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  • il y a 2 jours
Tous les jours dans Culture Médias, Europe 1 reçoit un invité culture qui marque l'actualité.

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00:00D'abord, j'ai le plaisir de recevoir pour la première fois ici l'essayiste et, à ses heures perdues,
00:05polémiste, Éric Nolot.
00:07Bonjour Éric.
00:08Bonjour Thomas, bonjour à tous. Oui, des années pour décembre de deux étages.
00:11Ah oui, oui, oui.
00:12C'est long, hein ?
00:13C'est long, mais vous y étiez là, non ?
00:15Non, non, non.
00:16Ah non, pas ce matin, pas ce matin. Très bien, vous nous réservez la primeur de vos déclarations, évidemment.
00:20Et alors, vous montez sur scène avec une immense comédienne qui est en ligne avec nous. Bonjour Judith Magre.
00:26Bonjour.
00:27Merci.
00:27Je ne sais pas comment... Bonjour Éric.
00:30Bonjour Judith.
00:32Bienvenue, merci d'être là tous les deux ce matin.
00:35Parce qu'après avoir célébré Apollinaire, ensemble, vous nous faites découvrir, ou redécouvrir, sur la scène du théâtre de Poche
00:41-Montparnasse,
00:42la poésie de Louis Aragon, si bien chantée, notamment par Jean Ferrand.
00:46Aimer à perdre la raison, aimer à n'en savoir que dire,
00:56à n'avoir que toi d'horizon.
01:01Aimer à perdre la raison de Jean Ferrand, qui chante donc la poésie de Louis Aragon, Éric Nolo.
01:06L'amour, c'est le fil rouge de votre spectacle avec Judith Magre.
01:10Oui, parce que l'œuvre d'Aragon est immense.
01:12Je crois que rien que dans la pléiade, c'est sept volumes.
01:15Donc, il a fallu réduire d'abord à la poésie, qui est quand même ce qu'on connaît le mieux
01:18d'Aragon.
01:19Et puis, il fallait bien prendre un thème, un fil rouge, et c'est l'amour.
01:22Parce que ça a été un grand amoureux.
01:24Même à la fin du spectacle, je dis que ce qu'il définit le mieux,
01:26c'est un homme assez indéfinissable au fond, c'est d'être un amoureux de l'amour.
01:30C'est ça.
01:30Il a aimé Elsa Triolet, il a aimé la France martyre sous l'occupation.
01:35Il a aimé le communisme à perdre la raison, malheureusement au sens littéral.
01:41Il a aimé sa mère aussi.
01:41Il a beaucoup aimé sa mère, ses premiers grands amours.
01:43C'était un enfant caché.
01:45Donc, il appelait sa mère Marguerite.
01:47Il n'appelait pas sa mère Maman, parce qu'il y avait une sorte de fiction familiale.
01:49Il n'avait pas le droit de révéler.
01:50Non, il n'a pas le droit d'appeler sa mère Maman.
01:52Donc, ça, je pense que ça marque un homme et ça marque une oeuvre.
01:55Et il a aimé aussi peut-être Judith Magre.
01:57Il a beaucoup aimé Judith Magre.
01:59Ils se sont bien connus, mais c'est à elle qu'on va laisser la parole.
02:01Mais elle a bien connu Aragon.
02:02Ils sont partis ensemble en tournée en Russie.
02:05Et vous dites, Judith, que ça a été l'un des grands amours de votre vie.
02:08C'est vrai ?
02:09Oui, oui.
02:11Un des grands mamans.
02:12Quand même, j'en ai eu d'autres, mais ça a été très important.
02:16Parce que j'adorais Aragon.
02:18Il m'aimait beaucoup.
02:20Et on a passé un mois et demi en Russie.
02:22Absolument formidable.
02:23Parce que j'y allais là-bas pour jouer une pièce d'Yannis Ritsos.
02:27Qui était un ami d'Aragon.
02:29J'y allais là-bas recevoir son prix Lénine.
02:32Enfin bon, on a été très bien reçus.
02:35Un amour qui est resté platonique, je crois.
02:38Un amour qui a été quoi ?
02:40Platonique.
02:42Oui, oui, oui.
02:45Ça existe aussi, des amours platoniques.
02:47Bien sûr.
02:48Avec quand même...
02:50Avec quand même...
02:52On peut se toucher, on peut se caresser la main.
02:55On peut Aragon m'aider à passer mon ventre.
03:00Il le faisait avec beaucoup de tendresse et de délicatesse.
03:04Un homme élégant, quoi.
