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Christiane Bouvart nous propose de découvrir le destin d'Adèle Paturle, jeune héritière du XIXè siècle et de son père Jacques Paturle, industriel.
Première partie
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00:00Eh bien, je suis venue vous présenter pour la magazine de Beffrois Vision
00:04deux personnes que l'on connaît peut-être au catho,
00:08mais que l'on ne connaît sûrement pas très bien.
00:10Il s'agit de Adèle Paturle et de Jacques Paturle.
00:14Les deux ont donné leur nom à l'hôpital Paturle,
00:18très ancien et très connu.
00:20Bon, actuellement, il a perdu son nom,
00:22mais une arche devant l'entrée conserve encore une inscription
00:25avec les noms de Adèle et Jacques.
00:29Alors, avant de vous présenter toute cette histoire
00:31de cette famille Paturle qui a été riche et influente au XIXe siècle,
00:38je voudrais un peu vous dire ma démarche,
00:41ce qui m'a donné cette idée, en fait.
00:44Je ne connaissais pas grand-chose de Adèle
00:47et surtout, on n'avait aucun portrait d'elle.
00:50À quoi ressemblait-elle ? On ne le sait pas.
00:53À son époque, la photographie n'était pas encore développée
00:56et puis elle a eu une vie assez brève,
01:00donc on n'a pas de portrait d'elle.
01:02Si elle avait vécu, on aurait sûrement eu un beau portrait,
01:05une belle peinture.
01:06Alors, le seul témoignage que l'on ait d'elle,
01:09c'est un petit buste de marbre.
01:11Voilà, c'est une mauvaise photocopie qui m'avait été transmise
01:19par un descendant de la famille Paturle,
01:22qui était une fois passée comme ça au catho.
01:24Et il avait déposé quelques renseignements sur la famille,
01:27dont le portrait de ce petit buste en marbre d'une jeune femme
01:32avec la coiffure caractéristique de son époque,
01:35le chignon haut relevé.
01:36Il est en marbre blanc et il a été très très longtemps présent dans l'hôpital.
01:42À ce jour, on ne le retrouve pas, malheureusement.
01:45J'ai constaté quand même qu'il était encore présent en 1972.
01:50C'est au moment où on a démoli l'ancien hôpital,
01:54le vieux bâtiment dont beaucoup de cathésiens se souviennent certainement,
01:58pour construire le nouvel hôpital.
02:00Donc, ce buste a malheureusement disparu.
02:03Il y avait aussi une petite miniature d'Adèle.
02:05Alors, je vais quand même aussi vous énumérer l'autre document qui m'était parvenu.
02:10Il s'agit d'une liste,
02:13liste de la donation de Mme Veuve Paturle à l'hôpital
02:18en souvenir de son mari et de sa fille.
02:21Et c'est dans son testament qui est daté de 1859.
02:27Tous ces objets avaient été remis à l'hôpital du catho.
02:31Alors, il y avait le grand portrait de M. Paturle,
02:35le grand portrait et la miniature de ma fille Adèle,
02:39mon grand portrait,
02:41le grand portrait de ma mère et le petit,
02:44le petit portrait de mon père,
02:46le buste en marbre de ma fille,
02:48voilà, on retrouve le buste,
02:50le grand cadre des cheveux de ma fille,
02:52ça, ça se faisait beaucoup au XIXe siècle,
02:55« Trois petits cadres de cheveux,
02:57dont un de mon mari,
02:59la croix de la Légion d'honneur de mon père,
03:01la croix d'officier de la Légion d'honneur de mon mari,
03:05le tableau de la Vierge en chaise dessiné par moi,
03:09la montre de mon père avec cachet,
03:11et l'album des lettres de ma fille avec les originaux. »
03:17Il y avait les lettres, donc, un paquet de lettres,
03:20et Mme Paturle avait recopié toutes ces lettres
03:23qui étaient quotidiennes à une certaine époque,
03:26époque où Adèle quitte sa mère,
03:28elle avait recopié ces lettres, donc, dans un cahier relié.
03:32Il y avait également la ceinture de mariée de ma chère fille,
03:36son anneau de mariage et son paroissien,
03:39c'est-à-dire son micelle pour aller à la messe.
03:41Voilà.
03:42Donc, cette mystérieuse donation,
03:44on ne sait pas ce qu'elle est devenue.
03:47Donc, ça a été le point départ de ma recherche, n'est-ce pas ?
