultrice.
00:50:00Savoir ce qu'on voulait comme couverture sociale, comme droit dans l'entreprise.
00:50:06Donc c'était tout ça qu'il fallait construire.
00:50:09Et je pense que ces formations ont donné plus d'aplomb aux agricultrices pour être plus revendicatifs ensuite sur leurs
00:50:16doigts.
00:50:17Ce qu'elles devaient obtenir.
00:50:20Elles ont eu conscience qu'elles pouvaient jouer à un jeu et qu'elles se débrouillaient plutôt bien.
00:50:24Mais étant dans des groupes de formation, c'est pas là que tu vas revendiquer.
00:50:30Tu vas le revendiquer dans le syndicalisme.
00:50:33C'était un boulot où on passait son temps à animer des réunions, à organiser des manifs, à tirer des
00:50:39tracts.
00:50:40On prend une position sur le prix du lait et sur la défense de la maîtrise en production laitière.
00:50:45Bref, tout ce que j'avais fait en 68, et je me suis dit, bah alors ça c'est un
00:50:49boulot formidable, c'est ça qu'il me faut.
00:50:50J'ai découvert un milieu militant qui cherchait à s'émanciper, qui avait plein d'idées pour ça, et ça
00:50:58m'a vraiment beaucoup plu, j'ai eu envie de continuer avec eux.
00:51:02Anne-Marie, elle, adhère au centre départemental des jeunes agriculteurs des Côtes d'Armor, le CDJA.
00:51:09C'est des jeunes de moins de 35 ans, hommes et femmes, qui se réunissent ensemble pour inventer un avenir.
00:51:18Les syndicats sont aussi des espaces où les garçons et les filles des campagnes se rencontrent.
00:51:24Elle ne le sait pas encore, mais pour elle, c'est le début d'une épopée.
00:51:30Anne-Marie va marquer le monde agricole.
00:51:34Il a fallu passer aux élections, et dans la salle, il y a quelqu'un qui a dit, on dit
00:51:39à un mec, mais pourquoi on ne penserait pas à Anne-Marie, là ?
00:51:43Alors moi j'ai dit, mais je ne suis pas armée pour ça, comme toutes les femmes, on se considère
00:51:49toujours inférieures quand il faut prendre des responsabilités.
00:51:52On se dit, mais ce n'est pas grave Anne-Marie, on te connaît, tu nous motives.
00:51:56Donc tu es capable de motiver d'autres, parce que aux élections, pratiquement 80% des voix, et la partie
00:52:03présidente.
00:52:11Anne-Marie Crowley a 24 ans, issue du milieu agricole, elle s'est mariée il y a 5 ans,
00:52:16et participe depuis lors activement à l'exploitation que son mari a reprise à la suite de ses parents.
00:52:23Et donc, quand les journalistes viennent pour une interview, des hommes à chaque fois, c'est ça ?
00:52:26Ah oui, bien sûr, oui.
00:52:29C'est quoi la question qu'on vous pose quasiment tout le temps ?
00:52:32Vous allez être maintenant responsable d'un syndicat.
00:52:37Vous croyez qu'on peut tout à fait concilier les deux ?
00:52:41Voilà, en tant que femme, est-ce que je me sentais armée ?
00:52:45Est-ce que dans le milieu agricole, ils sont prêts à suivre une femme dans le syndicalisme ?
00:52:50Mais ce n'est pas un peu gênant d'être la seule femme présidente d'une association, d'un centre,
00:52:56d'un syndicat ?
00:52:57Est-ce que les gens sont prêts ?
00:52:59Est-ce que, voilà, c'était toujours ramené, pas à la femme qui pouvait combattre au niveau syndical,
00:53:05mais à la femme en charge de sa famille, son foyer,
00:53:09beaucoup plus que comment vous allez vous organiser, quels sont vos combats ?
00:53:14Non, pour moi, ça tournait beaucoup autour de ma personne, et comment ça va être perçu, surtout comment ça va
00:53:20être perçu.
00:53:21Le fait d'être une femme à la tête du CDGA ne change rien à son but,
00:53:27peut-être à promouvoir l'image qu'on se fait d'agricultrice, à le rendre plus dynamique, peut-être.
00:53:38Dans les réunions, parfois, ça arrivait que, si on disait, on voudrait parler de la condition des femmes,
00:53:47oui, mais c'est plus important de parler du lait aujourd'hui, on en parlera tout à l'heure après.
00:53:52Et ça, c'était quand même très déplaisant.
00:53:56Il y avait quand même l'idée qu'il fallait absolument que tout le monde ait le même statut, quoi.
00:54:03Ça, c'était quelque chose d'acquis.
00:54:06Alors, je ne dis pas qu'ils étaient toujours au premier rang pour y aller, mais c'était quelque chose
00:54:10d'acquis.
00:54:11L'impulsion venait des femmes, non ?
00:54:12Mais l'impulsion venait des femmes.
00:54:14Au 31, 8, 91, 90, PNLH, PNLH, PNLH, PNLH.
00:54:20Quand Anne-Marie devient présidente du CDGA, l'élevage connaît une crise sans précédent.
00:54:25Le prix du port dégringole et prend à la gorge tous les éleveurs.
00:54:30Les éleveurs voient donc le prix baisser centime après centime.
00:54:40Anne-Marie devient une meneuse de la révolte paysanne.
00:54:43Je suis très morose.
00:54:45Morose en tant que productrice de porc, mais aussi morose en tant que consommatrice.
00:54:49Vous êtes en train de scier la planche sur laquelle vous êtes assis.