03:05Et alors, Louis Aragon figure du dadaïsme, du surréalisme.
03:09Un homme qui a participé aux deux guerres mondiales comme médecin.
03:13Et puis qui va entrer en résistance contre le nazisme.
03:16Mais Aragon, vous le disiez, Eric, il n'a pas été qu'un type exemplaire non plus.
03:21Il a tellement aimé le communisme qu'il est devenu stalinien.
03:24Même à une période.
03:26Stalinien, particulièrement zélé.
03:28Parce que moi, je n'ai rien voulu cacher dans ce spectacle.
03:30Ce n'est pas une âgéographie.
03:31On rend hommage à ce qu'il y a de glorieux chez Aragon.
03:33Le poète de la résistance est pour moi inattaquable.
03:36Il a fait de très belles choses dans sa vie.
03:39Mais j'ai même inclus dans le spectacle une ode au GPU.
03:43C'est-à-dire la police politique de Staline.
03:46L'ancêtre du KGB.
03:47Donc, pour résumer, c'est des responsables de millions de morts.
03:50De millions de déportés au goulag.
03:51Et l'ode au GPU, ça va très très loin quand même.
03:54C'est la justification de la violence politique.
03:56Il a soutenu les procès de Moscou.
03:59Dans lesquels était accusé son propre beau-frère.
04:01C'était général Primakov.
04:02Primakov, il vivait avec Dilibric, qui était la sœur d'Elsa Triolet.
04:05Donc, il s'est beaucoup compromis.
04:08Je ne sais pas d'ailleurs tout amoureux du stalinisme qu'il fût, si c'était bien sincère.
04:13Je crois que c'est un homme qui se perdait un peu dans ses propres passions, en fait.
04:16Vous l'aviez perçu, vous, ça, Judith Magre, quand vous le connaissiez,
04:21quand vous êtes allé notamment en ex-URSS avec lui, cette part d'ombre ?
04:25On ne parlait vraiment pas de politique.
04:27Et je crois que tout le monde peut être troublé par ses propres passions et mélangé un peu tout.
04:34Oui.
04:34Et alors maintenant, vous êtes confronté à ça tous les lundis soirs avec ces textes.
04:38Comment est-ce que vous avez élaboré ce spectacle tous les deux, Éric ?
04:41Alors d'abord, il faut dire que tout part d'un coup de foudre amical entre Judith Magre et moi
04:47-même.
04:47Donc moi, j'étais un grand fan de Judith.
04:49J'allais voir tous ses spectacles au théâtre de poche.
04:51Et un jour, je l'ai interviewé pour l'excellent JD News.
04:54Et il y a eu ce coup de foudre.
04:55Et un jour, par plaisanterie, vraiment par manière de plaisanterie,
04:57je lui ai dit, écoutez, on devrait monter sur scène ensemble.
05:00Peut-être qu'on a des auteurs qu'on aime tous les deux.
05:02Donc le premier choix, ça a été Apollinaire.
05:04Ensuite, on a pas mal hésité, parce qu'il y a beaucoup d'auteurs que nous avons en commun.
05:07Et nous sommes tombés pour Aragon, pour toutes les raisons que vous avez dites.
05:10Notamment, vous avez utilisé un verbe auquel je suis très sensible, c'est redécouvrir.
05:14Parce que dans le cas d'Ampollinaire comme d'Aragon,
05:17souvent, la connaissance du grand public est limitée au pont Mirabeau d'un côté,
05:21à la rosée de Reseda de l'autre, et puis le reste, c'est un peu brûleux.
05:25Et puis, écoutez, moi, j'ai pas beaucoup d'expérience de la scène.
05:27J'étais un peu impressionné de la partager avec l'ultime diva, comme je l'appelle, Judith Magre.
05:33Et puis, il a fallu trouver ce fil rouge.
05:34Et comme Judith Magre, même si elle vient de l'évoquer en termes assez pudiques,
05:40est une grande amoureuse, il m'a semblé que l'amour s'imposait.
05:42Je trouve que le fil rouge fonctionne très bien.
05:44Très bon choix.
05:45Et alors, je vais être un peu impoli, Judith,
05:47mais je voudrais parler un peu de votre âge,
05:49parce que je dois quand même dire que cette année...
05:51Oui, je vais avoir 100 ans.
05:52Vous allez ?
05:53Je vais avoir 100 ans, je vais avoir 100 ans.
05:54Ça m'emmerde.
05:55Ça vous emmerde, oui.
05:56Ça, ça vous emmerde.
05:57Pourquoi ?
05:59Pourquoi ?