03:53Depuis, on avait à la bibliothèque aussi une copie
03:56d'un document fort intéressant
03:58qui avait été écrit par un descendant de la famille Paturle,
04:02il s'agit de Jean-Camille Paturle, en 1953,
04:07et c'est ce qu'on appelle un livret de famille.
04:11Ce n'est pas un livre qui a été édité,
04:13c'est un livre qui retrace la généalogie de tous les Paturles
04:18jusque dans les années 50.
04:20Il y a 200 Paturles qui sont énumérés dans ce livre
04:24et il y a plusieurs pages, bien sûr, sur Jacques Paturle,
04:27qui est la célébrité de la famille.
04:30Et puis, sur une autre célébrité,
04:32dont je dirais peut-être quelques mots, Paul Paturle.
04:35Alors, ce livre, tout à fait par hasard,
04:37je l'ai trouvé pour une somme vraiment extrêmement modique
04:39sur Internet, et donc la bibliothèque va pouvoir bénéficier d'un original.
04:44C'est un très beau livre, bien soigné, très bien écrit, très rigoureux.
04:50C'était un excellent généalogiste.
04:53Donc, on a l'histoire de la famille Paturle,
04:55que je vais maintenant aborder.
04:58Elle remonte, bon, à peu près au XVIIe siècle,
05:01à Lyon.
05:02Ils sont lyonnais.
05:05Donc, le premier Paturle qui est mentionné,
05:10ça va être un certain Simon Paturle, en 1590.
05:15Et ce Simon Paturle, il est marchand orfèvre,
05:18puis maître des métiers.
05:19Il a dix enfants.
05:21Ensuite, on va trouver les autres Paturles,
05:25qui sont toujours orfèvres.
05:27Alors, les orfèvres travaillaient le métal à cette époque-là,
05:30dans le cadre des corporations.
05:32Métal précieux, l'or, l'argent, le cuivre,
05:35mais aussi, éventuellement, les pierres fines,
05:37ou les émeaux, ou d'autres pierres.
05:42Alors, ensuite, on retrouve un deuxième Simon.
05:44Lui, il a 15 enfants.
05:45Un Jean-Jacques qui a 11 enfants.
05:49Là, on est au XVIIe siècle.
05:51Un Claude, le premier Claude, qui a 10 enfants,
05:54à la fin du XVIIe siècle.
05:55Un deuxième Claude qui a 11 enfants.
05:58Ensuite, un Pierre, au XVIIIe siècle, début 1910.
06:02Et nous arrivons, enfin, à celui qui nous intéresse,
06:06qui est Jacques Paturles.
06:08Il naît en 1779, donc sous l'Ancien Régime.
06:12Et il meurt en 1858.
06:16Alors, il est présenté comme manufacturier,
06:20c'est-à-dire, il s'occupait d'une usine.
06:23On appelait à l'époque les usines les manufactures.
06:26Il a été député, il a été père de France.
06:29Il était également officier de la Légion d'honneur.
06:33Alors, sa carrière va marquer une rupture complète
06:36avec ses ancêtres.
06:38Parce que tous ses ancêtres étaient orfèvres.
06:40Et ils étaient maîtres orfèvres.
06:42Ils étaient même directeurs, un peu,
06:44de la corporation des Orfèvres de Lyon.
06:48Donc, c'était une famille bourgeoise,
06:49bien établie, mais une famille bourgeoise de province.
06:53Et lui, eh bien, il va travailler très, très tôt.
06:58Il va se lancer dans la carrière commerciale.
07:01Très jeune.
07:02Et il va de...
07:04C'est une rupture.
07:05Il a vraiment ce qu'on appelle l'esprit de l'entreprise.
07:09Alors, peut-être, mais ça, c'est une hypothèse de ma part,
07:12peut-être qu'après la Révolution,
07:15le marché de l'orfèvrerie se portait moins bien.
07:18Parce qu'il faut savoir que beaucoup de commandes
07:22des pièces d'orfèvrerie étaient faites par l'Église,
07:25pour tous les objets de culte, par exemple.
07:27Et que la Révolution a certainement marqué une rupture.
07:31Donc, voilà.
07:32Ou alors, il aimait le commerce, et puis c'est tout.
07:35Voilà.
07:39Alors, très tôt, donc, il devient employé
07:43dans un magasin de commerce de Lyon.
07:48Il s'associe avec une autre personne.
07:51La société s'appelle Labite et Paturle.
07:54C'est en 1800.
07:56Et très rapidement, c'est lui qui va prendre le contrôle
07:59de cette entreprise.
08:01Alors, j'ai oublié de dire un petit peu avant,
08:03il s'est marié.