00:54:53Et c'est un tourbignon qui emporte malheureusement les éleveurs.
00:54:58Pour comprendre cette crise, il faut remonter à 1957.
00:55:06A Bruxelles, après un mois de débats difficiles qui ont voué deux experts à la crise cardiaque,
00:55:11les ministres de l'agriculture des six sont parvenus à un accord.
00:55:14Cet accord ouvrira dès juillet un marché de 160 millions de clients aux agriculteurs des six pays.
00:55:19Pour nourrir tous ces Européens, les agriculteurs français se lancent dans une production effrénée,
00:55:25rassurée par les prix garantis par la PAC, la politique agricole commune.
00:55:29Quelques années plus tard, c'est la déconvenue.
00:55:31Les stocks de porc et de lait s'accumulent.
00:55:33C'est la surproduction.
00:55:36Le niveau d'endettement des agriculteurs a plus que doublé entre 1980 et les années 2000,
00:55:41conduisant de nombreux d'entre eux à mettre la clé sous la porte.
00:55:44On était peut-être plus conscients que les hommes, parce qu'on tenait en plus les comptes,
00:55:49que si on n'avait pas de budget, si on n'avait pas de revenus dans l'exploitation agricole,
00:55:53et bien rideau sur le statut de l'agricultrice.
00:55:57Et je pense que beaucoup de femmes ont poussé leurs hommes à sortir, à leur manif.
00:56:04Je pense que c'est la première conscience politique des femmes, ça a été ça.
00:56:08La politique du revenu agricole.
00:56:12J'ai fait peur à l'administration.
00:56:14Il faut reconnaître que j'ai fait peur à l'administration.
00:56:17Ils savaient que j'étais suivi.
00:56:20Que le moindre petit doigt,
00:56:23le moindre manif,
00:56:23Anne-Marie,
00:56:25avec ses collègues,
00:56:26ça tournait.
00:56:28Et c'est vrai que quand on mettait une manifestation en route,
00:56:31c'était terrible.
00:56:33C'était dur pour eux.
00:56:34Que tous les producteurs sont prêts à dire oui.
00:56:37Nous ne voulons être
00:56:39ni des assistés,
00:56:41ni des marginaux.
00:56:52Bon là, à une époque,
00:56:53on y était en manif.
00:56:54Pouf, il y avait deux manifs par an.
00:56:55On était à Paris, on était...
00:56:57J'ai fait le tour de France, le tour de l'heure.
00:56:58On était à Bruxelles, on était...
00:56:59À Bruxelles, on y était je ne sais combien de fois.
00:57:03Puis on allait manifester avec des pancartes.
00:57:07On n'était pas les grands violents quand même.
00:57:08On laissait les grands chefs devant nos...
00:57:11Les responsables.
00:57:12On retrouvait les ministres ou les je ne sais quoi.
00:57:15Je lui ai dit écoute, il me faut du pâté.
00:57:17À tout prix du pâté.
00:57:18Mais du pâté qui s'étale.
00:57:20C'est-à-dire des rillettes, tu vois.
00:57:22Des pains et du pâté.
00:57:24Et à l'instant-là, ils avaient les mains pleines.
00:57:26Ils ne cansaient pas.
00:57:27Mais quand ils sont descendus à la préfecture,
00:57:28ils n'avaient plus les mains pleines.
00:57:30Ça avait chauffé, là.
00:57:38On va le coucher sur le brasier !
00:57:40Vers 5h30, quelques 50 éleveurs se sont retrouvés pour intercepter à la gravelle une semi-remorque danoise chargée de jambon.
00:57:47On s'était dit, à telle heure, on se retrouve devant le conseil général.
00:57:52Il y avait une session du conseil général et on savait qu'elle aurait été en midi tard.
00:57:56Et nous voulions entrer à minuit dans la préfecture.
00:57:59Et j'ai couché dans le bureau du préfet.
00:58:05Il devait être, je ne sais plus moi, 3-4h du matin ou 5h du matin, je ne sais plus.
00:58:08Mais en tout cas, la porte s'ouvre.
00:58:11Je m'étais allongé sur la moquette.
00:58:13Putain, j'ai dit, mais qui c'est le con là qui ne peut pas me laisser dormir ?
00:58:17Encore une heure tranquille.
00:58:18C'est le préfet qui est arrivé.
00:58:19Excusez-moi, madame Crowley.
00:58:22Alors que j'étais à dormir dans son bureau.
00:58:25On m'en a tenu deux jours.
00:58:28Place de la préfecture de Saint-Brieuc au lever du jour.
00:58:36Ça n'apportera rien à la crise du port qui est connue.
00:58:40Donc je déplore et je dénonce une fois de plus du saccage de biens publics.
00:58:45Du coup, le préfet, il était muté, c'est ça ?
00:58:47Ah oui, ben oui.
00:58:50J'ai pleuré un peu pour lui, mais bon, c'est tout.
00:58:52Madame Crowley, si je suis au placard, c'est de votre faute.
00:58:56Ben, je lui ai répondu que c'était un placard doré.
00:58:58Je lui ai dit tout simplement, monsieur le préfet, je regrette pour vous,
00:59:02mais vous n'allez pas être sans revenu.
00:59:04Vous avez vu les paysans qui étaient devant vous ?
00:59:06Ces femmes ?
00:59:07Elles produisaient un kilo de cochon.
00:59:09Chaque kilo de cochon qu'elles produisaient s'endettaient.
00:59:12Moi, j'ai des pitié pour elles.