06:00Oui, pourquoi ça vous emmerde ?
06:02Parce que c'est moche d'être vieux, parce qu'on marche moins bien.
06:07Moi, j'ai encore à peu près ma tête.
06:10Éric Pebouldo peut en témoigner, peut-être.
06:12On constate.
06:16Non, mais c'est emmerdant.
06:17Moi, j'aime bien courir, j'aime bien agir, j'aime bien faire des tas de trucs.
06:20Eh bien, ça ne m'a pas bien maintenant.
06:22Oui, mais c'est quand même prodigieux, Judith, d'être encore sur scène à 99 ans.
06:27C'est rarissime.
06:29Je ne sais même pas s'il y a d'autres exemples.
06:31C'est quand même génial.
06:32Vous savez, les parcours, ce n'est pas parce qu'ils sont longs qu'ils sont plus agréables.
06:39Moi, j'ai bien, par exemple, même aux Jésus-Olympiques,
06:41« Regardez le 100 mètres, que le 5 000 ».
06:44Je comprends.
06:45Éric Nolo, parlez-moi un peu de Judith Mack,
06:48parce qu'en dehors de la scène, on sait que c'est une grande comédienne, évidemment,
06:51mais j'ai l'impression que c'est aussi un personnage en dehors de la scène, Judith Mack.
06:54Je crois que vous en avez eu un petit échantillon vocal,
06:56mais il faut la rencontrer.
06:58Moi, j'encourage tout le monde à venir d'abord au théâtre,
07:00puis à traîner un peu, puisqu'on reste toujours avec Judith Mack,
07:02on peut parler directement avec elle.
07:04Oui, c'est un personnage.
07:05Comment la définir ?
07:06D'abord, oui, il y a quelque chose d'impressionnant,
07:08c'est que quel que soit le nom que vous mentionnez, elle l'a connue.
07:11C'est bon, mais tout à fait incidemment, il était question de Blaise Sandrard.
07:14Elle commence à me parler de Blaise Sandrard.
07:17Moi, par exemple, je suis un fan de Breton.
07:18Elle me dit « Ah, moi, je n'aimais pas beaucoup Breton »,
07:19mais quand même, elle l'a connue.
07:21Pour moi, c'est inouï, c'est quelque chose d'un peu,
07:23même d'un point de vue spirituel.
07:25Je me dis « Voilà, elle a connu tous mes héros. »
07:27Ensuite, Judith, je parle sous votre contrôle,
07:30mais je pense que l'étiquette ne vous déplaira pas.
07:32Vous êtes un très mauvais esprit également.
07:33Un très mauvais esprit.
07:35Elle ne vous dira pas tout aujourd'hui,
07:37mais quand la conversation prend un ton très libéré,
07:40elle dit des choses qu'on ne peut pas répéter ici.
07:42C'est très libre dans ses opinions
07:44et dans l'expression de ses opinions.
07:47De ses opinions politiques, vous voulez dire ?
07:49Non, sur la vie, sur les gens,
07:51sur les gens qu'elle voit à la télévision,
07:53qu'elle aime plus ou moins.
07:55Et cet amour ou ce désamour,
07:56elle l'exprime en termes que je qualifierais de direct.
07:59Vous avez un peu la dent dure, Judith.
08:02Bon, écoutez, en tout cas, Eric,
08:04aussi bien à la ville qu'à la télévision et qu'à la scène,
08:07je vous adore, il me le savait.
08:09Oui, mais je ne me lasse pas de l'entendre, Judith.
08:13Vous pouvez même m'appeler dès cet après-midi
08:15pour me le répéter, ça m'ira très bien.
08:17Parce que c'est un homme élégant,
08:19comme vous le disiez pour Aragon.
08:20Et ça se voit d'ailleurs, vous êtes magnifique.
08:21Là, vous êtes venu en costume trois pièces,
08:23c'est rare que j'ai des invités.
08:23C'est le seul invité, je crois, qui vient en trois pièces.
08:25C'est magnifique.
08:26Bon, Judith, merci beaucoup d'avoir été avec nous ce matin.
08:29C'était un bonheur de vous entendre.
08:31Puis on vous souhaite beaucoup de succès avec ce spectacle.
08:33Donc, Judith Magre dit Aragon en duo avec Eric Nolot.
08:37C'est tous les lundis à 19h au Théâtre de Poche Montparnasse.
08:40Merci beaucoup, Judith Magre.
08:42J'étais très contente d'être avec vous et avec Eric.
08:45Merci.
08:46Au revoir, Judith.
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