08:05Alors, il y a d'abord un premier mariage.
08:08Il s'est marié deux fois.
08:09Donc, premier mariage en 1801,
08:12avec une certaine Françoise Sorschamp,
08:15qui est une Lyonnaise.
08:16Et il a de ce mariage deux filles.
08:19Julia, qui va par la suite épouser Charles Lupin.
08:24Et Charles Lupin travaillera avec Jacques Paturle.
08:28Et ensuite, Edwina.
08:30Donc, les deux filles, Julia et Edwina,
08:32nous retrouveront Julia par la suite.
08:35Mais il divorce.
08:36Il divorce en 1812,
08:40ce qui n'est pas si courant que ça à l'époque.
08:43Le divorce est encore nouveau,
08:44puisque le mariage avait été réorganisé
08:47sous la Révolution en 1792.
08:50Donc, le divorce était apparu seulement
08:52depuis pas très longtemps,
08:53quand il divorce, en fait.
08:55Et désormais, c'est le mariage civil
08:58qui prime sur le mariage religieux.
09:00Mais le mariage religieux a été rétabli
09:03après une éclipse pendant la Révolution.
09:06Alors, donc, il divorce.
09:08Et par la suite, assez rapidement,
09:10en 1813,
09:11il va épouser une certaine Sophie Claudine Lupin.
09:15Elle est originaire de Lyon.
09:17Et c'est, on retrouve le nom de Lupin,
09:19c'est la sœur de Charles Lupin.
09:22Donc, en fait, Charles Lupin,
09:23qui était son gendre,
09:25mari de sa fille,
09:26va devenir également son beau-frère.
09:29Bon, voilà.
09:31Et ils vont travailler ensemble.
09:33D'ailleurs, par la suite,
09:35Charles Lupin viendra dans le Nord.
09:37Il achètera un château à Beauvois
09:39qui a existé jusqu'à il n'y a pas si longtemps,
09:41je pense,
09:41mais qui ne doit plus exister.
09:44Alors, sa carrière dans le commerce
09:45donc démarre très tôt,
09:46comme je l'avais dit, à 21 ans.
09:48Et quelques années après,
09:50dès 1810,
09:51eh bien, il va fonder,
09:52il a sans doute réuni un capital
09:54assez conséquent,
09:56eh bien, il va fonder une manufacture
09:59à Frénois-le-Grand.
10:01Frénois-le-Grand,
10:02c'est pas loin du château,
10:03c'est près de Saint-Quentin.
10:05Cette manufacture va rapidement être d'ailleurs
10:08transférée au château en 1818.
10:11Et que fabrique-t-elle ?
10:13Eh bien, elle fabrique,
10:14elle travaille la laine
10:15et elle fabrique essentiellement
10:17des châles et des mérinos.
10:19Alors, les châles, à l'époque,
10:20c'était vraiment la grande, grande mode.
10:22Toutes les femmes s'enveloppaient
10:25dans des grands châles en cachemire
10:28qui étaient des objets assez luxueux.
10:31Alors, à l'époque,
10:32comment ça fonctionnait,
10:33cette activité textile ?
10:36Il faut savoir qu'il y avait d'abord
10:38le peignage,
10:39puis la filature,
10:40et enfin le tissage.
10:42Mais on travaillait encore à la main,
10:44à domicile, essentiellement.
10:47Et c'est peut-être d'ailleurs
10:48une des raisons pour lesquelles
10:50Jacques Patu n'a pas investi à Lyon.
10:52Nous verrons pourquoi par la suite.
10:54Parce qu'à Lyon,
10:55la population ouvrière,
10:57la population des canuts,
10:59on les appelle les canuts,
11:01les ouvriers de la soie,
11:02était assez remuante.
11:03Et la population du Nord,
11:05eh bien, mon Dieu,
11:05elle était beaucoup plus tranquille.
11:07Et surtout,
11:07comme elle était très nombreuse,
11:09très très nombreuse,
11:10elle réclamait des salaires
11:12beaucoup plus bas.
11:13Donc, il investit,
11:15donc à Frénois-le-Grand,
11:16puis au Cato.
11:18Et c'est l'époque aussi
11:20où ce travail à la main,
11:22où des espèces de facteurs
11:24apportaient la matière première
11:25et les gens la filaient,
11:28et ensuite,
11:29elle était tissée,
11:32va progressivement se mécaniser.
11:35C'est la révolution industrielle
11:36dont je parlerai.
11:38révolution industrielle
11:39qui nous vient d'Angleterre,
11:41bien sûr.