00:59:14Je regrette pour vous, mais vous n'allez pas être sans revenu.
00:59:18Ben, il m'a tourné le talon, puis il est parti.
00:59:20Mais c'était la réalité.
00:59:22Lui, il gérait sa carrière, et moi, je gérais.
00:59:26Les difficultés de nos fermes, de la mienne, et celles des autres qui étaient comme moi.
00:59:32Un millier de femmes d'agriculteurs ont manifesté cet après-midi sur l'avenue des Champs-Elysées à Paris.
00:59:41Les femmes de la terre tiennent la boutique, mais elles sont encore sans profession aux yeux de l'administration.
00:59:47Sur le pavé, elles défendent les revenus de la ferme, mais surtout, elles exigent un statut et des droits.
00:59:54On mobilise aussi les femmes.
00:59:55Ça va peut-être avoir une connotation un peu plus sociale.
00:59:59Parce que dès qu'on parle humain, on s'est dit, on va peut-être toucher un peu plus l
01:00:04'opinion publique,
01:00:05qui va être un peu plus sensibilisée au mal-être des agricultrices.
01:00:11Surtout pour affirmer qu'on est agricultrice à part entière.
01:00:14On avait mobilisé tous les départements où on était implantés.
01:00:18Toutes les femmes qui voulaient bien participer à ça, ça avait bien marché, notre truc.
01:00:26Que 800 femmes viennent à Saint-Brieuc, on était ébahis.
01:00:33Les femmes avaient compris.
01:00:35Toutes ces femmes d'agriculteurs s'étaient données rendez-vous à Saint-Brieuc pour exprimer leurs angoisses.
01:00:39Elles ont réclamé le droit d'être reconnues agricultrices.
01:00:42Des dossiers restent en attente.
01:00:43Retraite complémentaire et remplacement en cas de maternité.
01:00:46Elles veulent faire aboutir ces revendications.
01:00:48Les jeunes agricultrices qui ont fait le choix de ce métier,
01:00:55entendent avoir une parité de vie avec ce qu'elles auraient pu trouver à l'extérieur.
01:01:08Bernard Pivot m'appelle.
01:01:11Et il me dit, je suis Bernard Pivot.
01:01:15Et moi, je lui réponds, je suis Simone Veil.
01:01:17Et je raccroche.
01:01:18Parce que j'avais cru que c'était un canular.
01:01:21Je me disais, tu rigoles ou quoi, Anne-Marie ?
01:01:25Bonsoir à tous.
01:01:25J'ai hâte de vous présenter les femmes réunies ce soir en direct sur le plateau d'Apostrophe parce qu
01:01:29'elles méritent toutes d'être écoutées d'abord.
01:01:32Lut ensuite Marie Crolet.
01:01:34Le titre de votre livre est tout simple.
01:01:36L'agricultrice.
01:01:37C'est toujours difficile à dire.
01:01:38Agriculteur, ça va mieux.
01:01:39Agricultrice.
01:01:40J'avais mal au ventre.
01:01:43Franchement, j'étais pas bien.
01:01:44Mais j'avais tellement peur de mal représenter les agricultrices.
01:01:48Mais les mecs, je m'en foutais.
01:01:49Mais je m'en foutais carrément.
01:01:51Mais c'était des femmes.
01:01:53Je voulais donner une bonne image de la femme.
01:01:55Parce que l'image de la femme agricultrice, c'était tellement une image péjorative.
01:02:01Dévalorisante.
01:02:02Alors, je sais pas, mais c'était des femmes extraordinaires dans le milieu campagnard.
01:02:07Vous menez d'ailleurs une triple vie parce que vous êtes épouse et mère de famille.
01:02:12Vous avez deux enfants que vous avez d'ailleurs adoptés.
01:02:13Vous vous racontez comment.
01:02:15Vous êtes agricultrice et vous êtes militante syndicale.
01:02:18Donc vous menez trois vies.
01:02:18Je crois que beaucoup de femmes mènent beaucoup de vies à la fois.
01:02:21Je suis pas la seule.
01:02:21Deux, sûrement.
01:02:22Trois, c'est plus rare.
01:02:23Disons que j'ai une vie syndicale, donc une vie de militante qui est importante.
01:02:29C'est vrai.
01:02:29Vous allez manifester.
01:02:31Vous allez à Bruxelles.
01:02:32Ah oui, oui.
01:02:32J'étais à Bruxelles.
01:02:32Vous défilez avec des pancartes.
01:02:34J'étais à Bruxelles manifester, mais j'ai été aussi autrement que manifester.
01:02:38Oui, oui.
01:02:38Parce que la manifestation, c'est vraiment le côté ras-le-bol de l'affaire.
01:02:42Parce qu'il y a le problème concret, des difficultés qu'on exprime hors manifestation.
01:02:46Il ne faut pas croire que le monde paysan, c'est le monde qui sort dehors.
01:02:48Anne-Marie Crowley se retrouve sur tous les plateaux télé.
01:02:51Elle ne lâche rien.
01:02:53Elle exige un statut pour toutes les femmes de la Terre.
01:02:56Face à Yvette Roudy, ministre des droits des femmes,
01:02:58elle demande salaire, protection sociale, retraite et congé maternité.
01:03:03Il y a 15 ans qu'on lutte pour un statut juridique, statut social.
01:03:07Il y a eu un petit peu de ralentissement du côté des agriculteurs pour la préparation de votre dossier,
01:03:13mais il est en route.
01:03:14Il est en force.
