00:00Nous vous en avons déjà parlé sur notre antenne. Nous suivons régulièrement les enquêtes menées par Forbidden Stories.
00:05Forbidden Stories, c'est un réseau international de journalistes qui se penche sur les sujets les plus délicats
00:10et qui reprend les enquêtes interdites aux quatre coins de la planète.
00:13Le week-end dernier, nous avons reçu l'une de ces journalistes, Léa Purichon,
00:17venue nous parler des campagnes de désinformation et de déstabilisation menées par la Russie en Afrique et en Amérique latine.
00:24Elle nous avait révélé l'existence d'un vaste réseau russe baptisé The Company
00:28qui était à l'œuvre dans plusieurs pays d'Afrique et d'Amérique latine
00:31pour orchestrer des campagnes de désinformation, de manipulation de l'opinion publique,
00:36de manipulation des élections ou encore de gouvernement.
00:38Et vous êtes de retour, Léa Purichon, bonsoir.
00:41Si vous êtes là ce soir, c'est parce que votre enquête sur ce sujet se poursuit
00:45et que vous révélez désormais l'ampleur de la mainmise des renseignements extérieurs russes sur ce réseau.
00:49Vous avez pu identifier notamment une soixantaine d'agents russes à la manœuvre.
00:54Oui, tout à fait. La semaine dernière, on était vraiment sur le côté global
00:57et la révélation sur l'existence de ce réseau.
01:02Aujourd'hui, on est vraiment sur les agents, les dessous de ce réseau.
01:06Qui sont ces personnes qui vont être soit en Russie, en l'occurrence à Saint-Pétersbourg,
01:11ou en Amérique latine, en Afrique, qui vont voyager
01:14et qui vont faire en sorte de transmettre tous ces narratifs russes
01:20dont on parlait la semaine dernière.
01:21Ils agissent dans plusieurs pays, vous l'avez dit.
01:24Vous montrez notamment leur forte implication en Bolivie.
01:28Tout à fait. Il y a toute une partie et c'est assez nouveau finalement
01:32parce qu'on avait plutôt l'impression que ce réseau était présent en Afrique
01:36et notamment en Centrafrique.
01:39Là, ce qu'on a découvert grâce à la fuite de données récupérée par The Continent,
01:42c'est qu'il y a eu toute une campagne mise en place en 2024 en Bolivie
01:49avec d'abord l'arrivée d'un, puis deux, puis sept agents russes
01:53chargés en l'occurrence de soutenir le président de l'époque, Louis Arce.
01:57Et ça, c'est quelque chose qu'on découvre dans la fuite de données.
02:00En plus des locaux boliviens, puisque vous expliquez qu'ils louent des locaux sur place,
02:06vous expliquez que des bureaux sont également loués au Mali, en Libye, en Afrique du Sud, au Rwanda,
02:10que d'autres étaient censés ouvrir au Niger, en Angola, au Tchad, en Guinée, à Konakry.
02:15À chaque fois, ce sont des agents russes sur place qui s'installent ?
02:19Oui, en fait, nous, on est sur au moins cinq bureaux parce que c'est les preuves matérielles que nous
02:25avons.
02:25Après, on sait qu'ils sont aussi en Centrafrique actuellement, qu'ils sont passés par le Soudan, par la Libye.
02:31Donc, on est sur un chiffre beaucoup plus élevé.
02:33Mais en l'occurrence, oui, en fait, c'est leur manière à eux de pouvoir s'installer,
02:37soit sur ces bureaux officieux, soit sur ce qu'on appelle les maisons russes non étatiques,
02:42qui sont finalement des centres culturels qui leur permettent d'être sous couverture.
02:46On ne va pas pouvoir se pencher, évidemment, sur le profil de chacun de ces agents russes.
02:50Quels sont ceux qui, selon vous, mériteraient un commentaire ?
02:53Là, en l'occurrence, celui que vous voyez à l'écran, Dimitri Volkov.