11:41Les premières machines arrivent.
11:44Donc, la première peigneuse mécanique,
11:47qu'on appelle la vaudoise,
11:48a été mise au point
11:50par Jacques Peturle
11:51et Auguste Sédoux.
11:52C'est son associé.
11:54Auguste Sédoux arrive
11:55avec Charles Sédoux.
11:56Ils sont associés.
11:58Ils sont tous deux protestants.
12:00Ils viennent de Suisse
12:00et ils sont associés.
12:02Cette fameuse usine,
12:03cette manufacture
12:04qu'il a créée au Cato,
12:05va devenir la grande usine Sédoux
12:09que l'on connaît bien
12:10et dont on a souvent parlé
12:11à Baie-Frois-Vision.
12:14Cette mécanisation,
12:15elle avance très vite.
12:18Arrive en 1844
12:19ce qu'on appelle
12:20la peigneuse Hellmann,
12:22qui est beaucoup plus performante.
12:24Elle vient d'Angleterre,
12:25mais elle est perfectionnée,
12:26toujours Auguste Sédoux
12:28et Jacques Peturle.
12:29Et à l'époque,
12:30cette manufacture,
12:32c'est la plus importante
12:33de France.
12:34Ça, on a peine à l'imaginer,
12:37mais c'était le cas.
12:39Cette activité de laine
12:41était une activité de pointe
12:43à l'époque,
12:44une activité nouvelle
12:45qui utilisait la laine
12:48des moutons mérinos,
12:49qui étaient de meilleure qualité.
12:51Alors, on l'importait d'Australie
12:53et on commençait à essayer
12:55d'élever des moutons mérinos
12:57en France.
12:57Et Jacques Peturle
12:58va avoir un rôle également
12:59dans ce domaine.
13:01Il se caractérise
13:03par l'innovation,
13:05il encourage l'innovation,
13:07il est très actif,
13:09ça marche très bien.
13:11Alors, le fameux magasin
13:12de vente de tissus à Lyon
13:14est reconverti
13:15en magasin de vente
13:17des produits dans le Nord.
13:19Et je vais citer
13:21le chiffre approximatif
13:22des ouvriers
13:23qu'il faisait travailler.
13:24Eh bien, il est proprement parlé,
13:26à proprement parler,
13:27incroyable,
13:28puisqu'on cite
13:30plus de 10 000 ouvriers
13:32en usine
13:33ou à domicile.
13:34Bon, peut-être certainement
13:35pas tous à temps complet,
13:36mais 10 000 ouvriers,
13:38c'était vraiment énorme.
13:40Alors, évidemment,
13:41il bâtit une fortune
13:42avec tout ce travail.
13:45Il va aussi,
13:47par la suite,
13:48développer une carrière politique.
13:49Il devient député du Nord
13:51en 1830,
13:53député de Paris
13:54du 8e arrondissement.
13:55et il va être élevé
13:58à la Péry
13:58par le roi Louis-Philippe
14:00sous la monarchie de Juillet.
14:03J'essaierai d'en parler
14:04un petit peu.
14:05La Péry,
14:06on va y retrouver
14:06des gens comme
14:07le maréchal Mortier,
14:08le maréchal Clark,
14:09natif de Cation.
14:11On va y retrouver
14:13également Victor Hugo,
14:15par exemple.
14:16Alors, c'est une institution
14:17très ancienne
14:18qui vient du Moyen Âge
14:19et qui rassemblait
14:21les nobles conseillers du roi
14:23qui avaient été abolis
14:24à la Révolution
14:24et que Louis-Philippe
14:27recréait, en fait,
14:28à cette époque.
14:30Et les Pères,
14:31c'était les personnages
14:32les plus titrés de France.
14:34Donc, ça montre bien
14:35qu'à cette époque,
14:37la richesse,
14:38ça valait l'aristocratie.
14:41C'est plutôt
14:42la nouvelle aristocratie.
14:43Je crois que c'est une chose
14:44qui est très bien ressentie
14:46dans des romans
14:47que l'on connaît très bien,
14:49qui ont été souvent adaptés.
14:50Il y a le comte de Montecristo
14:52où on voit Montecristo
14:53devenu subitement
14:55très très riche
14:56et il arrive à Paris,
14:57toutes les portes
14:58s'ouvrent devant lui.
15:00On s'incline devant la richesse.
15:02Et puis, il y a un autre roman,
15:03c'est Les illusions perdues
15:05de Balzac,
15:05dont le film est passé récemment
15:07à la télévision.