01:03:15Vous avez raison, il faut le pousser très fort.
01:03:18On s'est dit aussi que si on avait un congé maternité correct,
01:03:23c'était quand même une reconnaissance du travail.
01:03:26Le congé maternité, c'était bien parce qu'elle travaillait sur l'exploitation.
01:03:30Donc si c'était une reconnaissance du travail, on ferait peut-être évoluer le statut de cette façon-là.
01:03:35On avait fait aussi un petit document qu'on a fait circuler
01:03:38où on expliquait qu'en fait, c'était pas grand-chose,
01:03:42qu'on avait fait tout un calcul pour montrer que c'était pas si cher, si coûteux que ça.
01:03:46Et forte de ça, en 86, on va voir Yvette Roudy, on demande un rendez-vous à Yvette Roudy.
01:03:55On lui explique ce qu'on voulait.
01:03:58Elle dit « Ah mais très bonne idée, on est en campagne électorale ».
01:04:04Fabius fait un déplacement dans le Morbihan, je ne sais plus si c'était le lendemain ou le surlendemain.
01:04:08Il va annoncer un doublement du congé maternité.
01:04:11Ce qui se fait, ce qui se fait.
01:04:14On n'y croyait pas trop, mais oui, ça se fait.
01:04:16Fabius annonce un doublement du congé maternité.
01:04:18On était contentes.
01:04:22Mes grands-mères n'ont pas eu de congé maternité.
01:04:24Elles ont travaillé à la ferme jusqu'à leur accouchement.
01:04:27Et une semaine plus tard, elles étaient de nouveau dans les champs.
01:04:31Pour ma naissance, ma mère, elle, a bénéficié d'un congé, mais elle a aidé jusqu'au terme.
01:04:35Elle m'a toujours raconté qu'elle était partie seule en voiture pour accoucher à Poitiers,
01:04:40pendant que mon père terminait la moisson du tournesol.
01:04:4435 ans plus tard, Claire L profite de sa grossesse.
01:04:48Elle bénéficie de tous les droits et d'un service de remplacement dans sa ferme.
01:04:52J'avais une gorgée de sable.
01:04:54C'est quoi comme tâteux ?
01:04:56Maman, elle a des tâteux comme ça ou pas ?
01:04:58Une vie bien différente de celle de sa mère et de sa grand-mère.
01:05:02Fini la blouse et le foulard de la paysanne.
01:05:04C'est un autre horizon qui s'ouvre à elle.
01:05:08A la traite, elle vit ses derniers jours de travail.
01:05:21Comme vous pouvez le voir, la pâte des hodges est vraiment à proximité du ventre.
01:05:25Et c'est beaucoup plus de risques aussi potentiels d'avoir un coup de pied,
01:05:29car je suis à même tout le temps au cours de la journée pour la traite.
01:05:33Même une vache très cool, elle peut être en chaleur ce jour-là, elle va donner un coup.
01:05:38Et dans ce cas-là, c'est gravissime pour le bébé tout simplement.
01:05:41Il va falloir que je lève le pied, notamment pour la traite.
01:05:44C'est trop de risques.
01:05:45J'ai pu prendre une fois un gros, gros, gros coup de pied où je n'étais pas enceinte.
01:05:49Et j'avais été envoyée de l'autre côté du quai, tellement le coup avait été énorme.
01:05:53J'avais été pliée en deux par le ventre.
01:05:55Ces jours-là, je me suis dit que je vais être enceinte.
01:05:58Et bien, c'était fini.
01:05:59Maman, elle a traité jusqu'au bout, non ?
01:06:02Je n'ai plus souvenir, elle croit que je lui demandais.
01:06:05Allez !
01:06:06Tu sais, ton mari prend un congé paternité ?
01:06:08Oui.
01:06:10Oui, puis là, il a le droit à, je crois que c'est 25 jours de congé paternité au total.
01:06:15Donc, 7 jours à la naissance, plus les autres jours par la suite.
01:06:19Il va les prendre, sans aller à la ferme ?
01:06:21Il va les prendre.
01:06:23Non, mais il tient à les prendre aussi.
01:06:27Pour obtenir un congé maternité à l'égal des autres femmes, il aura fallu attendre 2019.
01:06:45Jeannette Gros fait partie des pionnières.
01:06:48L'engagement lui est tombé dessus bien malgré elle.
01:06:51C'est un accident dramatique, il y a 50 ans, qui va la décider à s'engager pour les autres.
01:07:09En juin 1976, en pleine grande sécheresse, mon mari se tue en tracteur.
01:07:17Il avait 35 ans, moi j'en avais 32.
01:07:214 enfants de 3 à 10 ans.
01:07:25Et puis, comment on fait la suite, quoi ?
01:07:39Il m'a apparu que quand même, on n'était pas bon en prévention au niveau des accidents du travail,
01:07:45pas bon du tout.
01:07:45Eh bien, il aurait été bon qu'on soit comme les salariés, qu'on ait la sécurité sociale au niveau
01:07:54des accidents du travail.
01:07:55Donc ça a été plus tard l'occasion de se battre pour cette loi.
01:08:02Femme de conviction, discrète.
01:08:05Jeannette Gros pousse toutes les portes pour réparer cette injustice criante.
01:08:09Elle décide de s'engager à la mutualité sociale agricole, la MSA.
01:08:14Quelques années plus tard, elle sera portée à devenir la première femme présidente.
01:08:20C'est elle qui obtiendra les avancées concrètes qui changeront profondément les vies des agricultrices et des agriculteurs.
