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00:00On ouvre maintenant comme promis notre chapitre consacré à ce sommet mondial dédié à l'intelligence artificielle.
00:06Il s'achève ce vendredi en Inde, c'était le quatrième du genre.
00:10Côte à côte, chef d'État et de gouvernement, dirigeant de la tech, responsable d'organisations transnationales.
00:16Occasion pour les uns et les autres d'explorer, de raconter davantage cette technologie qui fascine autant qu'elle inquiète.
00:22Avant de retrouver notre invité, je vous propose d'écouter le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres,
00:27pour lequel l'IA ne saurait être réservée à un petit groupe de personnes uniquement.
00:34L'avenir de l'IA ne peut pas être décidé par une poignée de pays, ni laissé aux caprices de
00:41quelques milliardaires.
00:43L'année dernière, l'Assemblée générale de l'ONU a pris deux décisions primordiales,
00:48dont la création d'un panel scientifique indépendant international sur l'IA.
00:54Et je suis heureux d'annoncer que ce panel a été nommé.
00:59Ces 40 experts incarnent un message clair, l'IA doit appartenir à tout le monde.
01:05L'IA doit appartenir à tout le monde.
01:08Et avec nous, Charles Thibault, bonjour.
01:11Vous êtes chercheur associé à l'IRIS, spécialiste du numérique, maître de conférences à Sciences Po au Strasbourg.
01:18Que vous inspirent ces mots d'Antonio Guterres qu'on vient d'entendre ?
01:21Une IA pour tous, est-ce que c'est faisable ?
01:26Tout est faisable.
01:27Simplement, je crois qu'Antonio Guterres met le doigt sur un problème majeur,
01:31qui est en fait la raison pour laquelle aujourd'hui, l'IA est une technologie qui fascine tant.
01:37C'est-à-dire que depuis sa création, depuis les balbutiements de l'IA,
01:42on peut dire dès les années 40 avec le mouvement cybernétique aux États-Unis,
01:46l'IA n'a toujours eu qu'un but.
01:47C'est-à-dire améliorer ce que font les êtres humains en passant par leur substitution par des machines.
01:54Donc évidemment, ça veut dire quoi ?
01:55Ça veut dire que le but, à la fin, c'est de gagner en productivité
01:59par une substitution tendanciennement généralisée de machines, d'algorithmes, de logiciels aux êtres humains.
02:06Dans ces conditions, évidemment, on se pose la question de que vont faire tous ces êtres humains
02:10qui vont être laissés sur le bord de la route.
02:12Et là-dessus, Antonio Guterres a raison d'alerter,
02:14parce que jusqu'à présent, aucune réflexion sérieuse n'a été menée sur le sujet.
02:18Une gouvernance mondiale pour l'IA qui prendrait en compte,
02:22selon ce qu'a dit l'Inde, qui accueille le sommet, les 3P,
02:26« people, planet, progress », les gens, la planète et le progrès,
02:30ça semble faisable, mais techniquement, comment ?
02:34Et puis quels sont aussi les défis sur le plan politique ?
02:39Toute la question est ce qu'on dit, ce qu'on appelle par gouvernance.
02:42C'est-à-dire que si on parle de mettre en place des règles communes
02:46à l'échelle internationale, ce ne sont pas ces sommets qui vont changer la donne.
02:50Il existe déjà des instances internationales qui permettent de fixer
02:53un certain nombre de règles communes.
02:55Je pense par exemple à l'Organisation internationale de normalisation
02:58qui fait ça très bien.
03:00Non, je crois que ce sommet, si on parle de gouvernance,
03:03c'est peut-être au sens néolibéral du terme gouvernance,
03:06qui est en fait son terme original.
03:07C'est-à-dire l'idée que les États sont prêts à faire profession de foi
03:14pour dire que l'intelligence artificielle,
03:16comme n'importe quelle marchandise dans le reste du monde,
03:20sera gérée selon les règles de mondialisation.
03:23C'est-à-dire que les États resteront en retrait,
03:26ne réguleront pas de façon majeure la circulation des capitaux,
03:31la circulation de ces technologies.
03:33Et d'une certaine manière, c'est un plan sain dressé
03:36aux grandes entreprises du numérique, quelles qu'elles soient.
03:39D'ailleurs, c'est un petit peu le signe sous lequel a été placé ce sommet
03:43puisque tout en parlant effectivement de gouvernance mondiale
03:47et même de souveraineté, de troisième voie, etc.,
03:50on voit en fait que les partenariats menés à la fois par l'Inde
03:55et par la France avec les grandes entreprises du numérique états-uniennes
03:58sont reconduits, sont accentués.
04:00Et c'est dans cette direction qu'on se dirige.
04:03– Puisque vous parlez de troisième voie, Charles Thibault,
04:06on en revient à la question de la souveraineté des États.