15:08Et on voit,
15:10on est à une époque
15:11de liberté de la presse,
15:12on voit les journaux,
15:13mais les journaux
15:14peuvent être achetés
15:16par les riches
15:16qui peuvent se faire faire
15:17des articles complaisants
15:19pour lancer une pièce
15:20de théâtre,
15:21un film, etc.
15:23C'est l'époque
15:24de l'argent roi.
15:25C'est une époque nouvelle
15:26que j'essaierai d'évoquer.
15:28Alors, à cette époque,
15:31Jacques Patule
15:32vient encore dans le Nord,
15:33mais assez peu.
15:34En fait,
15:35il va se reposer entièrement
15:37sur les deux frères Cédoux,
15:39Auguste et Charles,
15:40qui vont faire leur carrière,
15:42surtout Auguste.
15:43Et Jacques Patule,
15:45par contre,
15:45il réside à Paris.
15:47Il s'est acheté
15:47un très bel hôtel
15:49au 21 de la rue Paradis Poissonnière,
15:52avec cinq grands salons
15:54où il donne des réceptions
15:56extrêmement brillantes.
15:58Alors,
16:00ce local,
16:01par la suite,
16:02va devenir les bureaux
16:04de l'entreprise Cédoux à Paris.
16:06Et je me souviens
16:08que quand Antoine Cédoux,
16:10qui avait fait l'histoire
16:11de la famille Cédoux,
16:12dans un ouvrage,
16:14avait parlé de la vente
16:15de cet hôtel
16:16au moment de la liquidation
16:18de l'entreprise,
16:19il nous avait appris
16:21que cette vente
16:22avait plus rapporté
16:23que la vente de l'usine.
16:26Alors,
16:28il y a deux aspects,
16:29là, quand même.
16:30Je vais faire
16:30un petit intermède,
16:32une petite pause.
16:33Il y a l'aspect
16:35brillant,
16:36la vie brillante,
16:37la richesse
16:38ou la monarchie de Juillet
16:39à Paris,
16:40les fêtes,
16:41les festins,
16:42les balles,
16:42les réceptions.
16:43Et puis,
16:43de l'autre côté,
16:44il y a la misère ouvrière.
16:47Ces 10 000 ouvriers,
16:48ils avaient des salaires
16:50qui étaient extrêmement bas.
16:52Ce n'était même pas
16:53de l'ordre de 1 franc par jour.
16:55Et ils travaillaient
16:5614 heures par jour.
16:57Alors,
16:58j'introduirai mon propos
16:59par une très belle citation
17:01de notre grand Victor Hugo.
17:04C'est de l'enfer des pauvres
17:06qu'est fait
17:07le paradis des riches.
17:09Alors,
17:10on a un très joli récit
17:11d'un bal
17:12qui est donné
17:13par Jacques Patur
17:14en 1832
17:15dans une lettre.
17:16C'est un participant
17:17qui raconte.
17:18La description est enthousiaste.
17:21Il parle de toutes
17:21les voitures qui arrivent.
17:23Alors,
17:23on a mobilisé
17:24la marée chaussée
17:24pour réguler tout ça.
17:26Il y a des princes,
17:27des ducs,
17:28des marquis.
17:29Et il y a Casimir Périer
17:31dont je reparlerai
17:32et ses deux fils,
17:33notamment.
17:34Il y a un orchestre,
17:35un buffet,
17:36les salons sont décorés,
17:38etc.
17:39Alors,
17:40je vais vous citer
17:40un petit passage
17:41parce qu'il concerne
17:42la fille de Jacques Patur
17:44Adèle,
17:45la fille unique.
17:45« J'avais oublié
17:48de vous nommer
17:48la reine du bal.
17:50De la vie unanime,
17:51il n'y a eu qu'une voix
17:53pour désigner
17:54Mademoiselle Patur
17:55Adèle Patur
17:57Elle était superbe,
17:59c'est le mot.
17:59Il y avait dans sa mise
18:01entièrement dénuée
18:02d'ornements
18:03un raffinement
18:04de coquetterie
18:05par son extrême simplicité.
18:07Enfin,
18:08tout le monde était
18:09en contemplation
18:10devant elle. »
18:11Voilà.
18:12Donc,
18:13cette image
18:14d'Adèle,
18:15une belle jeune fille
18:17qui va bientôt
18:19se marier.
18:20Alors,
18:20parallèlement,
18:21je vais évoquer aussi
18:23assez brièvement
18:25ce qui se passait
18:26à Lyon,
18:26là notamment
18:27en 1831
18:28et en 1834,
18:30parce qu'il y en a eu deux,
18:31c'est ce qu'on a appelé
18:32les révoltes
18:33des canuts.