01:08:27L'engagement s'est imposé à elle, quoi.
01:08:29Elle s'est dit, je ne peux pas rester sans rien faire, je dois m'engager.
01:08:32Il était important de voir qu'il y a plein de choses qui auraient pu être évitées dans les drames
01:08:38qu'on vit en agriculture, s'il y avait eu une prévention.
01:08:41Voilà.
01:08:42Et ça, c'était passionnant.
01:08:44C'était quelque chose de très intéressant.
01:08:46La MSA, il y a une partie qui m'a beaucoup plu, c'est-à-dire la partie, les réunions
01:08:52de terrain pour expliquer toutes les lois nouvelles qui arrivaient.
01:08:55Une des batailles qu'elle a menées de façon très, très forte, c'est la lutte contre les accidents en
01:09:00agriculture.
01:09:02La patronne redresse les comptes en souffrance et fait de la mutualité des paysans une force de frappe incontournable dans
01:09:09toute la France.
01:09:11On a fait village par village.
01:09:15On ne travaille pas comme ça en disant, attendez, je vais vous vendre ça et puis ça va marcher.
01:09:20Il faut aller convaincre l'Assemblée, convaincre les ministres.
01:09:29Rencontrer les élus du coin.
01:09:31Ça a été un combat extrêmement, extrêmement difficile.
01:09:36Il y avait des gens qui se renseignaient, justement, en disant, mais comment on peut donner ça à faire à
01:09:42une agricultrice ?
01:09:45Une personne de la campagne ?
01:09:47Quand ils voyaient qu'on avait les arguments et qu'on portait les cas parce qu'on les avait vécues,
01:09:56le témoignage de tout ça, avec les conséquences, ça, ils étaient sensibles à ces choses-là.
01:10:10La trace qu'elle a laissée est une trace extrêmement marquante et qui est encore très présente au sein de
01:10:17la MSA.
01:10:18Jeannette Gros, c'est aussi les écoles maternelles dans toutes les campagnes et la retraite complémentaire obligatoire.
01:10:23Jeannette, elle était discrète.
01:10:26Elle ne parlait pas beaucoup.
01:10:27Ses mots étaient comptés, mais quand elle prenait la parole, c'était extraordinaire.
01:10:31En France et en Europe, elle a laissé une empreinte colossale.
01:10:35Pourtant, il n'existe aucune vidéo de ses discours officiels.
01:10:39Elle était très écoutée.
01:10:41Elle créait de l'émotion quand elle parlait.
01:10:43Elle emmenait les gens et les ressorts de son engagement, c'était vraiment l'accompagnement humain.
01:10:48Jeannette, c'est l'humanisme incarné.
01:11:08J'ai rendez-vous avec l'une des héritières de Jeannette Gros.
01:11:11Ce sont majoritairement les femmes qui, lassées d'attendre un statut, ont quitté massivement les fermes.
01:11:17Mais celles qui sont restées ont compris qu'il fallait passer de l'ombre à la lumière et prendre le
01:11:22pouvoir.
01:11:23Christiane Lambert a poursuivi l'oeuvre de Jeannette.
01:11:27C'est la première femme à avoir dirigé les deux plus grands syndicats agricoles, jusque-là dominée par des hommes.
01:11:33Eh, franchement, heureusement que c'est rangé.
01:11:37Dans les années 90, elle est la figure des jeunes agriculteurs.
01:11:41Le début d'une revanche sur l'histoire.
01:11:46Waouh ! Une femme à la tête du CNJA.
01:11:49Les jeunes agriculteurs.
01:11:51C'était une première femme ?
01:11:52Oui, c'était la première femme, ouais.
01:11:54C'est le congrès où j'ai été élue présidente du CNJA.
01:11:57Président de Christiane Lambert du Maine-et-Loire.
01:12:02Président de Christiane Lambert du Maine-et-Loire.
01:12:07C'est une petite révolution.
01:12:09Une femme présidente, c'est une première en agriculture, accueillie comme il se doit par les délégués.
01:12:14Christiane Superstar, c'était ce matin à 9h30.
01:12:17Quand le voyou non, le moment était historique que pour la première fois, une femme prenait la barre d'un
01:12:21syndicat agricole.
01:12:24Par image, non mais il ne faut pas regarder les unes, sinon ça ne fait pas.
01:12:28Une femme au pouvoir, elle est perfectionniste.
01:12:31Elle en devient tatillonne, voire autoritaire.
01:12:34Perfectionniste, c'est vrai.
01:12:36Christiane Lambert, femme de caractère.
01:12:38T'as vu, ça rime.
01:12:43Quand j'ai décidé que je voulais être agricultrice, à l'école, mes copains se sont moqués de moi.
01:12:47Beaucoup.
01:12:47Quand je racontais ce que j'avais fait le week-end, parce que j'étais très fière d'avoir fait
01:12:50du foin, soigné les animaux,
01:12:51c'était des railleries.
01:12:54C'était dur, parce qu'il y avait y compris des surnoms pas sympathiques, qui me blessaient.
01:13:00J'ai souvent pleuré dans les bras de ma maman à cause de ça, qui disaient, tiens bon, tiens bon,
01:13:04mais non, mais ils sont bêtes, t'inquiète pas.
01:13:08Pourquoi ? Parce que le métier d'agriculteur était sous-considéré par mes copains et copines,
01:13:12qui n'étaient pas, eux, fils d'agriculteur ou d'agricultrice.
