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  • il y a 10 heures
L’historien, Jean-Marc Berlière, parle de l’image de la police pour les Français : «Il y a une image fantasmatique de la police».

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Transcription
00:00Elle est très ancienne. En réalité, personne n'aime les gens qui vous obligent à marcher dans les clous.
00:05Et encore moins quand on imagine que cette institution qui est entourée de fantasmes à la police,
00:11il faut quand même imaginer que les deux ombres portées sur la police au début du 19e siècle, c'est
00:17Vidocq.
00:18Donc ça veut dire un truand, un voleur qui devient chef de la police.
00:25Vous imaginez un peu ce renversement et tout ce que ça va entraîner par la suite.
00:29Et l'autre personnage, c'est Fouché, celui qui, plein d'intelligence, dit que la force de la police, c
00:35'est qu'on ignore ses faiblesses
00:37et qu'il prétend être toujours au milieu de tout.
00:39Alors, il y a une image fantasmatique de la police qui s'est traduite, évidemment, par la haine des policiers,
00:48notamment au 19e siècle où se succèdent un certain nombre de régimes autoritaires pour rester poli.
00:55Et donc, on a des policiers, qu'on appelle à l'époque des sergents de ville, sont la cible d
01:03'un certain nombre.
01:04Alors, de textes, de romans, pensez à Javert, le personnage de Victor Hugo dans Les Misérables.
01:11Mais également, on a oublié, mai 68, mai 1893, excusez-moi de vous renvoyer loin,
01:21il y a une révolte du pays latin, comme on l'appelle, du quartier latin, des étudiants.
01:26Et ils assiègent la caserne de la cité, c'est-à-dire la préfecture de la police.
01:31Et leur mot d'ordre, c'est, étonnant quand même, les sergots à la lanterne,
01:37c'est-à-dire les sergents de ville, on les pendra.
01:39Alors, pourtant, Aqab, c'est autre chose.
01:42C'est une référence américaine, « All cops are bastards ».
01:45Donc, c'est une expression de la haine anti-flic un peu nouvelle
01:49qui est au cœur, soit dit en passant, du discours antifa dont on parle beaucoup ces jours-ci.
01:53Donc, quel est le propre de la haine anti-flic version Aqab, version antifa,
01:57telle qu'on la voit aujourd'hui ?
01:59C'est complètement de lier le rôle de la police, si vous voulez,
02:04à un rôle politique et à un rôle social.
02:07La police, c'est bien connu, formée de fascistes, bien sûr,
02:12qui lutte contre les revendications justes de la classe ouvrière ou d'autres partis.
02:19Et c'est intéressant d'ailleurs, je ne veux pas justifier « All cops are bastards »,
02:26excusez mon accent, mais aux États-Unis, la police quand même,
02:31qui sont des polices municipales, tue un millier de personnes par an, par arme à feu.
02:37On est très, très loin de la situation française.
02:41Il y a une espèce de copie, si vous voulez,
02:44mais il n'y a pas que les États-Unis qui détestent les Américains,
02:48qui détestent les cops, les flics.
02:51C'est la même chose, un peu moins en Allemagne ou dans d'autres pays.
02:56La police paraît l'ordre.
02:59Et l'ordre, évidemment, il est toujours contraignant.
03:02Mais il y a une dimension supplémentaire peut-être aujourd'hui.
03:04Quand on entend parler, par exemple, du racisme structurel de la police,
03:08du racisme systémique des forces policières,
03:11du profilage racial que pratiqueraient les policiers,
03:15ou quand on entend l'idée que la police serait aujourd'hui
03:18la gardienne de l'ordre néo-colonial en France.
03:21Ça nous dit quelque chose de plus, non ?
03:22Ça dit quelque chose de plus, mais tout aussi faux.
03:26J'ai passé 40 ans de ma vie à expliquer à des gens qui étaient un peu sceptiques
03:33que la police, ce n'est pas une société qui vient d'ailleurs.
03:38Les policiers, ils ne viennent pas de la planète Mars.
03:40Ce sont des gens comme vous et moi.
03:43C'est votre beau-frère, c'est le cousin, c'est le fils de la concierge, etc.
03:46Et ces gens, l'importance, si vous voulez, c'est évidemment leur attitude et leur recrutement.
03:56Un policier qui a commencé comme policier auxiliaire à la gare Saint-Lazare,
04:00qui s'appelait Célestin Aignan, tout le monde a oublié son nom,
04:03il est devenu préfet de police et entre-temps, d'ailleurs, directeur de la sûreté,
04:08disait toujours, on est avant 1914, il inaugure une école pratique de la police,
04:13et il dit que l'intérêt, bien compris d'une démocratie, c'est d'élever la police et non de
04:17l'abaisser.