18:34Les canuts,
18:35c'était les ouvriers
18:36qui travaillaient
18:37dans la soie.
18:38Ils étaient
18:40majoritaires
18:40dans ce qui n'était pas
18:41alors un quartier
18:43mais une commune,
18:44la Croix-Rousse.
18:45Alors,
18:45il y avait les fabricants
18:46qui déposaient
18:48la matière première,
18:49qui achetaient
18:50la matière première
18:50et la donnaient
18:51à travailler
18:52et puis ensuite
18:53la commercialisaient,
18:55les étoffes
18:55ou les autres,
18:57d'ailleurs parce que
18:57c'était très varié,
18:58il y avait énormément
18:59d'activités,
19:00il n'y avait pas
19:01que le tissu soie,
19:02il y avait aussi
19:03la passementerie,
19:04enfin,
19:04toutes sortes
19:05de réalisations.
19:07Après,
19:08il y avait
19:08les tisserands,
19:09les tisserands
19:11qui dirigeaient
19:13donc ces métiers
19:14à tisser manuels
19:15à leur domicile
19:16et surtout
19:17les compagnons
19:18qui eux
19:18étaient très très
19:19peu payés
19:20et d'ailleurs
19:21travaillaient
19:21et vivaient
19:22dans la maison
19:23des tisserands.
19:24Alors,
19:24en 1831,
19:25il y a une crise,
19:27quand il y a une crise,
19:28c'est simple,
19:29les commandes baissent
19:30et ils n'ont plus
19:30de salaire
19:31et ils meurent
19:32pratiquement de faim.
19:34Alors,
19:35ça commence
19:35par des manifestations,
19:37ils révoltent,
19:38de révolte
19:39extrêmement violente
19:41puisqu'elle va faire
19:41169 morts,
19:43c'est quand même
19:44considérable.
19:45Alors,
19:45à Paris,
19:45quand on apprend
19:46la nouvelle,
19:47on est titanisé,
19:48c'est la révolution,
19:50il faut faire quelque chose.
19:51Alors,
19:52c'est Casimir Périer
19:53qui est ministre
19:53à ce moment-là,
19:54il envoie simplement
19:5520 000 hommes,
19:57une armée,
19:57donc,
19:57de 20 000 hommes
19:58avec le duc d'Orléans
20:00qui est le fils du roi
20:01et le maréchal Soult,
20:03vieille gloire
20:04napoléonienne.
20:05C'est la répression
20:06très dure
20:07et voilà,
20:09donc,
20:09le mouvement
20:10se termine
20:10au bout
20:11de quelques jours.
20:13Mais il va repartir
20:15en 1834
20:16et cette fois-ci,
20:17les Républicains
20:18sont là.
20:19Au départ,
20:19c'est une révolte
20:20corporatiste
20:21uniquement des canuts.
20:22Mais en 1834,
20:24les Républicains
20:25vont entretenir
20:26aussi le soulèvement
20:27et la révolte.
20:28Et cette fois-là,
20:28il sera encore pire
20:29puisqu'il y a même
20:30321 morts.
20:45Et rue Transnona,
20:46il y a ce qu'on appellerait
20:47de nos jours
20:48un crime de guerre
20:49puisque un coup de feu
20:51est tiré devant une maison,
20:53la troupe rentre
20:54dans la maison
20:55et tue 16 personnes,
20:58hommes, femmes et enfants,
20:59de cette maison.
21:00Donc ça a fait scandale
21:02quand même dans les journaux.
21:05Et voilà.
21:06Alors c'est
21:07les deux phases
21:08de cette époque.
21:10Cette époque,
21:11elle est intéressante.
21:13C'est la monarchie
21:15de Juillet.
21:17Bon, il y a eu,
21:18après la révolution,
21:19vous savez qu'il y a eu
21:19l'Empire.
21:20L'Empire s'est effondré
21:22en 1814
21:23avec la première
21:24abdication de Napoléon.
21:25Je vais faire
21:25un petit cours d'histoire
21:27parce que l'histoire
21:28est tellement chahutée
21:29à cette époque
21:30qu'on a du mal
21:31à s'y retrouver.
21:32Alors, il y a l'épisode
21:33des 100 jours
21:34en 1815
21:35où Napoléon revient
21:37mais ça ne dure pas longtemps
21:38et ça se termine
21:40par le désastre
21:40de Waterloo.