01:13:14Et donc, au fond de moi-même, je veux dire, c'était pas vous allez voir ce que vous allez
01:13:18voir,
01:13:19je vais vous montrer que c'est un beau métier, mais c'était quand même un peu ça.
01:13:24Je suis arrivée sur la ferme pour m'installer, le banquier, quand il m'a reçu la première fois,
01:13:30il m'a dit, mademoiselle, une jeune fille qui s'installe à 19 ans n'est pas un élément stable
01:13:35et sécurisant.
01:13:38Waouh !
01:13:38Revanche ou pas, Christiane a un cheval de bataille, l'aide à l'installation des jeunes agriculteurs et agricultrices.
01:13:45Et il y a urgence.
01:13:47Le nombre d'exploitations ne cesse de baisser, elles ont diminué de 80% en 40 ans.
01:13:53Une hécatombe.
01:13:55On évoque le célibat, la difficulté de métier difficile, de rester à la campagne.
01:14:02Les jeunes femmes qui arrivent de l'extérieur et qui voient qu'il n'y a pas de statut ne
01:14:05comprennent pas.
01:14:06Elles quittent un régime salarié où elles sont reconnues, elles sont chefs d'entreprise ailleurs,
01:14:09et elles arrivent pour travailler avec leur mari, elles sont pas possibles d'avoir un statut à égalité.
01:14:17Dans les réunions, il n'y a que des hommes.
01:14:19Dans les élus politiques, il n'y a que des hommes.
01:14:22Et au contraire, le fait d'être une femme assez isolée au milieu des hommes
01:14:25fait que c'était plutôt un regard bienveillant.
01:14:28Parce que les politiques se disaient, c'est moderne, une femme, c'est un vrai changement.
01:14:31Il faut qu'on y soit, il faut qu'on accompagne.
01:14:35Alors, je vous invite.
01:14:36Bonjour, je vous suis.
01:14:39Sur le long de l'agriculture, on avait...
01:14:41Je choisis le thème du basket.
01:14:42En disant, l'installation s'est visée juste.
01:14:45Et donc, on avait un panneau de basket, un ballon.
01:14:47Jacques Chirac arrive, on lui propose de shooter deux lancers francs.
01:14:52Chance inouïe, il marque les deux lancers francs.
01:14:57Donc, ovation générale, Jacques Chirac et tout.
01:15:00Je suis super fier, content, mon petit, etc.
01:15:05On a été reçus chez le Préhenda Béby.
01:15:07Et donc, finalement, ça a donné de la visibilité et de la fierté aux agriculteurs.
01:15:10Qui se disait, finalement, on est jugé moderne et fier et innovant même dans la façon de confier les rênes
01:15:16à une agricultrice.
01:15:21Dernière victoire du syndicat, la signature de la charte d'installation.
01:15:25Ça m'a beaucoup appris l'importance de la communication.
01:15:28Christiane poursuit le combat jusqu'à ce jour de 2010, où Bruno Le Maire, ministre de l'Agriculture, acte l
01:15:34'égalité.
01:15:34La création du GEC entre époux est une disposition qui était attendue depuis plus de 30 ans par tous les
01:15:40agriculteurs en France.
01:15:41Elle est la reconnaissance du travail des femmes d'agriculteurs et des conjoints d'agriculteurs dans notre pays.
01:15:46C'est un tournant majeur pour l'histoire de notre agriculture.
01:15:50Même droit, même devoir dans l'exploitation agricole entre l'homme et la femme.
01:15:54Et il nous a fallu 35 ans pour reconnaître ce fait.
01:15:57Et je trouve que c'était très long.
01:16:00Égaux désormais, hommes et femmes de la Terre vont affronter ensemble les difficultés.
01:16:04Mais les règles du jeu sont en train de changer.
01:16:06Sur-endettement, emprise de l'agro-business et de la grande distribution.
01:16:11Normes françaises et européennes toujours plus nombreuses, 36 000 en tout.
01:16:15Les paysans désespèrent, les revenus s'effondrent.
01:16:18Moins 40% en 30 ans.
01:16:20Jusqu'à cet hiver 2024, où la colère paysanne explose sur les routes de France.
01:16:25Tous les gouvernements que j'ai connus depuis que je me rappelle,
01:16:28ont fait en sorte que ce qu'on produisait coûte le moins cher possible aux consommateurs.
01:16:32Et ça continue. C'est insupportable.
01:16:37Longtemps méprisées, aujourd'hui accusées de polluer la terre,
01:16:40les agriculteurs se sentent jugés et incompris.
01:16:44Ce divorce, Anne-Cécile n'en veut pas.
01:16:47Cette éleveuse normande a pris le chemin de la ville et des médias
01:16:50pour mener et gagner la bataille de l'image.
01:16:54C'est assez inédit, parce que tous les agriculteurs, aujourd'hui, font en franc commun.
01:16:59Sur plein de causes différentes, mais ils font en franc commun.
01:17:01Tu n'es pas sur des barrages, toi ?
01:17:03Non, mes barrages, ils sont sur BFMTV.
01:17:05Ils sont là à travailler et c'est comme ça que j'arrive à impacter le mieux.
01:17:10Le monde agricole est aujourd'hui montré du doigt.
01:17:13Le sujet de tous les fantasmes et de tous les malentendus.
01:17:16Il faut expliquer, expliquer sans cesse.
01:17:19Je construis. En fait, opposer les gens, c'est toujours plus facile
01:17:22que de les rassembler et de les faire travailler ensemble.
01:17:24Moi, mon objectif, c'est de faire travailler tout le monde ensemble
01:17:27et à la fin d'obtenir des résultats.