04:09Ça, on le sait parce que les enjeux relatifs à l'IA
04:11sont étroitement liés à la souveraineté.
04:14Quelle souveraineté justement quand on est coincé
04:16entre les géants américains et chinois,
04:19malgré la place honorable, remarquable même,
04:22que peuvent s'occuper des pays comme la France ou l'Inde ?
04:24– Et puis il faudrait même parler de ces géants
04:29que sont les États-Unis et la Chine.
04:31Sont-ils véritablement souverains ?
04:33Quand on voit tous les efforts qu'ont déployés les États-Unis
04:36pour s'assurer un canal d'importation des semi-conducteurs
04:42depuis Taïwan à la fin de la première présidence Trump,
04:47au début de la présidence Biden,
04:49on voit bien que les États-Unis aussi sont gênés.
04:51Pourquoi ? Parce qu'au tout départ,
04:53il y a ne serait-ce que la question des matériaux stratégiques
04:55qui permettent de fabriquer ces semi-conducteurs essentiels
05:00aujourd'hui au plus qui font fonctionner
05:02les systèmes d'intelligence artificielle.
05:04Ces matériaux stratégiques, c'est notamment les terres rares.
05:06Et aujourd'hui, en gros, 90% du marché mondial
05:10est dominé par la Chine.
05:11Et en même temps, du côté des logiciels,
05:13là, ce sont les États-Unis qui sont prédominants.
05:16Donc en fait, on est dans un système d'interdépendance généralisée.
05:19Et dans ce cas-là, parler de souveraineté,
05:20il faut être extrêmement nuancé, extrêmement modéré,
05:23dans la mesure où, précisément,
05:25on ne peut pas arriver à un état d'indépendance absolu,
05:28que ce soit aux États-Unis, en Europe ou en Chine.
05:30– La souveraineté relative, on l'a compris.
05:32Charles Thibault, la France est au premier plan
05:34et a co-présidé le dernier sommet en France
05:37sur l'intelligence artificielle.
05:39Quelles sont, à votre connaissance,
05:41les priorités françaises en la matière ?
05:45– J'envoie deux, j'envoie deux.
05:47C'est-à-dire qu'à la fois sur un plan purement politique,
05:50je dirais même de communication politique,
05:52pour le président Macron, pour le gouvernement de manière générale,
05:55c'est de montrer que la France, aujourd'hui,
05:57est encore une terre d'accueil favorable aux investissements étrangers,
06:01des grandes firmes du numérique
06:03et des grandes firmes d'intelligence artificielle en particulier.
06:05Il y a un second point qui est celui de la régulation
06:08de la parole en ligne, de l'espace public en ligne,
06:11dans la mesure où, en particulier, je dirais,
06:14depuis l'épisode des Gilets jaunes,
06:15les réseaux sociaux ont été ciblés
06:18comme étant un élément subversif majeur
06:21pour les régimes politiques.
06:22Et c'est pour cette raison que le partenariat
06:25avec l'Inde est si important,
06:28c'est-à-dire l'idée de réussir à mettre en place
06:31au niveau international l'idée que la parole en ligne
06:34doit être régulée,
06:36que tout ne peut pas être dit sur les réseaux sociaux.
06:39Et c'est un petit peu, d'une certaine manière,
06:40le point d'irréductibilité
06:44de ce processus d'autolimitation de l'État
06:47et de blanc-seing laissé aux grandes entreprises numériques.
06:50Là-dessus, les États disent
06:51non, on ne laissera pas passer
06:53parce que c'est la stabilité de nos régimes qui est en jeu.
06:57Rapidement, Charles Thibault,
06:58chaque fois qu'il est question d'intelligence artificielle,
07:01se pose la question du coût écologique,
07:03notamment des data centers, des centres de données.
07:07De ce point de vue,
07:08est-ce qu'il y a eu quelques bonnes nouvelles
07:10qui soient arrivées de l'Inde ?
07:15En tout cas, ce qui est certain,
07:17c'est que le problème a été pris,
07:19en tout cas en considération,
07:21par les grands États du monde.
07:24Aujourd'hui, il n'est plus possible de dire
07:25que l'intelligence artificielle n'a aucun impact écologique.
07:28Au contraire, comme le numérique,
07:29de manière générale,
07:30son impact est sans aucun doute majeur.
07:33De là à dire que des initiatives seront prises
07:35pour aller plus loin dans un numérique,
07:39une intelligence artificielle plus verte.
07:41Je crois qu'il faut rester mesuré
07:42à la même mesure que pour les différentes conventions
07:47sur le climat
07:48qui ont donné des résultats très modérés du cas présent.
07:51Merci beaucoup Charles Thibault
07:52d'être intervenu sur notre antenne,
07:54chercheur associé à l'IRIS,
07:56spécialiste du numérique,
07:57maître de conférence à Sciences Po Strasbourg.
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