04:19Et quand vous avez 150 000 policiers pour arrondir aujourd'hui,
04:24ils sont recrutés dans les couches sociales, quand même les souvent bases de la société,
04:29dans ces banlieues auxquelles ils s'affrontent,
04:32et ils apportent avec eux un certain nombre de choses.
04:37Et bon, ils ont des attitudes que même une formation poussée,
04:43moi j'ai donné des cours pendant plus de 20 ans dans des écoles de police,
04:47on les prévenait, on leur montrait les dérives qui pouvaient se produire,
04:54notamment sous l'occupation, ils n'étaient pas apparemment très convaincus,
04:57mais en fait, ils sont ce qu'ils sont.
04:59Quand vous êtes dans une société, un métier, où vous êtes censé s'insulter,
05:05il faut quand même se souvenir de ce genre de choses,
05:07montrer du doigt ou autre,
05:10il est sûr que ce métier n'attire pas forcément les meilleurs.
05:16Et dans les gens qui sont policiers, il y a forcément des dérapages.
05:23Alors là, comme on est sur une actualité de groupuscules,
05:27de mouvements politiques, comme on dit,
05:29ceux qui sont en charge de ça, ce sont les RG.
05:31Vous, vous avez beaucoup travaillé sur les RG,
05:33alors qu'ils ne sont plus les RG, maintenant ça a changé,
05:35c'est depuis 2008,
05:37mais alors de quand est-ce la création des RG ?
05:41Quel était le rôle ?
05:41Et comment était l'évolution de ces surveillances de groupuscules ultra-violents ?
05:45Excellente question.
05:46Donc, la police a toujours eu un rôle politique,
05:49elle a toujours protégé.
05:50Les gens au pouvoir, au XIXe siècle,
05:53c'était des souverains, des empereurs, des rois, etc.
05:56Et la question s'est posée,
05:58est-ce qu'on doit, dans une démocratie,
06:01démocratie parlementaire, la Troisième République,
06:04continuer à avoir des services politiques
06:07dont le rôle était de surveiller l'opposition, etc.
06:10Alors qu'on est dans un régime,
06:11liberté de la presse, liberté d'expression, etc.
06:14Elle ne sert à rien.
06:15En réalité, il y a eu un débat très dur à la fin du XIXe siècle,
06:19là, une période qui correspond à l'affaire Dreyfus,
06:22pour faire simple,
06:23et un certain nombre de gens, même de gauche,
06:27ont considéré que la République,
06:29une démocratie, était le plus fragile des régimes.
06:33Et donc, qu'elle ne pouvait pas se passer de service politique.
06:36Mais, et je reviens à Célestin Aignan,
06:40il a l'idée de dire que cette police politique,
06:43c'est fini les provocations,
06:44les brigades du commissaire Lagrange,
06:47comme sous le Second Empire,
06:49et c'est une police d'observation.
06:51Elle est là pour donner aux gens,
06:54au pouvoir, au gouvernement,
06:56quelle que soit leur tendance.
06:57Ils ont servi, les gouvernements de gauche
06:59et des gouvernements de droite,
07:01un certain nombre d'éléments
07:02qui leur permettront de gouverner.
07:04Et, c'est à ce moment-là,
07:06Célestin Aignan invente l'expression
07:09« renseignement général ».
07:10C'est une police de renseignement général.
07:13Curiosité, les gens imaginent mal les choses.
07:16Les flics, excusez-moi, des RG,
07:19ne sont pas armés,
07:21ne sont pas officiers de police judiciaire,
07:24ne peuvent pas intervenir,
07:26opérer des perquisitions, des arrestations.
07:29Tout va changer, comme vous le disiez,
07:31en 2008, avec la création de la DGSI,
07:35qui regroupe à la fois
07:37les anciens renseignements généraux
07:38et la DST.
07:40Et à partir de ce moment-là,
07:41il y a une grosse différence opérationnelle.
07:44Désormais, les policiers
07:45des renseignements généraux,
07:47qui ne portent plus ce titre,
07:49sauf à la préfecture de police, bien sûr,
07:52peuvent intervenir sur le plan opérationnel,
07:55ce qui n'était pas le cas avant.
07:56Ils peuvent procéder,
07:58ils observent toujours,
07:59ils écoutent beaucoup,
08:00ils étudient les réseaux sociaux,
08:02comme avant la guerre.
08:03Ils étudiaient les journaux militants,
08:06les tracts, les réunions, les meetings.
08:09Ils continuent ce travail,
08:10mais en plus,
08:11ils ont un aspect répressif
08:14qu'ils n'avaient pas.
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