01:17:29Trois jours par semaine, elle quitte sa Normandie
01:17:31et prend le costume de consultante dans un cabinet de conseil parisien.
01:17:35Certains l'accusent de travailler pour l'ennemi.
01:17:38Elle est persuadée que pour survivre,
01:17:41les agriculteurs doivent dialoguer avec l'agro-industrie.
01:17:47Typiquement, je travaille pour un acteur industriel de l'alimentaire
01:17:51qui veut mieux travailler avec les éleveurs laitiers,
01:17:54qui veut à la fois, de son côté, s'assurer que dans 10, 15 ans,
01:17:59il y aura encore des éleveurs laitiers à travailler avec lui
01:18:00parce que les éleveurs les arrêtent tous les uns après les autres
01:18:02et la pire chose qui puisse lui arriver, c'est de ne plus arriver à s'approvisionner.
01:18:05J'essaie de l'aider à la fois à pérenniser ses approvisionnements,
01:18:09à faire en sorte qu'il y ait encore des éleveurs demain
01:18:10et puis derrière que tout le monde gagne sa croûte en fait.
01:18:12C'est pas du bullshit ça, les cabinets de conseil ?
01:18:15C'est pas du bullshit, les cabinets de conseil, vraiment pas,
01:18:18tant qu'en fait, on cherchait à avoir de l'impact.
01:18:24Anne-Cécile, une surdiplômée aujourd'hui
01:18:27à la tête d'une exploitation de 200 blombes d'Aquitaine.
01:18:36Allez, on va les appeler.
01:18:38Allez, tu viens ?
01:18:41Je voulais pas du tout être agricultrice, à vrai dire.
01:18:459, 10, 11, 12, 13, 14, 15, 16, 17, 18, 19.
01:18:51C'est la ferme que j'ai héritée de mon père.
01:18:55Moi, j'étais partie en études, d'abord à Nantes, puis à Boston.
01:19:00Je me destinais à des métiers plutôt parisiens, dans les faits.
01:19:06C'est la longue maladie de mon père.
01:19:08Il avait un cancer qui m'ont poussé à devenir agricultrice au début, complètement malgré moi.
01:19:13En fait, il y avait tout simplement les animaux à nourrir tous les jours.
01:19:15Il n'y avait plus personne pour le faire parce que mon père était à l'hôpital.
01:19:18Et c'est comme ça que je me suis lancée en y connaissant, à vrai dire, absolument rien.
01:19:26Anne-Cécile a tout appris sur le tas, comme faire naître des veaux.
01:19:31Et au fil des ans, ce qu'elle faisait par devoir est devenu une passion.
01:19:46C'est une super jolie petite fille.
01:19:49Je ne sais pas, c'est beau, non ?
01:19:51Cette vie qui naît comme ça dans nos yeux.
01:19:54C'est pour moi, c'est la plus belle partie de l'élevage, vraiment.
01:19:57C'est ce moment-là.
01:20:06Anne-Cécile, une agricultrice passionnée, à fond dans son époque.
01:20:11Elle a de l'ambition et ne se fixe aucune limite.
01:20:15Mais malgré une égalité théorique, le monde agricole a encore du mal à laisser la place aux femmes.
01:20:22On m'a proposé de reprendre la direction d'une coopérative avec un conseil d'administration intégralement masculin.
01:20:28Et en soi, moi, ça ne me posait aucun problème.
01:20:30Je n'ai jamais vu le problème, à vrai dire.
01:20:32Par contre, je crois qu'eux, ça leur posait un souci.
01:20:34Ça leur posait un souci et j'ai dû finalement partir.
01:20:39Partir pour plein de raisons de ce poste-là.
01:20:42Et je sais que, parce qu'ils me l'ont dit, les consignes pour recruter mon successeur, c'était de
01:20:49recruter un homme.
01:20:51Là, je me suis dit, ok, en fait, c'était bien ça le problème.
01:20:53C'était quand ça ?
01:20:54C'était il y a deux ans maintenant.
01:20:57C'est aujourd'hui, quoi.
01:20:58Il y a encore du boulot.
01:21:06Comment on voit l'avenir des coopératives ?
01:21:08C'est faire émerger les femmes au sein des comités et du comité au sein du conseil d'administration.
01:21:13Alors c'est sûr, j'étais la seule femme avec tous ces hommes.
01:21:16Mais en fait, j'ai adoré.
01:21:17C'est quoi l'objectif pour 2024 ?
01:21:19Est-ce que c'est de se dire, on va faire rentrer 5 agricultrices dans des comités ?
01:21:22Est-ce qu'on se fixe du nombre ?
01:21:23Moi, je ne suis pas pour, mais je veux dire, on le discute collectivement.
01:21:26L'union fait la force.
01:21:28Lucie a créé un groupe d'agricultrices vendéennes qui se soutiennent et s'encouragent pour prendre des responsabilités dans les
01:21:34instances agricoles.
01:21:36J'ai proposé la création d'un groupe non mixte, un groupe féminin qui s'appelle Les Beautés.
01:21:44On a des femmes qui arrivent, qui vont remettre un peu en cause des choses qui sont mises en place
01:21:48parfois depuis des décennies.
01:21:50Et je pense que c'est ça, à la force des femmes qui arrivent, mais aussi de la nouvelle génération
01:21:54sans doute, parce que je pense que les deux sont liés.
01:22:03J'ai découvert Lucie sur les réseaux.