21:41Donc, succès
21:43d'une période
21:44que l'on appelle
21:44la restauration
21:46avec la monarchie
21:47qui rétablit
21:48les Bourbons.
21:49C'est Louis XVIII
21:50qui est roi.
21:52Ils font régner
21:53ce qu'on a appelé
21:54la terreur blanche,
21:55c'est-à-dire
21:55qu'ils se vengent
21:56un peu
21:57des révolutionnaires
21:58et surtout
21:58des napoléoniens
22:01et c'est la monarchie
22:02qui revient.
22:04Louis XVIII
22:05va mourir
22:06en 1824,
22:07c'est Charles X
22:07qui lui succède.
22:08Charles X,
22:09lui,
22:09il est encore pire,
22:10il est plus raide,
22:11plus intolérant,
22:12plus rigoriste
22:14que Louis XVIII
22:15et tout ça
22:15se termine
22:16par la révolution
22:17de 1830
22:18où le roi
22:20doit se sauver
22:20de Paris
22:21et abdiquer.
22:22Avec cette célèbre,
22:23ça se termine
22:24par ce qu'on a appelé
22:25Les Trois Glorieuses,
22:26Trois Journées
22:27et vous connaissez sûrement
22:29le célèbre tableau
22:30de Delacroix,
22:31La liberté guidant le peuple,
22:33c'est cet épisode
22:34en 1830.
22:35En 1830,
22:36c'est la monarchie
22:38de Juillet,
22:38c'est l'époque
22:39de Jacques Paturl
22:40et d'Adèle Paturl.
22:42Ce ne sont plus
22:43les Bourbons,
22:44ce sont les Orléans
22:45qui sont rois de France,
22:47ils ne sont plus
22:47rois de France,
22:48ils sont rois des Français,
22:50ça change beaucoup
22:50de choses
22:51puisque ça n'est plus
22:53une monarchie absolutiste,
22:55c'est une monarchie
22:56parlementaire.
22:57D'ailleurs,
22:58le roi ne gouverne
22:59plus seul.
22:59À côté,
23:00il y a un parlement.
23:01On a appelé d'ailleurs
23:03Louis-Philippe
23:03le roi bourgeois.
23:07Les libéraux
23:08sont actifs.
23:10Alors,
23:10les libéraux
23:11étaient encore
23:11monarchistes
23:12et va devenir ministre
23:15donc ce Casimir Périer
23:17que j'avais déjà évoqué.
23:19Alors,
23:20Casimir Périer,
23:21en fait,
23:21il fait partie
23:23d'une dynastie
23:24de Périer.
23:26Il est certainement
23:27en relation
23:28avec Jacques Paturl.
23:29C'est un homme
23:30très riche.
23:31Son père a créé
23:32la Banque de France.
23:33Lui-même est régent
23:34de la Banque de France.
23:37Et il va gouverner,
23:38il va être à la fois
23:39premier ministre
23:40et président du Conseil.
23:41Il va gouverner
23:42de 1831
23:44à 1832.
23:45Alors,
23:45c'est très bref,
23:46me direz-vous.
23:47Eh bien,
23:48le malheureux,
23:48il attrape le choléra
23:50parce qu'à l'époque,
23:531832,
23:54l'épidémie de choléra
23:55qui venait d'Inde
23:56arrive tout doucement
23:56en France
23:57et elle fera des ravages
23:58absolument terribles.
23:59Donc,
24:00il est allé les visiter
24:01à l'Hôtel-Dieu
24:02et il meurt du choléra.
24:04Donc,
24:04son ministère
24:05n'a duré que deux ans
24:07et il a été très important.
24:10C'est un homme politique
24:11tout à fait remarquable.
24:13C'était ce qu'on appelle
24:14un libéral.
24:15C'est l'époque
24:15où le libéralisme
24:17se développe.
24:18Alors,
24:19le libéralisme
24:21souhaitait
24:21l'ordre
24:22à l'intérieur,
24:23l'ordre avant tout
24:24pour commercer
24:25et faire de l'industrie
24:27sans règlement
24:28et puis la paix
24:29à l'extérieur.
24:30C'était leurs deux axes.
24:33Voilà.
24:34Alors,
24:34c'est une période
24:35vraiment d'expérimentation
24:37entre la monarchie,
24:38le parlementarisme
24:39et c'est une époque
24:40où il y a,
24:41comme je le disais,
24:42la richesse est très importante
24:43mais il y a des places
24:44à prendre.
24:44Il y a un renouvellement
24:46du personnel politique
24:48et Casimir Périer
24:50et Jacques Pâture
24:53le vont en faire partie.