02:57Très intéressant parce que c'est quelqu'un qui n'était pas connu des experts de la désinformation,
03:01comme c'est le cas d'autres personnes qui font partie de ce réseau.
03:05Ce que vous voyez là, c'est une biographie qui est issue de la fuite de données.
03:09On voit qu'il a été recruté en février 2023.
03:14Très rapidement, il est devenu chef de la mission au Mali.
03:18Puis, c'est lui qui a mis en place tout ce réseau en Bolivie.
03:22De ce qu'on sait sur cette personne-là en particulier,
03:25c'est que le bureau en Bolivie a fermé en novembre 2025.
03:29Ça a été un échec pour eux.
03:31Et il semblerait que cette personne soit aujourd'hui en Centrafrique.
03:35Il y a un autre duo intéressant.
03:37C'est Maxime Chugalet et son interprète, entre guillemets, que vous mettez, Samir Swefane,
03:43qui ont œuvré, eux, en Libye et au Tchad.
03:45Est-ce que vous pouvez nous en dire un peu plus ?
03:47Oui, tout à fait.
03:48Alors, pour le coup, ce duo est assez connu de la sphère de la galaxie Prigogine.
03:52Donc là, vous voyez Maxime Chugalet, qui est considéré comme un sociologue, finalement,
03:58président de la Fondation des Valeurs Nationales.
04:00Et un film lui a été dédié, c'est ça ?
04:02Alors, plus qu'un film, vous avez une trilogie sur Maxime Chugalet de 2020.
04:07Là, en l'occurrence, c'est, je crois, le premier volet dont le trailer a été diffusé
04:13quand lui-même était en prison en Libye, à ce moment-là, en 2019.
04:17Parce qu'il s'est fait repérer ?
04:18Voilà, parce qu'il a été repéré sur place.
04:21Il a fini par être libéré.
04:23En 2024, il était au Tchad, pareil, avec son interprète.
04:29Et ils ont passé six jours en prison.
04:31Et ce qu'on a pu découvrir dans les documents, c'est qu'ils ont essayé vraiment de mettre
04:36en place toute une stratégie pour soutenir le président d'Eby, à l'époque.
04:42Et qu'à la suite de leur emprisonnement, et ça, c'est très intéressant, ce qu'on
04:47sait, c'est qu'il y a des agents, un agent du service des renseignements extérieurs
04:52russe qui a beaucoup œuvré pour leur libération.
04:55À chaque fois, le rôle de ces agents, c'est effectivement soit de soutenir un gouvernement,
05:01soit de manipuler l'opinion publique.
05:02Et vous expliquez que c'est partout un peu le même fonctionnement.
05:04C'est-à-dire qu'il recrute des contre-agents sur place pour leur fournir des informations,
05:09qu'il recrute des journalistes aussi pour manipuler l'opinion.
05:14Il recrute même des graffeurs.
05:16Ça a été le cas en Angola.
05:17Et ça, on le découvre ?
05:18Oui, tout à fait.
05:19En fait, dans la fuite de données, on a tous les tableaux, finalement, qui référencent
05:25toutes les actions qui ont été mises en place.
05:26Donc il y a la partie journaliste dont on a parlé la semaine dernière.
05:29Mais effectivement, il y a cette partie sur les graffeurs.
05:31Donc, par exemple, en Angola, vous allez avoir 3 400 dollars qui vont être dépensés
05:38pour que des graffes soient faits contre une visite de Biden dans le pays.
05:41En Angola, il y a aussi eu des graffes de mémoire contre l'Ukraine.
05:48Donc vous avez vraiment toute une palette d'outils qui sont utilisés par ces gens-là
05:52pour leurs opérations d'influence.
05:55Merci beaucoup, Léa Perruchon.
05:56On se rappelle qu'on peut retrouver votre travail sur le site de Forbidden Stories.
06:01Restez avec nous dans un instant.
06:02On passe à la question qui fâche.
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