01:22:05Comme beaucoup de jeunes agricultrices, elle s'est emparée de ce nouveau moyen de communication.
01:22:10Elle n'a plus besoin de personne pour prendre la parole.
01:22:13Quand je suis arrivée en agriculture, clairement, je ne réalisais pas un rêve de petite fille.
01:22:23Lucie élève des poules pondeuses bio.
01:22:25Ben oui, si je te le dis.
01:22:28Les jolies rousses.
01:22:29Donc les poules commencent à se coucher, ça commence à se percher un petit peu derrière.
01:22:33Et je me retrouve à me filmer, face cam directement.
01:22:35Je me dis, j'ai une classe devant moi, qu'est-ce que je peux leur dire de mon métier
01:22:38?
01:22:38Parce que pour moi, c'est clairement ça, la pédagogie.
01:22:40Nous accueillons des jeunes de la maison familiale de Puissec, dans le sud Vendée.
01:22:44Donc ils sont en formation agricole, en deuxième année de CAP précisément.
01:22:47Son truc, faire connaître son métier, notamment auprès des jeunes, pour encourager les vocations.
01:22:56Claire aussi a compris l'utilité des réseaux, même à quelques jours de son accouchement.
01:23:05Elle appelle ça la communication positive.
01:23:10Je trouve trop beau le coq, il est trop beau.
01:23:15Si il y a 8 mois de grossesse, elle a quitté la salle de traite, elle n'a pas laissé
01:23:19tomber son téléphone.
01:23:20Je ferai une petite story avec la petite Jacobine qui est là-bas.
01:23:26Ça va, biche ? Comment ça va aujourd'hui ? Ça va ?
01:23:32Bouge-jeu, toi !
01:23:33Hop !
01:23:35Je mettais une petite musique, elle y a pour rendre celle-là, par exemple.
01:23:38Généralement, je prendrai les premières.
01:23:42Donc là, c'est pour nourrir ?
01:23:43Mon compte Instagram, où je partage généralement mon quotidien, un peu moins en ce moment, forcément.
01:23:49C'est terminé, hop !
01:23:51Et hop, sur les réseaux.
01:23:52Ouais.
01:23:52Donc ton compte ? Claire, maman agricultrice.
01:23:54C'est ça, que je gère depuis 2019.
01:23:57Le jour en gros que je me suis installée, je me suis rencée sur Instagram.
01:24:01T'as combien d'abonnés ?
01:24:02Là, en ce moment, sur Instinct, un peu plus de 15 000.
01:24:06Je dis ce que j'ai envie de dire et ça me tient à cœur de partager vraiment sur pas
01:24:09mal de choses.
01:24:11Deux petites chorégraphies, petites danses improvisées.
01:24:15Combien d'ils en jaunes ?
01:24:16Oui, jaunes spéciales danses.
01:24:18Parce qu'elles seraient plus jaunes, là.
01:24:33Et là, c'est le jour où j'ai annoncé que j'étais enceinte, tout simplement.
01:24:36C'est une autre manière de parler d'agriculture et les personnes peuvent être intéressées justement par ça, initialement.
01:24:43Et puis s'intéresser à l'agriculture, se dire « Ah oui, c'est comme ça, c'est comme ça
01:24:45que ça se passe et tout ».
01:24:46Beaucoup, je partage pas mal de portraits.
01:24:48Là, c'est Véronique.
01:24:50Là, c'est Louane.
01:24:50Miss France Agricole 2024.
01:24:53Ça permettrait déjà une diversité agricole par le biais des femmes et de montrer ce qu'elles font pour donner
01:24:58envie à celles qui n'osent pas.
01:24:59Parce qu'il y a encore aujourd'hui des endroits où des femmes qui n'osent pas forcément conduire le
01:25:04tracteur, tout ça.
01:25:05Alors que c'est pas plus compliqué pour une femme de conduire un tracteur qu'un homme, loin de là.
01:25:09Et aussi inciter des femmes à s'installer réellement.
01:25:14Des femmes paysannes, agricultrices, chefs d'entreprise, influenceuses, tout cela à la fois.
01:25:22Je pense à mes grands-mères Gisèle et Suzanne.
01:25:25Je suis sûr qu'elles les auraient aimées et qu'elles auraient bien rigolé ensemble.
01:25:29Après une vie entière à la ferme, ma mère a reçu la médaille du mérite agricole.
01:25:34Pas de cérémonie, c'était pendant le Covid.
01:25:37Mais quelle fierté !
01:25:41Ah oui !
01:25:43Il y en a une autre qui en a reçu des médailles.
01:25:46Ah oui, pour la médaille.
01:25:48Oui.
01:25:49Il dit, cette petite fille aurait-elle envisagé un jour qu'il lui serait remis une si belle récompense.
01:25:57Et ça, c'est la Légion d'honneur.
01:25:59Oui.
01:26:01Et là, c'est tout, tout, les frangins, frangines, qui ont tout signé pour...
01:26:07Les enfants.
01:26:09Bon courage pour la suite, félicitations pour ce beau parcours, Michel.
01:26:13Je te félicite.
01:26:15Oui.
01:26:17Papa et maman.
01:26:20Papa avec ses yeux malicieux et...
01:26:25Maman, ton beau sourire.
01:26:28Quand j'ai eu, et je me rappellerai toujours, la première distinction agricole,
01:26:35et comment je veux dire, je lui ai dit à maman,
01:26:38je lui ai dit, tu sais maman, c'est toi qui aurais dû la voir.
01:26:49Merci beaucoup.
01:27:22...
01:27:52...
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