24:56Voilà.
24:57Alors,
24:58c'est une époque
25:01qui est marquée
25:02par,
25:03comme je le disais aussi,
25:05la révolution industrielle
25:06avec donc l'apparition
25:08de ce qu'on appelait
25:09le paupérisme,
25:10c'est-à-dire la pauvreté.
25:12C'est l'époque
25:13où Karl Marx
25:13théorise
25:14la théorie du capital,
25:16du capitalisme,
25:17mais c'est l'époque aussi,
25:18je vais simplement citer
25:20un aspect particulièrement révoltant,
25:22c'est l'époque
25:22du travail des enfants.
25:24La seule loi
25:25que ces libéraux,
25:27la monarchie de Juillet,
25:29vont faire en 1841,
25:31suite à un rapport
25:33qui avait dénoncé
25:34les conditions de travail
25:35des enfants,
25:35ils vont interdire
25:36le travail des enfants
25:38mais seulement
25:39au moins de 8 ans
25:40et ils vont interdire
25:42également le travail
25:42de nuit
25:43au moins de 13 ans.
25:44Mais c'est tout,
25:45c'est tout.
25:46Donc les enfants
25:47travaillent encore
25:48à cette époque
25:49et les ouvriers
25:49ont des conditions
25:50vraiment terribles.
25:55La monarchie,
25:56quand Casimir Périer
25:57disparaît,
25:58la monarchie devient
26:00plus autoritaire
26:01parce que Louis-Philippe
26:01récupère un petit peu
26:02le pouvoir.
26:03Il avait été mis
26:04un peu de côté
26:04par son ministre
26:05qui était très en vue
26:07et tout ça aboutit
26:09à la révolution
26:10de 1848.
26:11Donc ce régime,
26:12la monarchie de Juillet,
26:13va tomber en 1848
26:15et la République
26:15va s'installer.
26:17Et c'est l'époque
26:18d'ailleurs
26:18où Jacques Paturl,
26:19qui était monarchiste,
26:21qui était libéral,
26:22n'était pas républicain,
26:24Jacques Paturl
26:24va quitter la politique
26:26à cette époque-là.
26:27C'est une époque
26:28donc de transition
26:29très chahutée
26:31où il y a des places
26:32à prendre.
26:33C'est une époque
26:34marquée aussi
26:35sur le plan culturel
26:37par ce qu'on appelait
26:38le romantisme
26:39entre 1820
26:41et 1840.
26:43Alors la littérature,
26:45on a vraiment
26:46les grands noms
26:47de la littérature.
26:48Je vais citer
26:49quelques noms,
26:49vous allez reconnaître
26:50les grands classiques
26:51que l'on étudie
26:53maintenant
26:53dans les lycées.
26:55Lamartine,
26:56Alfred de Vigny,
26:57Marcel-Nil des Bordes-Valmor,
26:59qui était une douésienne
27:00d'ailleurs,
27:01Prosper Mérimé,
27:02Alexandre Dumas,
27:04Théophile Gautier,
27:05et autres.
27:06En peinture,
27:08on a aussi
27:08un mouvement artistique
27:10très fort
27:11avec Delacroix
27:12et Géricault.
27:13Avec,
27:14ça succède
27:15à l'art de l'Empire
27:16qui était très figé,
27:18qui imitait
27:19l'art antique
27:20avec David,
27:21tout ça.
27:22Delacroix,
27:22Géricault
27:23vont faire un art
27:24beaucoup plus dynamique,
27:26bouillonnant,
27:27avec des couleurs éclatantes,
27:28des grandes scènes historiques,
27:30des grands sentiments
27:32représentés
27:33avec beaucoup
27:34de sensibilité.
27:37Alors,
27:38je viens d'évoquer
27:39la peinture
27:40qui était importante
27:41dans la vie
27:42de Jacques Paturle
27:42et de sa famille.
27:44J'ai parlé
27:45des peintres,
27:46des grands peintres
27:47que l'on connaît
27:47encore aujourd'hui,
27:48Géricault Delacroix,
27:49mais il y a également
27:50deux autres peintres
27:52très proches
27:53de Paturle
27:54et qui,
27:54à son époque,
27:57étaient vraiment
27:58même plus connus
28:00que chez Géricault Delacroix.
28:02Mais ça,
28:02je crois que j'ai
28:03le réservé
28:04pour le prochain magazine,
28:05la suite du magazine
28:07qui repassera,
28:08je pense,
28:08dans la continuité
28:09de la première émission.
28:11de la première émission.
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